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Accueil Histoire de France Louis XIII, le Juste (roi de France, 1610-1643)

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Louis XIII, le Juste (roi de France, 1610-1643)

louis_xiii_de_france« Vain souverain, capricieux et infidèle, capable de la plus froide cruauté, cœur faible manquant de générosité… » Voilà le portrait peu flatteur que nous laissa Alexandre Dumas, de Louis XIII de France (1601-1643). Au-delà de l’image véhiculée par les romans de cape et d’épée, Louis XIII ce roi mal connu, aura eu contre lui de voir sa gloire éclipsée par celle de son père Henri IV et de son fils Louis XIV.

 

Et pourtant au cours de son règne de 33 ans, que de changements au Royaume de France ! Renforcement de l’autorité royale, affirmation du rôle de la France en Europe, développement du commerce et de la marine. A bien des égards c’est le « Grand Siècle » qui débute. Alors au final que dire de ce roi, si jaloux de son autorité, que l’on relègue souvent dans l’ombre de Richelieu ?

Le Dauphin

Louis est le fils d'Henri IV, roi de France et de Navarre et de Marie de Médicis. Il est n’est cependant pas le premier né du « Vert Galant », célèbre pour sa nombreuse descendance illégitime.

Le mariage d’Henri IV et de la princesse florentine, répond à des impératifs diplomatiques : préservation de l’influence française en Italie, dynastiques : donner à la lignée des Bourbons un héritier, et financiers : annulation de la dette du royaume envers les banquiers de Florence. En comparaison avec ces calculs les sentiments ne sont qu’une donnée secondaire et Henri reste entiché de ses diverses maitresses.

La jeune Reine qui s’en est venue de Florence avec une suite fournie (et notamment sa confidente et dame d’atour la fameuse Léonora Dori, femme de Concino Concini dont nous reparlerons), n’en est pas moins à la hauteur des espérances dynastiques du Roi. Elle lui donne six enfants, dont deux fils atteindront l’âge adulte : Louis et Gaston (le duc d’Orléans dit Monsieur).

L’enfance du Dauphin, nous est fort bien décrite par le journal qu’aura laissé son médecin et ami Jean Héroard. Elevé au château de Saint Germain en Laye, Louis partage le quotidien de ses frères et sœurs, légitimes comme illégitimes ! L’enfant montre un goût prononcé pour les sorties en plein air, la chasse et les arts (notamment la danse et le dessin).

Le jeune Louis admire au plus haut point son père, qui s’était toujours singularisé par son amour des enfants. Les relations entre mère et fils sont cependant bien plus distantes. Marie, éprise de plaisirs et frivole, ne fait que peu d’efforts pour s’adapter à la France et reste sous l’influence de ses favoris Italiens : les époux Concini. D’autre part à Louis, qu’elle juge disgracieux et lent d’esprit, elle préfère nettement son cadet Gaston…

Fasciné par la vie militaire, Louis n’est pas un élève des plus assidus mais fait montre d’une certaine intelligence. Malgré son infirmité (il est bègue) et sa timidité il s’affirme comme conscient de son statut et entend se faire respecter. Nul doute que l’exemple de son père, Roi autoritaire, l’a beaucoup impressionné.

Mai 1610 : La France est au bord de la guerre. Pour des raisons à la fois diplomatiques (affaire de la succession de Clèves et Juliers) et intérieures (fuite du Prince de Condé à Bruxelles), Henri IV entend se confronter une fois de plus aux Habsbourg. Il ne mènera jamais son projet à bout puisqu’il meurt assassiné le 14, par Ravaillac un fanatique dérangé, peut être manipulé par le parti ultra catholique opposé à la guerre.

Louis qui n’est encore qu’un enfant, subit alors un traumatisme qui le hantera tout sa vie. Sa mère qui avait été couronnée officiellement la veille, devient la régente du Royaume.

La Régence, Marie de Médicis et Concini

Jusque là peu intéressée par la conduite des affaires, Marie de Médicis prend vite goût à l’exercice du pouvoir.

Plutôt favorable au parti pro espagnol et ultra catholique, la régente joue l’apaisement sur la scène internationale. Ainsi elle parvient à marier l’infante d’Espagne, la belle Anne d’Autriche à son fils Louis, union garante de la paix entre Bourbons et Habsbourg.

Marie est néanmoins fort peu préparée à gérer un royaume encore divisé.

Marie_de_Mdicis_avec_son_fils_Louis_XIII_par_Charles_MartinSi l’opposition entre protestants et catholiques est toujours présente, la principale menace pour la stabilité du royaume reste les Grands, c'est-à-dire les représentants des lignées aristocratiques les plus puissantes : qu’il s’agisse des Condé, des Guise, les Nevers autres Montmorency.

