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Histoire du Québec (2/6) : L'expansion de la Nouvelle-France et les guerres indiennes

drapeau-du-quebecA la mort de Champlain, la Nouvelle-France existe mais elle est encore très faible. Il va falloir la maintenir en vie et la faire grandir dans un environnement hostile. En 1636, un nouveau gouverneur, Charles Jacques Huault de Montmagny (1583-1653), arrive dans la colonie. Il défait les Iroquois et conclut avec eux la Paix de Trois-Rivières (1645). Il contribue, avec les Jésuites, à l'agrandissement de la Nouvelle-France vers le nord et l'ouest. Par déformation de son nom, les Indiens le nomment Onontio (Grande Montagne), titre qui sera porté désormais par tous les gouverneurs français. Il est un des personnages de l'ouvrage de Cyrano de Bergerac : « L'Autre Monde » (1657).

 

En 1639, Jean-Jacques Olier (1608-1657), fondateur des Sulpiciens (qui participeront à l'évangélisation de la Nouvelle-France), Paul Chomedey de Maisonneuve (1612-1676), Jeanne Mance (1606-1673) et Angélique Faure de Bullion (1593-1662) fondent la Société Notre-Dame de Montréal à qui la Compagnie des Cent-Associés concède l'île de Montréal. En 1641, la population de la colonie ne dépasse encore pas 300 habitants ; c'est alors que commence une guerre franco-iroquoise qui durera 25 ans.

La création de Montréal par Maisonneuve

En 1642, Maisonneuve arrive dans l'île de Montréal. Il est accompagné de la missionnaire laïque d'origine bourguignonne, Jeanne Mance, dont la vocation s'est forgée en soignant les victimes de la peste et de la Guerre de Trente ans. L'époque est favorable à la colonisation, Anne d'Autriche, épouse catholique du roi Louis XIII, régente de France à partir de 1643, soutenue par les Jésuites, encourage le développement de la Nouvelle-France ; pendant sa régence, sous le gouvernement de Mazarin, 1250 français, originaires des provinces de l'ouest, viennent peupler la colonie. Maisonneuve fonde Ville-Marie, au confluent du Saint-Laurent et de la petite rivière Saint-Pierre, sur un emplacement où les Autochtones se réunissent depuis des siècles. Il plante une croix au sommet du Mont Royal. Il entreprend la construction d'un fort. Jeanne Mance soigne les soldats et les bâtisseurs.

01-02En 1643, les Iroquois tuent trois colons près de Ville-Marie ; en 1644, les chiens de Maisonneuve débusquent les Iroquois cachés dans les environs de la ville, mais ils sont trop nombreux pour être chassés. En 1645, Jeanne Mance ouvre un modeste hôpital (6 lits pour les hommes et 2 pour les femmes), qui se développera par la suite, avec l'appoint des Sœurs hospitalières, à partir de 1659, et deviendra l'Hôtel Dieu de Montréal. Des religieux et des religieuses affluent pour évangéliser les Sauvages, dont Anne Compain de Sainte-Cécile, Anne Le Boutz de Notre-Dame, Madeleine de la Peltrie. Cette dernière fournit aux Jésuites les fonds nécessaire à la reconstruction de la petite église de bois édifiée à la hâte en 1615 à Tadoussac par le père récollet Dolbeau (1586-1652), qui a laissé son nom à une bourgade du Québec. Louis XIV fait don à cette première église en pierre construite au Canada, d'une cloche de bronze et d'une statue de l'enfant Jésus habillé d'une robe de soie brodée par sa mère, Anne d'Autriche, que l'on peut encore voir aujourd'hui.

Les guerres indiennes – Le massacre des religieux

En 1646, le père jésuite Isaac Jogue (1607-1646), qui a déjà été capturé et torturé par les Iroquois en 1642, est décapité par ces derniers qui le soupçonnent de sorcellerie ; son compagnon, Jean de la Lande (1620-1646), subit le même sort. En 1649, c'est au tour des missionnaires jésuites Jean de Brébeuf (1593-1649) et Gabriel Lallemant (1610-1649) de périr sous les coups des Iroquois. De 1642 à 1649, pas moins de huit religieux jésuites sont victimes des Indiens, sur les bords du lac Huron (aujourd'hui en Ontario) ; canonisés par le pape Pie XI, en 1930, ils sont collectivement les saints patrons du Canada sous le nom de Martyrs canadiens.

