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L'abolition de la traite et de l'esclavage

Biard_Abolition_de_lesclavage_1849Le mouvement abolitionniste commence dès le XVIIIe siècle, et il est rapidement international, même s’il touche d’abord les pays européens, la Grande-Bretagne en particulier, qui sont les leaders de la traite. Obéissant à des logiques idéologiques, religieuses, politiques et –on l’oublie souvent- économiques, le mouvement abolitionniste connaît des soubresauts, des réussites et des reculs, avant d’aboutir progressivement à des abolitions concrètes et définitives tout au long du XIXe siècle. En France, l’abolition de la traite et de l’esclavage est commémorée, depuis 2006, le 10 mai.

 

 

L’abolitionnisme et la Révolution française

Si les premières critiques de l’esclavage et de la traite commencent avec les philosophes des Lumières (Rousseau notamment), et la création de la Société des Amis des Noirs en 1788, la Révolution accélère le processus. Toutefois, malgré la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen d’août 1789 et une trace d’indignation dans les cahiers de doléances, l’Assemblée constituante ne touche pas dans un premier temps au système esclavagiste des colonies. Il faut attendre les révoltes de Saint-Domingue de 1791 pour que l’esclavage soit aboli aussi dans les colonies, par le décret de la Convention du 4 février 1794. Des révoltes qui pèsent souvent sur les décisions en faveur de l’abolition, en France et ailleurs.

Mais dès 1799-1800, alors que les effets concrets du décret de février 1794 n’ont guère été visibles sur le terrain, l’abolition est remise en cause. Le contexte international y est aussi pour beaucoup. Cela conduit au décret du 20 mai 1802, du Premier Consul Bonaparte, qui rétablit l’esclavage et la traite dans les colonies.

La Grande-Bretagne, pionnière de l’abolitionnisme

C’est en Angleterre qu’apparaissent les premières associations ou « Sociétés » pour l’abolition de la traite des Noirs, à la fin du XVIIIe siècle. Les pétitions lancées par ces militants connaissent un grand succès, provoquant des débats au Parlement. Les raisons sont diverses et divisent encore les historiens. Le poids du discours des religieux est incontestable, mais on évoque aussi des raisons plus pragmatiques, comme la perte d’intérêts pour le système de plantations face à l’industrialisation de la Grande-Bretagne, ou encore la possibilité, avec la traque des navires négriers étrangers, de faire de la Royal Navy « le gendarme des mers ». En 1807, l’abolition de la traite est votée au Parlement britannique et, en 1815, les signataires du Congrès de Vienne s’accordent pour étendre cette interdiction. En 1833, l’esclavage est interdit dans les colonies anglaises. La marine britannique commence à chasser les négriers illégaux, et ses interventions outremer sont souvent justifiées par cette lutte contre la traite. Durant la même période, l’Empire britannique s’accroît considérablement.

Les succès de l’abolition dans le monde

Si la Grande-Bretagne est pionnière dans le militantisme abolitionniste, c’est toutefois le Danemark qui est le premier pays à abolir officiellement la traite en 1792. Le reste de l’Europe est moins pressé, et il faut attendre la deuxième moitié du XIXe siècle pour voir l’abolition appliquée par les Pays-Bas, l’Espagne ou le Portugal, et leurs colonies. Surtout, si la traite est abolie relativement tôt, et tombe dans l’illégalité, l’esclavage perdure longtemps dans les colonies. Les indépendances en Amérique Latine, et l’influence de Simon Bolivar, comptent dans ce processus, qui est tout de même assez lent, et s’étend sur tout le siècle. Le Brésil ne l’abolit qu’en 1888, trois ans après Cuba, les deux pays étant parmi les plus actifs de la traite et de l’esclavage. En Afrique, des pays comme la Tunisie l’abolissent dès 1846, mais c’est la colonisation qui y met en partie fin, substituant à l’esclavage d’autres formes d’exploitation des populations.

Aux Etats-Unis, le mouvement abolitionniste suit le modèle britannique dès 1815, mais culmine avec l’affaire John Brown (1859-1860). On sait ensuite l’importance de la Guerre de Sécession dans l’abolition de l’esclavage, décidée par Abraham Lincoln en 1863, et étendue à tous les Etats-Unis en 1865.

L’abolition de l’esclavage en France

Le processus est plus long et chaotique qu’en Grande-Bretagne, mais s’en inspire encore une fois. En 1834 est créée la Société française pour l’abolition de l’esclavage. La même année, le Martiniquais Cyrille Bissette, un descendant d’esclaves, réclame « l’abolition complète et immédiate ». victorIl faut toutefois attendre le voyage de Victor Schoelcher aux Caraïbes au début des années 1840 pour que le mouvement s’accélère. Le républicain lance en 1847 une pétition, qui connaît un certain succès, sauf auprès de l’Eglise catholique, encore ambiguë et divisée sur le sujet. L’instauration de la IIe République en 1848 conduit Schoelcher au poste de sous-secrétaire d’Etat à la Marine et aux Colonies. Cela lui permet de promouvoir l’abolition, pour aboutir au décret du 27 avril 1848. Dès le 22 mai, le gouverneur de Martinique proclame la liberté, suivi quatre jours plus tard de la Guadeloupe. En Guyane, l’esclavage cesse le 10 août, et à La Réunion le 20 décembre. Ces différentes dates expliquent en partie les polémiques nées autour du choix du jour dédié par la République à la commémoration des abolitions.

Le 10 mai, jour de la commémoration des abolitions de la traite et de l’esclavage

Suite à la loi Taubira du 21 mai 2001, un choix de date doit être fait pour commémorer les abolitions. Un Comité pour la Mémoire de l’Esclavage est nommé, mais les polémiques sont âpres sur le choix de la date, le 23 mai par exemple, étant réclamé par des associations antillaises. De plus, faut-il commémorer l’abolition et/ou la mémoire des victimes ? En 2006, le Président Jacques Chirac choisit finalement le 10 mai, date de la dernière lecture de la loi Taubira au Sénat, et qui ne se substitue pas aux autres commémorations, à des dates différentes, dans les départements d’Outremer. Si le 10 mai célèbre désormais les abolitions de la traite et de l’esclavage, la circulaire Fillon de mai 2008 fait du 23 mai le jour officiel de la commémoration des victimes.

 

Bibliographie

-          O. Pétré-Grenouilleau (dir), Abolir l’esclavage. Un réformisme à l’épreuve, PUR, 2008.

-          M. Dorigny, B. Gainot, Atlas des esclavages, Autrement, 2006.

-          F. Régent, La France et ses esclaves. De la colonisation aux abolitions (1620-1848), Pluriel, 2009.

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