Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire de France Histoire de la Bourgogne (3) : l'ère carolingienne

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Histoire de la Bourgogne (3) : l'ère carolingienne

Royaume de BourgogneDes Burgondes aux Mérovingiens, la Bourgogne n'avait cessé d'être un royaume. Pour autant, l'époque carolingienne sonne son glas avec son annexion à l'Austrasie par Charles Martel. Le regnum Burgundiae disparait alors de la terminologie officielle et se voit démembré. Cependant, le partage de Verdun de 843 amène un éclatement de l'Empire carolingien et de nouvelles Bourgogne apparaissent, entités politiques distinctes et confuses témoignant de l'histoire chaotique d'un territoire en formation débouchant sur la création du duché de Bourgogne.

 

La Bourgogne entre union et éclatement de l'Empire carolingien

Sous les Mérovingiens, la Bourgogne avait conservé une forme originale, royaume indépendant cible des convoitises et des querelles de succession. Dans les premiers temps de l'ordre carolingien, la Bourgogne n'est plus qu'un territoire comme un autre, faisant partie du royaume des Francs et divisé en pagi, chaque pagus étant placé sous l'autorité d'un comte. Certains pagi sont construits selon les anciennes circonscriptions romaines, les civitates, d'autres présentent un découpage plus fragmenté. Dijon devient le chef-lieu d'un pagus, la future capitale des ducs n'est plus qu'un simple castrum et a pour rivale Beaune. Mais la Bourgogne n'en reste pas moins un grand territoire comprenant les actuelles régions de Bourgogne et de Franche-Comté, la vallée du Rhône et la Provence sans oublier les Alpes et une partie de la Suisse. Elle regroupe ainsi des disparités à la fois géographiques, humaines et linguistiques qui ne feront qu'amplifier les divisions et les mutations issues du partage de Verdun de 843.

En effet, l'unification de l'Empire carolingien par Charlemagne apparut dès son successeur, Louis le Pieux, comme une construction des plus fragiles. La crise commence dès les années 830 avec des querelles de successions et des guerres fratricides aboutissant à un partage artificiel de l'Empire en trois en 843. La Bourgogne est alors découpée entre Charles le Chauve et Lothaire, mais d'autres divisions sont à venir. La mort de Lothaire en 855 amène un nouvel éclatement entre ses trois fils. Si Louis II possède l'Italie, Lothaire II et Charles héritent chacun d'une partie de la Bourgogne à nouveau arbitrairement morcelée. En outre, différents mouvements séparatistes remettent en question l'autorité de ces souverains francs. Louis le Germanique doit faire face aux rébellions des Saxons et des Slaves, Charles le Chauve doit faire face aux Aquitains et aux Catalans, sans oublier les Bretons qu'il ne peut défaire qui proclament une monarchie. Mais la Bretagne n'est pas le seul royaume dissident et d'autres apparaissent sur les restes de l'ancien territoire burgonde.

De Boson, roi de Bourgogne-Provence à Rodolphe, roi de Bourgogne Transjurane

Le roi Boson et saint ÉtienneLa mort de Charles le Chauve en 877 précipite tout espoir de restauration de l'autorité carolingienne dans le royaume de Francia occidentalis. Son successeur n'est qu'une marionnette malade décédant prématurément en 879 et donnant ainsi l'occasion à un haut-fonctionnaire franc de devenir l'homme fort de la Bourgogne méridionale. Fort de son ambition et de ses succès militaires en Provence, Boson attire l'attention de la papauté en piteux état. En 878, le pape jean VIII se rend à Arles pour lui demander de l'aide contre les Sarrasins. Boson n'hésite pas et se sert de l'occasion pour apparaitre comme un nouveau Charles Martel. Puis, niant les droits de la dynastie carolingienne, il se fait proclamer roi de toute la Bourgogne. Il gouverne ainsi un territoire proche de celui des rois burgondes – du sud de la Bourgogne aux vallées alpines et à la Provence – tout en reprenant leur titre antique de patrice. Cependant, il ne s'agit que d'un fragile édifice qui s'écroule dès la mort de Boson en 887 face à une coalition carolingienne, chaque province éphémèrement unifiée, cherchant ensuite à reprendre son autonomie.

Si à la mort de Boson, son fils Louis l'Aveugle récupère la Provence, les Francs carolingiens récupèrent la partie du nord-ouest qui allait devenir le duché de Bourgogne. Quant à la partie orientale de la Bourgogne, désignée sous le terme de Bourgogne Transjurane et ancrée dans les Alpes, elle passe à la famille germanique des Welf. Un certain Rodolphe se fait ainsi proclamer roi à Saint Maurice d'Agaune en 888, cité où un roi burgonde avait fait édifier une abbaye. Il règne ainsi sur les territoires actuels du Jura, de la Suisse romane et d'une partie de la Savoie. Son successeur Rodolphe II récupère par la suite le royaume de Provence provenant des successeurs de Boson et reforme à nouveau un territoire très proche de l'ancien regnum Burgundiae. Toutefois, la dynastie des Rodolphiens est peu puissante face à l'aristocratie locale et disparait sans postérité avec Rodolphe III, décédé sans héritier. Son royaume est récupéré par son neveu, l'Empereur Conrad II et restera terre impériale tout au long du Moyen Âge. Le terme de Bourgogne disparait alors sauf pour mentionner la Bourgogne cisjurane, soit l'actuelle Franche-Comté.

Richard le Justicier, des vagues normandes à la construction du duché

Représentation de VikingsSi la majorité du regnum Burgundiae entre dans l'Empire germanique à la fin de la dynastie rodolphienne, le roi carolingien de Francia occidentalis avait cependant conservé des territoires au nord et sur la rive gauche de la Saône qui allaient devenir le duché de Bourgogne. Cependant, cette zone géographique se voie confrontée à partir des années 887-888 au péril normand. En effet, si les hordes hongroises tout comme celles sarrasines apparaissent être une pure légende historiographique, les envahisseurs scandinaves représentent un réel danger sur cette terre riche en sanctuaires et abbayes, proies faciles. Face à ces invasions et pillages, le roi confie le commandement militaire à un certain Richard, comte d'Autun, n'étant nul autre que le frère de Boson. Il est alors le seul à mener une action efficace à partir de 890 contre les normands remontant la Seine, l'Yonne et l'Aube pour frapper la Bourgogne. Mentionné au départ comme « marquis » puis comme « duc », Richard surnommé « le Justicier » unifie par son action militaire les comtés d'Autun, de Nevers, d'Auxerre, d'Avallon et de Sens, tout en établissant son autorité notamment aux comtes de Troyes, Chalon et Beaune. Il renforce également son autorité en manœuvrant politiquement dans les querelles de successions carolingiennes où se mêlent les Robertiens (dont sera issu Hugues Capet). Cela lui permet d'accroitre et ses possessions et son autorité car Richard avait compris que diriger un grand Etat n'est pas faisable et qu'il vaut mieux s'appuyer sur une solide construction locale de comtés fédérés sous son autorité. Le duché de Bourgogne était en train de naître.

Raoul de FranceÀ la mort de Richard en 921, son fils Raoul poursuit son œuvre de consolidation, mais il n'est duc que pendant deux ans, devenant ensuite roi de France – Francia occidentalis faudrait-il encore dire – et laissant le duché à son frère cadet Hugues le Noir. Ce dernier se retrouve confronté au Robertien Hugues le Grand, père d'Hugues Capet et qui se voit accorder le titre de duc de Bourgogne par le faible roi Louis IV d'Outre-Mer. Le Robertien s'empare de Troyes, Sens, Langres, Auxerre et Dijon tandis qu'Hugues le Noir conserve le sud de la Bourgogne. C'est le début de l'emprise capétienne sur un duché de Bourgogne alors proche d'achever sa construction et de devenir une puissante principauté au sein du royaume de France.

Bibliographie

- Jean-Pierre Leguay, L'Europe carolingienne, VIIIe-Xe siècles, Éditions Belin, 2002.
- Jean Richard (dir.), Histoire de la Bourgogne, Éditions Privat, 1988.
- Bertrand Schnerb, L'Etat bourguignon, 1363-1477, Éditions Perrin, 1999.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire