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Mers-el-Kébir : le drame de la marine française

Mers_el_kebirJuin 1940. La France à genoux n’en possède pas moins une capacité militaire encore importante outremer, et en particulier sa marine. L’Amirauté britannique ne peut donc se permettre de prendre le risque de voir une telle flotte tomber aux mains des Allemands et lui contester la maîtrise des mers, indispensable à sa survie. Malgré les engagements français, les Britanniques décident donc de prendre l’initiative et de veiller au désarmement voire à la destruction des navires français se trouvant dans les bases navales non métropolitaines et en premier lieu Mers-el-Kébir.


Négociations d’amiraux

Le 27 juin 1940, l’Amirauté décide de mesures visant à empêcher les bâtiments français de regagner la métropole, même si c’est pour être désarmés ; le gouvernement britannique, en effet, ne fait pas confiance à l’Allemagne qui s’est engagée auprès de Pétain à ne pas utiliser ces navires pour son propre compte. La force H du vice-amiral Sommerville est mise en place autour du croiseur de bataille Hood (1), avec les cuirassés Resolution et Valiant, le porte-avions Ark Royal (2), deux croiseurs et plusieurs destroyers. Basée à Gibraltar, sa position est idéale pour à la fois surveiller le comportement de la marine française et contrôler la marine italienne. Le 1er juillet, Sommerville reçoit l’ordre d’obtenir le transfert dans des ports britanniques, où bien la reddition voire la destruction des navires français de la rade de Mers-el-Kébir, près d’Oran. Le 3 juillet, l’amiral français Gensoul se retrouve face à quatre choix : se joindre à la flotte britannique arrivée au large du port ; partir avec des équipages réduits pour des ports alliés ; désarmer les navires de Mers-el-Kébir sous contrôle anglais ; les saborder sur place. Tout autre choix entraînerait l’attaque du port par les bâtiments anglais. Pourtant, dans le camp britannique, cette dernière option est loin de faire l’unanimité, en attaquant des Alliés qui il y a peu combattaient à leurs côtés ; de plus, Sommerville sait que les amiraux français risquent de prendre fort mal ce genre d’ultimatum. Il demande à nouveau conseil à sa hiérarchie, qui lui confirme sa volonté d’aller jusqu’au bout si nécessaire.

En effet, la réaction française est glaciale : l’amiral Gensoul refuse de recevoir le capitaine de vaisseau Holland à bord de son navire-amiral, le Dunkerque. A 10 heures, le Français répond au message qu’il ne serait pas le premier à tirer, mais qu’il répliquerait. Gensoul informe Darlan que ses navires seraient probablement coulés dans les six heures suivantes, et parallèlement donne les ordres de préparation au combat.

La curée

L’amiral Gensoul tente tout de même de gagner quelques heures, en attendant une réaction de Darlan. Il reçoit finalement Holland, qui apprend la décision de Darlan dix jours plus tôt de ne pas livrer les navires (aux Allemands). De plus, Gensoul s’indigne du minage du port commencé par les avions de l’Ark Royal ! Sa hiérarchie l’informe après le départ de Holland que, même si Darlan n’a pu être joint, il a été décidé d’envoyer les forces navales françaises de la région lui prêter main-forte contre l’escadre britannique. Mais ce message est intercepté par l’Amirauté qui presse alors Sommerville de régler l’affaire. L’ultimatum est pour 17h30, les bâtiments anglais ouvrent le feu peu avant 18 heures. Les navires français sont gênés par leurs manœuvres pour quitter la rade : le cuirassé Bretagne est touché le premier, il chavire en provoquant la mort de 977 marins ! Le Dunkerque est frappé à son tour, alors que le Provence parvient à riposter sur le Hood, avant de devoir s’échouer suite à un obus qui manque de faire exploser sa soute à munitions. Des destroyers, dont le Mogador, sont gravement touchés mais le croiseur de bataille Strasbourg parvient lui à s’échapper en haute mer en se dissimulant derrière la fumée dégagée par le Bretagne. Le feu cesse après un quart d’heure, les Britanniques rechignant à faire couler plus de sang inutilement.

Les conséquences de Mers-El-Kébir

L’amiral Sommerville ne s’attendait pas à voir un navire passer le barrage de mines. Malgré l’arrêt des tirs sur la rade, il ordonne aux Swordfish de l’Ark Royal de prendre en chasse le Strasbourg, mais sans succès. Le croiseur de bataille français, mais aussi le porte-avions Commandant-Teste, cinq destroyers et six croiseurs venus d’Alger parviendront à Toulon le 4 juillet au soir.

Croiseur_dunkerqueAlors que la force H regagne Gibraltar, la neutralisation de la flotte française continue. L’attaque de Mers-el-Kébir coïncide avec la saisie des navires français déjà présents dans les ports britanniques ; puis, à Casablanca, le cuirassé Jean Bart, inachevé et qui avait quitté St Nazaire pour échapper aux Allemands, est épargné. Mais son jumeau le Richelieu présente un danger bien plus important ; il est ancré à Dakar et, malgré des machines endommagées, est apte au combat. Le 7 juillet, le porte-avions Hermes et deux destroyers sont envoyés pour lui présenter le même ultimatum qu’à Oran. Même refus. Les Britanniques tentent de miner le cuirassé français mais échouent, et envoient alors leurs avions torpilleurs. Une torpille endommage sa coque, il faudra un an pour le réparer.

A Alexandrie, une escadre française était intégrée à la flotte de Méditerranée orientale de l’amiral Cunningham. Celui-ci réagit fort mal à l’ordre de ses supérieurs de saisir les navires de ses alliés au moment même du bombardement de Mers-el-Kébir. Après d’âpres négociations avec l’amiral Godfroy, Cunningham parvient toutefois à obtenir le désarmement des bâtiments français sans effusion de sang, le 7 juillet 1940.

Le gouvernement britannique, en choisissant la force, a pris le risque de pousser les Français dans les bras d’Hitler. Mais Churchill ne pouvait se risquer à laisser une telle force intacte sans être assuré qu’elle lui serait alliée. Pourtant, dans le camp français, l’amertume est grande : l’exemple d’Alexandrie montre qu’avec une négociation sérieuse des accords auraient pu être possibles. Les bâtiments français restant outremer furent rappelés à Toulon et les Allemands leur permirent de rester armés. L’action de propagande des collaborateurs se trouva ensuite facilitée, pointant la bassesse britannique et la nécessité de se rallier à l’Axe.

Le baroud d’honneur de la Royale

Ces coups difficiles n’empêchèrent pas la marine française de connaître de nouveaux épisodes de gloire, certes très différents ; d’abord, deux mois plus tard, le Richelieu (3) tenait sa revanche : pourtant immobilisé dans le port de Dakar, il faisait échec quasiment à lui tout seul à l’opération anglo-gaulliste destinée à prendre cette ville stratégique ! La méthode britannique est la même qu’à Oran, mais les conséquences sont différentes. L’ultimatum est maladroit et braque le gouverneur général Boisson, qui affirme sa volonté de défendre Dakar jusqu’au bout. L’escadre de Cunningham, composée des cuirassés Barham et Resolution, du porte-avions Ark Royal et de plusieurs navires d’escorte, ouvre le feu le 24 septembre 1940 à 7 heures. Les dégâts commis sont très insuffisants, les canons de 380 du Richelieu tenant à distance les navires anglais. Pire, le lendemain, le Resolution reçoit une torpille du sous-marin Bévéziers et devra faire cale sèche plusieurs mois aux Etats-Unis ! Une demi-heure plus tard, c’est le Barham (4) qui souffre sous les coups du Richelieu ! C’en est trop pour Cunningham, qui ordonne la retraite…Cette défaite eut pour conséquence principale un affaiblissement de la cote de De Gaulle en Angleterre…

L’autre événement, plus tragique, fut bien entendu le sabordage de la flotte française à Toulon, le 27 novembre 1942. Mais nous y reviendrons…

  1. future victime du Bismarck en mai 1941.
  2. ce sont ses Swordfish qui causeront la perte du même Bismarck en endommageant son gouvernail. Il sera lui-même torpillé près de Malte en novembre 1941 par un sous-marin allemand.
  3. le Richelieu connaitra diverses aventures, dont une participation à la fin de la Guerre du Pacifique.
  4. le Barham, vétéran de la Première Guerre Mondiale comme le Resolution, sera coulé en Méditerranée en novembre 1941 par le U-331.

Bibliographie non exhaustive

- F. DELPLA, Mers El Kébir 3 Juillet 1940 : L'Angleterre rentre en guerre. Guibert, 2010.

- La Deuxième Guerre Mondiale, éditions Jules Tallandier, 7 tomes, 1966.

- J.J. ANTIER, Les grandes batailles navales de la Seconde Guerre mondiale, tome 1, Omnibus, 2000.

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