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Histoire de la mode : Les perruquiers du roi

louis_XIV_perruqueLa perruque signifiant à l’origine « une longue chevelure naturelle » par opposition aux faux cheveux appelés « perruque feinte » fut le symbole caractéristique de la monarchie des Bourbons jusqu’à la Révolution. Ce simple accessoire vestimentaire eut une longévité vraiment exceptionnelle pendant 150 ans et les barbiers créateurs de perruques furent les artisans de la gloire du Roi Soleil.

 

De l’Antiquité au début du Grand Siècle

Le port de la perruque, même s’il fut favorisé par la mode sous Louis XIII, remonte déjà à l’Antiquité, avec les Grecs et les Romains, lorsque Xénophon écrivait « ces jeunes guerriers lacédémoniens gardaient les cheveux longs dans l’idée qu’ils paraitraient ainsi plus grands, plus nobles, plus terribles ». De tout temps la chevelure longue a été un symbole de force et d’autorité, comme au temps des mérovingiens « c’est en le rasant qu’on dégrade un roi vaincu ou déposé ». Mais curieusement, au VI è siècle, Grégoire de Tours défendit aux femmes chrétiennes de bâtir des tours sur leurs têtes avec des cheveux étrangers.

La mode et l’usage au temps de Louis XIII était aux cheveux courts, mais le roi aimait les cheveux longs, certains courtisans et seigneurs rajoutèrent des cheveux étrangers aux leurs. Selon la mode, pour avoir une tête bien arrangée, il fallait séparer les cheveux au sommet de la tête, les coucher des deux côtés, en les faisant descendre en dessous des oreilles et avoir une queue « flottante » à l’arrière de la tête. Cette queue prenant de la longueur, on avait recours aux cheveux étrangers.

A l’âge de 30 ans, Louis XIII se mit à perdre ses beaux cheveux longs et adopta ainsi « la fausse perruque » devenue perruque. Dès 1634, le roi autorisa son premier barbier à créer 48 places de perruquiers-étuvistes, répartis dans la capitale. Ils façonnaient deux sortes de perruques : la calotte où les cheveux sont passés un à un à travers un canepin (peau de mouton) cousu autour d’un petit bonnet ; des « moutonnes » conçues pour les personnes chauves qui n’avaient pas les moyens d’utiliser une calotte. Puis on se mit à tresser les cheveux sur trois, quatre ou cinq brins de soie, cousus ensuite sur des rubans assemblés, posés sur des têtes en bois pour les former.

Le Roi Soleil

louis xiv en 1661 par lebrunSous son règne, ce sera l’apogée de cet accessoire. Aucune représentation ne se fera sans perruque royale, longue, bouclée, frisée, tombant jusqu’aux épaules. Le port de la perruque joue donc un rôle essentiel dans la représentation du personnage et sera « le symbole du mythe solaire » montrant au monde la grandeur, la puissance et la magnificence du roi de France.

Au départ, malgré sa chevelure abondante, le roi porte des « tours » : des coins appliqués des deux côtés et derrière la tête, qui se confondent avec les vrais cheveux pour une plus grande épaisseur. Vers 1673, il fera usage de perruques à fenêtres où passent des mèches de vrais cheveux ; plus tard il adoptera la perruque complète.

La mode étant de copier le roi, des petits garçons en passant par les courtisans jusqu’aux Grands du royaume adoptent la perruque. La bourgeoisie est conquise, les avocats, les procureurs ne vont au palais que portant une perruque longue, le médecin ne visite ses malades qu’avec une perruque. Seul le clergé est récalcitrant, se basant toujours sur le Concile de Constantinople 1 000 ans auparavant ; ce n’est qu’en 1660 que l’abbé de la Rivière osa porter une perruque…et les jeunes chanoines suivirent son exemple.

Les perruquiers du roi

Les serviteurs du roi se regroupent en plusieurs métiers, dont la Chambre du roi s’occupant de tout ce qui touche à l’aspect intime du monarque. Parmi les 60 personnes sous l’autorité du Premier Gentilhomme de la chambre, les barbiers ordinaires et les valets de chambre-barbiers ont pour mission de « peigner le roi, tant le matin qu’à son coucher, lui faire le poil et l’essuyer aux bains et étuves et après qu’il a joué à la paume ». Ces artisans de confiance sont choisis par le roi, sont dévoués à sa personne, certains devenant des confidents, auxquels ils accordent des brevets : une place enviée « dans la privance du roi ».

Leur gage est d’environ 750 livres par an, mais avec les gratifications obtenues, leur revenu monte considérablement allant de 30 000 à 60 000 livres (valeur de la charge de barbier ordinaire).

Le lever du roi est un cérémonial codifié, le premier élément que porte le roi étant la perruque. Le valet lui en présent plusieurs différentes parmi lesquelles le roi choisira en fonction de ses activités de la journée. Une fois peigné, puis rasé, il coiffe la perruque courte. Elle est utilisée également pour les jours de soins. Louis XIV porte une perruque longue pour les jours de conseil et les cérémonies.