En 1651, les Iroquois attaquent l'hôpital de Jeanne Mance où Denis Archambeault (1630-1651) est tué par l'explosion de son canon, mais les défenseurs repoussent les assaillants après 12 heures de combat. En 1653, Maisonneuve revient de France avec une centaine de soldats, pour lutter contre les Iroquois. Il est accompagné d'une jeune champenoise, Marguerite Bourgeoys (1620-1700) ; cette dernière, tenaillée par la vocation religieuse, gagne la Nouvelle-France, après avoir rencontré Maisonneuve, lequel recrutait des gens en France pour développer la colonie. Pendant le voyage, elle a soigné à bord du navire les passagers victimes de la peste. Dès son arrivée au Nouveau Monde, elle s'apitoie sur les conditions de vie misérables de la population. En 1657, elle jette les fondations d'une première chapelle destinée plus tard à devenir Notre-Dame-de-Bon-Secours qui abrite aujourd'hui un musée dédié à sa fondatrice.

04-02La même année (1657), la guerre s'intensifie entre les Iroquois et la petite colonie française. Ville-Marie, qui compte encore moins de 400 habitants, est isolée. La traite des fourrures devient difficile. En 1658, Marguerite Bourgeoys ouvre néanmoins une première école, rue Saint Paul, à l'emplacement d'une vieille étable. La même année, Dollard des Ormeaux (1635-1660) débarque en Nouvelle-France. En 1659, après avoir recruté des institutrices en France, Marguerite Bourgeoys fonde la Congrégation religieuse de Notre-Dame de Montréal. Un vicaire apostolique, François de Laval (1623-1708), arrive à Québec, ce prélat remarquable va fortement contribuer à la propagation du catholicisme.

Les Filles du Roy

Louis XIV encourage le peuplement de la colonie en accordant des terres le long du fleuve aux soldats qui s'y établissent. Malheureusement, ceux-ci préfèrent vivre à la façon des Sauvages plutôt que de défricher la forêt. En l'absence de femmes européennes, ils s'accouplent avec des squaws. La population se métisse et les anciens soldats du roi deviennent coureurs des bois. Pour les sédentariser, on imagine de leur envoyer des filles de France ; dès 1660, on recrute des volontaires et un millier de petites françaises courageuses, souvent orphelines, dotées par le roi, viennent s'établir dans les solitudes du Nouveau Monde ; on les appelle les Filles du Roy. Contrairement à une légende, elles ne sont pas toutes des filles de mauvaise vie, loin s'en faut. L'institution fondée par Marguerite Bourgeoys les accueille et surveille leurs fréquentations ; elle éduque les jeunes et leur apprend à tenir un foyer et une ferme. Elle aide aussi les colons à faire face aux époques de disette. Une hostellerie du Vieux Montréal, bâtie à l'intérieur des fortifications, en 1725, porte encore aujourd'hui leur nom.

05-02Dollard des Ormeaux est recruté par Maisonneuve qui lui confie le commandement du fort Ville-Marie. La menace d'une invasion iroquoise se précise. Le commandant du fort Ville-Marie décide de prendre les devants. Après une escarmouche où les Français ont le dessus, Dollar des Ormeaux et sa petite troupe, d'une quinzaine d'Européens renforcés par une quarantaine de Hurons et quatre Algonquins, s'installent dans un ancien poste algonquin abandonné au lieu-dit Long-Sault. Ils y sont bientôt assaillis par une nuée d'Iroquois. Une partie des Hurons fait défection ; ils ne sont d'ailleurs pas d'une grande utilité car le régime colonial français leur interdit la possession d'armes à feu. Les Français et leurs alliés se défendent avec vigueur causant d'énormes pertes dans les rangs ennemis jusqu'au moment où une grenade artisanale (ou un baril de poudre) explose au milieu des défenseurs. Dollard est tué. Désormais, toute résistance devient impossible. Les survivants sont massacrés sur place ; quelques-uns sont emmenés pour être torturés à mort et même mangés, selon certaines sources ; un seul parvient à s'échapper. Mais les pertes iroquoises sont si élevées qu'elles dissuadent provisoirement l'invasion projetée. Dollard des Ormeaux devient un héros de la Nouvelle-France, mais un héros aujourd'hui contesté car on pense, qu'en se portant au devant des Iroquois, son principal dessein était de leur tendre une embuscade pour s'emparer de leurs fourrures plutôt que de sauver la colonie. En 1661, les Iroquois attaquent à nouveau et tuent une centaine de Français.

