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Le Yamato, roi maudit des cuirassés

y1La Seconde guerre mondiale aurait pu être l’apogée des cuirassés, elle fut leur cimetière. Très rapidement supplantés par les porte-avions, ces monstres des mers, héritiers des grands navires de guerre à voile de l’Age d’Or de la marine, ont vu leurs représentants les plus illustres connaître des destins contrastés. Après les héroïques raids du Graf Spee et du Bismarck, l’agonie du Prince of Wales et du Repulse ou les évasions miraculeuses du Jean Bart et du Scharnhorst, qu’est-il advenu du plus énorme d’entre tous, le Yamato ?


 

Et il flotte !

Comment imaginer qu’un tel monstre ait pu un jour prendre la mer ? Jugeons plutôt : un déplacement de 64 200 t ; une longueur de 263 mètres ; une largeur de 39 mètres ; une ceinture de blindage principale de 400 mm ; un armement composé entre autres de trois tourelles de chacune trois canons de calibre 457 mm, pouvant envoyer des obus de plus d’une tonne ; le tout pouvant filer à 27 nœuds (soit plus de 50 km/h) ! Pouvant en outre embarquer plus de 3000 hommes, le Yamato fut le plus puissant cuirassé de la guerre, au-delà même du Bismarck ou des derniers cuirassés américains (type Iowa par exemple).

Développé à partir de 1934, soit avant l’annulation des normes de limitation touchant les navires de guerre, sa quille est mise en chantier le 4 novembre 1937 à Kure ; il entre en service le 16 décembre 1941, soit neuf jours après l’attaque de Pearl Harbor. Au départ destiné à être le fleuron d’une « super-flotte », il se transforme au long de la guerre en simple navire-amiral, alors que son frère jumeau, le Musashi, est coulé à Leyte fin 1944 par l’aviation américaine (il faut quand même dix-neuf torpilles et dix-sept bombes pour en venir à bout), sans quasiment avoir combattu ; un troisième exemplaire, le Shinano, est rapidement reconverti en porte-avions, symbole à lui tout seul de la perte de pouvoir des cuirassés durant cette guerre.

Longtemps loin du feu

Entré en service après Pearl Harbor, le Yamato se tient longtemps loin des combats, activement en tout cas. Il est de  presque toutes les batailles suivant le 7 décembre 1941, en particulier Midway en 1942 et la bataille de Leyte en 1944, où il est d’ailleurs brièvement bombardé. Pourtant, à aucun moment, le Yamato ne peut faire entrer en action sa terrible artillerie principale, tout simplement parce qu’il n’a pas d’adversaire ! A partir de mai 1942, la plupart des batailles décisives se jouent sans que les flottes se retrouvent face à face, c’est uniquement à l’aviation embarquée d’agir ; c’est évidemment le cas à la mer de Corail et à Midway, mais aussi plus tard dans les Salomon Orientales. Il y a certes quelques « vraies » batailles navales, au canon, lors de la bataille de Guadalcanal par exemple, mais elles sont à petite échelle et concernent plutôt des croiseurs.

y2Quand les Japonais croient pouvoir enfin utiliser la fantastique puissance de feu du Yamato, le sort en décide autrement ; ainsi, à Midway encore, l’amiral Yamamoto veut jeter ses navires de ligne, dont le Yamato, dans la bataille pour un combat de nuit. Mais la flotte américaine victorieuse, qui a déjà coulé quatre porte-avions nippons, s’est prudemment retirée. A Leyte, alors que le Yamato est intégré avec son sistership le Musashi à l’escadre de bataille de l’amiral Kurita, chargée d’attaquer la flotte d’invasion américaine, le plan échoue quand il s’agit de prendre par surprise l’ennemi ; c’est ce dernier qui prend l’initiative avec son aviation, en bombardant la flotte japonaise et donc en coulant le Musashi. Les hésitations de Kurita empêchent finalement son escadre et le Yamato d’être décisifs quand, enfin, ils parviennent à entrer en contact avec la flotte ennemie et à faire feu. L’amiral japonais décide de se retirer, par peur de sacrifier pour rien la dernière grosse unité de la marine impériale, qui peut encore être utile à la défense du Japon.

Le Yamato sacrifié à Okinawa (avril 1945)

Les autres grandes opérations américaines qui voient la conquête des places fortes japonaises ne permettent pas à l’état-major nippon, qui n’a presque plus de porte-avions, de risquer ses dernières forces navales. Il le fera uniquement au moment où la terre-patrie sera menacée.