Les perruques évoluent, en prenant de l’ampleur. Au début, elles sont blondes, étagées de boucles tombant sur les épaules et le dos. Elles deviennent brunes, puis noires descendant jusqu’à la ceinture. Lorsque Mlle de Fontanges apparait dans l’entourage du roi en 1690, les perruques raccourcissent et se dressent avec un toupet frisé de cinq à six pouces de haut, formant deux pointes. Vers la fin de son règne, le roi fait une concession en adoptant une perruque cendrée ou blanche, poudrée et parfumée à la poudre de Chypre (mélange de chêne et de farine sentant très fort) pour adoucir le visage.

Ces grandes perruques poudrées pèsent trois ou quatre livres et valent 1 000 livres tournois, une livre de cette époque correspondant à peu près à 15 euros en 2002.

Conception et conservation d’une perruque royale

art_du_perruquier_1770Pour confectionner une perruque royale, 50 têtes sont nécessaires ; de préférence des cheveux coupés sur une femme en vie, d’un village ou de la campagne (car les cheveux sont protégés par un bonnet à l’inverse des femmes de la ville), des cheveux ronds, élastiques de 24 à 25 pouces de long, pas de cheveux d’hommes trop secs et trop cassants.

Le perruquier qui s’approvisionne en Flandres, pays de la bière, boisson contribuant à la bonne qualité du cheveu, achète les cheveux bruts, à lui de les façonner.

Elles sont conservées précieusement dans le Cabinet des Perruques ou Cabinet des Termes, séparé de la chambre du roi par le Cabinet de Conseil, faisant parties de l’Appartement du roi. Ces perruques courantes étaient exposées, entourant une superbe perruque dorée, celle que le roi portait dans une représentation de Phébus aux Tuileries en février 1662. Après les aménagements successifs des souverains à Versailles, le cabinet disparait en 1755.

Les inconvénients

Même si elles sont entretenues soigneusement par les barbiers, c’est un nid à poussière et à vermines. D’autre part, même si le roi gagne ainsi 30 cms en hauteur, il doit subir bien des désagréments : le poids et la compression sur le crâne entrainent des maux de tête, des éblouissements, des vertiges, voire des prurits. De plus en essayant les perruques dans les récurrents courants d’air du château, il attrape maints et maints rhumes. En 1696, il fut atteint par un furoncle dégénérant en un anthrax suppurant, causé par le port prolongé et le frottement de la perruque ; cet anthrax ayant pris une telle ampleur de la nuque et allant de l’oreille droite à l’oreille gauche, il fallut opérer le roi par incision. Dix ans plus tard, un nouvel anthrax réapparait au même endroit, soigné de la même façon.

C’est ainsi que peu à peu, les perruques se transforment devenant plus courtes, à queue nouée à l’arrière puis nattée, à bourse où les cheveux sont enfermés dans un petit sac de taffetas, à l’Espagnole, etc.

Les artistes inimitables

Parmi les barbiers de la Cour, deux familles de Touraine se partagent les charges : les Binet et les Quentin.

perruque_style_FontangesBinet arrive à la cour en temps que coiffeur du roi, créant des perruques dont la fameuse perruque dorée pour le spectacle aux Tuileries. Il obtient la charge de barbier ordinaire en décembre 1684 et compose les perruques royales monumentales appelées « binettes ». Il meurt en 1695 et laisse la survivance à son fils jusqu’en 1716 date à laquelle il démissionne.

Quentin tenait déjà un établissement de bains à Paris où le roi et les jeunes gens de la cour venaient s’y faire parfumer et prenaient de « la poudre de Polville » redonnant de l’énergie aux amants, invention qui fit sa renommée. En 1669, il obtient une charge auprès de la reine, puis un brevet de quatre charges de valet de chambre-barbier en 1671 pouvant servir le roi toute l’année ; anobli en 1681 il est marquis de Champcenetz en 1686 et gentilhomme de la chambre en 1702 mais meurt en 1710. Son jeune frère ayant suivi ses pas, devient perruquier ordinaire du roi, inventeur de la perruque à fenêtres en 1673. Il contribue au perfectionnement de cet accessoire de mode, en le tressant et en formant des chevelures entières. La même année, le roi lui donne le privilège « des perruques passées au métier », sorte de perruques industrielles qui furent copiées et exportées à l’étranger. Porte manteau du roi en 1674 et avec la survivance de la charge de valet de chambre-barbier de son frère pour l’année entière, il est premier valet de la garde robe en 1697. Passé maître d’hôtel de la Maison du Roi en 1704, il abandonne ses charges en 1716. Anobli en 1693 il devient baron de Champlost en 1721.

On le constate, ces artisans vivaient dans l’aisance, comblés par la faveur royale, grâce à leur talent mis au service du roi et par leur renommée européenne sans cesse croissante. Par respect pour le monarque, ils quittèrent leurs fonctions à la cour peu de temps après la disparition du roi.

 

Pour aller plus loin

- Histoire des modes françaises de la monarchie à nos jours, de Guillaume François Roger Molé.

- Histoire du costume en France depuis les temps les plus reculés jusqu’à la fin du XVIII è siècle.

- Revue Château de Versailles de l’Ancien Régime à nos jours - Frédéric Ottaviano.