En période de régence, synonyme de faiblesse de l’autorité royale, leur influence n’en est que plus grande. D’autre part les Grands estiment avoir une revanche à prendre sur une royauté qui s’appuie sur la noblesse de robe et la haute bourgeoisie.

En effet cette classe en plein essor, dotée de moyens financiers importants, a de plus en plus accès aux hautes fonctions (offices, et charges) qui sont à l’époque monnayables. C’est le principe de la vénalité des offices dont Henri IV sut se servir pour remplir les caisses de l’Etat.

Face à cette montée en puissance de la bourgeoise l’aristocratie parvient à se rendre incontournable en entretenant sciemment l’instabilité dans les provinces, quitte à se révolter. La régente Marie de Médicis est donc confrontée à un véritable chantage de la part des Grands et se résout à acheter la paix à coup de pensions généreuses.

La situation financière du royaume souffre d’autre part des dépenses énormes de la régente, friande de divertissements, mais aussi de l’avidité du couple Concini, devenu tout à fait impopulaire.

Concino Concini, petit noble italien, fait montre d’une ambition démesurée, s’arrogeant grâce à l’influence de sa femme sur la reine, titres et honneurs les plus prestigieux. Le voilà bientôt, marquis d’Ancre et Maréchal, à la tête d’une immense fortune, faisant et défaisant les carrières ministérielles.

Concini est pourtant un favori royal, soit non seulement l’objet de l’affection et de la confiance de la reine mais surtout un parvenu dont la fidélité lui est entière. Il est à sa manière, l’instrument des tendances absolutistes du monarque et ce fait n’échappe pas aux Grands.

Ces derniers dénoncent bientôt l’influence de l’Italien sur la reine et une fois de plus se retirent dans leurs provinces, semant les germes de la révolte.

Ils vont trouver sur leur chemin un allié inattendu en la personne du jeune Roi. Bien que très attaché, comme son père, au prestige de la monarchie et ne souffrant guère les prétentions des grands, Louis voue une haine féroce à Concini. Le favori Italien, n’a que mépris pour le Roi dont il n’hésite pas à piquer l’orgueil adolescent.

Louis qui a d’abord tenté de faire appel à sa mère, n’a trouvé auprès d’elle que de nouvelles humiliations. C’est une période sombre pour le jeune Roi qui subit les premières manifestations de la maladie qui le tourmentera sa vie durant et finira par l’emporter : un mal intestinal aigu, probablement la maladie de Cronh.

Malgré la douleur, parfois insupportable, Louis ne renonce pas à s’affirmer en tant que Roi. Dans le plus grand secret, cet adolescent de 15 ans, timide et ombrageux, prépare la chute de Concini. Il peut compter sur l’aide de plusieurs personnages qui lui sont acquis et notamment Charles d’Albert, futur duc de Luynes. Ce nobliau alors grand fauconnier de France est devenu son meilleur ami, grâce à leur passion commune de la chasse. Nul doute que l’on peut voir dans cette relation le penchant de Louis pour les amitiés masculines et les figures paternelles…

Le 24 avril 1617, Concini est appréhendé au Louvres et assassiné par les conspirateurs sous le prétexte qu’il aurait tenté de résister. Louis qui ne s’était pas opposé explicitement à l’élimination physique du favori, déclare sobrement : « A cette heure je suis Roi. »

De Luynes à Richelieu

Ce coup d’état, ce coup de majesté selon l’expression du temps, est révélateur de la fermeté de caractère de celui qui prend en main les destinées du royaume de France. Louis XIII entend être un roi qui règne sans partage…Néanmoins avec l’élimination de Concini l’heure est au triomphe de Luynes. Ce nouveau favori, sans grand talent mais charismatique est le premier bénéficiaire de la chute du couple Italien et sait profiter de l’inexpérience du roi.

Louis aveuglé par son amitié pour le grand fauconnier fait bientôt de lui un duc et pair, puis un maréchal (alors que l’homme est un piètre militaire). Une telle réussite ne peut qu’entrainer la jalousie et le mécontentement des Grands mais aussi de la reine mère. Marie de Médicis a vécu l’élimination de Concini et surtout de sa femme, comme un affront personnel. Elle estime le roi incapable de gouverner la France sans ses « bons conseils » et supporte très mal d’avoir été écartée à Blois.

