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Pierre de Nolhac et Versailles

NolhacAlors qu’onze nouvelles salles dédiées à l’Histoire du Château vont ouvrir à Versailles, on ne peut oublier Pierre de Nolhac qui fut à l’origine de l’engouement suscité pour le château au XIX è siècle et qui a réussi à rallier l’opinion publique à sa cause. Le plus célèbre des conservateurs de Versailles surnommé « le Sultan de Versailles » fut aussi écrivain, poète, historien de l’Art et académicien.

 

Pierre de Nolhac découvre Versailles

Pierre de Nolhac, d’origine du Puy-de-Dôme, fils d’enseignant et petit fils de médecin, est né en décembre 1859. Après des études de lettres à Clermont-Ferrand, il rejoint Paris en 1878 pour l’Exposition Universelle et fait sa première visite à Versailles. Il veut voir le bibliothécaire du Sénat, mais il n’y a pas de séance ce jour là ; il flâne alors dans les couloirs du château, découvre des salons vides non meublés, parcoure le jardin, le Trianon et les bosquets « bien décidé à revenir ». Muni de son carnet de voyage, il écrit « ce que j’ai vu de plus beau à Paris, c’est Versailles ». Il suit des cours à la Sorbonne et à l’Ecole des Hautes études, s’intéressant surtout aux lettres, à Ronsard et la Renaissance. Brillant, il est admis en 1882 à l’Ecole française de Rome où il acquiert des notions en peinture, fait la connaissance de grands personnages comme le futur pape Pie XI, ainsi que de Marguerite de Savoie, de sénateurs, d’artistes, d’archéologues, d’hommes de lettres et d’historiens. C’est là qu’il découvre d’importants manuscrits dont le Canzoniere de Pétrarque qui aura une incidence sur sa vie et son œuvre. Il rentre en France, postule au poste de conservateur au Cabinet des Médailles à la Bibliothèque Nationale, mais n’obtient qu’un poste d’enseignant.

Conservateur en chef du château

Il revient à Versailles neuf ans plus tard avec une seule grande ambition : redonner vie au château ! En 1887, il accepte le poste d’attaché à Versailles et s’installe dans l’aile sud des Ministres avec sa petite famille. En flânant, il découvre dans les attiques beaucoup de peintures laissées à l’abandon, mal conservées. Voulant les exposer, le conservateur du château lui fait comprendre qu’il est souhaitable de laisser toutes ses trouvailles où elles sont «Écrivez des livres sur Versailles, si cela vous amuse, mais laissez en paix ce musée qui n’intéresse plus personne ». C’est ainsi qu’il commence à produire des articles, écrire sur l’histoire du château et ses occupants, en commençant par Marie-Antoinette. Enfin, on le nomme conservateur en chef du musée de Versailles en 1892, il n’a que trente trois ans, la même année où il soutient sa thèse sur l’Humanisme et Pétrarque. Il n’oublie pas la poésie et publie Paysages d’Auvergne et Paysages de France et d’Italie.

Nolhac_timbreRevenons à Versailles qu’il entend réaménager. Il commence par les galeries, fait un bon tri dans les œuvres laissées à l’abandon en gardant des œuvres originales peintes à l’époque du personnage représenté, accroche des tableaux rappelant l’usage des anciens appartements, prévoit des salles consacrées à la Révolution et à l’Empire. Il découvre quelques Nattier et en fait une vedette grâce à des expositions temporaires : le nouveau musée est lancé !

Résolu à remettre le château dans son état de l’Ancien Régime, pendant les années 1894 à 1896 il « démonte » ce qu’a fait Louis Philippe, demande aux occupants de quitter les lieux (artistes, clergé, fonctionnaires du Sénat et de l’Assemblée nationale), réorganise le fonctionnement administratif du château, fait nettoyer les salles, restaure les boiseries, s’acharne à faire respecter la rénovation des décors en fonction des archives existantes, s’occupe du jardin en réinstallant des statues. Enfin il rédige un guide de visite et en 1897 présente un musée superbe au couple impérial russe en visite à Versailles. Les grandioses réceptions de Versailles reprennent. Il rend ainsi tout son lustre à la ville qui est de nouveau à la mode aussi bien dans la capitale et qu’en province. Ce renouveau lui permet d’obtenir des crédits supplémentaires pour des acquisitions ou des échanges avec d’autres musées et Pierre de Nolhac peut être considéré à l’origine de la naissance de la Société des Amis de Versailles créé en 1907.