C’est ce qui arrive quand les Américains décident de s’attaquer à l’île d’Okinawa. La bataille pour la défendre doit être le grand baroud d’honneur de la marine impériale (et de l’armée), dans le but de faire subir un maximum de pertes à l’ennemi pour le contraindre à renoncer à un débarquement au Japon.

Pourtant, une fois encore, le Yamato ne semble pas faire partie des priorités dans les plans japonais. Les batailles (et défaites) précédentes ont confirmé la nécessité de la maîtrise du ciel, et c’est sur cet aspect que les efforts nippons sont faits pour Okinawa. Mais ils disposent d’à peine deux milles appareils, et surtout d’équipages dont la formation n’a pas été achevée…Parmi eux, comme à Leyte, de nombreux candidats aux attaques-suicide.

La bataille d’Okinawa commence, et on se demande bien quel rôle va pouvoir jouer le Yamato. Le 4 avril, le cuirassé est intégré à une force mobile destinée à contre-attaquer, et surtout à servir d’appât à la flotte américaine pour l’attirer dans le secteur de l’aviation japonaise basée à terre. Très vite, on comprend que l’attaque du Yamato, dite « spéciale », sera en fait suicide ; avec son escorteur le Yahagi il ne reçoit que la ration aller de son carburant…

La petite escadre du Yamato appareille finalement le 6 avril 1945, et elle est rapidement repérée par l’aviation ennemie. Toutefois, ce sont d’abord des sous-marins qui la menacent, écartés par les destroyers de l’escorte. La nuit passe, relativement tranquille, et le 7 avril au matin le cuirassé continue sa route au Sud, sans apparemment être repéré par les Américains. C’est seulement vers midi que l’escadre reçoit un message évoquant le décollage de plus de deux cents avions américains des porte-avions, pour une grande attaque sur Okinawa ! Les appareils ennemis apparaissent bientôt par grappes ; c’est d’abord l’arrière garde de l’escadre du Yamato qui est frappée, puis son cœur même, le tout avec un temps toujours mauvais qui handicape encore plus les défenseurs que les attaquants.

y3L’artillerie anti-aérienne du Yamato a été grandement améliorée dès les débuts de l’année 1944, grâce à l’utilisation du projectile « San-shiki » (tiré des pièces principales), capable de créer un cône de feu de 400 mètres sur 1000 mètres, sur une portée de 30 kilomètres ! Mais sans protection aérienne, cela ne suffit pas face à une attaque massive d’avions ennemis, surtout quand ils sont protégés par une couverture de nuages bas…qui empêche le tir des grosses pièces, et donc des « San-shiki » ! Il n’est pas 13 heures, et le Yamato est déjà frappé par deux bombes, puis par une torpille ; au même moment, le croiseur Yahagi est gravement touché et doit stopper, et un destroyer est coulé.

Une courte accalmie, et de nouvelles vagues américaines apparaissent une vingtaine de minutes plus tard. Un second destroyer est touché, puis le Yamato lui-même, qui encaisse cette fois deux torpilles. Un autre escorteur est ensuite coulé à son tour.

Un troisième raid ne laisse pas les Japonais souffler : ils sont près de cent cinquante appareils à fondre sur l’escadre nippone, décidés à en finir, dont une vingtaine de torpilleurs rien que pour le Yamato ! Le cuirassé est touché trois fois, gravement puisque l’un des gouvernails est détruit et que ses compartiments tribord sont noyés…Sa vitesse et sa manœuvrabilité sont donc fortement entamées. Pendant ce temps, le Yahagi a cédé sous les coups et coulé à son tour.

A 14 heures, le Yamato est alors frappé en plein milieu par trois bombes, puis quelques minutes après trois torpilles le touchent à nouveau, deux à bâbord, une à tribord. Le grand navire se couche sur le flanc petit à petit et n’avance plus qu’à sept nœuds. C’est cependant un quart d’heure plus tard que la torpille fatale le frappe : le Yamato se penche, les munitions roulent dans les soutes et finissent par exploser, et le cuirassé avec. Il emporte dans les abîmes plus de 3000 hommes, seuls 269 seront sauvés…

Le sacrifice du Yamato et de son escadre n’a finalement pas servi à grand-chose : la marine impériale n’est plus, et l’île d’Okinawa tombe après des combats parmi les pires de la guerre. La route vers le Japon est ouverte. Quant à l’aventure des cuirassés, elle est définitivement terminée.

Pour aller plus loin

- Les cuirassés de la Seconde Guerre mondiale de Jean Moulin. 2009.

- Cuirassés du 20e siècle de Bernard Ireland. 2004.

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