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Accueil Histoire de France Claude Nicolas Ledoux, architecte des Lumières

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Claude Nicolas Ledoux, architecte des Lumières

Ledoux_portraitClaude Nicolas Ledoux, architecte de l’art néoclassique et visionnaire du Siècle des Lumières, par le cubisme, le surréalisme est reconnu de nos jours comme l’un des tout premiers architectes de son temps. S’inspirant de l’antiquité, il dessine des volumes ayant une géométrie précise et équilibrée. Son crédo était le bien-être de l’homme dans une organisation saine du travail. Précurseur du courant utopiste, il est devenu un mythe. Pierre Kast l’a immortalisé dans son film « l’architecte maudit » en 1953 et dans son roman «  le bonheur ou le pouvoir ».

 

Ses débuts

Ledoux est né en 1736 en Champagne. D’abord élève au Collège de Beauvais à Paris, Il suit ensuite des études d’architecture dans l’école de Jacques François Blondel. En contact avec des membres de l’Académie Royale d’Architecture, il est appelé pour aménager un appartement dans l’hôtel particulier du baron Crozat de Thiers, place Vendôme. Inspiré par Trouard revenant de Rome, ses bâtiments auront une esthétique antique, avec beaucoup de colonnes. En 1764, il bâtit un hôtel particulier dans le style palladien, assez colossal, pour la présidente Hocquart à la chaussée d’Antin. Trois ans plus tard, on lui confie la restructuration de l’hôtel d’Uzès rue Montmartre, dont on peut avoir un aperçu des boiseries du salon de compagnie au musée Carnavalet.

Tout en étant nommé architecte ingénieur des Eaux et Forêts en 1764, il continue à se documenter et fait un voyage en Angleterre entre 1769 et 1771 où il se familiarise avec le palladianisme (architecture vénitienne) et les serliennes (trois baies vitrées dont la centrale est chapeautée par un arc). De nombreux bâtiments réalisés par Ledoux sont dans ce même style palladien, ornés d’un péristyle, comme le pavillon de Mme du Barry à Louveciennes, inauguré en septembre 1771.

Gravissant les échelons, et surtout parce que la noblesse commence à manquer d’argent, ainsi que sous la protection de Mme du Barry, il accède au poste de commissaire aux Salines de l’Est, puis est nommé inspecteur des Salines de Lorraine et Franche Comté, enfin il entre à l’Académie Royale d’Architecture en 1773 devenant ainsi architecte du roi et architecte de la Ferme Générale où il put réaliser un grenier à sel à Compiègne.

Son rêve : la ville de Chaux

Ledoux_ville_de_ChauxDès 1773, Ledoux pense, dessine, modifie et perfectionne sans cesse les plans de sa ville idéale : la ville de Chaux, du nom de la forêt avoisinante. Après plusieurs plans présentés à Turgot, ils sont acceptés par Louis XV et Trudaine. La réalisation peut débuter, Ledoux est enfin à la tête de « son chantier » à la Saline Royale d’Arc et Senans, jusqu’en 1779. Dans sa ville idéale, il aspirait à créer un environnement avec une organisation rationnelle et hiérarchisée du travail, fait pour les hommes et pour leur travail, une conception innovante de l’architecture destinée à rendre la société meilleure. Une ville à la campagne, située entre la rivière La Loue et la forêt. Suivant les principes de Rousseau « l’homme est perfectible et s’il est corrompu, c’est par l’immoralité inhérente aux sociétés urbaines ». Il fallait alors une ville « verte », avec des plantations alignées sur trois rangs, bordant les routes de la province, et des bâtiments intégrés dans la nature au mieux de leur environnement.

La Saline est le cœur d’une cité idéale, dessinée en cercle autour de l’usine. Sur la ligne droite, les bâtiments administratifs sont au centre avec le pavillon du directeur et la chapelle, ainsi les ouvriers restaient dans leur « petite ville » même pour l’office. Face à la Maison du Directeur, se trouve le bâtiment des gardes. De chaque côté, en arc de cercle, la maréchalerie, la gabelle, la tonnellerie, la forge, le commis et les habitations des ouvriers nommées les berniers. Chaque ouvrier disposait d’un petit jardin potager.

Dans cette cité idéale, tout le monde devait être vu : le directeur par les employés ; les employés par le directeur.

Dans son projet qui se veut moderne, il n’a pas intégré de prison. Il pensait que l’environnement naturel-végétal ou minéral doit permettre à l’homme responsable de ses actes de méditer sur leur conséquence, de se repentir et de s’amender seul. Il utilisait en cela le principe de Rousseau « l’homme est perfectible, capable de se perfectionner de par ses propres expériences, de par ses propres sensations ».

A la Ferme Générale

Parmi ses réalisations, il s’occupait d’hôtels particuliers, d’opéras, de prison. Mais toujours des bâtiments nécessaires à la vie sociale tels le marché couvert, les bains publics, la maison de gymnastique, des universités, des hospices, maison de convalescence, de tolérance, le panarethéon ou temple de la vertu, le pacifère ou temple de la paix.

Toujours dans sa fonction d’architecte à la Ferme Générale, grâce à l’idée de Lavoisier, il s’occupe du mur d’enceinte de Paris, nommé « mur des fermiers généraux » comportant soixante pavillons d’octrois. Cette barrière de vingt quatre kilomètres permettait de limiter la contrebande. Ledoux réalisa des édifices baptisés « les propylées de Paris », l’architecture ressemblant à une rotonde quelquefois surmontée d’une croix, ou prenant la forme d’un temple grec, une colonne, un autre inspiré du pavillon de la Du Barry, mais toutes ces œuvres étaient basées sur le dorique grec. Cinquante barrières furent construites entre 1785 et 1788, puis détruites au XIX è siècle. Mais Ledoux n’était pas aimé : Louis Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris avait ces paroles « les antres du fisc métamorphosés en palais à colonnes », et s'exclame : « Ah ! Monsieur Ledoux, vous êtes un terrible architecte ! ». Ainsi Ledoux fut révoqué de sa fonction en 1787.

Ledoux_theatre_BesanconTout fut stoppé pendant la Révolution, alors que les premiers coups de pioche étaient donnés. L’octroi fut supprimé en mai 1791, et les édifices devenus inutiles. Il subsiste malgré tout ceux de La Villette, de la place Denfert-Rochereau, le pavillon Monceau et celui de la place des Nations.

Sous la Terreur, il est emprisonné à la prison de la Force pendant dix huit mois, « sentant trop le riche ». Une fois libéré, il n’a plus de projets architecturaux et entreprend alors la rédaction de son ouvrage « l’architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation » accompagné de dessins qu’il avait esquissés en 1773, mais constamment retouchés et modifiés en fonction de l’évolution de son style d’architecture. L’ouvrage est édité deux ans avant sa mort en 1806. Cet ouvrage portait sur les réflexions de l’architecte afin d’obtenir des bâtiments toujours dans l’optique d’une société harmonieuse.

En son hommage

Un monument est édifié en sa mémoire sur l’aire du Jura lorsqu’on emprunte l’A39 : la porte de Bourneville ou le Pavillon des Cercles.

L’atelier des Cercles ou atelier des Tonneliers, imaginé par Ledoux, représente deux tonneaux entrelacés, le cerclage étant métallique pour enserrer les tonneaux de sel. Dans sa ville idéale, l’atelier devait être placé au centre des quatre routes. La fabrication au rez de chaussée et l’habitation des ouvriers à l’étage.

Le seul musée au monde

Sur le site de la Saline Royale, il existe le seul musée au monde consacré à Claude Nicolas Ledoux.

Soixante maquettes sont exposées, retraçant les projets de cet architecte. Certains ont vu le jour, mais détruits par le temps et les hommes, d’autres ne sont restés qu’à l’état de projet. On peut découvrir des théâtres, des hôtels particuliers, une prison…). Certains relèvent de l’utopie tels la ville de Chaux, une maison de plaisir, des édifices industriels.

Le château de Bénouville est l’édifice majeur réalisé par Ledoux entre 1769 et 1778. Construit pour le marquis de Livry, situé près de Caen, les deux façades comportent des colonnes ioniques enserrant les travées sur trois niveaux. Côté jardin, les bas reliefs sont agrémentés de trophées guerriers. A l’intérieur, le majestueux et colossal escalier central dessert les deux premiers niveaux avec de larges couloirs.

L’hôtel Guimard bâti entre 1770 et 1772 fut offert par le maréchal de Soubise à Mademoiselle Guimard, première danseuse de l’Opéra. Situé dans le quartier de la Chaussée d’Antin, c’est une sorte de cube asymétrique, avec jardin d’hiver au centre. Ledoux avait même imaginé d’installer un théâtre privé au dessus de ce jardin central et avait fait appel à des artistes renommés pour la décoration comme Fragonard. Cet hôtel d’un grand raffinement le fit vraiment connaître.

Besancon_Theatre_gravureConstamment dans la région du Doubs, Ledoux fut choisi pour construire le théâtre de Besançon, ville de trente deux mille habitants n’ayant pas de bâtiment pareil. Ce fut une première dans la conception, l’usage étant que seuls les nobles étaient assis et le peuple restait debout. Selon le modèle romain avec hémicycle et gradins, Ledoux prévoyait ainsi le « parterre » muni de fauteuils pour les abonnés, les officiers installés au premier balcon, les nobles dans les premières loges et la bourgeoisie dans les secondes ; enfin le peuple pouvait s’installer sur des places assises dans l’amphithéâtre. Ledoux fut encore le premier à créer la fosse d’orchestre. Le théâtre fut inauguré en 1784, détruit malheureusement en avril 1958 lors d’un incendie, mais ne fut jamais reconstruit ainsi.

Toujours dans les bâtiments publics, il s’attacha à la réalisation du palais de justice et de la prison d’Aix en Provence. Les travaux commencèrent en 1786 atteignant à peine la hauteur du rez-de-chaussée mais tout fut interrompu lors de la Révolution française.

 

Pour aller plus loin

- Musée Claude Nicolas Ledoux – Salines Royales – 25610 Arc et Senans

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