Elle va ainsi prendre la tête du parti des malcontents, fédérant derrière sa personne les Grands, qui lui avait causé tant de soucis durant sa régence. Après s’être évadée de Blois Marie de Médicis déclenche deux courtes guerres civiles qu’elle finira par perdre.

Au cœur des pourparlers qui auront permis de mettre fin à ces « guerres de la mère et du fils » (de 1619 à 1620), un personnage se distingue. Il s’agit de l’évêque de Luçon, Armand du Plessis, futur Cardinal de Richelieu. A l’origine un des secrétaires d’Etat de Marie de Médicis, l’ambitieux prélat a su manœuvrer avec habileté pour ramener dans la paix dans le Royaume. Louis qui s’en méfie remarque néanmoins que le personnage partage sa vision de l’autorité royale et ne porte guère en son cœur les dissidences religieuses ou nobiliaires. Il saura s’en souvenir…

1620-1621 le jeune roi, qui s’est révélé un bon capitaine durant ses dernières campagnes affirme son caractère et se rend populaire auprès de son peuple. Il met notamment fin à l’exception religieuse en Béarn (alors état protestant) et s’emploie à faire de ses déplacements en province de véritables opérations de communication politique. Ses entrées dans les villes sont l’occasion pour lui de se montrer en souverain à la fois guerrier et pacificateur, mais surtout en justicier, rôle qu’il affectionne. Il ne manque bien sûr pas une occasion de se faire le rempart du peuple contre la rapacité des Grands…

Louis s’affirme d’autant plus durant cette période que son favori le duc de Luynes, décède en 1621, avant de s’être rendu aussi impopulaire que Concini. Le Roi est désormais libéré de cette encombrante amitié, vestige de l’adolescence.

Néanmoins la situation reste difficile pour le fils d’Henri IV. Malgré une certaine tendresse pour Anne d’Autriche, Louis n’entretient que des relations distantes avec elle. Il ne montre guère de goûts pour les plaisirs de la chair, certainement dérouté par sa nuit de noces peu concluante…

En conséquence le Roi n’a toujours pas d’héritier, ce qui est une porte ouverte à diverses conspirations. D’autant que les protestants sont entrés en rébellion et peuvent compter sur le soutien de grands aristocrates et de puissances étrangères (l’Angleterre notamment).

Au vu de cette agitation intérieure le Roi ne peut prendre avantage de la Guerre de Trente Ans qui a débuté au sein du Saint Empire. Le Roi est handicapé par la conduite hésitante de ses principaux ministres. Leur incompétence profitera au Cardinal de Richelieu qui a su patiemment avancer ses pions et se constituer un programme politique cohérent.

Louis XIII et Richelieu, l’absolutisme en marche

Le cardinal intègre le conseil du Roi en avril 1624. Tout comme Louis il est partisan de la fermeté à l’encontre des Grands mais aussi des protestants. Tous deux partagent la vision d’un catholicisme régénéré par la contre-réforme, empreint d’une vive spiritualité et se conjuguant avec une autorité royale forte. Jaloux de l’indépendance du royaume, le roi et le cardinal estiment qu’ils ne doivent pas faire les frais d’une dépendance trop forte envers Rome et entendent rivaliser avec les Habsbourg. Ils se placent ainsi tous deux dans la continuité des derniers Valois et d’Henri IV !

La réalisation de ce programme ne se fera pas sans difficultés.

La guerre interne contre les protestants est à la fois alimentée par l’insoumission de certains Grands, mais aussi par le soutien qu’ils reçoivent d’Angleterre. Il faudra attendre 1628 pour voir la citadelle de la Rochelle capituler.

louis_xiii_et richelieu la rochelle

Le traité de paix qui en résulte (Paix d’Alès de 1629) bien que confirmant la liberté de culte, supprime les places de sureté protestantes, héritage des guerres de Religion. C’est là une première remise en cause de l’Edit de Nantes, qui sera progressivement vidé de sa substance. C’est aussi l’affirmation de la puissance royale, qui tend à s’arroger le contrôle des infrastructures militaires.

Parallèlement à l’affrontement avec les protestants Louis XIII et Richelieu doivent faire face à de nombreux complots et révoltes nobiliaires. Au cœur de ces multiples conspirations : le frère cadet du Roi dit Monsieur et la Duchesse de Chevreuse. Monsieur, ne manque pas une occasion de causer des difficultés à son frère afin de faire avancer sa cause d’héritier présomptif du trône.

