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Histoire du Québec (4/6) : Le régime britannique

drapeau-du-quebecAprès la chute de la Nouvelle-France, plus de 2000 colons français retournent dans leur patrie d'origine : ceux qui ont les moyens de payer leur passage. Les autres demeurent au pays espérant que la mère patrie reviendra un jour à la faveur d'une victoire en Europe sur l'Anglais redouté et honni. Ils sont 60 à 65000 et ils constituent la source principale des quelques 7,8 millions de Québécois francophones d'aujourd'hui et de tous ceux, presque aussi nombreux, que les vicissitudes de l'histoire ont poussé à émigrer dans les autres provinces du Canada où aux Etats-Unis.


 

La revanche des berceaux

En attendant mieux, ils se serrent autour de leurs églises et commencent à mettre en œuvre la politique qualifiée de revanche des berceaux en multipliant les naissances pour noyer les Anglais dans un océan d'adversaires. La population va doubler à chaque génération. Monseigneur Jean-Olivier Briand (1715-1794), évêque de Québec, ordonne à ses ouailles de reconnaître le roi d’Angleterre comme leur souverain mais le clergé, en même temps, encourage la natalité.

L'application des lois britanniques ne se fait pas attendre. Dès 1763, Marie-Josephte Corriveau (1733-1763), condamnée à mort pour avoir assassiné son mari qui la maltraitait, est pendue et sa dépouille exposée aux regards de la population dans une cage de fer ; un tel supplice, incompatible avec les mœurs françaises, frappe les Canadiens : la Corriveau se métamorphose en personnage du folklore québécois !

La tentative d’assimilation

L'Angleterre octroie une constitution, sous forme d'une Proclamation royale, au territoire conquis devenu « The province of Quebec » ; ce texte prévoit l'assimilation à plus ou moins long terme des colons français ; la loi anglaise s'applique à tous, aussi bien au civil qu'au pénal ; la langue officielle est l'anglais, la religion le protestantisme. Les catholiques ont le droit de conserver leur religion, mais ils doivent la renier, par le serment du test, s'ils se portent candidats à un poste dans l'Administration ; par cette mesure, les catholiques sont exclus des emplois officiels ; le gouverneur, James Murray (1721-1794), en est réduit à confier ces emplois à des personnes incompétentes !

La capitulation de Montréal prévoit d'étendre aux tribus amérindiennes alliées des Français les avantages concédés à ces derniers. Ces tribus ne s'en révoltent pas moins contre l'occupant britannique, sous la direction du chef outaouais Pontiac, essentiellement pour la conservation de leurs terres ; le clergé francophone invite ses fidèles à aider l'occupant britannique à réduire la révolte indienne qui est écrasée. En 1764, commence la publication d'un journal bilingue : La Gazette de Québec ; une pétition circule déjà dans les milieux francophones pour dénoncer le régime britannique tandis que les Anglophones réclament la création d'une assemblée pour les représenter. En 1768, Guy Carlton, baron Dorchester (1724-1808), succède à James Murray, comme gouverneur ; il se montre favorable à une réforme revenant aux lois et coutumes françaises et hostile à la création d'une assemblée.

La Guerre d’indépendance des Etats-Unis

En 1775 commence la Guerre d'indépendance des Etats-Unis. Ce soulèvement d'anciens vétérans des guerres contre la Nouvelle-France ne suscite que très peu de sentiments favorables parmi la population canadienne qui n'a oublié ni la déportation des Acadiens ni l'assassinat de Jumonville ; la devise du Québec ne sera-t-elle pas plus tard : « Je me souviens ». Aussi, lorsque les Américains tentent de rallier à leur cause les habitants de la province, ils sont loin d'être accueillis à bras ouverts. Ils trouvent néanmoins quelques partisans, assez pour former deux régiments (747 miliciens) qui se distingueront à Saratoga (1777) et à Yorktown (1781). Parmi ces partisans, on peut citer un commerçant prospère de Montréal, qui fut aussi juge de paix, Pierre Calvet, propriétaire de la maison qui abrite aujourd'hui l'Hostellerie des Filles du Roy. Pour dissuader toute velléité de soutien aux Insurgents américains, Monseigneur Jean-Olivier Briand rappelle aux catholiques leur serment d'allégeance au roi d'Angleterre, le trahir serait pêcher !

