Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle Moyen-âge Les Normands en Méditerranée (2) : les conquérants

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Les Normands en Méditerranée (2) : les conquérants

robert_guiscardLes Normands sont en quelques décennies passés de simples pèlerins à mercenaires, puis de mercenaires à seigneurs dans le Sud de l’Italie. Cette installation normande, inattendue et marquée tant par l’habileté politique des barons que par la violence dont ils pouvaient faire preuve, est décisive pour l’histoire de la Méditerranée médiévale. Elle ouvre une ère qui va voir la création d’un modèle original, d’ambition impériale, marqué par les cultures qu’il a soumises. Mais d’abord place aux conquêtes…


 

 

La présence normande contestée

Les Lombards ont appelé les Normands à l’aide contre les Byzantins, mais ils le regrettent rapidement quand les nouveaux seigneurs de l’Apulie décident d’agrandir leurs territoires par la guerre et le pillage, y compris contre leurs anciens alliés. Au Sud, c’est un autre fils de Tancrède de Hauteville, Robert Guiscard, qui s’installe en Calabre en 1048. La papauté est aussi menacée quand les Normands commencent à lorgner sur la principauté de Bénévent. Léon IX réunit alors une armée contre les nouveaux envahisseurs, composée de Lombards mais aussi de Germains ; le basileus Constantin IX lui-même lui apporte son soutien, ce qui montre bien que le danger normand est pris très au sérieux par les puissances de la région. Le pape doit diriger les opérations en personne, et est bien décidé à en profiter pour réclamer ses droits sur la péninsule toute entière.

Le duc normand Dreux, comes Normannorum totius Apuliae et Calabriae depuis 1046, est assassiné suite à un complot grec en 1051 ; puis l’année suivante c’est au tour de Guaimar V, ultime soutien local pour les Normands. Ces derniers choisissent alors comme successeur le frère de Dreux, Onfroi, pour affronter les armées papales. L’issue semble plus que risquée pour les Normands, qui se retrouvent à affronter trois armées (le pape et les Lombards, des contingents germaniques envoyés par Henri III, et les Byzantins). Le choc intervient le 17 juin 1053 à Civitate, un choc également entre deux façons de combattre : la cavalerie normande balaie les fantassins ennemis ! Seule la cavalerie allemande résiste un peu…Les Normands, tous réunis pour l’occasion, capturent Léon IX et, en le traitant bien, parviennent à en obtenir ce qu’ils veulent : une légitimité. Le pape accepte alors de confirmer leurs possessions, et les barons normands lui prêtent allégeance.

L’alliance des Normands avec le pape

La paix avec le pape semble solide, et les ducs normands en profitent pour agrandir leurs possessions avec habileté, parfois contre les Lombards et toujours contre les Byzantins. Ils mettent la main sur la principauté de Capoue, puis achèvent la conquête de la Calabre en 1060.

Les Normands ont aussi appris à utiliser autre chose que la force : ainsi, le comte Richard d’Aversa devient le protecteur de l’abbaye du Mont-Cassin en 1045, pendant qu’Onfroi et Robert Guiscard confirment leur soutien au pape face à la menace de l’empereur germanique. Cette alliance entre les Normands et la papauté est scellée au synode de Melfi en 1059 : Richard d’Aversa, prince de Capoue, et Robert Guiscard, duc d’Apulie (depuis la mort d’Onfroi) promettent fidélité au pape Nicolas II. Celui-ci offre le titre de duc de Sicile à Guiscard…en attendant que le Normand prenne l’île aux Sarrasins !

Les nouveaux seigneurs de la région décident de s’allier également avec les grandes familles locales, pour ancrer encore un peu plus leur légitimité italienne : dès les années 1030, Rainolf d’Aversa s’est rapproché des ducs de Naples, mais c’est surtout Robert Guiscard qui s’illustre en se séparant de sa première femme, une Normande, pour épouser la sœur du prince de Salerne, Sykelgaite.

L’ambition impériale de Robert Guiscard

L’appui du pape met le duc d’Apulie et de Calabre dans une position très avantageuse, y compris par rapport à ses compatriotes normands, et lui permet bientôt de se revendiquer comme le successeur de l’empereur grec sur ces terres. Il doit alors faire face à des révoltes, qui vont durer et éclater sporadiquement durant tout son règne.

robert_guiscard

Il décide néanmoins, en 1062, et malgré leur rivalité, de s’allier avec son frère Roger pour se partager les tâches ; alors que lui va continuer la guerre en Italie du Sud contre les Byzantins, Roger devra se charger de la Sicile (qu’ils ont attaquée ensemble l’année précédente). Guiscard se tourne tout d’abord vers Bari, qu’il prend en 1071 ; puis, avec l’aide de Richard de Capoue, il met la main sur Salerne en 1076, puis sur Bénévent et Naples l’année suivante, provoquant l’inquiétude du nouveau pape Grégoire VII. L’Italie du Sud est, à la fin des années 1070, entièrement sous le pouvoir normand.

