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Hásteinn, chef viking : entre mythe et réalité

Evariste-Vital Luminais - Pirates normands au IXe siècleHásteinn, chef viking, né en 810, est un célèbre chef viking qui mena des expéditions dans tout le royaume franc, en Espagne et jusqu'en Italie. Il est devenu un personnage quasiment légendaire ; à partir des années 860, le mythe semble se substituer à la réalité quant à certaines de ses expéditions. La prise de Luna, ville d'Italie aujourd'hui disparue, située à l'embouchure du Magra, à quelques kilomètres de Carrare en Italie, fait partie, ainsi, de ces « Histoires ».

 

Hásteinn

Le moine-chroniqueur Raoul Glaber, qui écrit aux environs de l'an mil, présente Hásteinn comme un descendant de Saxons déportés par Charlemagne. En effet, à partir de 799, l'empereur franc déplace massivement les Saxons pour les remplacer par des Francs afin d'éviter de nouvelles révoltes. Raoul Glaber mentionne que le chef viking est né vers 810, au pays de Troyes, dans un village du nom de Trancault. Devenu adolescent, âgé d'une quinzaine d'années, il quitte ses parents et retourne vers le Nord. Dans une des villes du delta du Rhin, peut-être Dorestadt qui est alors un important port de commerce des Frisons, il rencontre des Danois. Ces hommes parlent sa langue ; ils lui ressemblent. Il les suit et s'enrôle dans un équipage. Il navigue sur des navires de commerce, puis devenu adulte, sur des drakkars. Ses qualités guerrières, son courage, son intelligence, les richesses qu'il amasse l'imposent rapidement comme chef.

Les autres chroniqueurs présentent Hásteinn simplement comme étant un chef danois.

Hásteinn apparaît pour la première fois dans l'histoire des raids vikings, en 838, lors de la prise de la ville d'Amboise. En 841, il s'empare de la ville de Nantes, le jour de la Saint-Jean, et tue l'évêque de la ville. Dans les dix années qui suivent, il écume la vallée de la Loire, puis l'Aquitaine. En 858, il lance un raid contre les côtes de la péninsule ibérique et le sud-est du royaume franc ; Lisbonne subit treize jours de pillage ; Séville, Porto, Barcelone, Arles, Marseille sont attaquées.

La prise de Luna

Noël 859, la flotte d'Hásteinn parvient sous les murs de la ville de Luna (en Etrurie). L'« histoire » raconte que le chef danois aurait fait croire à ces hommes qui voulaient attaquer Rome, que cette cité était la Ville Eternelle.

Les Danois accostent. La ville est forte, bien protégée et gardée, et Hásteinn comprend qu'il perdra s'il attaque et qu'un siège aura une issue très incertaine. Il convient donc de recourir à la ruse.

prise de lunaCes hommes et lui demandent tout d'abord l'autorisation d'hiverner pacifiquement sous les murs, afin qu'ils puissent se reposer, car ils ont été éprouvés par une longue traversée et des vents contraires alors qu'ils souhaitaient rentrer dans leur pays natal, après en avoir été bannis. Malgré eux, les Lunois qui, rapidement, ont fermé toutes les portes de leur ville acceptent. Mais, bientôt, les Vikings ne faisant preuve d'aucune agressivité, des relations plutôt amicales s'installent entre les deux peuples. Des échanges commerciaux se nouent, mais les portes de la ville sont toujours bien gardées. Hásteinn envoie alors ses hommes dire au clergé de la ville qu'il est mourant. Fatigué de sa vie d'aventurier, se repentant des souffrances qu'il a causées, il demande aux prêtres de Luna de l'instruire de la foi chrétienne afin d'être baptisé. Ceux-ci croient voir là un miracle et ils acceptent avec empressement. Au bout de quelques semaines, Hásteinn, feignant la maladie, reçoit le baptême.

La nuit vient. Au matin, Hásteinn est mort. Ses hommes, humblement, viennent trouver le clergé de la ville. Leur chef a demandé, dans son dernier souffle, à être inhumé en terre consacrée. De plus, il lègue une grande partie de ses richesses à l'église. Ayant reçu l'accord des prêtres éblouis par les trésors promis, la dépouille du chef danois, allongée dans un cercueil ouvert, est portée par ses hommes dans le chœur de la cathédrale de Luna. La messe commence, suivie par tous les guerriers vikings massés au fond de l'édifice dont ils ont fermé les portes. Les oraisons se succèdent. Soudain, le mort se redresse et, d'un coup vif de son épée, il tranche la tête de l'évêque. Les Vikings poussent un formidable cri de guerre et sortent leurs armes dissimulées sous leur cape.
Le clergé et les fidèles sont massacrés, sans qu'ils puissent s'échapper. La ville est pillée. Les filles et garçons les plus jeunes et les plus vigoureux sont capturés, comme esclaves.

La mort de Robert le Fort

Revenu en territoire franc, Hásteinn s'introduit de nouveau dans la vallée de la Loire en 866, après avoir écumé la Garonne et la Charente. En novembre 866, il attaque Le Mans, mais ses troupes sont surprises par celles du comte Robert le Fort, qui les poursuit jusqu'à l'église de Brissarthe où ils se retranchent. Robert le Fort est le fils du comte Robert III de Hesbaye, comte de Worms et d'Oberrheingau. Le roi Charles le Chauve (823, 877) lui a confié un vaste commandement contre les Vikings et les Bretons. Il est comte de Tours, d'Anjou et de Blois, il est abbé laïc de Noirmoutier et de Saint-Martin-de-Tours.

mort de robert le fortEnfermés dans l'église, les hommes d'Hásteinn surveillent les Francs qui s'installent devant le bâtiment afin d'en faire le blocus. Il fait chaud. Les hommes de Robert le Fort sont fatigués par la poursuite. Croyant les Vikings à leur merci, ils se délassent, ôtent casque et cuirasse. Hásteinn tente alors le tout pour le tout. Il regroupe ses hommes et tente une sortie, par surprise. Les Francs se ruent au combat sans prendre le temps de se réarmer. Robert le Fort tombe mortellement blessé et décède. Les Francs sont désemparés. Hásteinn et ses hommes prennent la fuite.

Comte de Chartres

Hásteinn vieillit. Par ailleurs, la résistance dans le territoire franc se fait plus grande et il subit plusieurs revers. L'« histoire » dit ici qu'il accepte en 882, en échange d'un nouveau baptême, de devenir comte de Chartres. Dix ans plus tard, las de séjourner dans cette ville, rêvant à de nouvelles aventures, il vend son comté et, avec la somme perçue, fait construire quatre-vingts drakkars qu'il équipe. Il part avec ses hommes rejoindre la grande armée qui, massée dans l'estuaire de la Seine, se prépare à partir en expédition contre le Wessex et le roi Alfred le Grand. 

A partir de là, l'« histoire » est muette. Hásteinn disparaît. Nul ne sait quand et où il est mort.

Bibliographie

• Raoul Glaber, Histoires, premier tome, traduction Mathieu Arnoux, Brepols.
• Michel Dillange, Les comtes de Poitou, ducs d'Aquitaine : 778-1204, Geste Editions, collection Histoire.
• Woerhel, Eriamel, Balland, Moi, Svein, compagnon d'Hasting, Tome 1 à 5, Assor BD.

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