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Révolution française et religion (3)

La Révolution a éclaté à l’été 1789. Tout est allé très vite entre l’ouverture des Etats généraux le 5 mai, la proclamation de l’Assemblée Nationale le 17 juin, le serment du Jeu de Paume trois jours plus tard, la Constituante le 9 juillet, la prise de la Bastille le 14, et enfin la très symbolique nuit du 4 août. Les membres du clergé, et plus spécifiquement du bas clergé, ont été très présents durant tous ces débats et ces décisions si importants. Pourtant, la question religieuse se pose plus que jamais à partir de 1790.


 

La montée des tensions

Malgré la dissolution du clergé en tant qu’ordre, malgré la participation de nombre de curés aux premières décisions de la Constituante, un sentiment antireligieux semble monter dans le pays dès la fin de l’année 1789. En effet, « l’année heureuse » n’est pas aussi tranquille qu’on l’a longtemps pensé, et les éléments qui vont constituer la crise religieuse se mettent en place.

Ce sont d’abord des décisions, comme la suspension provisoire d’émission des vœux de religion (28 octobre 1789), la mise à disposition de la Nation des biens du clergé (2 novembre), alors qu’au début 1790 on discute de la citoyenneté des non-catholiques, protestants ou juifs.

C’est ensuite le débat sur la liberté religieuse qui se pose, durant la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en août 1789. Les discussions sont houleuses pour aboutir finalement à l’article 10 : « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public ».

Avec l’approche de la fin de la Constituante, certains tentent en vain d’imposer un article faisant de la religion catholique la religion d’Etat, ou la « religion nationale ». Le 12 avril 1790, Dom Gerle va jusqu’à demander que le catholicisme soit seul culte public, provoquant une levée de boucliers, les Constituants cherchant à l’inverse à mettre sur un même pied d’égalité les différentes religions.

La suspension des vœux solennels, quant à elle, vise à attaquer les chapitres, les Révolutionnaires estimant que la liberté ne doit pas s’arrêter à la porte des couvents. Le décret Treilhard du 13 février 1790 permet alors aux religieux des deux sexes de se libérer de leur vœu, et de quitter leur monastère ou leur couvent, leur accordant une pension. Les congrégations sont elles épargnées, pour le moment, même si elles sont touchées par ailleurs par la confiscation de leurs biens (comme de tous ceux du clergé). Avec les ordres enseignants, elles sont toutefois supprimées le 18 août 1792.

La Constitution civile du clergé

La décision majeure dans la question religieuse est certainement le vote de la Constitution civile du clergé. Il s’agit d’organiser l’Eglise catholique, et le Comité ecclésiastique de l’Assemblée y réfléchit dès août 1789. Ce Comité est renforcé en février 1790 par des prêtres patriotes tant les tensions sont vives en son sein. La base de la discussion à partir d’avril est le projet de Martineau, un catholique gallican, qui veut clarifier les procédures de nomination des prêtres et éviter les privilèges, en particulier ceux issus de Rome. C’est la Nation qui devra rétribuer les membres du clergé. Se pose alors la question du pape, qui n’est pas consulté, et les tensions se font de plus en plus vives.

Le projet est malgré tout voté le 12 juillet 1790, sans réelle difficulté, et le roi l’accepte le 22 juillet. Cela ne calme pas pour autant les tensions, bien au contraire. Les protestations viennent essentiellement des évêques, qui veulent en appeler au pape (qui ne condamne la Constitution qu’en mars 1791), tout en réclamant un concile national – ce que Robespierre refuse. Cependant, c’est plus encore le serment constitutionnel qui met le feu aux poudres.

Le serment constitutionnel et l’explosion

Ce serment est une suite logique de la Constitution civile du clergé. Il répond au refus des évêques d’appliquer cette dernière. Le 27 novembre 1790, est donc votée l’obligation aux religieux fonctionnaires publics de prêter serment de fidélité à la Nation, à la Loi, au  roi et à la Constitution. A l’Assemblée, seuls sept évêques prêtent serment, à la suite de Grégoire. Les Constituants sont surpris par ce manque d’adhésion et, en 1791, il y a un peu plus de 50% de « constitutionnels », c’est-à-dire ayant signé le serment, les disparités régionales étant souvent très importantes.