La Nouvelle-France colonie royale

Le régime des compagnies à charte s'est révélé décevant et peu propre à développer la colonie dont le peuplement stagne. Aussi Louis XIV et Colbert décident-ils, en 1663, de transformer la Nouvelle-France en colonie royale ; la Compagnie des Cent-Associés est dissoute ; François de Laval fonde le Séminaire de Québec. En 1664, Louis XIV crée la Compagnie des Indes occidentales, dans un but commercial et d'évangélisation des Amérindiens ; elle ne durera pas plus de dix ans. En 1665, Maisonneuve disgracié, malgré les efforts qu'il a déployés, est rappelé en France, où il mourra oublié. Désormais, La Nouvelle-France est administrée comme une province française. Le roi y dépêche un intendant, Jean Talon (1626-1694) qui s'efforce de diversifier l'économie locale, afin de rendre la colonie autosuffisante et surtout d'accroître sa population. En 1665, pour assurer la sécurité des colons, Louis XIV envoie le régiment de Carignan-Salières. Les Iroquois sont repoussés chez eux. Lors du premier recensement effectué, en 1666, l'intendant dénombre 3215 (d'autres disent 3418) habitants, dont 63% d'hommes. En 1672, Jeanne Mance pose une des pierres angulaires de la première église de Ville Marie. Elle décède un an plus tard, en odeur de sainteté, après avoir légué son cœur aux Montréalais. Elle repose dans la crypte de l'Hôtel-Dieu dont elle fut la fondatrice.

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Le gouverneur Louis de Buade de Frontenac (1622-1698), natif de Saint-Germain-en-Laye, joue un rôle très important dans l'évolution de la Nouvelle-France. Il est nommé une première fois gouverneur en 1672. Le départ de l'intendant Jean Talon, en novembre de la même année, lui confère pratiquement les pleins pouvoirs sur la colonie,  jusqu'à l'arrivée, en 1675, d'un nouvel intendant, Jacques Duchesneau de la Doussinière et d'Ambault (mort en 1696) ; les relations entre le gouverneur et l'intendant, qui reproche au premier de fermer les yeux sur le trafic de fourrures illicite des coureurs des bois, manqueront de cordialité. Frontenac nomme La Vallière commandant de l'Acadie, entretient des relations avec Boston, assure l'alliance avec les Abénaquis et maintient la paix avec les Iroquois. Mais l'expansion de la colonie française prive ces derniers de territoires de chasse et gêne leurs communications avec les Anglais. En 1674, le diocèse de Québec voit le jour et François de Laval en devient l'évêque. En 1682, les intrigues de l'intendant, pour obtenir la disgrâce du gouverneur, entraînent le rappel des deux hommes en France.

En 1685, le nouvel intendant, Jacques Demeulle de la Source, instaure l'usage du papier-monnaie en réquisitionnant les cartes à jouer qui serviront par intermittence de billets de banque (monnaie de carte) jusqu'en 1714 ; avant le 19ème siècle, la monnaie métallique sera représentée indifféremment par les pièces françaises, anglaises, espagnoles, mexicaines et américaines. Après 1685, à la suite de la Révocation de l'Edit de Nantes, quelques protestants, convertis de manière plus ou moins forcée, qui souffrent de l'hostilité de leur voisinage en France, cherchent la tranquillité en se réfugiant sur les bords du Saint-Laurent. Vers 1688, le gouverneur de Montréal, Louis-Hector de Callières (1648-1703), natif de Normandie, obtient une partie du terrain qui porte aujourd'hui le nom de Pointe-à-Caillères, au bord du fleuve ; il y érige sa résidence, à l’endroit où s'élève maintenant le Musée archéologique de Montréal.

