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Accueil Histoire de France La France des années 1920

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La France des années 1920

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Au sortir de la guerre, la France compte ses morts tombés sur le champ d'honneur. Avec la première guerre mondiale, c'est toute la vision de la guerre qui s'est modifiée, comme en témoigne l'abondance d'une littérature spécifique. Face à de nouveaux problèmes qui se font jour, des réponses sont proposées par les différents groupes politiques au pouvoir, du Bloc National à l'Union Nationale. Traumatisée par la douloureuse expérience guerrière, la société française change parallèlement de visage tandis qu'une minorité donne naissance aux « Années Folles », période représentative du désir de celle-ci d'oublier la guerre et de se divertir.


Un pays exsangue

Le 14 juillet 1919 se tient le défilé de la victoire entre la place de la Concorde et l'Arc de Triomphe. Il s'agit d'effacer l'avanie de 1871. Toute la France fête la victoire, mais pour quel prix ? De fait, si la France fait partie des puissances triomphantes de la guerre, la victoire a été une victoire à la Pyrrhus et la France doit désormais compter ses morts. Dès décembre 1918, le sous-secrétariat d'Etat à la guerre établit à 1.385.000 le nombre de Français morts au combat. Sur les 8.660.000 d'hommes mobilisés pour combattre sous le drapeau français, plus de 7 millions ont donc survécu. Pourtant, nombreux sont ceux qui moururent dans l'immédiat après-guerre, des suites d'une bronchite, de blessures mal soignées...

Les autres ? Des mutilés de guerre qui rappellent à chacun que la victoire a un prix. De facto, on évalue à 25 000 le nombre d'unijambistes et à 14 000 celui des « gueules cassées ».

Démographiquement, la France est confrontée à un problème qu'elle ne connut pas en 1944. Contrairement à l'après seconde guerre mondiale, le lendemain de la première guerre ne s'accompagne nullement d'un boom des naissances, ce qui déstabilise la démographie française, qui apparaissait déjà moins dynamique que celle de plusieurs autres pays à la fin du XIXème siècle. Les veuves sont 760 000 et la population, amputée des pertes des jeunes hommes, a inexorablement vieilli. Pour régler ce problème, deux solutions vont être adoptées. D'abord encourage-t-on les familles nombreuses. Une politique nataliste se fait jour à l'instigation de l'Alliance contre la dépopulation et de L'Alliance Nationale pour l'accroissement de la population française. En matière législative, une loi est votée le 31 juillet 1920, qui pénalise l'avortement. D'autre part fait-on appel à une immigration massive. Dans les années 1920, ce sont plus d'un million d'immigrés qui vinrent ainsi en France. Alors que les immigrés représentaient 2.7% de la population en 1911, ils représentent 6.96% de celle-ci en 1931. A cette date, la France est devenue, « par rapport au nombre de ses habitants, le premier pays d'immigration du monde, devant les Etats-Unis » (Ralph Schor). De cette nouvelle vague d'immigration salvatrice, ce sont les Polonais qui sont les plus nombreux, suivis de groupes d'immigrés des pays méditerranéens (Portugal, Italie), si bien que certaines villes du Nord (Paris, le nord et l'est de la France sont géographiquement les régions qui comptent alors le plus d'immigrés) ne sont presque habitées que par des Polonais, à l'instar de la commune d'Ostricourt.

A ce terrible bilan humain s'ajoute un triste bilan matériel. La guerre a touché dix départements français, sis dans le nord et l'est. Ce sont donc dans ceux-ci que l'on trouve les dégâts les plus importants. Certaines villes ont été complètement dévastées, comme la ville de St Quentin. Les dégâts touchant aux édifices architecturaux sont pléthoriques, symbolisés par la destruction de la cathédrale de Rouen. 450 000 maisons ont en outre été détruites en tout ou en partie, tandis que 5000 km de voies ferrées sont hors d'usage. Il ne fait aucun doute que la France a payé un lourd tribut à cette guerre, en laquelle on espère voir la « der des Ders », tribut qui est vecteur de changements politiques.

Du Bloc National à l'Union Nationale (1919-1929)

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« Peu de périodes de notre histoire ont conservé une image aussi négative » (Jean-Jacques Becker et Serge Berstein) que le Bloc National. Alliance du centre et de la droite, le Bloc National accède au pouvoir le 16 novembre 1919, à l'issue des élections législatives, premières élections depuis la guerre. Une majorité des députés sont des anciens combattants, ce qui vaut à la Chambre le nom de « Chambre bleu horizon », en référence à la couleur des uniformes des soldats français. S'il eût pu espérer briguer la présidence, Clémenceau ne l'obtient pas, du fait à la fois de son anticléricalisme et de son autoritarisme. On revenait, en désignant Paul Deschanel président de la République en janvier 1920, à la tradition qui mettait un point d'honneur en la discrétion du président. Les gouvernements du Bloc National ont pour première priorité de régler les affaires extérieures, c'est-à-dire de régler la paix, bien que la guerre soit finie. De fait, il s'agit, depuis la conférence de Versailles qui a pris fin le 28 juin 1919, de trouver des solutions pour éviter qu'une nouvelle guerre éclate.

Une organisation à visée pacifique est mise en place, la Société des Nations (SDN), qui montre ses limites en ne disposant pas de force armée. La SDN n'est au fond que formelle, et d'aucuns dirigeants pourraient très bien faire fi de condamnations formelles non accompagnées de menaces armées. Mais qu'importe, la SDN rassure, et c'est bien là ce qui importe dans les années 1920. La France quant à elle, suivant le mot du ministre des Finances Lucien Klotz, espère que « l'Allemagne paiera ». Plus que l'espérer, la France l'exige. Différentes commissions et plans ont pour but de fixer le montant des réparations de guerre dues par l'Allemagne. Cette dernière se montrant largement réticente à payer, la France décide d'envahir la Ruhr en 1923, région industrielle qui lui permettrait d'exploiter son charbon. Mais elle doit vite se rétracter sous les protestations internationales. Au demeurant, ce sont les puissances internationales, au premier rang desquelles l'Angleterre et les Etats-Unis, qui bloquent les exigences françaises car ils craignent une propagation de la révolution (qui a déjà touché l'Allemagne et la Russie au sortir de la guerre) en Allemagne. Les dirigeants anglais et américains refusent de voir, comme le souhaiterait la France, l'Allemagne à genoux, car un pays abattu financièrement et moralement est nécessairement plus enclin à épouser les idées révolutionnaires. En somme, les réparations sont donc constamment amoindries, sous l'impulsion des travaux de plusieurs économistes dont le plus célèbre est John Maynard Keynes (Les conséquences économiques de la paix).

A l'intérieur, la gauche est ébranlée par une division qui éclate lors du congrès qui se tient à Tours du 25 au 30 décembre 1920 et qui a pour dessein de déterminer si la Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO) intégrera la IIIème Internationale. Pour ce faire, il lui faut accepter 21 conditions. Une majorité de membres (Marcel Cachin, Ludovic Oscar Frossard) accepte tandis qu'une minorité refuse (Paul Faure, Léon Blum, lequel préfère rester « garder la vieille maison »). A l'issue du congrès est donc créée la Section Française de l'Internationale Communiste – ancêtre du PCF – qui est constituée de ceux qui ont accepté l'alignement sur Moscou. La gauche française apparaît donc divisée. De même le syndicalisme voit-il l'émergence d'une scission en son sein, avec la création de la CGT-U (1921).

Aux élections législatives de 1924, c'est le Cartel des Gauches qui l'emporte, alliance des radicaux et des socialistes, et sonne par là le glas du Bloc National.

Le président de la République Alexandre Millerand démissionne tandis que le Cartel présente Paul Painlevé pour lui succéder. Finalement, c'est le président du Sénat Gaston Doumergue qui est désigné, ce qui provoque l'ire du Cartel qui doit cependant s'en accommoder. La politique du Cartel se caractérise par son anticléricalisme (la France supprime l'ambassade de France à Rome) et par sa lutte pour renflouer les caisses. En effet, la France souffre financièrement et le déficit est très important. Voilà le principal écueil auquel est confronté Edouard Herriot, président du Conseil, qui, bien qu'ayant tenté d'atténuer ce déficit, ne réussit aucunement dans cette entreprise. Le 21 juillet 1926, « l'expérience du Cartel » prend fin. Les financiers et la Banque de France ont eu raison du Cartel. Raymond Poincaré, le père de l'Union Sacrée de 1914, qui avait été élu président de la République en 1913, devient l'immédiat successeur du Cartel. La période de l'Union Nationale, avec Poincaré aux commandes, apparaît comme une apogée qui contraste avec les périodes du Bloc National et du Cartel. La France a retrouvé confiance, l'économie a connu une embellie, et la société s'ouvre à d'autres cultures et oublie peu à peu la guerre.

