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Accueil Histoire de France La chanson de Louis : Le Ludwigslied ou Rithmus Teutonicus

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La chanson de Louis : Le Ludwigslied ou Rithmus Teutonicus

Louis III vers 863-882 et Carloman vers 866-884Le Ludwigslied ou Rithmus Teutonicus (en français, « la chanson de Louis ») est un poème écrit en haut-allemand ancien par un anonyme, moine ou laïc de la cour. Il célèbre la victoire de Louis III, roi de Francie Occidentale, contre les Vikings, le 3 août 881 à Saucourt-en-Vimeu en Picardie. Il a sans doute été composé du vivant du roi Louis. Ce chant de louange est transcrit dans un manuscrit du IXe siècle du monastère de Saint-Amand.

 

Cette abbaye, fondée au VIIe siècle par le moine Amand de Maastricht sous le patronage du roi Dagobert sous le nom initial d'abbaye d'Elnon, a fait partie des principaux foyers intellectuels de l'Occident du règne de Charles le Chauve jusqu'au Xe siècle, avec une importante bibliothèque et un scriptorium producteur de manuscrits importants, tel que la bible de Charles le Chauve. Redécouvert en 1672 par Don Mabillon, le chant est aujourd'hui conservé à la bibliothèque municipale de Valenciennes (Codex 150, f. 141v-143r), qui conserve les archives de l'ancienne abbaye. Ce poème est considéré comme l'un des plus anciens témoignages de la langue germanique.

Louis III

Louis III (865, †882) règne sur la Francie Occidentale aux côtés de son frère cadet Carloman II, de 879 à 882. Tous deux sont les fils que Louis II le Bègue (843, †879) a eus de sa première épouse, Ansgarde de Bourgogne, épouse qu'il a dû répudier, car il l'a prise pour femme, en secret, contre l'avis de son père Charles le Chauve (823, †877). En seconde noce, Louis II le Bègue a épousé Adélaïde, fille du comte Adélard de Paris, qui lui donne un fils posthume Charles, connu comme Charles le Simple. Lors de la mort de Louis le Bègue, ces deux mariages sèment le trouble. Une partie des grands, ne reconnaissant pas le premier mariage, propose la couronne de Francie Occidentale à Louis le Jeune, fils de Louis le Germanique. Ansgarde réussit cependant à faire annuler la répudiation dont elle a été l'objet ; elle attaque le mariage d'Adélaïde allant jusqu'à l'accuser d'adultère et parvient ainsi à porter ses deux fils sur le trône de Francie Occidentale. Ils sont sacrés en septembre 879 dans l'église abbatiale de Saint-Pierre et Saint-Paul de Ferrières-en-Gâtinais par l'archevêque de Sens. Louis, âgé de 15 ans, reçoit la Neustrie et Carloman, âgé de 13 ans, l'Aquitaine, la Septimanie et l'Ouest de la Bourgogne

Empire carolingien en 880.svgL'est de l'Empire est entre les mains des descendants de Louis le Germanique (806, †876), Louis III le Jeune et Charles le Gros. Au sud du royaume, Boson, beau-frère de Charles le Chauve, est roi de Provence depuis 879. Ce prince a intrigué pour devenir roi d'Italie et recevoir le titre d'empereur. Mais, sans succès. En 879, quelques mois après le couronnement de Louis et Carloman, il réunit à Mantaille près de Vienne six métropolitains et sept évêques qui le proclament roi. C'est la première usurpation de ce type, qui bafoue les droits des Carolingiens.

Les princes Louis et Carloman sont jeunes, mais ce sont de jeunes hommes énergiques. Malheureusement, leurs règnes sont de courte durée. Louis meurt en 882, à la suite d'un accident de cheval. Alors qu'il poursuit une jeune fille à cheval, il entre dans la maison où elle avait trouvé refuge, heurte ses épaules et sa poitrine au moment de franchir la porte. Il meurt de la suite de ses blessures, quelques jours plus tard à Saint-Denis. Son frère Carloman lui succède, mais il décède à son tour en 884 d'un accident de chasse au sanglier. Charles, fils posthume de Louis le Bègue, n'étant âgé que de cinq ans, les grands du royaume de Francie Occidentale font appel à Charles le Gros pour assurer la régence du royaume.

La bataille de Saucourt-en-Vimeu (3 août 881)

A l'été 879, une grande armée viking, chassée du Wessex par le roi Alfred le Grand (†899), a débarqué, aux environs de Calais. Elle opère dans la vallée de la Somme et dans la vallée de l'Escaut. La région comprise entre les deux rivières est dévastée et pillée : Thérouanne, Arras, Cambrai, Saint-Omer, les abbayes de Saint-Bertin, Saint-Valery, Saint-Amand, Saint-Riquier sont attaquées.

Dassy-Invasions normandesAlors qu'il assiège Boson dans son royaume, en compagnie de son frère Carloman et de son oncle Charles le Gros, Louis décide de porter son armée à la rencontre de cette armée viking. Les annales de Saint-Vaast nous renseignent sur cette bataille. Louis traverse l'Oise avec ses troupes et envoie des guetteurs reconnaître la trace des Vikings. Ces derniers sont sur le chemin du retour ; ils rebroussent chemin pour revenir à leurs bateaux, lourdement chargés de butin. Louis se poste sur leur route, non loin de la villa de Sathulcurtis (Saucourt), au sud d'Abbeville, près de la commune actuelle d'Abbas. C'est là qu'il les surprend. Pressés par la cavalerie franque, les Vikings se réfugient dans les murs de la villa sans doute abandonnée, poursuivis par les Francs, qui en massacrent un grand nombre. Ceux-ci se réjouissent déjà de leur victoire ; les Vikings tentent alors une sortie qui prend les Francs par surprise. L'armée du roi est bousculée ; certains fuient déjà. Heureusement, Louis les arrête ; il les harangue avec vigueur et leur rend leur audace. Les Francs se retournent contre les Vikings dont une grande majorité est tuée. C'est une victoire éclatante pour le roi Louis. Son retentissement est considérable d'autant que, depuis plusieurs années, le pouvoir carolingien préfère payer les Vikings pour les faire partir, verser le danegeld, « l'impôt aux Danois », plutôt que de les affronter.

Une croix de tuf s'est longtemps élevé au milieu d'un champ, près du lieu-dit de Saucourt, jusqu'en 1994, date à laquelle cette croix a été endommagée. Rachetée et restaurée par les communes voisines, elle se dresse à présent à un carrefour voisin. Cette croix a été, dit-on, élevée pour commémorer le triomphe de Louis.

La chanson de Louis (traduction issue du site remacle.org)

Le Ludwigslied ou Rithmus Teutonicus est un chant de louange en l'honneur du roi Louis. Il se compose de strophes de quatre vers et de strophes de six vers, rimant deux par deux. Il a sans doute été déclamé sous forme de récitation chantée, mais la musique, si elle a existé, ne nous est pas parvenue. Dans ce chant, les Vikings sont qualifiés de guerriers païens. Ils sont un châtiment, envoyé par Dieu, pour punir les Francs qui ne vivent pas en bons chrétiens. Louis, lui, est fidèle dans sa foi. Dieu est son guide depuis son enfance. Grâce à Dieu et aux Saints, il remporte la victoire, sauve le peuple du péril qui le menace et triomphe ainsi de l'épreuve qui lui a été envoyée.

Un poème épique de la seconde moitié du XIe siècle ou de la première moitié du XIIe siècle, Gormont et Isembart, base son intrigue sur la victoire de Louis à Saucourt-en-Vimeu. Dans cette chanson de geste, le jeune seigneur français Isembart, persécuté par son oncle, le roi Louis, part en Angleterre où il rejoint le roi païen Gormont et adjure sa foi. Il encourage celui-ci à attaquer la France ; le roi Louis se porte à leur rencontre ; après de longs combats où tous les champions du roi de France échouent contre le roi Gormont, le roi lui-même se porte contre le païen et le tue, mais il est lui-même mortellement blessé et décède quelques jours plus tard. Isembart, vaincu, se repend et meurt à l'ombre d'un olivier.

« Je connais un souverain, le roi Louis, fidèle au culte de Dieu qui le récompense de sa foi.
« Jeune encore, il perdit son père. Dans ce malheur, Dieu lui-même l'accueillit et voulut devenir son guide.
« Il lui donna pour compagnons des chevaliers intrépides; il lui donna un trône dans le pays des Francs. Puisse-t-il en jouir de longues années !
« Louis partagea le trône avec Carloman, sou frère, par un accord équitable et loyal.
« Après ce pacte, Dieu voulut l'éprouver ; il voulut voir s'il supporterait les peines.
« Il permit que les guerriers païens envahissent ses états, que les Francs devinssent leur esclaves.
« Les uns se perdirent aussitôt, les autres furent vivement tentés ; quiconque s'abstenait du mal était accablé d'outrages.
« Chaque brigand armé, enrichi de rapines, enlevait un château et devenait ainsi noble.
« L'un vivait de mensonge, l'autre d'assassinat, l'autre de défection ; chacun s'en glorifiait.
« Le roi était troublé, le royaume en désordre; Christ étant irrité permettait ces malheurs.
« Mais Dieu eut pitié de nous ; il connaissait notre détresse, il ordonna à Louis de marcher en toute hâte.
« O roi Louis ! secours mon peuple, car les Normands l'oppriment avec dureté.
« Louis répondit alors : Seigneur, je le ferai; la mort ne m'empêchera pas de suivre tes commandements.
« D'après l'ordre de Dieu il leva l'oriflamme, il marcha par la France au-devant des Normands.
« II rendait grâces à Dieu, en attendant sa venue, il disait : Seigneur, nous voici pour t'attendre.
« Alors l'illustre Louis s'écria d'une voix forte : Courage, guerriers, compagnons de mon sort !
« — Dieu m'a conduit ici ; mais il faut que je sache si c'est d'après vos vœux que je marche au combat.
« — Je m'exposerai à tout, pourvu que je vous sauve. Qu'ils me suivent tous ceux qui sont fidèles à Dieu!
« — Cette vie nous est acquise tant que Christ nous l'accorde ; nos corps sont sous sa garde, c'est lui qui veille sur nous.
« — Quiconque, servant Dieu avec zèle, sortira vivant de cette lutte, aura de moi une récompense ; s'il meurt, ce seront ses enfants.
« Il s'arme à ces mots de l'écu et de la lance, il vole sur son coursier pour punir ses ennemis.
« Il ne fut pas longtemps à trouver les Normands. —Dieu soit loué! s'écrie-t-il, en voyant ceux qu'il cherche.
« Chevauchant vaillamment, il entonne l'hymne sacré, et tous chantent ensemble : Seigneur, aie pitié de nous !
« L'hymne fut chanté, le combat commencé, le sang baigna le visage des Francs qui jouaient de leurs armes.
« Les chevaliers se vengèrent, mais surtout le roi Louis. Prompt et intrépide, telle était sa coutume.
« Il frappait l'un, il perçait l'autre ; il abreuvait ses ennemis d'amertume, et leurs âmes s'échappaient de leurs corps.
« Bénie soit la puissance de Dieu ! Le roi Louis fut vainqueur. Grâces soient rendues à tous les saints ! A lui fut la victoire.
« Le roi Louis fut heureux ; autant il était prompt, autant aussi il fut ferme dans l'épreuve. Maintiens-le, ô Seigneur, dans toute sa majesté ! »

Bibliographie

• Pierre Riché, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Pluriel
• Schneider Jens, Les Northmanni en Francie Occidentale au IXe siècle. Le chant de Louis. Annales de Normandie, 53e année, n°4, 2003, p 291-315.
• Pierre Ripert, L'empire éclaté de Charlemagne, le temps des épées, Editions Privat
• Christian Bonnet, Christine Descatoire, Les Carolingiens (741 – 987), Armand Colin
• Gormont et Isembart : Cycle des barons révoltés, Nathalie Desgrugillers-Billard, Paléo
Remacle.org, site de traductions de textes classiques, dont est issu la traduction du chant de Louis.

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