Le massacre de Lachine – Les guerres intercoloniales

En 1689, Frontenac est replacé à la tête de la colonie. En son absence, la situation s'est dégradée. Les Anglais, alliés aux Iroquois, se montrent de plus en plus agressifs. Le gouverneur fait réoccuper le fort Frontenac, qu'il avait édifié en 1673, sur la lac Ontario. Il fortifie Québec et Montréal. Les Iroquois, armés par les Anglais, attaquent Lachine, massacrent des dizaines de colons et en emmènent encore plus en captivité ; le nombre des victimes, tués, blessés prisonniers n'est pas connu avec précision, on parle de plusieurs centaines ; ce qui est sûr, c'est que la férocité de l'attaque terrorise les habitants ; des femmes enceintes ont été éventrées pour extraire le fruit de leurs entrailles et des prisonniers ont été rôtis avant d'être dévorés. Cet acte barbare marque le début ce que l'on a appelé la Première Guerre intercoloniale (1689-1697). En mesure de représailles, une expédition française est montée contre le village anglais de Corlaer (Shenectady) dont 60 habitants sont tués et 25 autres emmenés comme prisonniers. La population de la Nouvelle-France s'élève alors à 15000 personnes et celle de la Nouvelle-Angleterre à 200000.

En 1690, les Anglais tentent de réduire la Nouvelle-France. L'amiral William Phips (1651-1695), un marin gouverneur du Massachusetts, prend le fort Pentagouet et Port-Royal en Acadie. Mais l'expédition contre Montréal échoue sur les bords du lac Champlain. La flotte de Phips assiège néanmoins Québec. Un ultimatum est adressé à Frontenac qui le repousse avec énergie. Les Anglais tentent un débarquement à Beauport et bombardent Québec. Mais Frontenac, qui a reçu un renfort envoyé de Montréal par M. de Callières, tient bon et, après trois jours d'efforts infructueux, les assaillants renoncent. Les Anglais, échaudés, chargeront dorénavant les Iroquois d'attaquer les Français à leur place.

07-02En 1692, Madeleine de Verchères (1678-1747), fille d'un seigneur de Nouvelle-France, défend mousquet en mains, pendant quatre jours, jusqu'à l'arrivée des renforts de Montréal, le fort de Verchères contre les attaques iroquoises. Par cet exploit, l'adolescente s'élève au rang d'une Jeanne Hachette ou d'une Jeanne d'Arc québécoise.

En 1693, une nouvelle incursion a lieu contre Montréal. Par ailleurs, les Iroquois essaient de se réconcilier avec les Outaouais ; une entente entre ces tribus porterait un grave préjudice au commerce français et une forte pression est exercée sur Frontenac pour que les villages iroquois soient détruits. Le gouverneur n'agit cependant pas sans le feu vert du ministre de la Marine. En 1696, une troupe de plus de 2000 hommes, tant de forces régulières que de milices et d'alliés indiens quitte Montréal pour le territoire iroquois. Mais l'ennemi a fuit après avoir incendié le village cible de l'attaque. On brûle les récoltes et on détruit tous les vivres trouvés aux alentours.

Frontenac poursuit l'expansion vers l'ouest, créant de nouveaux postes et nouant des contacts avec les Indiens des Prairies. En 1697, la paix de Ryswick est signée entre la France et l'Angleterre et la Nouvelle-France peut souffler un peu. Mais Frontenac n'a plus qu'une année à vivre. La prédominance anglaise sur la Baie d'Hudson est acquise. La France obtient la Baie James et recouvre Port-Royal.

En 1700, Marguerite Bourgeoys meurt en odeur de sainteté, après avoir offert sa vie pour sauver une jeune religieuse malade qui recouvre effectivement la santé ; elle est canonisée en 1982 par Jean-Paul II. Enfin, trois ans après la disparition de Frontenac, Louis-Hector de Callières, qui a succédé à Frontenac comme gouverneur, réussit le tour de force de réconcilier Iroquois et Algonquins, c'est la Grande Paix de Montréal (1701). Cette paix ne durera pas longtemps : la Guerre de Succession d'Espagne (1701-1713) éclate bientôt en Europe ; ce nouveau conflit entraîne en Amérique la Seconde Guerre intercoloniale (1702-1713).

La vie mouvementée d’un aventurier : Pierre-Esprit Radisson

La destinée mouvementée de Pierre-Esprit Radisson (1636-1710) fournit une illustration saisissante de ce qu'était la vie dans les territoires français d'Amérique du Nord au temps de Louis XIV. Arrivé en Nouvelle-France en 1652, alors qu'il n'était âgé que de 16 ans, Radisson tombe aux mains des Iroquois au cours d'un raid mené par ces derniers. Il est adopté par ses ravisseurs et passe deux ans en leur compagnie, se familiarisant avec leurs coutumes et leur mode de vie. Il revient ensuite parmi les Français, est recruté par Médard Chouart des Groseilliers (1618-1696), qui a épousé entre temps sa demi-sœur, et devient coureur des bois dans la région des Grands Lacs. Les deux hommes ramènent beaucoup de fourrures qui leur sont confisquées par le gouverneur de la Nouvelle-France, pour lors Pierre de Voyer d'Argenson (1625-1709), au prétexte qu'ils n'ont pas de permis pour la traite des fourrures. Ils envisagent alors de lancer une entreprise commerciale en Baie d'Hudson mais, malgré un voyage en France de des Groseilliers, ils n'obtiennent pas l'appui escompté des autorités françaises.

Arrival_of_Radisson_in_an_Indian_camp_1660_Charles_William_JefferysIls tentent alors leur chance auprès des Britanniques à Boston. Le colonel George Cartwright, les emmène à Londres où il les présente au roi Charles II Stuart qui crée la Compagnie de la Baie d'Hudson à leur instigation. En 1668, ils partent pour la baie avec deux navires, l'Eaglet et le Nonsuch, affrétés par le prince Rupert, un esthète fortuné d'origine germanique, qui s'intéresse à l'Amérique du Nord, et qui deviendra le premier gouverneur de la Compagnie. Seul le Nonsuch, qui porte nos deux aventuriers, parvient à destination ; l'autre navire, avarié au cours d'une tempête, a regagné l'Angleterre. En 1674, de retour en Europe, insatisfaits du traitement que la Compagnie de la Baie d'Hudson leur a réservé, les deux aventuriers rencontrent à Londres un Jésuite d'origine auvergnate, prisonnier des Anglais, à la suite d'une mission envoyée auprès du gouverneur anglais Bayly par Frontenac. Ce religieux, le père Charles Albanel (1614-1696 - La bourgade québécoise d'Albanel porte son nom), a exploré la Baie d'Hudson en 1671, dans le cadre d'une expédition montée par l'intendant Jean Talon ; il les engage à revenir vers leur patrie d'origine.

Ils y sont fraîchement accueillis par Frontenac. Radisson entre malgré tout dans la marine royale française. En 1681, il est pressenti par un marchand de Nouvelle-France, Charles Aubert de La Chesnaye (1632-1702), l'homme le plus fortuné de Nouvelle-France, qui négocie l'obtention d'une charte pour la traite des fourrures, suite à la dissolution de la Compagnie des Indes occidentales, document qu'il obtient l'année suivante. En 1682, Radisson participe au début de reconquête de la Baie d'Hudson par la France. Radisson et des Groseilliers s'engagent dans une expédition qui doit fonder un établissement à l'embouchure de la rivière Nelson pour le compte de la Compagnie du Nord de La Chesnaye. Ils font de nombreux prisonniers au nombre desquels John Bridgar, gouverneur de la colonie anglaise, et s'emparent d'un important lot de fourrures.

De retour à Québec, ils n'obtiennent pas, selon eux, la juste rémunération de leurs efforts. Le nouveau gouverneur de la Nouvelle-France, Joseph-Antoine Le Febvre de La Barre, les envoie en France plaider leur cause. Radisson, frustré une fois de plus, change encore de camp et passe au service de la Compagnie de la Baie d'Hudson pour laquelle il se bat contre les Français. Puis, de 1685 à 1687, il dirige le commerce à l'embouchure de Fleuve Nelson. Devenu citoyen anglais en 1687, Radisson rédige un récit de ses aventures avant de mourir en Grande-Bretagne dans la pauvreté. Une localité du nord du Québec et une station de métro de Montréal portent aujourd'hui son nom.

L’expansion de la Nouvelle-France en direction du Mississipi

Les gouvernorats de Frontenac sont marqués par la réussite d'explorations particulièrement marquantes. En 1673, Louis Jolliet (1645-1700), premier explorateur né dans la colonie, près de Québec, se lance dans l'exploration du bassin du Mississipi, à partir des Grands Lacs. On connaît l'existence du fleuve, que les Indiens appellent La Grande Rivière et que les Français ont baptisé la Rivière Colbert. Mais on pense alors qu'il débouche dans le Pacifique (Mer de Californie). L'expédition a été initiée par Jean Talon, qui souhaitait nouer une alliance avec les Indiens de cette région, mais Frontenac adhère à cette audacieuse entreprise. Au moment de s'y lancer, Jolliet s'associe le père jésuite Jacques Marquette, originaire de Laon (France), un auxiliaire précieux car il connaît le langage de plusieurs tribus indiennes.

Après avoir atteint un affluent du Mississipi, les deux explorateurs descendent celui-ci jusqu'au grand fleuve et le suivent jusqu'à l'embouchure de l'Ohio, à 1100 kilomètre de celle du Mississipi, et ils savent désormais que ce dernier aboutit au Golfe du Mexique. A partir de là, les choses commencent à se gâter ; Marquette ne comprend plus le langage des Indiens dont il apprend tout de même qu'ils sont en contact avec les Espagnols ; de plus, les interlocuteurs des explorateurs se montrent menaçants. Les deux hommes décident de revenir. Jolliet a rédigé des notes de voyage ; malheureusement, il fait naufrage au Sault-Saint-Louis, en amont de Montréal, et perd ses papiers.

N'ayant pas obtenu de Colbert l'autorisation de s'établir au pays des Illinois, Jolliet s'installe à Sept-Îles. En 1679, il est chargé par Frontenac d'une mission à la Baie d'Hudson. Le gouverneur anglais, Charles Baily, qui a entendu parler de ses exploits, le reçoit avec honneur. Il fonde des pêcheries sur l'archipel Mingan, au nord du Saint-Laurent, passe l'été sur l'île d'Anticosti et l'hiver à Québec, s’occupant de ses terres et de son commerce. En 1690, William Phips s'empare de sa barque, confisque ses marchandises et fait prisonnières sa femme et sa belle-mère.

Il passe les dernières années de sa vie à explorer la côte du Labrador et à la cartographier ; il enseigne au collège des Jésuites de Québec. Il meurt à une date imprécise, premier habitant de Nouvelle-France à avoir été connu internationalement de son vivant.

06-02En 1682, René Robert Cavelier de la Salle (1643-1687), natif de Rouen, et Henri de Tonti (1649-1704), un soldat italien au service de la France, descendent à leur tour le Mississippi jusqu’à son delta. Ils construisent le fort Prud'homme qui devient plus tard la ville de Memphis. L'expédition arrive à l'embouchure du Mississippi en avril ; Cavelier de La Salle y fait dresser une croix et une colonne portant les armes du roi de France : la souveraineté française s'étend désormais sur l'ensemble de la vallée du Mississippi, mais c’est une souveraineté largement virtuelle. L'expédition repart par le même chemin vers la Nouvelle-France et Cavelier de La Salle retourne à Versailles. Là, il convainc le ministre de la Marine de lui accorder le commandement de la Louisiane. Il fait croire que celle-ci est proche de la Nouvelle-Espagne en dessinant une carte sur laquelle le Mississippi paraît beaucoup plus à l'ouest que son cours réel. Il met sur pied une nouvelle expédition, mais celle-ci tourne au désastre : Cavelier de La Salle ne parvient pas à retrouver le delta du Mississippi et se fait assassiner en 1687.

Il appartiendra à Pierre Le Moyne d'Iberville (1661-1706), natif de Ville-Marie, de relever le flambeau. Ce dernier, fils de deux colons normands émigrés, d'abord destiné à la prêtrise mais manquant de vocation, est devenu militaire par inclination. Entré dans la marine royale, il a participé en 1686, à une expédition dans la Baie d'Hudson, sous les ordres du chevalier Pierre de Troyes (1645-1688), en remontant en canots la rivière des Outaouais, depuis Montréal, puis en poursuivant le chemin en traîneaux à chiens jusqu'à la Baie James. L'expédition réussit au-delà des espérances ; elle s'empare du fort Monsoni, rebaptisé fort Saint-Louis, puis du fort Rupert et même d'un voilier, Le Craven. D'Iberville rentre à Québec par la mer, chargé de fourrures et de marchandises anglaises.

L'année suivante, d'Iberville, nommé capitaine de la frégate Le Soleil d'Afrique, retourne en Baie d'Hudson avec le dessein de fermer aux Anglais l'accès à la rivière Nelson, en faisant tomber le fort York ; il arraisonne deux navires et capture 80 Anglais. En 1690, il assiège le fort New Severn que la garnison fait sauter avant de s'enfuir. En 1694, il prend enfin le fort York.

Frontenac donne ensuite l'ordre au marin français de patrouiller le long des côtes de l'Atlantique, depuis Terre-Neuve jusqu'à la Nouvelle Angleterre. En 1696, d'Iberville détruit le fort William Henry (Maine) puis remonte vers Terre-Neuve où il attaque les villages et pêcheries anglaises de la côte est de l'île, pillant et brûlant les maisons et ramenant de nombreux prisonniers. A la fin de l'expédition, en 1697, il ne reste plus aux Anglais que deux bourgades dans l'île ; trente six de leurs colonies ont été détruites ; et, pour couronner la campagne, d'Iberville se paie le luxe de triompher de trois navires de guerres ennemis: il en coule un, s'empare du second et le troisième ne doit son salut qu'à la fuite.

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Ce brillant capitaine est alors choisi par le ministre de la Marine pour diriger une expédition chargée de redécouvrir et d'explorer l'embouchure du Mississipi, là où Cavelier de la Salle a échoué une dizaine d'années plus tôt. D'Iberville construit le fort Maurepas, en 1699, à proximité de la ville actuelle d'Ocean Springs. En 1700 et 1701, il bâtit les forts Mississipi et Saint-Louis. La Louisiane, appelée ainsi en l'honneur de Louis XIV, vient réellement de naître. Avant de s'en éloigner, d'Iberville noue des alliances avec les Autochtones, afin d'assurer la pérennité de cette nouvelle conquête française. En 1706, il met la main sur l'île anglaise de Nevis, dans les Caraïbes. Il se rend de là à La Havane, quérir des renforts espagnols pour attaquer la Caroline. Mais, atteint de la fièvre jaune, il décède dans le port de la capitale cubaine, où il est inhumé.

Progressivement, les Français ont imposé leur présence le long du Mississipi, construisant des forts et des postes de traite aux points stratégiques, jetant ainsi les bases de la reconnaissance de l'ouest mystérieux et enfermant les Anglais dans leurs possessions de la côte atlantique. Mais cet immense territoire n'est pratiquement pas peuplé et la position de la France reste précaire.

En 1711, alors que la Guerre de succession d'Espagne bat son plein en Europe, l'amiral Hovenden Walker (1666-1728) monte une expédition contre Québec avec des effectifs considérables : 5300 soldats et 6000 marins. Mais des vents violents drossent une partie de la flotte sur une île ; l'expédition est un échec. En 1713, les Traités d'Utrecht ramènent la paix sur le continent européen et en Amérique : la France cède à l'Angleterre l'Acadie, Terre-Neuve et la baie d'Hudson. En 1714, le gouverneur Philippe de Rigaud de Vaudreuil (1643-1725) décide de protéger Montréal et Québec par des enceintes fortifiées de pierre qui ne seront achevées que longtemps après sa mort.

Lire la suite : La chute de la Nouvelle-France

A propos de l'auteur

Poète, Passionné d'histoire et grand voyageur, Jean Dif a rédigé des ouvrages historiques et des récits de voyage.(voir son site).

Bibliographie

Histoire de l'Amérique française de Gilles Havard. Champs Histoire, 2008.

- Québec : Capitale de la Nouvelle-France 1608-1760 de Raymonde Litalien. Belles lettres 2008.

- Histoire Populaire du Quebec T 01 des Origines a 1791 deJacques Lacoursière

Pour aller plus loin

Ressources du ministère de la culture sur la Nouvelle France.

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