Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire de France Révolution française et religion (1)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Révolution française et religion (1)

eglise_gravure_xviiieLa période de la Révolution française est souvent vue avant tout comme un affrontement violent entre deux ordres, le Tiers-Etat et la noblesse, avec comme point d’orgue l’exécution de Louis XVI en 1793. Le facteur religieux est en partie relégué au second plan. Pourtant, le clergé est un ordre également, au moins aussi puissant que la noblesse, et surtout la religion tient une place centrale dans une France très croyante et au sein d’une monarchie de droit divin. Nous aborderons donc les rapports entre Révolution et religion, en commençant par la situation avant 1789.


 

Jansénisme et Révolution

La crise du jansénisme a laissé des traces dans la France d’Ancien Régime, et plus encore la réponse du pape avec la bulle Unigenitus, qui relance le jansénisme jusque dans les Parlements sous le règne de Louis XV, où jansénisme et gallicanisme se mêlent face à l’influence du pape. Un temps, ce « parti parlementariste » a le vent en poupe, jusqu’à obtenir l’expulsion des rivaux jésuites en 1764. Toutefois, le jansénisme doit céder face aux coups de butoir de Maupeou, qui mate la rébellion des Parlements au début des années 1770. Ces différentes crises déchirent l’Eglise en France, et le jansénisme certes vaincu a toutefois essaimé dans beaucoup d’esprits, étant considéré comme l’une des inspirations de la Révolution. Le clergé, quant à lui, est conduit à se comporter comme « agent du roi ».

Le clergé français à la veille de la Révolution

Officiellement, le clergé est considéré comme le premier ordre du royaume, mais la situation réelle est plus complexe. A la fin des années 1780, on estime à 130 000 le nombre de membres du clergé, soit 2% de la population française. Pour moitié le clergé régulier aux deux tiers féminin, et un clergé séculier très inégal avec d’un côté un « état-major » autour des évêques, de l’autre la masse des curés, vicaires ou chapelains.

Le clergé exerce un rôle central dans la société, à tous les niveaux, à commencer par les registres paroissiaux (mine de sources pour l’historien) et une bonne part de l’enseignement. Il est évidemment en situation de monopole en ce qui concerne l’assistance et la charité. En tant qu’ordre, il bénéficie également de nombreux privilèges, judiciaires et fiscaux, et est l’un des plus gros propriétaire du royaume.

Le clergé est cependant très divisé à la veille de la Révolution, la cassure la plus importante étant entre haut et bas clergé, le premier étant bien plus privilégié. On peut même parler d’une crise au sein du clergé français, due tant à ces inégalités qu’aux dégâts de la querelle janséniste. Une des manifestations de cette crise est la baisse conséquente du recrutement clérical, tant régulier que séculier, les ordres monastiques étant les plus touchés.

Dans une atmosphère de désacralisation de la monarchie, le clergé tente de s’opposer à toutes les productions des « mauvais livres », en renforçant la censure par plusieurs ordonnances dans les années 1780. Le problème est que le roi ne le suit pas du tout dans cette voie ! Il semblerait qu’entre l’Eglise et les Lumières, le roi ait choisi les secondes, et ce jusque dans l’éducation, qui connaît une « sécularisation » dès l’expulsion des jésuites, au grand dam des évêques.

Protestants et juifs

La France est très majoritairement catholique, mais il ne faut pas oublier pour autant les minorités.

La situation des protestants est très contrastée, entre les persécutions durant le règne de Louis XIV et un certain optimisme pendant celui de Louis XV, en tout cas au tout début. Ils doivent finalement continuer à vivre dans la clandestinité, et ce jusque deux ans seulement avant la Révolution, avant l’édit de tolérance (1787).

Les préjugés sur les juifs sont toujours très puissants à la fin de l’Ancien Régime, et la question de leur émancipation ne se pose qu’au sein de quelques cercles restreints. Ils sont méprisés par l’essentiel du clergé, tandis que les cercles marchands et économiques leur sont résolument hostiles. Malgré l’influence des Lumières et une amélioration dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les juifs sont donc encore soumis à un véritable régime discriminatoire à la veille de la Révolution.

La pratique religieuse en France

La religion tient une place centrale dans la vie collective des Français de l’Ancien Régime, on peut même dire qu’elle la rythme. Cependant la laïcisation gagne du terrain, en particulier par le biais de la banalisation des fêtes profanes.

La situation semble en fait contrastée, à rebours de ce qu’on a souvent lu, à savoir une France très croyante et très pratiquante « cassée » par la rupture révolutionnaire. Il est difficile de faire un tableau global : certaines régions sont toujours très pratiquantes, d’autres beaucoup moins, d’autres encore sont sous influence d’un protestantisme « mal déraciné ». Cette diversité se retrouvera dans les réactions face à la politique religieuse des révolutionnaires, et plus encore face à la déchristianisation.

La situation de la France religieuse à la veille de la Révolution est donc complexe. Le clergé est divisé et relativement affaibli, la pratique irrégulière, la minorité protestante encore solide, et l’influence des Lumières grandissante. C’est donc en toute logique que cette complexité va se retrouver au moment où éclate la Révolution.

 

Bibliographie non exhaustive

- J. Le Goff, R. Rémond (dir), Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine, XVIIIe-XIXe siècle, Histoire de la France religieuse, Points Histoire, 2001.

- M. Vovelle, La chute de la monarchie (1787-1792), Nouvelle histoire de la France contemporaine, tome 1, Points Histoire, 1999.

- C. Langlois, T. Tackett, M. Vovelle, Atlas de la Révolution française (Religion), tome 9, EHESS, 1996.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire