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L'invention de la bombe atomique (1945)

bombe-atomique

La bombe atomique (bombe A) est probablement l'une des inventions les plus diabolique de l'histoire. Pour la première fois aux mains des Etats-Unis, en 1945, elle mit fin à la seconde guerre mondiale dans le plus spectaculaire drame humain de l'histoire. Aujourd'hui encore, les images des champignons issus des deux bombes A mises au point par l'équipe de scientifique emmenée par J. Robert Oppenheimer sont le symbole terrifiant de l'holocauste planétaire à portée de bouton pressoir. Une arme qui aurait d'ailleurs pu faire encore bien plus de dégâts aux mains de l'Allemagne Nazie.

 

Les origines de la bombe

La mise au point de la bombe A, appelée aussi bombe atomique, à fission ou encore nucléaire est due, comme bien souvent en science, à une succession d'inventions et de  découvertes. Ainsi, après les travaux de Pierre et Marie Curie puis les théories d'Einstein, de nombreux physiciens aux Etats-Unis (dont une part importante d'immigrants) mettent au point des accélérateurs de particules comme le cyclotron (Ernest Orlando Lawrence) qui permirent de découvrir de nouveaux éléments, en particulier des radioisotopes tels que le carbone 14.

En 1939, c'est au tour d'Otto Hahn et de Fritz Strassmann, deux brillants scientifiques allemands, de démontrer que le bombardement d’uranium par des neutrons produit  un isotope du baryum. Lise Meitner et Otto Robert Frisch en déduisent une hypothèse selon laquelle cette réaction entrainerait la libération d’une énorme quantité d’énergie.

Ces différents découvertes permettent  aux scientifiques d'entrevoir la possibilité d'utiliser l'énergie considérable des atomes pour les transformer en arme sur la base d'éléments fissiles tels que l'uranium 235 ou le plutonium 239. Mais à l'aube du déclenchement de la seconde guerre mondiale, la route est encore longue avant de parvenir à concrétiser cette idée.

L'invention de la bombe atomique "A" : le projet Manhattan

Robert Oppenheimer

Il faut attendre le 2 août 1939 et une lettre adressée par Albert Einstein au président Roosevelt pour qu'un tel projet prenne toute son ampleur aux Etats-Unis. Einstein alerte le président américain sur les travaux avancés des Nazis en matière d'armement nucléaire, ce qui provoque une augmentation conséquente des crédits aloués à la recherche.

Ces efforts aboutissent, dans le plus grand secret, au lancement du projet Manhattan sous la direction du physicien Robert Oppenheimer et du général Leslie Groves, en 1942. Nombre d’éminents scientifiques européens et américains, dont les physiciens Enrico Fermi, Richard Feynman, Edward Teller, le mathématicien John von Neumann et le chimiste Harold Urey, furent associés à ce projet, qui finira par employer plus de 130 000 personnes en 1945. Tout simplement le plus grand projet scientifique jamais réalisé au niveau mondial.

Fruit d'efforts scientifiques et industriels considérables menées aux quatre coins des USA, une première bombe au plutonium (appelée « Gadget »), est testée le 16 juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique.

Hiroshima et Nagasaki : prélude à l'holocauste nucléaire ?

Nagasaki 1945 : avant et apres la bombe

Fort du succès de l'opération, deux autres bombes, l'une à l'uranium (Little Boy) et l'autre au plutonium (Fat Man), sont larguées sur les villes japonaises d'Hiroshima le 6 août 1945 et de Nagasaki le 9 août. Elles obligent l'empereur du Japon à capituler et à mettre ainsi fin à la série de guerres qu’il avait déclenchées depuis 1931.

A Hiroshima, la bombe larguée par le bombardier américain Enola Gay tue instantanément 75 000 personnes, pour un total d'environ 250 000 les semaines et mois suivants. La ville est totalement rasée. Un bilan humain dramatique, immortalisé par le film Hiroshima mon Amour. Une ultime surenchère dans le bain de sang de la seconde guerre mondiale, et la funeste démonstration que l'homme est en train d'inventer le moyen le plus efficace de détruire sa propre espèce.