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On peut donc parler de schisme au sein de l’Eglise de France, ce qui provoque des heurts et des violences au niveau local, tant à l’encontre des constitutionnels que des réfractaires, et ce malgré les efforts de l’Assemblée pour faire respecter la liberté religieuse tout en imposant l’Eglise constitutionnelle. Expéditions punitives, humiliations collectives, jusqu’à la lapidation, sont des pratiques qui se développent, et pas uniquement chez les Sans-Culottes. Le 29 novembre 1791, les réfractaires activistes sont « suspects de sédition » ; le 27 mai 1792, ils sont susceptibles d’être déportés. La chute de Louis XVI provoque elle aussi une grande émigration chez les réfractaires.

La déchristianisation

A ces tensions de plus en plus fortes autour de la question de l’Eglise, sans oublier des violences plus locales (dans le Sud) avec les protestants, s’ajoute une montée parallèle de l’anticléricalisme. L’année 1793 marque ainsi le début d’une période où le rejet du christianisme n’est le fait ni d’une révolte spontanée, ni du gouvernement révolutionnaire.

Le phénomène est déjà présent dans les fêtes révolutionnaires, depuis la fête de la Fédération le 14 juillet 1790. Dans le même esprit, la fête de la Régénération ou de l’Unité et de l’Indivisibilité des Français, le 10 août 1793, qui est un véritable cérémonial laïcisé, marque une date. Mais l’offensive intervient durant l’hiver de la même année, sur l’initiative de milieux politisés. On assiste ainsi à des renoncements au culte dans des communautés rurales, ou à des manifestations antireligieuses sous l’impulsion de personnages comme Fouché, dans la Nièvre. Ailleurs, des églises sont transformées en temples de la Raison (c’est le cas de Notre-Dame le 10 novembre 1793), les prêtres sont mariés, et on pratique l’autodafé…Les régions les plus touchées sont la région parisienne, le Centre, le Nord, une partie de la vallée du Rhône et le Languedoc. Dans un esprit moins radical, le 5 octobre 1793, la Convention abandonne le calendrier grégorien pour le calendrier républicain.

Cette déchristianisation choque jusqu’au Comité du salut public et Robespierre, dans un discours du 21 novembre 1793, critique sévèrement « l’athéisme aristocratique ». A sa suite, la Convention condamne « toutes violences et toutes mesures contraires à la religion ». Cependant, la déchristianisation continue dans les campagnes jusqu’au printemps 1794.

La fin de la période de déchristianisation voit l’influence déiste de Robespierre grandir et apparaître, à la suite des autres cultes révolutionnaires, celui de l’Être Suprême. L’année 1795 est aussi celle de la première loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat…

 

Bibliographie

-          M. Biard, P. Bourdin, S. Marzagalli, 1789-1815. Révolution, Consulat, Empire, coll Histoire de France (dir Joël Cornette), Belin, 2009.

-          J. Le Goff, R. Rémond (dir), Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine XVIIIe-XIX siècle, Histoire de la France religieuse, tome 3, Points Histoire, 2001.

-          M. Vovelle, La chute de la monarchie (1787-1792), Nouvelle histoire de la France contemporaine, tome 1, Points Histoire, 1999.

-          C. Langlois, T. Tackett, M. Vovelle, Atlas de la Révolution française (Religion), tome 9, EHESS, 1996.

Pour aller plus loin

-          M. Vovelle, 1793. La Révolution contre l’Eglise. De la Raison à l’Être Suprême, éditions Complexe, 1988.

-          T. Tackett, La Révolution, l’Eglise, la France. Le serment de 1791, Cerf, 1986.