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L'Empire britannique en Afrique

New-Imperialism-World-HistoryL’Afrique tient une place moins importante que l’Inde ou le Canada dans le monde britannique du XIXe siècle, mais elle devient la grande affaire des années 1890-1900, notamment dans le contexte d’une rivalité avec la France. La pénétration britannique dans le continent africain est donc lente, dictée par des raisons très diverses, et pas sans opposition, l’exemple de la guerre des Boers étant loin d’être le seul. Au début du XXe siècle, l’axe Le Cap-Le Caire est constitué, et la Grande-Bretagne exerce son influence sur une grande partie de l’Afrique.


 

 

Les premiers contacts avec l’Afrique

Dès la fin du XVIe siècle, des marchands britanniques sont présents en Gambie (James Island), grâce son fleuve navigable. La Compagnie Royale Africaine est fondée en 1678 et construit un fort en Gambie. En 1787, la Sierra Leone est créée pour accueillir des esclaves affranchis ; elle devient colonie britannique en 1808.

La lutte contre la Traite et l’esclavage devient un prétexte pour intervenir en Afrique. En 1833, l’esclavage est aboli dans les possessions britanniques, et les abolitionnistes décident d’imposer cette décision aux autres puissances européennes, mais aussi aux souverains africains. A partir de la Sierra Leone, l’escadre British West African Squadron a pour mission d’arraisonner les navires transportant des esclaves. Cette politique permet aux Britanniques de s’installer plus solidement dans la région, y compris dans l’actuel Ghana (Gold Coast). Puis, elle se diffuse dans toute l’Afrique, et est en partie à l’origine de la guerre des Boers. Nous y reviendrons.

L’autre moyen pour découvrir l’Afrique, et qu’il ne faut pas négliger, est l’exploration. Dès 1770, James Bruce découvre les sources du Nil bleu, puis Mungo Park explore le Niger au début du XIXe siècle. La cité de Tombouctou est découverte par Alexander Gordon Laing en 1825, tandis que Richard et John Lander descendent le Niger jusqu’à la mer (1830). En 1862, John Speke et James Grant identifient la source du Nil au lac Victoria et, deux ans plus tard, David Livingstone atteint le lac Nyassa, puis les Grands Lacs au début des années 1870.

Entre explorations et installations progressives, manœuvres militaires et diplomatiques, les Britanniques rencontrent de plus en plus de résistance.

Les résistances à la pénétration britannique en Afrique

L’ambition de la Grande-Bretagne en Afrique se heurte à plusieurs résistances. D’abord des souverains africains qui ne veulent pas cesser l’esclavage. C’est le cas, par exemple, avec le roi de Lagos (Nigéria), Oba Kosoko, qui refuse de stopper la Traite. Les Britanniques prennent ce prétexte pour intervenir en aidant le frère du roi, Oba Akitoye, à recouvrer son trône. Cela conduit à l’installation d’un consul britannique à Lagos en 1853, puis à la création du protectorat en 1861.

L’autre grande résistance à l’Empire britannique est plus connue : ce sont les Zulus. Ces derniers menacent les Boers, qui ont accepté d’être intégrés à l’Empire en 1877. Deux ans plus tard, la Grande-Bretagne doit régler « le problème zulu ». Cela commence très mal par la débâcle d’Isandhlwana (22 janvier 1879), où plus de 20 000 guerriers zulus massacrent un millier de soldats britanniques. Malgré la résistance à Rorke's Drift quelques heures plus tard, il faut attendre le 4 juillet de la même année pour que les Zulus soient définitivement défaits, à la bataille d’Ulundi.Rorkes_Drift

La poussée britannique à partir de l’Egypte est quant à elle un temps contrariée par la révolution mahdiste qui éclate au Soudan en 1882. Le soulèvement intervient à l’initiative de Muhammad Ahmad Abd Allah, autoproclamé mahdi (imam caché dans l’islam chiite), qui s’empare de Khartoum en 1885. Le Soudan était censé être sous administration ottomane, mais il était en fait gouverné par un Britannique, Charles George Gordon, ou Gordon Pacha (immortalisé au cinéma par Charlton Heston), qui est tué lors de la prise de Khartoum. Echaudés, les Britanniques attendent 1896 pour achever la conquête du Soudan, qui devient trois ans plus tard un condominium anglo-égyptien. C’est dans ce contexte qu’éclate la crise de Fachoda qui oppose la Grande-Bretagne et la France en 1898. Une crise qui manque de peu de tourner à la guerre ouverte entre les deux puissances coloniales.

Le cas du Basutoland, enfin, est très singulier. Sous Moshoeshoe, le royaume de Sotho bénéficie d’une assemblée représentative, et n’est ainsi pas spécialement influencé par la modernité prônée par la Grande-Bretagne, et qui l’aide en partie à accroître son emprise en Afrique. Le royaume de Sotho résiste donc un temps, non seulement aux Britanniques mais également aux Zulus et aux Boers. Ils doivent toutefois demander l’aide de la Grande-Bretagne contre ces derniers en 1868, et deviennent ainsi un protectorat. Trois ans plus tard, ce qui est à présent le Basutoland est mis sous l’autorité du Cap, provoquant le mécontentement des habitants. En 1881, ils se soulèvent contre l’Empire et ont gain de cause en obtenant qu’aucun colon blanc ne vienne s’installer sur le territoire. Le Basutoland ne sera ainsi jamais annexé par les Britanniques, et les chefs locaux y conserveront un pouvoir important.