Dirigés par Richard Montgomery (1738-1775) et Benedict Arnold (1741-1801), les Américains, guidés par leurs partisans, envahissent la province du Québec et occupent la région de Montréal, où le château de Ramezay, aujourd'hui converti en musée, leur sert de quartier général. Mais, en 1776, ils échouent dans leur tentative de prendre Québec où Montgomery est tué. Benjamin Franklin (1706-1790) honore son ami Pierre Calvet d'une visite ; il est à Montréal pour sonder les intentions des Canadiens ; il en repart avec le sentiment qu'il serait plus facile d'acheter la province que de la conquérir. Les renforts britanniques, composé de mercenaires allemands, arrivent en grand nombre et chassent bientôt les Insurgents.

La reconnaissance de la spécificité québécoise – la province comprend le Québec et l’Ontario

Cependant, la Guerre d'indépendance américaine, va marquer profondément l'avenir du Québec. D'abord, dès 1774, conscients du danger que représenterait pour l'empire britannique un soulèvement conjoint des Insurgents américains et des Canadiens, les Anglais ont révoqué la Proclamation royale émise une dizaine d'années plus tôt. Par l'Acte de Québec, le territoire de la province est délimité d'une manière extensive : de la Gaspésie jusqu'aux Grands Lacs ; une entité recouvrant grosso-modo le Québec et l'Ontario voit ainsi le jour ; par ailleurs, l'abolition du serment du test réhabilite le catholicisme tandis que la langue, le droit français et le régime seigneurial d'antan sont restaurés ; la spécificité des Canadiens français est ainsi reconnue. Les Anglophones protestent contre ces dispositions favorables aux Francophones.

Une autre conséquence de la révolution américaine influencera encore plus durablement l'avenir du Canada ; les Américains ne rejettent en effet pas unanimement la soumission à l'Angleterre ; celle-ci conserve ses partisans. Ces derniers se trouvent évidemment en butte à l’hostilité des Insurgents ; ils se réfugient dans les territoires restés sous contrôle britannique, les provinces maritimes, où ils contribuent à chasser les derniers Acadiens, et aussi la province du Québec où les Francophones, qui sont maintenant 90000, voient déferler, sur le territoire qu'on vient de leur reconnaître, quelques 50000 Loyalistes brandissant l'Union-Jack. Ces Américains, demeurés fidèles au roi d'Angleterre, vont peupler ce qui deviendra l'Ontario, mais un grand nombre d'entre eux s'établissent aussi sur le territoire du Québec actuel, en particulier en Estrie, où ils fonderont la ville de Sherbrooke, et où existe encore, à Lennoxville, la seule université anglicane d'Amérique du Nord. On les installe sur des terres confisquées aux Canadiens français et aux Indiens.

En 1778, la France prend officiellement partie pour les Insurgents américains, en envoyant un corps expéditionnaire de 6000 hommes, aux ordres de Rochambeau (1725-1807), rejoindre Lafayette (1757-1834) et quelques autres membres de la noblesse française qui se battent déjà par idéal auprès des partisans de l’indépendance américaine. Les Canadiens reprennent espoir ; peut-être le retour de la vieille mère-patrie est-il proche. L'amiral d'origine auvergnate Charles-Henri d'Estaing (1729-1794) encourage cet espoir en diffusant un manifeste, affiché à la porte des églises, dans lequel il invite les Français d'Amérique à s'allier aux Etats-Unis, à la grande colère du gouverneur Frederick Haldimand (1718-1791), d'origine suisse et francophone. Malheureusement, malgré la victoire franco-américaine, si le Traité de Versailles, en 1783, reconnaît bien l'indépendance des Etats-Unis, il oublie purement et simplement les Français d'Amérique qui, compte tenu de l'arrivée des Loyalistes, porteront désormais le nom de Canadiens français. Décidément, les « arpents de neige » n'intéressent personne en Europe. La désillusion est immense et sera durable.

La Révolution française et l’Empire

Malgré leur rancune à l'encontre de la mère-patrie, les Canadiens français accueillent la Révolution française avec enthousiasme. Dès 1789, on parle de l'événement le plus important du monde depuis l'avènement du christianisme. Mais, après la chute de la monarchie, l'opinion bascule et devient majoritairement hostile, en grande partie sous l'influence du clergé. Les autorités ecclésiastiques insistent sur fait que, le roi de France n'existant plus, c'est au roi d'Angleterre que l'on doit maintenant fidélité. De son côté, la propagande britannique dissocie habilement la France des hommes qui la dirigent et insiste sur la nécessité de combattre ces infernaux suppôts de l'Antéchrist.

La séparation du Haut-Canada (Ontario) et du Bas-Canada (Québec)

Parallèlement, l'Angleterre revoit sa copie coloniale. Pour permettre aux Loyalistes de jouir des droits qui étaient les leurs avant la révolution américaine, comme ils le réclament, et aussi pour éviter de les noyer dans la masse des Francophones, Pitt, dès 1791, sépare le Canada en deux parties distinctes: le Haut-Canada, majoritairement anglophone, et encore peu peuplé, et le Bas-Canada, majoritairement francophone, où l'on compte déjà environ 160000 descendants des anciens colons français. L'Ontario et le Québec voient le jour, même si l'on parle encore seulement de Canada. L'Acte constitutionnel de 1791 dote le Bas-Canada d'une Assemblée consultative, élue au suffrage censitaire, et accorde même le droit de vote aux femmes (elles le perdront en 1834 pour ne le retrouver qu'en 1940). Un Francophone, Jean Antoine Panet (1751-1815) est le premier président élu de cette assemblée. Tout le monde n'est cependant pas dupe et les esprits éclairés comprennent que l'Angleterre instrumentalise la crise politique en France pour renforcer sa domination sur le Canada. En 1794, les Francophones rejettent le projet de création d'une milice et, en 1796, ils refusent l'entretien de la voierie devant leur porte, qu'une nouvelle loi leur impose ; l'adoption d'une loi sur les ponts et les chemins cause même une émeute.

Malgré l'apparente désaffection de l'opinion canadienne française pour la Révolution, l’occupant britannique redoute toujours que les idées subversives ne se propagent dans la population francophone. En 1793, un mémoire défendant la reconquête du Canada n'a-t-il pas été soutenu devant la Convention nationale de Paris ? En 1794, une Association pour le maintien des lois, de la constitution et du gouvernement du Bas-Canada est formée pour dépister les foyers révolutionnaires. L'arrivée d'émigrés, dont 51 prêtres réfractaires, renforce le climat contre-révolutionnaire. Pour éviter toute contamination de l'extérieur, les frontières sont sévèrement contrôlées et des mesures d'exception sont prises contre les étrangers que l'on filtre soigneusement. Un Américain, soupçonné de complot, David MacLane est pendu à titre d'exemple. Cette situation durera jusqu'à la fin du Premier Empire que sert un général de brigade originaire de Québec : François Joseph d’Estienne de Chaussegros de Lery (1754-1824).

La tranquillité sociale est d'abord favorisée par la relative prospérité dont jouit le Canada à cette époque. La culture des céréales se développe stimulée par le prix élevé du blé à l'exportation. Mais, en 1801, de mauvaises récoltes conjuguées à l'effondrement du commerce des fourrures, qui cesse d'être l'activité économique dominante, causent des difficultés pendant les années suivantes. L'Institution royale d'écoles gratuites vise à angliciser l'ensemble de la population.

Un problème fiscal contribue, en 1805, à dresser les deux communautés fondatrices du Canada l'une contre l'autre ; pour financer la construction de prisons, va-t-on instituer une taxe sur les importations ou sur la propriété foncière ? Dans le premier cas, ce sont les Anglophones qui vont payer, dans le second, ce sont les Francophones. C'est la première solution qui est retenue, au grand dam des Anglophones, dont la presse se déchaîne. Toujours en 1805, des banques canadiennes commencent à imprimer leurs premiers billets ; l'évêque anglican Jacob Mountain (1749-1825) estime devoir être le seul à porter ce titre, ce qui est jeter un énorme pavé dans le jardin du catholicisme. Un journal anglophone The Quebec Mercury tourne les Francophones en ridicule. Une pétition est adressée à Napoléon pour l'appeler au secours du Canada, mais elle ne recueille que 12 signatures ;  a contrario, une souscription est lancée pour l'érection à Montréal d'un monument à Horatio Nelson (1758-1805) qui vient d'être tué en remportant la victoire de Trafalgar.

En 1806, La création du journal Le Canadien, organe du Parti canadien, de tendance libérale, fondé au début du siècle, n'est sans doute pas étrangère à la polémique déclenchée par le financement des prisons ; on notera le titre de ce premier organe de presse francophone, il est significatif : on ne parle pas encore du Québec. Un nouveau conflit religieux s'élève entre les Francophones et la couronne britannique. Le nombre de prêtres est notoirement insuffisant et le déficit ne fait que s'accroître. L'évêque catholique de Québec, Joseph-Octave Plessis (1763-1825), en poste à partir de 1806, bataille ferme contre le gouverneur et l'évêque anglican pour garder son titre et pour obtenir une division des diocèses, de manière à suivre l'évolution de la démographie ; mais il se heurte aux réticences de Londres.

Le Règne de la Terreur

En 1807, James Henry Craig (1748-1812) devient gouverneur de l'Amérique du Nord britannique ; assisté d'un secrétaire fanatique, il inaugure l'ère qualifiée de Règne de la Terreur pendant laquelle les « traitres » sont maintenus en prison sans jugement. Persuadé que le Bas-Canada est un foyer de sédition, il s'efforce de contrôler la composition de son Assemblée et écarte les Francophones des emplois publics. Il multiplie les dissolutions de l'Assemblée et emprisonne même un candidat, François Blanchet (1776-1830), pendant les élections. En 1809, la couronne britannique détache le Labrador du Québec ; c'est un nouveau sujet de contestation. Une mesure à caractère antisémite expulse un commerçant juif, Ezekiel Hart (1770-1843), de l'Assemblée qui est dissoute.

En 1810, l'Assemblée réclame le contrôle de la liste civile, elle est à nouveau renvoyée devant les électeurs ; le journal Le Canadien est interdit et ses rédacteurs (Bédard, Blanchet, Taschereau) sont arrêtés pour sédition. Mgr Plessis engage ses fidèles à demeurer loyaux au roi d'Angleterre et il condamne la doctrine du Parti canadien ; en récompense de son engagement politique, l'évêque de Québec reçoit un traitement de mille livres du gouvernement britannique. Les élections à l'Assemblée désavouent le gouverneur et le haut clergé. Craig recommande au roi l'union du Haut et du Bas-Canada.

SalaberryDe 1812 à 1814, une nouvelle guerre oppose l'Angleterre aux Etats-Unis. Ces derniers essaient, une fois de plus, de conquérir le Canada. Mais ils rencontrent encore moins de succès qu'en 1775-1776 auprès de la population francophone. Le 26 octobre 1813, leurs troupes avancent le long de la rivière Châteauguay dans l'intention de s'emparer de Montréal. Charles-Michel de Salaberry (1778-1829), à la tête de ses voltigeurs Canadiens français les attend à la hauteur d'Allan's Corners. Les envahisseurs reçoivent une réception si chaude qu'ils ne tenteront plus jamais d'envahir le Canada.

L'économie du Bas-Canada poursuit son évolution : le commerce des fourrures ne représente plus que 9%, le Haut-Canada étant plus favorable à sa culture, le blé régresse au profit de l'avoine et du fourrage, la culture de la pomme de terre se développe, tandis que se maintiennent celles des pois et des fèves (les fèves au lard sont un plat traditionnel), du chanvre, du lin et du maïs. En 1816, le Bas-Canada subit sa pire récolte depuis le début du siècle. En 1817, la Banque de Montréal voit le jour et, l'année suivante, c'est au tour de la Banque de Québec.

En 1815, Le gouverneur George Prevost (1767-1816), en poste depuis 1811, est rappelé à Londres, à la demande de la bourgeoisie anglaise qui lui reproche sa bienveillance à l'égard du Parti canadien. Il est remplacé par un homme plus énergique, John Coape Sherbrooke (1764-1830).