De l'ébranlement de la société aux années folles

chanteur-de-jazz

Minée démographiquement, la société française, dans les années 1920, connaît de grandes transformations. La société rurale perd peu à peu du terrain au profit de la société urbaine. En 1931, pour la première fois de son histoire, la France compte d'ailleurs plus de citadins que de ruraux (mais qu'est-ce qu'une ville cependant ? Le seuil de 2000 habitants est-il correct ? Que signifie-t-il ?). Aussi les prémices d'une culture de masse se profilent-elles peu à peu et annoncent en cela les années 1930. La culture est, durant la période concernée, riche, diverse et bouillonnante. La Nouvelle Revue Française autour de Gide prospère, tandis que la littérature de guerre (Roland Dorgèles, Henri Barbusse mais aussi Joseph Kessel avec L'Equipage) connaît un grand succès. Le cinéma voit, à la fin de la période, l'émergence du parlant, bien qu'il faut attendre quelques années de plus que les Etats-Unis. L'industrie cinématographique française traverse une période assez difficile, toutefois moins prospère qu'à la Belle Epoque où elle s'exportait dans le monde et le dominait largement.

Désormais, elle voit la concurrence d'Hollyword toujours plus forte. En plus d'avoir su exploiter la première guerre mondiale, Hollywood bénéficie de surcroît du courant d'américanophilie qui gagne la France durant toutes les années 1920 et qui se manifeste par l'émergence du music-hall (qui a pour corollaire le déclin du café concert emblématique de la Belle Epoque), l'adoption de danses américaines comme le shimmy et surtout le charleston au milieu des années 1920, ou encore l'engouement pour le jazz et le swing avec Louis Armstrong et Benny Goodman. Musicalement, les vedettes s'appellent Mistinguett, Fréhel, Maurice Chevalier, et sont d'autant plus appréciées qu'elles sont de plus en plus écoutées. En effet, le nombre des récepteurs croît largement et atteint déjà 500 000 unités en France en 1925 (600 000 deux ans plus tard seulement).

Dans la presse écrite, Le Petit Parisien, déjà premier quotidien en 1914, continue sa progression en tirant à plus de 1.5 million d'exemplaires tous les jours. La presse continue de se diversifier, avec la création de journaux sportifs, musicaux, etc. Si l'on a donné abusivement aux années 1920 le nom "d'années folles", toutefois est-il certain que la société change de forme. Pour autant, la garçonne reste un mythe et les femmes sont encore invitées à rester chez elles (dans la droite lignée de la politique nataliste du début de la décennie qui rappelait que le devoir d'une femme est de donner des enfants à la France). En cela, l'après-guerre n'a en rien modifié la situation des femmes en France et jamais la première guerre mondiale ne les a émancipées. Preuve en est : alors que la part des femmes actives dans la population totale des femmes françaises était de 37.7% en 1911, ce nombre ne s'élève plus qu'à 35.5% en 1931.

Bibliographie indicative

Période très riche en événements, nous n'avons pu esquisser qu'une vision très générale de celle-ci et de ce fait donner un aperçu nécessairement imparfait de la France durant cette décennie, c'est pourquoi nous renvoyons les lecteurs intéressés aux livres suivants:

- ABBAD Fabrice, La France des années 20, « Cursus », Armand Colin, Paris, 1993, 193p.

- MONIER Frédéric, Les années 20, « La France contemporaine », Le livre de poche, Paris, 1999, 217p.

- SIRINELLI Jean-François (dir.), La France de 1914 à nos jours, « Quadrige », PUF, Paris, 2004, 544p.

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