Robert Guiscard n’a cependant pas abandonné ses ambitions impériales et il décide de profiter des problèmes internes à l’Empire byzantin pour l’attaquer ! En effet, Michel VII est renversé en 1081 ; or, le duc normand était en pleine négociation avec lui, pour le marier avec sa fille Hélène. Il décide ainsi, opportunément, de se poser en champion de l’empereur légitime pour marcher sur Constantinople. Au passage, il obtient le soutien du pape…

Guiscard se rappelle alors les origines maritimes des Normands et fait construire une grande flotte pour traverser l’Adriatique. Il envoie d’abord son fils Bohémond (que nous retrouverons en Terre Sainte), qui prend Valona. Puis lui-même débarque en Illyrie, après avoir pris Corfou en mai 1081. Le siège de Durazzo commence ; malgré l’aide de la flotte vénitienne aux Byzantins, les Normands battent l’armée impériale le 18 octobre 1081 et prennent la ville en février 1082, grâce à l’aide des Amalfitains qui s’y trouvent. Mais les succès normands s’arrêtent à cause des manœuvres habiles du nouveau basileus, Alexis Comnène : celui-ci agite les barons normands mécontents de l’omnipotence des Hauteville, et soutient l’empereur germanique Henri IV dans sa lutte contre Grégoire VII. Ce dernier doit demander l’aide de Guiscard, qui rentre en Italie en laissant Bohémond en Grèce. L’empereur Alexis Comnène en profite pour reconquérir l’essentiel des places perdues.

Le duc réussit à calmer les révoltes des barons, puis il marche sur Rome, délivre le pape et punit ceux qui l’ont trahi en suivant les empereurs. En 1084, Robert Guiscard planifie déjà une nouvelle expédition contre Byzance, mais il meurt de maladie en juillet 1085, après avoir toutefois réussi à reprendre Corfou aux Byzantins. Des frères Hauteville ne reste alors que Roger, qui a entre temps renforcé son pouvoir en prenant la Sicile aux Sarrasins.

Le comte Roger en Sicile

La conquête de la Sicile musulmane a débuté dès 1061, avec la prise par Roger et Robert de Messine, qui devient le point d’appui des Normands sur l’île ; ils ont bénéficié de l’aide d’un chef musulman, Ibn al-Thumna de Syracuse. En effet, depuis les années 1050, la Sicile musulmane est la proie de rivalités internes, en lien avec la situation instable en Ifriqiya ; différents émirs se partagent l’île, et Ibn al-Thumna est l’un d’eux. Lorgnant sur Palerme, il a donc décidé de faire appel aux Normands : il leur promet de l’aide pour conquérir la Sicile et offre même son fils en otage ! C’est lors de leur deuxième tentative que les frères Hauteville parviennent à conquérir Messine.

La situation se complique dès 1062 : leur allié musulman est assassiné, et les tensions entre les deux frères augmentent avec les difficultés sur le terrain ; ils se réconcilient toutefois assez rapidement, et Robert rentre en Italie du Sud. Roger prend seul Troina et Petrelia et, en 1063, c’est la victoire devenue légendaire de Cerami, où les Normands en infériorité numérique l’auraient emporté sur les musulmans grâce à l’aide de saint Georges. Cependant, Palerme reste toujours hors d’atteinte. Roger prend les cinq années suivantes pour conquérir patiemment les places fortifiées des Madonies, jusqu’à la prise de Misilmeri en 1068. L’avancée est difficile, non seulement face aux musulmans, mais aussi face aux Grecs de l’île, soutenus évidemment par les Byzantins. La prise de Bari permet à Roger de Hauteville d’avoir les coudées franches pour se concentrer sur les Sarrasins : il s’inspire de cet exemple pour attaquer Palerme, avec l’aide de son frère qui commande la flotte normande. Les deux Hauteville entrent dans la cité le 10 janvier 1072 ; la conquête de la Sicile musulmane n’est cependant pas terminée.

Alors que Robert se tourne vers Byzance, Roger continue la guerre sur l’île : Catane et Mazara connaissent rapidement le même destin que Palerme, mais il faut attendre 1085 pour que Syracuse chute à son tour. La même année, les Espagnols ont repris Tolède aux musulmans…La fin de la conquête intervient en 1091, alors que les deux dernières places fortes, Noto et Butera, sont tombées en 1088.

L’héritage de Robert et Roger de Hauteville

Au début du XIIè siècle, la puissance normande est impressionnante, et ce, malgré le recul face aux Byzantins. Ils tiennent fermement l’Italie du Sud et la Sicile, et leur pouvoir est plus solide. Les frères Hauteville ont réussi à calmer les critiques des autres barons normands, l’Empire germanique est trop occupé avec ses problèmes internes, et le pape Urbain II a lancé la Première croisade. Le fils de Robert Guiscard, Bohémond, va suivre cet appel pour porter la bannière normande jusqu’en Terre Sainte, alors que son demi-frère Roger Borsa succède à leur père en Apulie.

Quant au fils de Roger, il succède à son père qui décède en 1101, après le court passage de son frère aîné Simon (1101-1105). Il hérite de la riche Sicile et de la Calabre, où il va construire le deuxième royaume normand, après celui d’Angleterre quelques années auparavant, mais sur un tout autre modèle…

Lire la suite : Les Normands en Méditerranée (3) : Le royaume de Sicile

Bibliographie dans la dernière partie.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire