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La puissance britannique au XIXe siècle

british_empire_1897La victoire sur Napoléon à Waterloo, le 18 juin 1815, ouvre la voie à la domination britannique. Pourtant, ce n’est pas vers l’Europe que la Grande-Bretagne va tourner ses efforts, mais vers le reste du monde. C’est la construction de l’Empire, certes déjà entamée le siècle précédent, mais qui va se confirmer tout au long du XIXe siècle (jusqu’en 1914), pour contribuer à la première mondialisation. Une puissance britannique qui dépasse les domaines militaire et économique, dont nous résumerons ici quelques facteurs.


 

 

L’Empire britannique (1815-1922)

Définir le monde britannique et les frontières sans cesse mouvantes de l’Empire durant le long XIXe siècle est un débat historiographique récurrent. Sans prétendre le trancher, nous dirons que l’Empire évoqué ici est constitué de : la Grande-Bretagne (dont l’Irlande depuis 1801), les dominions (comme le Canada), l’Inde (« un empire dans l’Empire »), les colonies de la Couronne (en Afrique principalement), les protectorats (Egypte, Malaisie), les condominiums (sur le Soudan à la fin du siècle), les mandats pour l’après Première guerre mondiale (Palestine) et le singulier Sarawak. A cela, il faut ajouter les espaces où l’Empire exerce une influence importante, ce qu’on appelle l’Empire informel : ce sont l’Empire ottoman, l’Irak, une partie de l’Amérique latine et de la Chine. Pour résumer, l’Empire britannique jusqu’aux débuts du XXe siècle, c’est presque le monde !

L’hégémonie britannique

Les facteurs de cette puissance sont très divers, mais la Grande-Bretagne est dominante sur bien des plans. Elle bénéficie d’abord d’un remarquable essor démographique puisque sa population passe de 10,5M en 1801 à 37M en 1901 !

Sa suprématie est ensuite militaire et navale, essentielle pour maintenir la pax britannica. Elle permet d’exercer une politique impériale qui amène à l’apogée de l’Empire en 1914 (33M de km2, 400M d’habitants), même si le contrôle de ces territoires est loin d’être direct.

Sa puissance s’exerce également aux niveaux industriel, commercial et financier ; la Grande Bretagne dispose ainsi de la plus grande capacité de production, de négoce et de prêt. En 1815, son PNB est déjà de plus de 300M de livres ; sa production de charbon passe de 11M de tonnes en 1800 à 225M en 1900 ! La Livre est la première monnaie mondiale.
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La domination est de plus idéologique, le mode de vie britannique s’érige en modèle. Certains parlent d’un « empire moral », avec la lutte contre l’esclavage et l’importance des missions britanniques un peu partout dans le monde. Le modèle est aussi politique, le Westminster model, qui s’exporte dans les dominions et jusqu’en Inde (création du parti du Congrès en 1885). Toutefois, il ne faut pas idéaliser ce modèle, qui fait parfois miroir déformant, comme lors de massacres coloniaux (chasse aux Aborigènes par exemple)…

La suprématie est enfin technique. Le développement des transports (chemin de fer, navires à vapeur) et des outils de communication (télégraphe, Imperial Penny Post en 1898) favorise les échanges et le sentiment d’appartenir à une communauté. Cela permet la transmission du modèle britannique et stimule les migrations en son sein.

Le symbole de cette hégémonie est peut-être la création des fuseaux horaires à partir du méridien de Greenwich en 1880, marquant la centralité spatio-temporelle de la Grande-Bretagne.

La puissance navale et militaire britannique

Le poids de l’armée et de la marine est plus important pour les Britanniques au XIXe siècle que pour leurs rivaux français ou allemands ; ce sont des fondements de l’Empire et de la puissance britannique. La marine en particulier est indispensable pour contrôler les immenses espaces que la Grande-Bretagne prétend dominer. Se pose toutefois le problème des priorités car les moyens ne sont pas infinis : il faut trouver l’équilibre entre défendre la métropole, défendre l’Empire, et maintenir la balance of power en Europe.

La Royal Navy tout d’abord, à laquelle est liée jusqu’en 1858 l’India Navy (de la Compagnie des Indes orientales). Ses missions : protéger les Îles britanniques et les routes maritimes ; être un instrument d’influence et de dissuasion (en 1836, face à la France, au large de la Tunisie par exemple ; ou politique de la canonnière en Chine) ; exercer des fonctions scientifiques et techniques (ethnologie, botanique, exploration en général). La Marine est très populaire.

L’armée, quant à elle, est chargée de protéger les ports et les grandes villes, les frontières impériales, les colons (contre les indigènes, comme en Jamaïque en 1831, ou à Ceylan en 1848), et d’assurer le maintien de l’ordre dans les colonies de peuplement (émeutes à Montréal en 1832, 1849 et 1853), tout comme en métropole. Cela contribue à lui donner une image moins positive que celle de la Marine. Elle est de plus clivée entre des hommes de rang recrutés dans les classes défavorisées (dont beaucoup d’Irlandais), et des officiers issus de l’aristocratie (les fighting families).

Cutty_SarkLa politique navale et militaire de la Grande-Bretagne évolue au cours du XIXe siècle. Entre 1815 et 1840 se met en place le système impérial, dans le contexte post-french wars, ce qui amène à une baisse de budget (de 45M à 8M entre 1815 et 1837). L’Empire développe ses bases stratégiques et ses points d’appui, comme Gibraltar, Singapour, Aden ou Hong Kong. La période 1840-1880 est celle d’une réorganisation rendue nécessaire par une suite d’affrontements. En 1853, sont déployés 27000 hommes en Inde, 23000 aux Antilles et en Asie, 50000 dans les colonies de peuplement, ce qui amoindrit la présence en Europe à la veille de la guerre de Crimée (1854-1856) et relance la peur de l’invasion avec l’arrivée au pouvoir en France de Napoléon III. On rapatrie alors des troupes en métropole, en faisant confiance aux colonies de peuplement (qui ne sont pas forcément d’accord). C’est également à cette époque que se développe la politique de la canonnière, qui consiste à bombarder des côtes pour ouvrir des marchés. La Chine est touchée en 1860, tout comme la Jamaïque (1865) et le Kenya (1875, contre les marchands d’esclaves). L’Empire développe parallèlement de nouveaux réseaux : canal de Suez (1869), liaison télégraphique (Malte-Alexandrie en 1859 ; Grande-Bretagne-Inde en 1863 ; Grande-Bretagne-Amérique en 1865). La dernière période est marquée par la course aux armements et des défaites en série : Isanbhlawana contre les Zulus (1879), Maiwand contre les Afghans (1880), plus les guerres contre les Boers (22000 soldats tués, coût de 300M de livres). La puissance navale britannique est alors contestée, et le Naval Defence Act (1891) est décrété pour que la Grande-Bretagne possède toujours une flotte supérieure aux deux autres principales puissances maritimes réunies.

La Grande-Bretagne, en ce début de XXe siècle, décide de développer des alliances pour rationaliser la défense de l’Empire. Elle y parvient avec la France (1904) et la Russie (1907), mais échoue avec l’Allemagne, devenue sa rivale dans le domaine industriel.

La puissance économique et industrielle britannique

Au XIXe siècle, l’Empire est la première puissance commerciale mondiale en volume. Elle le doit d’abord à son industrialisation, dès la fin du XVIIIe siècle et jusqu’aux années 1840. C’est la période de l’organisation de la production, du développement de l’industrie du textile, des biens de consommation, puis du chemin de fer et de la métallurgie.

La puissance britannique se mesure par son taux d’exportation, avec globalement une montée de ce taux tout au long du siècle. A la veille de la Première guerre mondiale, l’Angleterre exporte environ un quart de sa production. Le tournant a lieu autour de 1840, quand l’économie britannique devient vraiment une économie d’exportation, alors qu’auparavant c’était plutôt : « d’abord à la maison, plutôt qu’à l’étranger » (Deane et Cole). Dans le surplus des richesses de l’Empire, la part du commerce est de 10% en 1820, de 20% en 1880 et de 50% avant 1914. Les Britanniques exportent principalement des produits manufacturés (« l’atelier du monde »), et importent des matières premières et des denrées alimentaires. A la fin du XIXe siècle, la Grande-Bretagne commence à subir la concurrence allemande sur les produits manufacturés, et doit même en importer.

La balance commerciale est déficitaire, condition indispensable cependant à un bon système international de balance des paiements. Le Gold standard assoie la domination de la livre, monnaie indexée à l’or, ce qui permet à la City de devenir la première place financière mondiale, et aux banques britanniques d’être les instruments de cette puissance.

Les années 1840 voient aussi la doctrine du libre-échange s’imposer. En effet, contrairement aux idées reçues, le processus est long et les débats politiques animés. L’agriculture est sacrifiée au bénéfice de l’industrie (abrogation des corn laws en 1846), et sont votées l’abrogation des actes de navigation (1849) et des préférences impériales (1850). La Grande-Bretagne essaye ensuite de convertir d’autres pays au libre-échange ; c’est par exemple le traité Cobden-Chevallier, signé avec la France en 1860. La Dépression des années 1870 freine toutefois l’élan, et les années 1930-31 voient le retour du protectionnisme, suite à la crise, mais également à cause de la concurrence allemande et américaine.

Le XIXe siècle, jusqu’à la Première guerre mondiale, est bien le siècle de l’Empire britannique. Celui-ci assoit sa domination d’une manière originale, souvent indirecte, principalement par l’intermédiaire du commerce et d’une politique impériale qui ne cesse d’évoluer et de s’adapter au cours du siècle. L’influence britannique se remarque également au niveau culturel, ce qu’il nous faudra voir par la suite.

 

Bibliographie :

 

-          P. Chassaigne, La Grande-Bretagne et le monde de 1815 à nos jours, A. Colin, 2009.

-          S. Lebecq, F. Bensimon, F. Lachaud, F. Ruggiu, Histoire des Îles britanniques, PUF, 2007.

-          A. Porter (dir), The Oxford History of the British Empire (vol III), Oxford University, 1999.

-          P. Deane, W.A. Cole, British economic growth: 1688-1959: trends and structure, University Press, 1969.

-     F. Crouzet, L’économie de la Grande Bretagne victorienne, Paris, SEDES 1979, reéd. Belin, 2009.

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