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Les Normands en Méditerranée (1) : pèlerins et mercenaires

Tancrede_et_ses_filsL’aventure des Normands en Méditerranée est originale à plus d’un titre : comment des pèlerins, descendants des terribles Vikings, venus du jeune duché de Normandie ont pu devenir des mercenaires, puis des conquérants, de la Sicile à la Terre Sainte, avant de fonder des Etats aux caractéristiques inédites, mélangeant les influences latines et orientales ?

 

 

La création du duché de Normandie

Avant de se demander comment les Normands se sont retrouvés en Méditerranée, il faut faire un retour rapide sur leurs origines.

Le IXè siècle voit les bandes vikings ravager le Nord de l’Europe (quelques-unes iront même, déjà, jusqu’en Méditerranée). En Francie, les Vikings profitent des problèmes des Carolingiens pour piller tout ce qui en vaut la peine, en particulier les abbayes et les cités épiscopales ; ils sont même devant Paris en 888, mais échouent face à Eudes.

Le tournant intervient en 911, quand l’un des chefs vikings, Rollon (sans doute originaire du Danemark), qui pille entre Auxerre et la vallée de la Seine, est battu à Chartres par le duc de Neustrie et le princeps de Bourgogne. Il signe alors avec le roi Charles le Simple le traité de Saint-Clair-sur-Epte : Rollon obtient le titre de comte de Rouen, et doit promettre de se convertir au catholicisme avec les siens.

La principauté se met lentement et difficilement en place, avec des comtes ou marquis (qui deviennent ducs aux débuts du XIè) comme Guillaume Longue-Epée (fils de Rollon), ou encore Richard Ier. Mais c’est seulement sous Guillaume le Bâtard (futur « le Conquérant ») que le duché est unifié derrière un seul homme.

Les pèlerinages normands en Méditerranée

La conversion au catholicisme est, elle, relativement rapide parmi les Normands. C’est donc logiquement qu’ils sont présents dans le grand renouveau des pèlerinages qui marque le XIè siècle.

Robert_le_magnifiqueLe plus célèbre des pèlerins normands est certainement Robert le Magnifique : malgré une accession au pouvoir contestée et des tensions avec l’Eglise, le père de Guillaume le Conquérant est duc à 17 ans, en 1027. Sous l’influence de Robert, archevêque de Rouen, le duc conduit une politique volontariste en matière religieuse, en soutenant par exemple des monastères. Mais surtout, il décide de partir en pèlerinage à Jérusalem. Il parvient à rejoindre la Ville sainte en 1035 mais, malade, il meurt sur le chemin du retour près de Nicée.

Cet exemple marquant est assez symptomatique d’une volonté de nombre de Normands d’accomplir des pèlerinages, à Saint-Jacques de Compostelle, Rome, et donc jusqu’à Jérusalem malgré les dangers. L’idéal était de gagner la Terre sainte, là même où le Christ avait marché, mais le chemin et les étapes pour s’y rendre étaient aussi importants : parmi eux, Rome bien sûr mais aussi le Mont Gargano en Apulie. C’est donc le pèlerinage qui a permis la rencontre entre l’Italie et les Normands.

Selon Aimé du Mont-Cassin (mort autour de 1100), c’est cependant dès 999 que le contact est établi entre l’Italie et les pèlerins normands. Ces derniers, revenus de Terre sainte et pourtant (selon le chroniqueur) seulement au nombre de quarante, se transforment en guerriers à Salerne, qu’ils débarrassent de la menace sarrasine ! C’est le début de la légende des Normands en Méditerranée. Guillaume d’Apulie, lui, situe le même genre de situation dans les années 1015-1016 ; cette fois, un Lombard, Mélès, demande à des Normands en pèlerinage au Mont Gargano de l’aide pour se défaire de la tutelle byzantine. Dans les deux cas, les Normands ne restent pas sur place, mais promettent de revenir avec d’autres combattants…

Un exil des Normands

Les problèmes internes au duché à la fin du Xè siècle et au début du XIè favorisent les départs, sous le règne de Richard II (996-1026). Celui-ci use alors du droit d’exil contre ceux qui ne veulent pas se soumettre à son pouvoir : il peut les déclarer hors-la-loi et leur confisquer leurs terres. Les départs commencent, par refus de se soumettre ou pour fuir le jugement de certains crimes.

