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La traite atlantique (XVe-XIXe siècles)

hommebetailSi l’esclavage existe depuis l’Antiquité, la traite s’en distingue par plusieurs points qu’il conviendra de définir ici. Ensuite, s’il a existé une traite arabe, une traite intra-africaine (ou saharienne) et une traite dans l’océan Indien, que certains jugent trop souvent occultées, elles n’ont pas atteint l’ampleur de la traite atlantique, qui possède elle aussi ses spécificités. Pour une introduction à l’étude de cette traite, démarrer au XVe siècle, avant la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, est nécessaire afin de replacer la traite occidentale dans un processus global, qui ne cessera qu’avec les abolitions au XIXe siècle, et aura bien des conséquences jusqu’à nos jours.

 

Définir la traite atlantique

Il n’est pas toujours aisé de trouver une définition précise de la traite, et la confusion avec l’esclavage « classique » est courante. Selon l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, on peut distinguer la traite des autres formes d’esclavage selon cinq points : la traite nécessite l’existence d’une logistique et de réseaux d’approvisionnement importants, ainsi que d’une idéologie pour « légitimer » l’entreprise ; pour parler de traite, il faut une dissociation entre le lieu de production et le lieu d’utilisation du captif ; la traite négrière se perpétue à cause de la forte mortalité des esclaves noirs, et leur incapacité démographique (pour des raisons diverses) « à se maintenir sur leur lieu d’importation » ; la traite nécessite un commerce, un échange de marchandises, ce qui est différent, par exemple, des razzias arabes ou africaines, ou des captures d’esclaves de l’Antiquité ; dans le prolongement, ces échanges importants nécessitent l’accord et la participation d’entités politiques aux intérêts convergents.

En ce qui concerne plus spécifiquement la traite atlantique (ou transatlantique), elle concerne le trafic d’esclaves dit « triangulaire » entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques.

La traite portugaise au XVe siècle

L’origine de la traite transatlantique est généralement vue dans le commerce d’esclaves pratiqué par les Portugais au cours du XVe siècle. Principalement à la suite de la prise de Ceuta en 1415, vue comme un prolongement de la Reconquista, une politique volontariste des souverains portugais, mais également des Ordres de chevalerie, encourage des aventuriers (pas seulement lusitaniens) à explorer les côtes occidentales de l’Afrique. Le Cap Bojador est dépassé en 1434, le Cap Vert dix ans plus tard, et le Kongo atteint dans les années 1480, avant qu’évidemment Bartolomeu Dias puis Vasco de Gama ne franchissent le Cap de Bonne-Espérance.

Les Portugais ne pénètrent que très peu dans les terres, se contentant d'installer des comptoirs sur les côtes. Dans certaines îles, comme les Açores, sont installés des paysans qui mettent en place des cultures spéculatives, comme les plantations de canne à sucre, nécessitant de la main d’œuvre. Les marchés d’esclaves d’Asie étant plus difficiles d’accès en raison des conquêtes ottomanes, les Portugais se tournent vers les souverains africains avec lesquels ils entrent en contact dès leurs conquêtes au Maroc, qui leur permettent de se lier au trafic d’esclaves transsaharien, et ce dès les années 1440. Ce commerce commence ensuite à glisser vers l’ouest, un palier est franchi avec la mise en valeur de l’île de Sao Tomé dans les années 1480, et le comptoir de Sao Jorge de Mina, qui devient l’une des plaques tournantes de la traite. Entretemps, d’autres Européens se sont agrégés à ce trafic, comme des Génois ou des Espagnols. La découverte de l’Amérique, le Brésil compris, puis le besoin de main d’œuvre croissant pour l’exploitation des territoires conquis, vont provoquer le déplacement de la traite vers le « Nouveau Monde ». C’est ainsi que naît la traite transatlantique.

Les débuts de la traite atlantique européenne (XVIe-XVIIe siècle)

Logiquement, ce sont les puissances de la péninsule Ibérique qui ouvrent la traite négrière transatlantique. Par différents traités, comme celui d’Alcaçovas (1479) et surtout celui de Tordesillas (1494), le Portugal et l’Espagne se partagent les territoires à exploiter. Les Espagnols donnent des asientos à des compagnies privées chargées d’importer des esclaves. Le premier de ces contrats est signé en 1518 par Charles Quint.

Le véritable tournant, qui introduit véritablement les Amériques dans la traite, intervient dans la deuxième moitié du XVIe siècle, moment où la traite atlantique devient plus importante que la traite transsaharienne. Les Portugais se fournissaient en Angola principalement puis, quand le Portugal est annexé par l’Espagne en 1580, les lieux d’approvisionnement se diversifient, tout comme l’origine des bénéficiaires des asientos, qui viennent de toute l’Europe. Si Hispañola est évidemment la première destination américaine dans les premières décennies du XVIe siècle, les conquêtes successives font de Carthagène, puis Vera Cruz, les principaux lieux d’arrivée des esclaves. Le Brésil, qui développe la culture de la canne à sucre, rattrape son retard dans l’importation d’esclaves à la fin du XVIe siècle.carte3

Dès les débuts du XVIIe siècle, les Espagnols voient arriver les autres puissances européennes comme concurrentes. Ce sont d’abord les Anglais, qui commencent à s’installer dans les Caraïbes, aux Bermudes (1609), à La Barbade (1627), puis à Antigua et Montserrat (1632). C’est ici la culture du tabac qui nécessite une grande main d’œuvre. Les Hollandais ensuite, prennent de plus en plus part au trafic d’esclaves, avec par exemple la création en 1621 de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, qui obtient le monopole du commerce avec l’Afrique et l’Amérique. Les Hollandais, déjà installés dans des comptoirs à Manhattan, Curaçao ou Saint-Eustache, vont jusqu’à s’attaquer aux Portugais au début des années 1640, brisant ainsi leur monopole sur le trafic en provenance d’Afrique.