 

Les Nazis n'y ont pas vraiment cru

Von Braun Tenant une fusée V2

De leurs côtés, les Nazis ont préféré orienter leurs recherches sur d'autres armes de pointe, au premier rang desquelles les fusées V1 puis V2, mais aussi des prototypes de soucoupes volantes, les premiers avions à réaction tels le He 178 puis le Messerschmitt Me262 Schwalbe, ou encore le premier sous-marin furtif U-480. Pourtant à la pointe de la technologie depuis les années 30, les Allemands n'auront jamais vraiment cru au pouvoir de domination de la bombe atomique. Et quand bien même Hitler aurait-il décidé d'y consacrer des moyens considérables, il est probable que les Etats-Unis soient quand même parvenus à concevoir la bombe les premiers.

Toutefois, l'hypothèse d'une bombe nucléaire aux mains de Nazis a de quoi glacer le sang. Londres et Moscou probablement rasées de la carte, des "populations inférieures" rapidement éliminées, le sort de l'Europe mais aussi du monde aurait probablement basculé dans la plus sinistre barbarie, comme l'a imaginé, par exemple, Philip K. Dick dans son roman fiction "Le Maitre du Haut Château".

L'invention de la bombe à Hydrogène "H"

Après la Seconde Guerre Mondiale, la plupart des grandes puissances cherchent à s'équiper de "la bombe". Ainsi, le 29 août 1949, les Soviétiques font exploser leur propre bombe A au plutonium. Les Etats-Unis n'ont plus le monopole de l'arme nucléaire et s'engagent dans une nouvelle course, contre un nouvel adversaire, celui de la bombe à fusion nucléaire.

Harry Truman est l'instigateur de ce nouveau challenge, mais il se heurte d'emblée au refus d'Oppenheimer. Ce dernier, comme la plupart de ses homologues scientifiques au premier rang desquels Einstein, est en effet horrifié par les conséquences de la bombe A et ne veut pas être tenu responsable d'un génocide.

La première bombe H verra tout de même le jour, le 1er novembre 1952 sous le doux nom d'Ivy Mike, au large de l'Atol de Bikini. Mille fois plus puissante que les premières bombes A, sa capacité destructrice dépasse de loin les estimations des scientifiques menés par Edward Teller.

La bombe H permettra par la suite de concevoir des armes aux dimensions fortement réduites permettant la mise au point d’obus nucléaires pour l’artillerie et de petits missiles pouvant être tirés par des lanceurs portables.

USS_George_Washington

 

La propagation de l'arme nucléaire et la dissuasion

Devenue l'arme absolue, la bombe atomique attire la convoitise de la plupart des grandes puissances.  Ainsi, les britanniques parviennent, par leurs propres moyens, à concevoir leur première bombe "viable" en 1957.

La République populaire de Chine (1967) et la France (1968) ont suivi le même chemin, en construisant des bombes « H » de plusieurs mégatonnes. L'Inde, le Pakistan, l'Israel, la Corée du Nord et probablement aussi l'Iran sont les derniers membres à avoir rejoint le sinistre club des puissances nucléaires.

Rapidement, les bombes nucléaires, heureusement jamais employées dans le cadre d'une guerre après 1945 (mais probablement testée sur des civils et des militaires), sont devenues des instruments aux multiples applications stratégiques et tactiques. Elles peuvent être lâchées par avions, roquettes et missiles, depuis l'air, le sol et même des sous-marins immergés.

Pratiquement impossible à intercepter, capable d'annihiler à tout moment n'importe quelle capitale de n'importe quelle grande nation, la bombe atomique est devenue l'arme de dissuasion par excellence. Etrange paradoxe pour cette abominable invention dont la prolifération a probablement permis d'éviter de nombreux conflits majeurs, mais qui peut à tout moment faire disparaitre l'espèce humaine de la surface de la terre...

Pour aller plus loin

- La bombe atomique : La stratégie de l'épouvante de Samy Cohen. Galimmard, 1995.

- Pourquoi Hiroshima ? : La décision d'utiliser la bombe atomique de Barthélémy Courmont. L'Harmattan, 2007.

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