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Les relations franco-russes au XVIIIe siècle

secret-du-chevalier-d-eonA quelques mois de la pose de la première pierre de la future église russe en plein centre de Paris concrétisant les liens entre les deux puissances, et alors que la Russie était très recherchée comme partenaire au XIX è siècle, leurs relations étaient plus ou moins froides au XVIII è siècle. Essayons de comprendre pourquoi.

 

L'ère de Pierre le Grand

Considérée au départ comme une puissance barbare par les Bourbons, la Russie n'arrive sur la scène internationale que dans les années 1600 avec l'installation à peu près stable des Romanov. Puis grâce à Pierre Ier, les relations entre la Russie et l'Europe vont changer. Pierre le Grand va propulser la Russie grâce à ses succès en matière de politique étrangère. Cela ne va pas sans la modernisation du pays et la révolution culturelle qui furent certainement brutales et rapides (moins de 25 ans). Le tsar commence par créer une nouvelle capitale en 1703 nommée Saint-Pétersbourg. De là, il va facilement étendre ses terres à l'est avec l'Oural et la Sibérie. Il aura plus de problèmes dans le nord-ouest, l'ouest et le sud, ces pays étant alliés de la France (Suède et Turquie contre l'Autriche et Pologne).

Les visites de Pierre Le Grand en Europe

Pierre le grandC'est pourquoi, lors de son premier grand voyage en 1697-1698, Pierre le Grand visite les Provinces Unies, l'Angleterre, l'Autriche, mais ne s'arrête pas en France. La guerre du Nord entre 1701 et 1721 où le tsar obtient l'Estonie et la Livonie appartenant à la Suède, et une partie de la Pologne, ne va pas favoriser les relations entre les deux puissances ; la France elle-même en guerre pour la Succession d'Espagne ne peut rien faire pour aider la Suède.

Les relations sont froides, le Régent ne reconnait pas le titre impérial de Pierre, mais on l'accueille tout de même courtoisement à Paris en mai et juin 1717. Pierre n'est pas amateur d'art, mais admire la France pour la civilisation qu'elle incarne et les sciences et techniques. Il visite les châteaux royaux ainsi que les Invalides, l'Arsenal, l'Observatoire, l'Académie et passe du bon temps dans les lieux de plaisir.

Avant de repartir, il voudrait bien d'un rapprochement politique en expliquant à la France que ses alliés sont anciens et en déclin et qu'une nouvelle puissance voit le jour à l'Est de l'Europe, il dira même « Mettez-moi au lieu et place de la Suède ». Personne n'ose, seul le traité de la Haye en août 1717 constate une volonté de paix du Nord. Le tsar est tout de même satisfait, il rentre en Russie avec des ingénieurs, des officiers, des artisans qualifiés rejoignant les artistes français déjà installés à Saint-Pétersbourg comme le sculpteur Nicolas Pineau, le peintre Caravaque ou encore l'architecte Le Blond, qui vont s'inspirer de la Manufacture des Gobelins ou la Manufacture royale des Glaces.

La guerre froide entre 1725 et 1741

Jusqu'à la fin du règne de Pierre en 1725, les relations entre les deux puissances ne sont pas négatives, d'autant qu'il y eut un projet de mariage en 1722 entre la seconde fille du tsar et le fils ainé du Régent. A sa mort, sa femme devenant l'impératrice Catherine Ière, un autre projet d'alliance voit le jour entre sa fille et Louis XV. La France n'acceptant pas l'origine modeste de l'impératrice, on se rabat sur la fille du roi de Pologne. Déçue et fâchée, la Russie signe trois mois plus tard, un traité d'alliance avec l'Autriche pour trente ans !
Pendant ce temps, jusqu'à ce qu'Elisabeth parvienne au pouvoir en 1741, il y eut beaucoup de remous et plusieurs souverains ont accédé au trône grâce aux gardes prétoriennes. Les relations franco-russes s'en sont trouvées chahutées et assez refroidies. D'autant plus qu'en 1733, les Russes en guerre, avancent jusqu'au Rhin, tuent le comte de Plelo officier et diplomate de Louis XV. Pour contrecarrer la Russie, Versailles leur envoie les Turcs et la paix ne viendra qu'en 1739. En 1740, la France étant en pleine guerre de Succession d'Autriche, la Russie s'aligne sur Vienne et Londres.

Finalement, ce n'est qu'en novembre 1741, lorsqu' Elisabeth arrive sur le trône grâce à l'intervention de l'ambassadeur français de La Chétardie, que les relations vont reprendre plus courtoisement, concrétisées par l'envoi en France du prince Antioche Cantémir.

Des relations d'amitié avec Elisabeth Ière

Elisabeth IèreElisabeth Ière aime la France, parle très bien la langue, aime le champagne et apprécie Louis XV même si le mariage n'a pu se faire en 1725. Versailles reste quand même sur ses gardes et pousse la Turquie et la Suède contre la Russie. Le nouvel ambassadeur doit comprendre « notre point de vue principal a toujours été, et doit être encore, celui d'empêcher, s'il est possible, que la Russie ne nous puisse faire le mal par d'étroites liaisons avec nos ennemis ».

Elisabeth Ière veut se rapprocher avec un nouveau mariage entre le grand-duc héritier Pierre et une fille de Louis XV, projet qui ne sera même pas examiné du côté français ; Frédéric II de Prusse propose Sophie d'Anhalt-Zerbst qui deviendra Catherine II. L'impératrice n'en veut pas trop à la France, mais signe quand même un pacte défensif avec l'Angleterre en 1742.

Un peu plus tard, après la découverte d'un complot fomenté par l'ambassadeur autrichien, la France reprend ses relations avec Elisabeth Ière, mais cette fois elle ne veut pas entendre parler du roi de France. Les relations sont plus que froides entre le moment de la paix de Dresde en 1745 et la paix d'Aix la Chapelle en 1748. Il faut attendre la nouvelle guerre entre la France et l'Angleterre, pour que le Secret du Roi envoie un nouvel ambassadeur en Russie en la personne du chevalier Douglas en octobre 1755. Trop tard, la Russie vient de signer un traité d'alliance avec l'Angleterre. Mais en 1756, Frédéric II conclut lui aussi le traité de Westminster : Louis XV et Elisabeth Ière sont tous les deux trahis.

Douglas revient alors en Russie en avril 1756 comme chargé d'affaires, accompagné du chevalier d'Eon. A la signature du traité de Versailles en mai, la France et l'Autriche deviennent alliées et par voie de conséquence, la Russie aussi en raison de son alliance avec l'Autriche. Malgré tout, la France hésite à aller plus loin, même si elle envoie de nouveaux ambassadeurs comme Breteuil ou un très bon médecin à Elisabeth Ière qui est souffrante. Louis XV n'a pas vraiment confiance en un pays où les coups d'Etat sont nombreux, où le chancelier et la grande duchesse Catherine sont anglophiles.

Catherine II et la France

Catherine IILorsque Catherine II accède au trône à partir de 1762, elle préfère nettement l'Angleterre qui lui a prêté main forte pour sa prise de pouvoir, alors que la France a refusé. Pensant avant tout à son pays, elle sait que la France alliée à la Turquie et la Suède, ne fera pas grand-chose « l'ami de mes ennemis naturels n'est guère le mien, et je lui tire ma révérence ». A Versailles, Louis XV pense « que la haine de Catherine est beaucoup plus honorable que son amitié ». Malgré les relations avec Voltaire, les visites de Diderot, Catherine II n'aime pas la France.

Louis XV a d'autres soucis avec le devenir de la Pologne : la Prusse veut « déguster la Pologne feuille à feuille, comme un artichaut » et la Russie va malgré tout signer une alliance avec Frédéric, permettant l'élection de Stanislas Poniatowski, ancien amant de Catherine II.

Après la Guerre de Sept Ans, la France doit se remettre en état. Elle envoie les Turcs en Russie en 1768, mais ne peut éviter le partage de la Pologne. Catherine II augmente encore ses terres dans la région du Danube et en Méditerranée. Seule consolation, le roi de Suède Gustave III libère son pays de la tutelle russe en 1772.

A la mort de Louis XV, Vergennes secrétaire d'Etat des Affaires Etrangères sous Louis XVI « reconnait à la Russie le statut de partenaire respecté au sein du système européen ». De même, Catherine II révise sa politique avec une entente cordiale avec l'Autriche, la Russie jouant un rôle d'arbitre en Europe. L'impératrice va plus loin : lors de la guerre d'Indépendance américaine, elle prend la tête d'une ligue de neutralité armée regroupant le Danemark, la Suède, la Prusse et les Provinces Unies. En 1779, elle participe à la médiation franco-russe mettant un terme à la guerre de Succession de Bavière. La Russie est substituée à la Suède comme garante des traités de Westphalie.

Peu avant la Révolution, les relations avec la Russie sont un peu plus détendues ; le comte Louis-Philippe de Ségur est ambassadeur à Saint-Pétersbourg pour signer un traité de commerce et accompagne Catherine II en 1787 lors de son voyage à travers les territoires conquis jusqu'en Crimée. Deux ans plus tard, après le rappel de l'ambassadeur, Catherine devient l'ennemie la plus vindicative de la Révolution française.

Sources

- Les alliances franco-russes - Constantin de Grunwald. Le Monde diplomatique, mars 1960.
- Le secret du Roi – Gilles Perrault.

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