La magnifique duchesse de Chevreuse, épouse en premières noces de Luynes, puis d’un duc Lorrain, parvient quant à elle à monter Anne d’Autriche contre le roi. Il faut dire que les relations entre les époux se sont dégradées. Louis ne sait pas manifester son affection pour sa femme et cette dernière s’oppose à la politique antiespagnole de son mari, allant jusqu’à la divulgation de secrets militaires à la cour d’Espagne.

De 1626 à 1638 (date de la naissance de l’héritier du trône, le futur Louis XIV) on ne compte pas moins d’une demi-douzaine de complots majeurs débouchant fréquemment sur des révoltes armées. Elles sont révélatrices d’un contexte tendu alimenté par l’affirmation de l’autorité de l’état royal.

Car durant cette période de 12 ans que de réformes pour la France ! Le roi et le cardinal vont rationaliser et renforcer l’administration, mettre fin à certaines survivances féodales (dont les duels), développer la marine, le commerce et les colonies, encadrer le développement culturel… Cette période préfigure à de nombreux titres l’œuvre de Louis XIV et l’émergence d’un Etat moderne.

Dans l’exercice du pouvoir les deux hommes se révèlent complémentaires. Là où le Roi fait preuve d’audace et de fermeté, le cardinal use de prudence et de souplesse. Richelieu sait mieux que quiconque mettre en pratique les volontés du Roi, leur donner la substance et le réalisme nécessaire à leur succès. Les deux hommes s’estiment, se respectent, mais jusqu’au bout persistera entre eux une certaine distance, fruit de leurs différences de caractère.

Quoi qu’il en soit leur association est une réussite amplement démontrée par le retour de la France sur la scène européenne. Louis XIII, roi de guerre, ne pouvait rester longtemps à l’écart du conflit qui ravage le Saint Empire. La guerre de trente ans est l’occasion pour la France de rabaisser la puissance des Habsbourg qui l’encercle. Initialement les Français se contentent de soutenir les ennemis de Vienne et de Madrid, notamment la Suède.

En 1635 cette « guerre froide » prend fin quand la guerre éclate entre la France et l’Espagne. C’est un conflit cruel et couteux. De par leurs possessions de Franche-Comté, du Milanais et des Pays-Bas (l’actuelle Belgique et une partie du nord de la France actuelle) les Espagnols sont en mesure de frapper sur toutes les frontières françaises. Les troupes des Habsbourg peuvent compter sur le soutien de nombreux alliés et sur diverses trahisons. Les premières années sont donc difficiles pour les armes françaises. Le Roi qui commande en personne, ne ménage pas ses efforts et aggrave ainsi son état de santé déjà fragile.

C’est dans ce contexte difficile que Louis devient père. La naissance de Louis Dieudonné (prénom révélateur) apparait comme un miracle. Dans un de ses grands accès de piété, si caractéristique de sa foi ardente, Louis consacre même son royaume à la Vierge Marie.

Les années qui suivent voient le sort de la guerre tourner à l’avantage de la France mais ni Richelieu, ni le Roi n’en verront la fin…

Armand du Plessis décède en décembre 1642, non sans avoir pris soin de se trouver un successeur en la personne d’un autre cardinal : Mazarin. Quant à Louis XIII, épuisé par les efforts guerriers, terrassé par la maladie il s’éteint le 14 mai 1643 ; 33 ans jour pour jour après la disparation de son père…

Louis le Juste quel bilan ?

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La France de 1643, paye lourdement la politique ambitieuse du roi. Les campagnes, les villes, le commerce et les activités productives, ont souffert de la guerre et des révoltes incessantes. La fiscalité peine à assumer le fardeau militaire et tout autant celui d’une administration encore embryonnaire.

Et pourtant la France de 1643 est bien en passe de devenir la première puissance européenne du Grand Siècle.

Le royaume a su préserver son indépendance face aux Habsbourg et même se défaire de l’encerclement qu’ils lui faisaient subir. L’Espagne et l’Autriche sont épuisées, déclinantes…Des territoires stratégiques (Artois, Roussillon, une partie de l’Alsace) ont été conquis par les troupes françaises.

A l’intérieur l’autorité royale s’est progressivement imposée contre les Grands, les protestants et divers fauteurs de troubles. L’unité du royaume n’a finalement été jamais aussi poussée. Les infrastructures et les administrations clés du développement ont été renforcées. Au final c’est un Etat monarchique moderne qui émerge sous Louis XIII.

Il est vrai que ce roi à la mine sombre, avare de paroles, ombrageux, n’attira jamais la sympathie comme son père, ou ne brilla jamais autant que son fils. Pourtant il fut le dernier des rois de France à être pleuré par son peuple, qui l’estima digne de son surnom : le Juste.

Bibliographie

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