Mais c’est aussi la vision d’une Méditerranée et d’un Orient riches qui attire ces hommes du Nord à peine intégrés à l’espace latin et chrétien. C’est surtout en Basse-Normandie que l’on trouve des familles de la petite ou de la moyenne noblesse qui décident de tenter l’aventure en Méditerranée. Parmi elles, une famille du Cotentin, les Hauteville.

D’autres deviennent rapidement des mercenaires : en Italie comme nous allons le voir, mais aussi au service de Constantinople (comme Roussel de Bailleul), ou pour aider à la Reconquista en Espagne (Raoul de Tosny ou encore Robert de Crespin). Ils n’hésitent pas à tenter d’en profiter pour conquérir de nouvelles terres mais, malgré leurs succès militaires contre les Sarrasins ou les Turcs, ils échouent (en particulier Roussel, qui se retourne contre le basileus, mais finit par être battu et mis à mort).

Enfin, il faut noter l’importance de la venue d’Italiens dans le duché de Normandie, avec à leur tête Guillaume de Volpiano, auquel Richard II a confié la réforme du monachisme normand. Il vit une trentaine d’années en Normandie, et a probablement contribué au départ de certains Normands pour l’Italie.

Une Italie attirante

On l’a vu, ce sont avant tout les pèlerinages qui permettent la rencontre entre les Normands et l’Italie. Celle-ci est très divisée au XIè siècle, le Nord sous l’influence lombarde et en butte aux tensions entre le pape et le Saint Empire, alors qu’au Sud c’est l’Empire byzantin qui domine, au grand dam de la population.

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La menace vient également de la Sicile et du Maghreb, sous domination musulmane. Les razzias se sont multipliées sur les côtes depuis le IXè siècle, Rome a été pillée, Bari occupée, et les cités de Salerne, Naples ou Amalfi sont régulièrement sous la menace sarrasine, malgré les accords commerciaux qui existent parfois (avec Amalfi par exemple).

Les Normands, rapidement conscients de la possibilité de profiter de cette Italie instable et réclamée par de grandes forces politiques, commencent à y émigrer pour offrir leurs services qui jouissent d’une grande réputation.

Les Normands mercenaires en Italie

Après les événements (établis ou pas) de Salerne et d’Apulie, c’est à partir de 1017 que commence vraiment l’épopée guerrière des Normands en Italie. Comme promis, ils aident d’abord Mélès en Apulie contre les Byzantins, mais l’aventure tourne court suite au massacre de la plupart des chevaliers normands à Cannes en octobre 1018 !

D’autres Normands arrivent les années suivantes, en décidant de soutenir des princes plus légitimes : ainsi, en 1029, un certain Rainolf devient comte d’Aversa sur décision du duc de Naples. Plus important encore, environ trois cents Normands sont engagés par le général byzantin Georges Maniakès en 1037 pour tenter de délivrer la Sicile de l’emprise musulmane. Si Messine est reprise un temps, l’opération échoue finalement en 1041, et déçus de ne pas être payés, les mercenaires normands rentrent en Italie. Parmi eux, on note la présence de Guillaume dit Bras-de-Fer et Dreux, deux des fils de Tancrède de Hauteville…

Les Normands s’installent

Pendant cette période, l’immigration de Normands en Italie du Sud n’a cessé d’augmenter. Les principaux chefs commencent à comprendre les complexes réalités de la péninsule et se mettent à en profiter, militairement mais surtout politiquement. Dès l’année 1040, ils s’allient aux cités lombardes contre l’ennemi byzantin : les ducs d’Apulie choisissent les chefs normands, plus compétents que les Lombards, pour conduire les opérations militaires contre les Grecs. Cela permet à quelqu’un comme Guillaume Bras-de-Fer de devenir prince d’Apulie, désigné comme tel par le prince lombard de Salerne, Guaimar IV. En 1046, son frère Dreux lui succède, avec le titre comes Normannorum totius Apuliae et Calabriae.

Les mercenaires sont alors très bien installés : le prince de Salerne a divisé le territoire en douze comtés avec à leur tête un Normand. Ils sont devenus des seigneurs, bien décidés à étendre leur territoire et à prendre leurs aises. Les Lombards vont finir par regretter les Byzantins, alors que le pape, mais aussi les musulmans, vont s’inquiéter de plus en plus de cette présence qui dure…

Lire la suite : Les Normands en Méditerranée (2) : les conquérants

Bibliographie dans la dernière partie.

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