Parallèlement à ses fonctions au château, il donne des cours à l’Ecole du Louvre en 1910 et écrit beaucoup sur l’Histoire, l’Humanisme de la Renaissance, Marie-Antoinette et bien sur Versailles : le Dernier Amour de Ronsard, Erasme en Italie, les Etudes grecques de Pétrarque, Marie-Antoinette à Trianon, le Musée de Versailles, le Château de Versailles, Versailles sous Louis XIV , Louis XV et Madame de Pompadour, Boucher, Fragonard…

Il se retire mais n’oublie pas Versailles

Nolhac_livre_chteauPendant la grande guerre, le conservateur organise une surveillance des lieux et fait cacher des œuvres d’art et objets précieux dans les sous-sols. Tout se dégrade quand même. En juillet 1919, lors du traité de Versailles, Pierre de Nolhac est là et organise un Te Deum : pour cet illustre conservateur c’est l’apothéose. Après trente deux ans au service de Versailles, il se retire en 1920 pour devenir directeur du musée Jacquemart-André. Il n’oublie ni l’Italie où il fonde le comité France-Italie vers 1934, ni le château en prenant part à sa conservation et réagit dans ses articles comme celui paru dans le Figaro en octobre 1934 «JE PRENDS LA PLUME encore une fois pour défendre la beauté toujours menacée de Versailles. On s’attaque aujourd’hui au Bosquet des Dômes, proche du Tapis Vert et ce qui se prépare là, derrière d’inquiétantes palissades, n’est rien de moins que la vaine reconstruction d’édifices disparus. De ce Bosquet des Dômes, édifié par Mansart, et qui fut une des gloires de nos jardins, on veut nous servir un pastiche, une contrefaçon. Notre génération avait pu relever et restaurer les Jeux balustrades qui entouraient le bassin central : j’ai moi-même replacé sur les socles restés en place, les statues qui ornaient jadis les charmilles, aidant à rendre à cet ensemble délabré une certaine part de son ancienne splendeur. Serons-nous obligés de constater que la Commission d’aujourd’hui a perdu la tradition et qu’elle est désormais accessible aux plus criminelles imprudences ?... Nos admirables jardins ont cruellement souffert des temps et ont subi toutes les formes de la destruction : jusqu’à présent, ils avaient échappé à l’opprobre du truquage. Vous savez comment se fabrique le bureau Louis XIV ou la commode Louis XV, avec quelques bronzes authentiques multipliés par l’estampage et des bois empruntés à quelque vieille charpente : c’est ce genre de bibelot que, pour la première fois, va introduire à Versailles la Commission des monuments historiques elle-même ».

En dehors d’accéder à l’Académie française en 1922 après deux tentatives, il fut membre de l’Académie des sciences de Turin, citoyen d’honneur de la ville d’Arezzo, commandeur de la Légion d’honneur, et reçoit des distinctions honorifiques de l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Bulgarie et la Russie.

Sa disparition fin janvier 1936 est suivie de nombreux hommages. Léon Daudet écrivait « Pierre de Nolhac qui est, comme le serpent de Kipling, le gardien des trésors de la cité des rois […]. C’est une belle, droite et claire nature, un érudit, un grand humaniste de la Renaissance et qui garde, derrière ses lunettes, un visage étonnamment jeune et souriant […]. Je n’ai pas connu d’homme plus subtil, plus apte à discerner l’important du secondaire, l’original entre ses copies, la pensée maîtresse entre ses transformations. C’est un ami de l’ordre, de la hiérarchie, de la mesure, de la nuance. Conservateur du Palais de Versailles, il a créé le musée de Versailles et il a ranimé Versailles, les jardins, les appartements, l’ambiance. Il y fallait du goût, de la persévérance et de la bravoure. Il n’en manquait pas ».

Personne ne peut oublier Pierre de Nolhac qui a su donner un regain de vie et rendre son éclat au château, le premier à refaire du château un objet d’Histoire.

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