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Révolution française et religion (2)

rforme_des_droits_fodauxLa situation religieuse en France est très contrastée à la veille de la Révolution. Le clergé est divisé, la pratique inégale, et les débats du XVIIIe siècle, comme à propos du jansénisme, ont laissé des traces. Tout comme les Lumières et la Franc-maçonnerie. Quelle est alors la place des religieux (et de la religion) dans le processus qui amène à la Révolution, jusqu’au jour décisif du 4 août 1789 ?


 

 

Les cahiers de doléances, le clergé et la religion

Les Etats généraux ont été convoqués fin 1788 pour se réunir le 1er mai 1789. C’est pendant cette campagne d’élection des députés que sont établis les cahiers de doléances, au nombre de 60 000, rédigés par les communautés rurales et dans les villes par les corps de métier.

La religion, et surtout le clergé, sont des sujets abordés dans ces cahiers, mais ne figurent pas parmi les principaux (un dixième selon M. Vovelle). On remarque que les notables de l’Ouest et de la Franche-Comté sont très critiques envers le clergé qui, dans ces régions, exerce un fort contrôle sur les mœurs des populations rurales. C’est à l’Ouest toujours que l’on demande le plus la suppression de la dîme et des réguliers, alors que ce ne sont pas forcément des régions où la dîme est la plus forte et les religieux les plus nombreux. Au contraire, dans le Sud-ouest, où la dîme est la plus élevée, on ne demande que sa réforme. Pour ce qui annonce la future Constitution civile du clergé et les mesures les plus radicales de la Constituante (comme la vente intégrale des biens de l’Eglise), les revendications sont précisément localisées dans une zone continue allant de l’Ouest du Bassin parisien à la Bretagne ; ce sont dans ces régions que les notables du Tiers-Etat sont les plus anticléricaux, et c’est là aussi que les soulèvements contre-révolutionnaires seront les plus importants.

En revanche, la géographie des cahiers de doléances est différente quand on aborde des questions plus strictement religieuses et pas ecclésiastiques, comme la réduction du nombre de fêtes chômées. Les régions les plus revendicatrices sont alors le bassin méditerranéen, mais aussi une zone Picardie/Lyonnais, incluant la région parisienne. Des régions par la suite parmi les plus touchées par la déchristianisation.

Quant au clergé lui-même, les doléances sont en partie le reflet de ses divisions. La plupart des cahiers du clergé défendent les privilèges, le monopole religieux, et condamnent les édits de tolérance. On entend cependant quelques voix de curés, principalement pour revaloriser leur statut social. Ils sont soutenus en cela par certains cahiers de villageois du Tiers.

Toutefois, dans aucun de ces cahiers de doléances on ne remarque une quelconque remise en cause de la religion en tant que telle.

« Ce sont ces foutus curés qui ont fait la Révolution »

Cette célèbre citation est attribuée à un aristocrate anonyme, et si on ne doit pas la prendre à la lettre, elle illustre bien le déroulement des événements du printemps 1789. Il faut d’abord se demander quel est le poids du clergé (dans sa diversité) aux Etats généraux, puis s’intéresser aux actes de ses membres de l’ouverture des Etats généraux jusqu’à la nuit du 4 août 1789.

Aux Etats généraux, le clergé est représenté par 291 députés (sur 1139), dont l’essentiel (plus de 200) sont des curés. Il n’y a en effet que 46 évêques qui siègent pour le clergé. La plupart des membres du bas clergé sont pour le changement (même s’il y aura plus tard l’opposition abbé Grégoire/abbé Maury).

Dans les débats houleux de la réunion des Etats généraux à partir du 5 mai 1789, les curés jouent de plus en plus un rôle, à mesure que le Tiers résiste aux décisions du roi et aux pressions de la noblesse et du haut clergé. Suite à l’offensive de Mirabeau le 12 juin, trois puis seize curés quittent leur ordre pour rejoindre le Tiers ; parmi eux, le curé Jallet qui, aux prélats qui lui reprochent ce ralliement, répond : « Nous sommes vos égaux, nous sommes des citoyens comme vous… ». Dans le même temps, le 17 juin 1789, c’est sous l’impulsion de l’abbé Sieyès que les Etats généraux sont transformés en Assemblée Nationale. Deux jours plus tard, à la majorité de ses membres, le clergé décide de s’unir au Tiers, alors que la noblesse choisit le camp du roi. Cela aboutit au Serment du Jeu de Paume, le 20 juin 1789, avec encore un rôle central de l’abbé Sieyès, et la présence entre autres de l’abbé Grégoire. Il faut cependant en partie relativiser l’adhésion du clergé à cet élan, car il demeure divisé, surtout chez les prélats, encore attachés aux privilèges. Et dans le contexte d’insurrection qui monte, dans les campagnes en particulier, les membres du haut clergé ne sont pas épargnés.

La nuit du 4 août

Les événements s’accélèrent, le roi est dépassé. Le 9 juillet, les députés proclament l’Assemblée Nationale « constituante ». Le 14 juillet 1789, c’est la prise de la Bastille. Le mouvement s’étend dans les campagnes, c’est la Grande Peur.

C’est dans ce contexte à la fois trouble et euphorique que se déroule la fameuse nuit de l’abolition des privilèges, toutefois bien préparée en amont. Durant cette nuit blanche du 4 août 1789, les membres du clergé ne sont pas inactifs, au contraire, puisqu’ils font partie des privilégiés. On assiste pourtant, parfois, à une surenchère de générosité de la part de certains membres de l’ancien ordre ou de la noblesse, avec des propositions croisées, comme la suppression du droit de chasse lancée par l’évêque de Chartres, à laquelle répond l’idée de la noblesse d’abolir la dîme…Concrètement, les conséquences sont immenses pour le clergé, par des décisions le concernant plus ou moins directement : l’abolition des redevances féodales touche aussi les chapitres et les abbayes, et évidemment l’abolition des privilèges en tant que tels prive l’ordre (qui disparaît officiellement) de ses privilèges fiscaux. Le clergé est ensuite touché plus directement par la suppression du casuel (rétribution par les fidèles des actes religieux), proposée par des curés, et évidemment par l’abolition de la dîme. C’est ce dernier point, contesté même par Sieyès, qui a le plus de conséquences puisqu’il oblige l’Etat à subvenir aux besoins du clergé, privé de l’essentiel de ses revenus pour l’exercice du culte.

Le contexte aidant, il demeure un sentiment d’union et toujours un peu d’euphorie dans les semaines et mois qui suivent. On voit ainsi célébrations du culte et célébrations révolutionnaires se dérouler conjointement, et les curés prennent des responsabilités, en particulier dans les structures municipales. On se méfie bien plus des nobles que des prêtres. Cette « lune de miel » dure au moins jusqu’au printemps 1790, malgré quelques tensions et surtout l’apparition de réelles divergences lors de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen le 26 août 1789.

C’est finalement la Constitution civile du clergé du 24 août 1790 qui va mettre le feu aux poudres…

 

Bibliographie

-          J. Le Goff, R. Rémond (dir), Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine XVIIIe-XIX siècle, Histoire de la France religieuse, tome 3, Points Histoire, 2001.

-          M. Vovelle, La chute de la monarchie (1787-1792), Nouvelle histoire de la France contemporaine, tome 1, Points Histoire, 1999.

-          C. Langlois, T. Tackett, M. Vovelle, Atlas de la Révolution française (Religion), tome 9, EHESS, 1996.

-          M. Biard, P. Dupuy, La Révolution française. Dynamiques, influences, débats (1787-1804), A. Colin, 2005.

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