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Les Mérovingiens (2) : une puissance fragile ?

brunehaut3A sa mort en 511, Clovis lègue à ses fils un immense royaume, avec pour capitale Paris et pour religion le catholicisme. Commence alors ce qui peut paraître un paradoxe, surtout si l’on compare à ce que vont faire les dynasties qui font succéder aux Mérovingiens : divisé entre les fils de Clovis, le royaume franc n’en demeure pas moins uni. Claude Gauvard parle ainsi d’un royaume « à la fois un et divisible ». C’est cet apparent paradoxe qui permet aux Mérovingiens de continuer à étendre leur territoire, à devenir une puissance continentale, et à résister aux guerres civiles. Un temps seulement…


 

Le royaume franc « un et divisible »

Le partage de 511 entre Thierry, Clodomir, Clotaire et Childebert s’inspire du système romain des civitates, confirmant ainsi la continuité entre le royaume franc et la tradition impériale. Si ce dernier est divisé territorialement et possède quatre capitales (Reims, Paris, Orléans et Soissons), l’unité politique est bien réelle, et en grande partie parce qu’elle est basée sur les liens du sang.

Il ne faut toutefois pas idéaliser la situation, et rapidement des querelles de succession apparaissent, avec la mort des premiers fils de Clovis. D’abord Clodomir (524), dont l’un des fils, Cloud, doit fuir et devenir clerc avant de mourir et de donner son nom à une ville bien connue. Le reste du royaume de Clodomir est partagé entre les trois frères survivants. A la mort de l’aîné, Thierry, cela se complique un peu car son fils, Théodebert, jouit de son prestige, supérieur à celui de ses oncles. Il en profite pour affirmer des ambitions qui dépassent les frontières de la Gaule puisqu’il frappe monnaie d’or à son effigie, provoquant la colère de l’empereur Justinien. Théodebert meurt en 548, sans être parvenu à ses fins, malgré des conquêtes en Alémanie et en Bavière.

La situation se décante finalement avec l’extinction de la branche aînée et la disparition de Childebert. Cela permet à Clotaire Ier de régner seul jusqu’en 561. Un nouveau partage intervient à sa mort, une fois encore entre ses fils, qui ne sont plus que trois en 567 (mort de Charibert Ier). C’est alors que le royaume franc est découpé selon trois régions qui connaîtront la postérité : l’Austrasie (région rhénane, Champagne et Aquitaine), la Burgondie (ancien royaume burgonde et royaume d’Orléans), et la Neustrie (région de Tournai, « Normandie » et région de Paris). Ce moment décisif coïncide rapidement avec une véritable guerre civile, qui éclate en 570. Auparavant, le royaume franc a su s’affirmer au niveau international.

Le royaume franc, puissance « internationale » ?

royaumes-francs-511-531.mapLes fils de Clovis ne comptent pas s’arrêter aux victoires de leur père et, malgré leurs divisions au sein du royaume, sont unis en tant que regnum francorum pour la politique extérieure. Clovis s’était illustré principalement avec la conquête de l’Aquitaine, allié aux Burgondes. Ce sont pourtant eux qui sont les premières victimes de ses successeurs. Les Francs profitent des difficultés internes au royaume burgonde, principalement des querelles religieuses entre catholiques et ariens, pour attaquer une première fois en 523, mais ils sont repoussés. Il en va de même un an plus tard, et les Francs perdent Clodomir ! Plus prudents, ils attendent dix ans pour retenter l’aventure, emmenés par Childebert Ier, Clotaire Ier et Théodebert Ier. Ils en sortent victorieux, et le royaume burgonde est avalé par le royaume franc, tout en étant partagé entre les vainqueurs.

Les victoires franques attirent l’attention de l’empereur à Constantinople. L’enjeu principal est la domination de l’Italie sur laquelle règnent toujours les Ostrogoths. Ces derniers, qui ont bien compris que les Francs étaient un danger et des alliés potentiels des Byzantins, leur proposent la Provence pour obtenir leur neutralité face à l’empereur. Les Francs ne se font pas prier et entrent en Provence en 537, pour ainsi accéder à la Méditerranée ! Avec cette acquisition, les Francs ont presque reconstitué l’unité de la Gaule romaine ; ne reste que la Septimanie, qu’ils ne parviennent pas à arracher aux Wisigoths.

Plus au Nord, Thierry Ier et Clotaire Ier s’allient aux Saxons et battent le roi de Thuringe, annexant la partie occidentale de son royaume la même année que la conquête de la Provence. Deux ans plus tard, Théodebert Ier conquiert l’Alémanie et la Bavière, et un temps l’Italie du Nord. Il faut en fait attendre l’arrivée des Lombards dans les années 560 pour que stoppe l’avancée franque. La guerre civile n’y est également pas étrangère.

La guerre civile frappe le royaume franc

La mort de Charibert Ier, fils de Clotaire Ier, en 567 amène un nouveau partage. Mais cette fois, cela provoque une véritable guerre civile entre les trois frères du roi : Sigebert, Chilpéric et Gontran. Guerre due également à une stratégie risquée d’alliances matrimoniales avec les voisins –et rivaux- Wisigoths.

brunehaut3Les femmes tiennent un rôle central dans les luttes politiques en cette fin de VIe siècle. La rivalité est exacerbée entre Brunehaut, femme du roi d’Austrasie Sigebert Ier, et Frédégonde, épouse de Chilpéric Ier, roi de Neustrie. La première est une princesse wisigothique, fille du roi Athanagild, et elle accuse la seconde d’avoir fait tuer sa sœur, Galswinthe, précédente femme de Chilpéric Ier ! La situation est aggravée par le fait que le roi des Wisigoths meurt sans héritier, ce qui attise les convoitises, en particulier celles de Chilpéric justement…

Se déclenche alors la faide, caractéristique des peuples germaniques, et la spirale infernale. Les intrigues des deux reines amènent aux assassinats de Sigebert Ier (575), puis de Chilpéric Ier (584)! Gontran tente lui de se tenir un peu à l’écart du conflit, qui devient armé dès le début des années 570. A la mort de son époux, Brunehaut tient la réalité du pouvoir en Austrasie, et met en avant son fils Childebert II. Celui-ci s’oppose rapidement au fils de Frédégonde, Clotaire II, et la guerre reprend de plus belle, malgré les tentatives de paix initiées par Gontran (pacte d’Andelot, 587).

La situation se complique un peu plus avec la mort de Gontran en 592, et l’entrée en lice des fils de son neveu, Childebert II, qui lui avait succédé, mais était décédé quatre ans plus tard. Théodebert II et Thierry II continuent donc la guerre contre Clotaire II, rapidement en difficulté.

Toutefois, la reine Brunehaut est de plus en plus contestée en Austrasie, et elle doit se réfugier en Burgondie auprès de Thierry II. Mais là aussi elle s’attire les foudres de l’aristocratie locale. De plus, les fils de Childebert II entrent à leur tour en rivalité, au plus grand plaisir de Clotaire II, qui n’en demandait pas tant. Thierry II enferme son frère Théodebert II dans un monastère, puis meurt en 613. Brunehaut tente alors de reprendre la main et de placer un de ses arrières-petits-fils, mais elle est livrée par les aristocrates à son rival, qui la fait exécuter après un long supplice.

La fin de l’Antiquité, le début du Moyen Âge ?

Une partie des historiens actuels, parmi lesquels Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux, marquent la fin de l’Antiquité par la mort de Brunehaut, princesse wisigothique « encore très romaine ». L’avènement de Clotaire II, et surtout de son fils Dagobert, « [scelle] l’unité du royaume franc » (selon la chronique de Frédégaire), et marque probablement son apogée, avant l’émergence des Pippinides…

 

 

Bibliographie

 

-         G. Bührer-Thierry, C. Mériaux, La France avant la France (481-888), Belin, 2010.

-         C. Gauvard, La France au Moyen Âge du Ve au XVe siècle, PUF, 2005.

-         B. Dumézil, La reine Brunehaut, Fayard, 2008.

-          « Mérovingiens, les premiers rois du Moyen Âge », L’Histoire, 358, novembre 2010.

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