Toujours en 1815, Louis-Joseph Papineau (1786-1871), un avocat natif de Montréal, est élu orateur, c'est-à-dire président, de l'Assemblée du Bas-Canada, à laquelle il appartiendra pendant 28 ans et qu'il présidera pendant 22 ans ; cet homme politique éminent va jouer un rôle fondamental dans l'évolution des Canadiens français ; sa maison à Montréal ainsi que son manoir à Montebello existent encore aujourd'hui. La société canadienne française est toujours régie par des règles antérieures à la Révolution française ; Papineau prône l'abolition du régime seigneurial.

L’organisation de la résistance

En 1817, Sherbrooke obtient du gouvernement britannique la reconnaissance officielle de l'Eglise catholique du Canada, en récompense des positions prises par Mgr Duplessis. En 1822, les Canadiens anglais militent pour un acte d'union des deux Canadas qui éliminerait la langue française. Papineau, alors président de l'Assemblée, et J. Neilson, un journaliste francophile, vont à Londres pour s'opposer à ce projet, munis d'une pétition comportant 60000 signatures. Le Bas-Canada compte alors 420000 habitants et le Haut-Canada 125000. Une forte immigration irlandaise pose des problèmes sociaux.

En 1825, le gouverneur George Ramsay Dalhousie (1770-1838), excédé par les nombreux conflits qui l'opposent à l'Assemblée, se rend à son tour dans la capitale britannique dans le but de faire modifier la constitution de 1791. Pendant son absence, son subalterne, le lieutenant-gouverneur Francis Nathaniel Burton (1766-1832), s'entend avec le Parti canadien, ce qui rend caduque l'initiative du gouverneur que ce compromis rend furieux. A cette époque, la population québécoise est à 90% rurale. Toujours en 1825, le Canal Lachine est inauguré. Le commerce du bois joue alors un rôle éminent dans l'économie régionale.

papineauEn 1826, le Parti canadien devient le Parti patriote ; Louis-Joseph Papineau, partisan de réformes constitutionnelles, dans le cadre de la légalité, et hostile à la lutte armée, en devient le chef. En 1827, Dalhousie dissout l'Assemblée et convoque de nouvelles élections dans l'intention de se débarrasser de Papineau ; mais les électeurs déjouent la manœuvre. L'Assemblée demande à Londres la destitution du gouverneur.

Un nouveau gouverneur, James Kempt, plus accommodant, succède à Dalhousie, en 1828. En 1829, à la suite d'un conflit politique entre l'Assemblée et le Conseil législatif, désigné par la couronne, un défaut de crédit entraîne la fermeture des écoles qui venaient juste d'ouvrir. En 1830, un nouveau gouverneur, Matthew Whitworth-Aylmer (1775-1850), entre en fonction. C'est un militaire sans expérience administrative ; il se montre incapable de gérer les exigences croissantes des Canadiens français et exacerbe les tensions en favorisant les Canadiens anglais. Le Parti patriote se radicalise : il ne se contente plus d'une Assemblée sans pouvoir et exige le contrôle des finances de la colonie ; par ailleurs, il se brouille avec le clergé. Une immigration anglophone vigoureuse gonfle la population canadienne et tend à modifier l'équilibre démographique jusqu'alors favorable aux Francophones.

En 1831, une épidémie de choléra, qui sévira aussi l'année suivante, décime la population (2723 morts à Québec et 2547 à Montréal). En 1833, on compte 400000 Francophones au Canada. Cette même année, l'abolition de l'esclavage ne soulève aucun problème, celui-ci étant resté résiduel dans la colonie française. En 1834, les radicaux du Parti patriote l'emportent sur les modérés et gagnent les élections avec 77% des suffrages ; ils rédigent 92 résolutions qui demandent, pour le Bas-Canada, un gouvernement responsable, l'élection du Conseil exécutif et davantage de Canadiens français dans l'Administration du pays. Ces requêtes, envoyées à Londres, tombent au plus mauvais moment, l'Angleterre traversant une crise politique. Le gouverneur cesse de réunir une Assemblée devenue incontrôlable. Une forme de communautarisme se développe alors dans la colonie: les Canadiens français se rassemblent dans la Société Saint-Jean Baptiste, un saint dont la fête sera celle du Québec; les autres communautés ethniques créent leurs propres sociétés.