Enfin, les Français entrent dans la traite à partir de la stabilisation politique de la France, surtout avec Louis XIII, même s’il y avait eu quelques prémisses en Afrique dès le XVIe siècle. La colonisation de la Guadeloupe et de la Martinique, puis de la Guyane, sont le vrai point de départ, et le cardinal Richelieu joue un rôle important dans le processus. Là encore, malgré la mise en place d’un système d’engagés, la main d’œuvre s’avère insuffisante, et les Français se tournent vers l’exploitation des esclaves. A la fin du XVIIe siècle, on voit des navires français négriers envoyés sur les côtes africaines pour acheter des esclaves et les revendre en Amérique. Le système se met en place en France et, face aux rivaux européens, Louis XIV règlemente la traite, notamment par le Code noir.

L’apogée de la traite atlantique (XVIIIe siècle)

Le commerce triangulaire est véritablement en place, et s’intensifie, favorisant l’émergence de véritables "multinationales", auxquelles les souverains européens délèguent le commerce des esclaves, octroyant souvent des monopoles à certaines compagnies.

L’apogée de la traite atlantique intervient donc au XVIIIe siècle, et la compétition est telle entre les Européens qu’on assiste à de véritables guerres de course entre pays concurrents. Les différents conflits du siècle (notamment la Guerre de Sept Ans) influent évidemment sur la place de chacun dans la traite, et les Anglais, avec le développement des plantations de coton en Amérique du Nord, en deviennent les leaders avec le Portugal (le Brésil tient une place majeure dans la traite). La France et l’Espagne suivent, cette dernière surtout parce qu’elle utilise beaucoup les asientos et délègue à Cuba l’essentiel du trafic.

Ce trafic connaît son apogée également en termes de nombres d’esclaves déportés. Si, au milieu du XVIIe siècle, ce sont entre 20 et 30 000 esclaves qui sont déportés annuellement, le chiffre atteint presque les 100 000 par an à la fin du XVIIIe siècle, avec quelques chutes dues aux guerres européennes ou à la guerre d’Indépendance américaine.ngrier Le taux de perte durant la traversée s'élève aux alentours de 15% et, si les révoltes sont rares, elles sont craintes par les négriers.

C’est logiquement la période où se développent et s’enrichissent les grands ports négriers avec, en Angleterre, Liverpool, Bristol ou Londres et, en France, Nantes, Bordeaux, La Rochelle ou Saint-Malo. Un débat demeure cependant sur l’influence directe de la traite dans le développement de l’Europe. Les taux de profits sont très variables et, si certaines expéditions peuvent dépasser les 100%, d’autres sont déficitaires. Il n’en demeure pas moins que des capitalistes investissent dans les sociétés négrières, et que les conséquences économiques sont à considérer en élargissant le spectre. En effet, le commerce des esclaves génère nombre d’activités périphériques très rentables, et la traite est bien intégrée dans les économies des pays européens.

Vers les abolitions (fin XVIIIe-XIXe siècle)

Si les philosophes de la fin du XVIIe et des débuts du XVIIIe siècle avaient été relativement prudents, voire ambigus, au sujet de la traite, les contestations montent à la fin du XVIIIe siècle, tout comme les révoltes d’esclaves dans les colonies.

En France, cela conduit à la première abolition de l’esclavage en 1793-1794, mais une abolition de courte durée puisque Napoléon rétablit la traite et l’esclavage dès 1802. L’empereur déchu, le Congrès de Vienne en 1815 interdit à nouveau la traite pour les Français (mais pas uniquement), mais elle continue clandestinement, et de façon importante. Les débats en France durent toute la première moitié du XIXe siècle, pour finalement aboutir à l’abolition de 1848.

En Angleterre, la lutte contre l’esclavage commence dès la fin du XVIIIe siècle et conduit à l’interdiction de la traite en 1807. Les navires anglais ne transportent plus d’esclaves, mais traquent les négriers des autres pays. Tout au long du XIXe siècle, la lutte contre la traite est toutefois un prétexte brandi par la Grande-Bretagne pour favoriser son expansion impériale et la mise en place du libre-échangisme à l’échelle mondiale.

En ce qui concerne le reste du monde, la fin de la traite est progressive, et les débats abolitionnistes ne touchent que très peu des pays comme l’Espagne ou la Hollande. Les indépendances des pays d’Amérique Latine conduisent à une abolition en plusieurs temps, notamment le Chili en 1823, le Venezuela en 1854, Cuba en 1886 et surtout le Brésil en 1888. Quant aux Etats-Unis, c’est bien entendu la Guerre de Sécession qui est décisive, et l’abolition générale est proclamée dès 1863. Commence alors le long chemin pour l’égalité des droits…

 

La traite atlantique a ainsi duré plus de quatre siècles. Pratiquée essentiellement par les grandes puissances européennes, elle a concerné entre dix et treize millions de personnes, selon les estimations. Les autres traites (africaines par exemple) ont continué (et pour l’essentiel avaient commencé bien avant), et l’esclavage, même s’il a pris des formes différentes, perdure lui aussi.

 

Bibliographie

-          O. Pétré-Grenouilleau, Les traites négrières. Essai d’histoire globale, Gallimard, 2004.

-          M. Dorigny, B. Gainot, Atlas des esclavages, Autrement, 2006.

-          C. Delacampagne, Histoire de l’esclavage, Livre de Poche, 2002.

-          M. Ferro (dir), Le livre noir du colonialisme, Robert Laffont, 2003.

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