La guerre des Boers

Entre 1795 et 1815, le Cap passe successivement entre les mains de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas, avant de définitivement devenir colonie britannique. La politique impériale est alors marquée par une volonté d’angliciser le territoire par l’immigration et l’introduction des lois britanniques. Cela provoque évidemment de vives tensions avec les colons hollandais, appelés Afrikaners ou Boers.

C’est néanmoins la question de l’esclavage qui met véritablement le feu aux poudres. Refusant d’émanciper leurs esclaves, les Boers entament le Grand Trek (1836-1844), une migration vers le Natal, puis l’intérieur des terres. Les Britanniques reconnaissent l’Etat libre d’Orange et du Transvaal dans les années 1850. Mais en 1877, la Grande-Bretagne annexe le Transvaal, en profitant de la menace zulu. Une fois celle-ci écartée, les Boers se rebellent contre les Britanniques, qu’ils battent à Majuba, le 6 mars 1881.Majuba_LondonNews

L’arrivée massive d’immigrants britanniques attirés par les gisements aurifères, et le refus du gouvernement afrikaner de Paul Krüger de leur accorder des droits politiques, provoque de nouvelles tensions. Les Britanniques réagissent par le Cecil Rhodes, qui contrôle la Rhodésie et le Cap, et soutient le raid Jameson en 1896 afin de renverser le gouvernement du Transvaal. La guerre des Boers éclate véritablement en 1899, avec pour enjeu principal les droits des Uitlanders, les immigrés britanniques. Elle se déroule principalement en trois phases : de fin 1899 à début 1900, période de victoires des Boers ; de janvier à août 1900, quand la Grande-Bretagne envoie des renforts et lève des sièges, avant de prendre Johannesburg et Pretoria ; de septembre 1900 à mai 1902, où les Boers choisissent la guérilla, à laquelle les Britanniques répondent par une répression féroce. La paix est finalement signée le 31 mai 1902, à Vereeniging. Les Boers obtiennent un statut d’autonomie, tout en reconnaissant la souveraineté britannique.

Scramble for Africa

L’Empire britannique s’installe véritablement en Afrique à partir des années 1880. Il se base sur ses deux principaux points d’appui, Le Caire et le Cap, et sur les décisions de la conférence de Berlin (1884-1885). Une fois encore, comme souvent dans l’expansion de l’Empire, le libre-échangisme est un moyen ou un prétexte pour prendre possession de façon plus ou moins directe de territoires. Cet axe Cape to Cairo est notamment défendu par Cecil Rhodes, un entrepreneur qui a fait fortune dans le diamant.

En Afrique de l’Ouest, c’est la National African Company qui mène l’expansion, avec un protectorat commercial dans le delta du Niger (1885) et en Gambie (1893). Le concurrent principal est alors la France. L’Afrique orientale est une rivalité contre l’Allemagne, mais la Grande-Bretagne met la main sur l’Ouganda dans la première moitié des années 1890, puis au Kenya. La création du condominium du Soudan, déjà évoquée, se situe dans le prolongement. Au Sud, outre le Basutoland, on peut citer le Bechuanaland (Botswana), protectorat en 1885, puis la Rhodésie du Sud (Zimbabwe) et du Nord (Zambie), toujours sous l’influence de Cecil Rhodes…Enfin, la réunion de deux territoires sous le nom de Nigéria en 1914 achève l’expansion britannique en Afrique.

 

Premières installations à visée commerciale, puis lutte contre l’esclavage, explorations, promotion du libre-échangisme et enfin actions plus strictement militaires en pleine période de concurrence coloniale entre Européens, ont ainsi conduit à faire de l’Afrique une part non négligeable, même si tardivement intégrée, de l’Empire britannique et dont les conséquences ont été décisives au XXe siècle, notamment en Afrique du Sud. En revanche, des recherches récentes effectuées par des historiens de Paris 1 tendraient à réfuter l’idée longtemps diffusée selon laquelle les Britanniques auraient eu une influence décisive sur la définition des frontières des pays africains, enjeux de conflits contemporains. Dans une grande partie des cas, ils se seraient grandement inspirés de frontières existantes.

 

Bibliographie

-          P. Chassaigne, La Grande-Bretagne et le monde de 1815 à nos jours, A. Colin, 2009.

-          F. Garrige, I. Avila, B. Agnès, Le monde britannique (1815-1931), Bréal, 2009.

-          H. Wesseling, Les empires coloniaux européens (1815-1919), Folio histoire, 2009.

Pour aller plus loin

-          A. Adu Boahen, Histoire générale de l’Afrique. L’Afrique sous domination coloniale (1880-1935), Unesco, 1987, tome VII.

-          E. M’Bokolo, Afrique noire : histoire et civilisations. Du XIXe siècle à nos jours, Hatier, 2008, tome 2.

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