En 1835, la détérioration de la situation entraîne le rappel d'Aylmer. Un nouveau gouverneur, Archibald Acheson, comte Gosford (1776-1849), arrive avec une mission de conciliation. Les Anglophones mécontents fondent le belliqueux Doric Club (une version du British Rifle Corps) ; les Francophones répliquent en créant Les Fils de la Liberté, dont l'homme politique canadien George-Etienne Cartier (1814-1873), un des futurs pères de la confédération, est l'un des 500 fondateurs.

La rébellion des patriotes

En 1837, le rejet des 92 résolutions met le feu aux poudres. Londres leur oppose en effet 10 résolutions, parmi lesquelles figure le droit de l'exécutif à utiliser sans contrôle l'argent de l'Etat, ce qui constitue une véritable provocation. Malgré la dénonciation du radicalisme par la hiérarchie catholique et les réticences de Papineau, l'agitation fait tache d'huile à travers le Bas-Canada. Fils de la liberté et membres du Doric Club en viennent aux mains à Montréal. Le commandement des troupes est confié à John Colborne (1778-1863) et Gosford quitte ses fonctions.

combat_st_eustacheLa répression militaire s'abat sur les patriotes. Vingt six mandats d'arrêt pour crime de haute trahison sont émis contre eux. La tête de Papineau, pourtant hostile aux émeutes, est mise à prix ; il se réfugie d'abord aux Etats-Unis, puis en France ; il ne sera amnistié qu'en 1845. Des affrontements armés ont lieu, à Saint-Denis, où les patriotes triomphent, et dans Saint-Charles, où ils sont battus ainsi que dans le village de Saint-Eustache, au nord de Montréal, dont l'église garde encore la marque des boulets anglais. La bataille de Saint-Eustache immortalise Jean-Olivier Chénier (1806-1837), une des figures patriotiques les plus emblématiques. Ce médecin de Saint-Eustache, engagé dans le mouvement révolutionnaire, est général en chef du comté des Deux-Montagnes. Alors que Joseph Papineau prêche la modération, Chénier lance un appel aux armes ; dès lors, sa tête est mise à prix. En décembre 1837, il commande quelques deux cents hommes retranchés dans l'église, le presbytère et le couvent de Saint-Eustache, pour résister à l'armée britannique. La partie n'est pas égale. Les morts sont bientôt nombreux parmi les patriotes. Les Anglais triomphent et Chénier est tué au moment où il sort de l'église en flammes.

Les victimes de la répression sont nombreuses. L'armée britannique brûle le village de Saint-Benoît. La Constitution du Bas-Canada est suspendue. Les échecs ne découragent cependant pas les patriotes qui se regroupent aux Etats-Unis, bien décidés à prendre leur revanche. Ils pénètrent dans la province et proclament la République, la séparation de l’Église et de l’État, la suppression de la dîme, l’abolition des redevances seigneuriales, la liberté de la presse, le suffrage universel pour les hommes, le scrutin secret, la nationalisation des terres de la couronne et celles de la British American Land Co., l’élection d’une Assemblée constituante et l’emploi des deux langues dans les affaires publiques.

En 1838, le successeur de Gosford, John George Lambton, comte Durham (1792-1840), profite de l'accès au trône de la reine Victoria pour amnistier 153 rebelles, tandis que 8 chefs de l'insurrection sont exilés aux Bermudes ; critiqué à Londres, il démissionne. Colborne reprend l'affaire en mains ; il proclame la loi martiale, repousse les patriotes venus des Etats-Unis et lutte contre les Frères chasseurs, un mouvement clandestin qui donne du fil à retordre aux forces britanniques en Montérégie. Les arrestations sont nombreuses ; une cour martiale est instituée pour juger 108 accusés. En 1839, douze patriotes sont pendus dans une prison de Montréal ; cinquante-huit autres sont déportés en Australie ; des écrivains et imprimeurs sont emprisonnés pour écrits séditieux.

La révolte ne s'est pas limitée au Bas-Canada ; elle s'inscrit en fait dans le vaste mouvement d'émancipation des nations qui agite l'Europe. Mais la tentative de Mackenzie, en Haut-Canada, dans une région dominée par les Loyalistes, n'a revêtu qu'une importance secondaire, et elle n'en a été que plus facilement réprimée. Nombre de vaincus s'enfuient aux Etats-Unis. Le Parti patriote change une fois de plus de nom, il devient désormais le Parti libéral. L'emprise des libéraux sur l'opinion publique est refoulée au profit d'un retour en force de l'influence cléricale. L'Eglise excommunie les patriotes qui seront réhabilités au 20ème siècle.

pendaison_patriotesL'image légendaire du patriote, sabots aux pieds, pipe au bec, fusil à l'épaule, taille serrée dans une ceinture fléchée, tuque (bonnet en laine à pompons) en tête, n'en restera pas moins populaire au Québec. Elle refleurira dans les années 1970, au moment de l'essor du mouvement indépendantiste. Les patriotes ne se rassemblaient pas derrière le drapeau bleu et blanc frappé de fleurs de lys, qui n'apparut que plus tard. Leur étendard était tricolore : vert, blanc rouge, comme celui de l'Italie. Il est intéressant de souligner qu'ils se sont inspirés de la Révolution française plutôt que de l'exemple américain pourtant voisin.

Notons que le pourcentage des professions intellectuelles est plus faible dans la population francophone (0,12 %) que dans la population anglophone (0,34%) et que les intellectuels francophones occupent souvent un emploi inférieur à leur compétence. Un problème social s'ajoute donc au problème politique. Il refera surface un siècle plus tard.

Le retour à la politique d’assimilation – La création du Canada

L'échec du soulèvement est suivi par une importante réforme constitutionnelle en 1840. Cette réforme s'inspire du rapport rédigé par Lord Durham à la suite de la prise d'armes, document dans lequel les Canadiens français sont présentés comme un peuple inférieur, sans histoire et sans culture. Cette opinion restera répandue chez les Anglophones jusqu'à une époque récente. François-Xavier Garneau (1809-1866) réplique à cette grossière falsification de la réalité en rédigeant une « Histoire du Canada » qui fait justice des calomnies anglaises, lesquelles ne poursuivent qu'un seul but : servir d'alibi à la réduction en quasi esclavage des Canadiens français.

Quoi qu'il en soit, un Acte d'Union réunit le Haut et le Bas-Canada dans un seul gouvernement du Canada. Les Assemblées des deux entités précédentes disparaissent. Elles sont remplacées par une Assemblée du Canada unique où Francophones et Anglophones sont représentés à parité. Les Francophones vont se battre pour obtenir une représentation proportionnelle, mais on ne leur accordera pas celle-ci avant que l'immigration n'ait rendu les Anglophones majoritaires ; la balance est pour le moment favorable aux Canadiens français (ils sont encore 20% plus nombreux que les Canadiens anglais), mais cela ne durera pas car une forte immigration anglophone va inverser la position respective des deux communautés dès 1851.

Un gouverneur-général administre la colonie. C'est l'acte de naissance d'un Canada, dont la langue officielle redevient l'anglais. On notera que ce Canada, limité à l'Ontario et au Québec actuels, ne comprend ni les provinces maritimes, ni Terre-Neuve, ni évidemment les provinces de l'ouest qui ne sont pas encore colonisées. La révolte, comme c'est souvent le cas, s'est donc accompagnée d'une régression au détriment des Canadiens français dont l'identité culturelle et linguistique est menacée. La volonté assimilationniste des Anglais se manifeste à nouveau, comme lors de la conquête. Cette réforme, qui entre en application en 1841, ne satisfait personne et elle s'avère rapidement source d'instabilité politique : les gouvernements, installés à Montréal en 1843, se succèdent rapidement. Les  nouvelles institutions soulèvent toutefois peu d'opposition parmi les Francophones, encore sous le coup de la répression.

La Grande Hémorragie des Canayens

Cependant, les Canadiens anglais usurpent le nom de Canadiens que se donnaient jusqu'à présent les Canadiens français ; ces derniers, pour se distinguer des Canadians, s'appellent donc Anciens Canadiens ou Canayens. Les plus hostiles émigrent aux Etats-Unis, tant d'ailleurs pour des raisons économiques que politiques ; ils sont si nombreux que l'on nomme cette époque celle de La Grande Hémorragie. Ce mouvement de population négatif est contrebalancé par une forte immigration des Irlandais chassés de leur pays par la famine ; farouchement hostiles aux Anglais, ils se sentent proches des Francophones, mais ils contribuent néanmoins à angliciser la province.

Malgré ses imperfections, la nouvelle constitution n'en est pas moins appuyée par Louis Hippolyte Lafontaine (1807-1864), un ancien fidèle de Papineau, brièvement emprisonné en 1838, que l'expérience a rendu modéré et qui, devant le fait accompli, s'efforce de tirer le meilleur parti possible des nouvelles institutions. Il est aidé en cela par les réformistes anglophones qui poursuivent le même but.

En 1843, une grève à Beauharnais tourne mal et les forces britanniques tuent 20 grévistes. En 1845 et 1846, des incendies ravagent un quartier de Québec. En 1847-1848, le typhus tue le tiers des immigrants irlandais retenus à Grosse-Île, station de quarantaine pour immigrants, dans l'estuaire du Saint-Laurent.

En 1848, Lafontaine et Robert Baldwin (1804-1858) obtiennent une modification démocratique de la constitution par l'introduction du principe de la responsabilité ministérielle devant l'Assemblée, ce qui ne change rien à la domination des Anglophones sur les Francophones; tout au plus l'alliance de Lafontaine avec les réformistes anglophones atténue-t-il la pression assimilationniste. La même année, Joseph Papineau, amnistié en 1845, est élu député de l'Assemblée du Canada. Il évolue vers le républicanisme, sous l'influence de ses séjours aux Etats-Unis et en France, et va devenir partisan de l'intégration de ce qui fut le Bas-Canada dans les Etats-Unis, à défaut de mieux, tout espoir paraissant désormais fermé aux Francophones dans le Canada uni.

parlement1849En 1849, des émeutiers anglophones incendient l'édifice parlementaire canadien de Montréal pour marquer leur opposition à la French Domination ; les instances gouvernementales déménagent à Toronto. La même année, James Bruce Lord Elgin (1811-1863), gouverneur général du Canada, fait approuver une amnistie générale et les exilés politiques de 1838 peuvent rentrer au pays ; les habitants du Bas-Canada ayant subi des pertes lors des événements de 1837-1838 sont indemnisés. Des émeutes paysannes éclatent contre les taxes scolaires et l'instruction obligatoire.

Les événements qui viennent d'être rapportés se sont déroulés dans un contexte économique défavorable. L'augmentation rapide de la population a entraîné un morcellement des propriétés. Les nouvelles terres à cultiver sont lointaines et peu productives. L'exploitation de la forêt offre des ressources insuffisantes pour remplacer les pertes de revenu causées par l'essoufflement de la traite des fourrures.

Entre 1842 et 1846, dans le cadre d'une politique de libre-échange, les produits canadiens cessent de bénéficier d'une protection tarifaire. Au plan économique, le Canada ne possède pas la taille critique pour espérer rivaliser avec son voisin du sud et son retard industriel ne fait que se creuser. Tous ces éléments favorisent l'exode rural et aussi l'émigration vers des Etats-Unis plus dynamiques (La Grande Hémorragie). En 1851, le gouvernement se transfère à Québec. En 1852, un nouvel incendie détruit plusieurs centaines de maisons à Montréal ; l'Université Laval est fondée à Québec qu'endeuille une épidémie de choléra. En 1854, le régime seigneurial est aboli ; les édifices parlementaires sont détruits par un incendie et le gouvernement retourne siéger à Toronto. En 1855, le gouverneur Edmund Walker Head humilie bêtement les Canadiens français en exaltant la supériorité de la race anglo-saxonne. En 1857, la reine Victoria désigne Ottawa comme capitale du Canada ; une crise économique éclate dans la colonie. En 1859, le gouvernement revient à Québec.

En 1861, plus de 85% des habitants du Bas-Canada habitent à la campagne et le quart de cette population est anglophone ; la population du Canada croit 5,5 fois plus vite que celle du futur Québec.

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A propos de l'auteur

Poète, Passionné d'histoire et grand voyageur, Jean Dif a rédigé des ouvrages historiques et des récits de voyage.(voir son site).

Bibliographie

- Histoire Populaire du Quebec T 02 1791 1841 de Jacques Lacoursière. 2005.

- France-Canada-Québec : 400 Ans de relations d'exception deSerge Joyal. 2008

Pour aller plus loin

- Le site du Grand Québec.

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