Histoire du Québec (6/6) : Le Québec dans un Canada souverain
En 1931, dans le contexte de la grande dépression, le statut de Westminster, qui institue le Commonwealth, confère la pleine souveraineté au Canada, sans soulever l'enthousiasme. L'Ontario et le Québec, qui craignent un pouvoir fédéral trop puissant, ne voient pas ce changement sans appréhension. La transition s'effectue très lentement : la citoyenneté canadienne n'est effective qu'en 1947 ; le drapeau qu'en 1965, et encore nombre de Canadiens anglais continuent-ils de déployer devant leur maison l'Union Jack, à côté du drapeau à feuille d'érable qui a remplacé le Red Ensign frappé de l’Union-Jack ; l'hymne national, écrit par un francophone, en 1980.
En 1935, la crise pousse le gouvernement provincial à prôner le retour à la terre. A cette époque la population rurale ne représente plus que 40% de la population de la province et, au cours du siècle qui vient de s'écouler, près d'un million de Québécois sont partis chercher du travail aux Etats-Unis.
De 1932 à 1937, Grosse-Île, toujours station de quarantaine pour immigrants, est frappée par des épidémies de choléra et de typhus. La mortalité infantile a beaucoup diminué au Québec mais elle reste élevée (10%) quoique dans la norme des pays développés.
L’Union nationale, un conservatisme nationaliste
Des dissidents du Parti libéral de Taschereau créent l'Action libérale nationale qui s'allie au Parti conservateur pour donner naissance à l'Union nationale dont le chef, Maurice Duplessis (1890-1959), exerce le pouvoir de 1936 à 1939. Ce leader conservateur doit sa fortune politique à sa dénonciation du favoritisme (patronage en québécois) dont fait preuve le Parti libéral, ce qui ne l'empêche pas ultérieurement d'être soupçonné lui aussi de tomber dans ce travers. Il se singularise d'emblée, dès 1937, par la « Loi du Cadenas », jugée anticonstitutionnelle, qui musèle la liberté d'expression, pour lutter contre le communisme et le syndicalisme, favorisant ainsi objectivement le monde des affaires anglo-saxon, au détriment du monde du travail francophone, paradoxe curieux pour un nationaliste.
En 1939, les armoiries et la devise du Québec : « Je me souviens » sont adoptées ; le Parti libéral revient au pouvoir. Le premier ministre, Adélard Godbout (1892-1956), reconnaît aux travailleurs le droit syndical. A la veille de
La Seconde Guerre mondiale et la querelle autour du service militaire
La guerre donne un coup de fouet salutaire à l'économie du Québec mais elle fait ressurgir à nouveau le clivage entre Canadiens anglais, favorables à la participation au conflit, et Canadiens français peu disposés à aller se faire tuer en Europe pour le roi d'Angleterre. Le premier ministre fédéral, Mackenzie King (1874-1950), promet aux Québécois qu'ils ne seront pas enrôlés contre leur gré. La jeunesse montre à sa façon le peu de confiance qu'elle accorde aux promesses du premier ministre fédéral : une épidémie de mariages se répand à travers le Québec ; les prêtres en bénissent plusieurs par jour, les jeunes gens espèrent qu'on n'osera pas les arracher à leur foyer. Pour lutter contre ce manque évident d'enthousiasme pour les travaux guerriers, la propagande britannique propage la peur, afin de susciter des vocations militaires ; on appose des affiches qui incitent la population à se protéger contre les bombardements allemands, alors qu'aucun avion n'est encore capable d'effectuer le trajet Europe-Amérique dans les deux sens, même si des sous-marins nazis rôdent près des côtes canadiennes ; on parle même d'appliquer la politique de la terre brûlée en cas d'invasion ! Le député maire de Montréal, Camille Houde (1889-1958), fermement opposé au service militaire, est déporté pendant quatre ans sans jugement dans un camp de concentration.
En
En 1942, le gouvernement fédéral demande aux Canadiens de le relever par référendum de sa promesse faite aux Québécois de ne pas les forcer à participer au conflit. Les résultats de la consultation sont éloquents : 71% des Québécois répondent négativement (85% des Francophones), mais 80% des citoyens des autres provinces apportent leur soutien à la proposition gouvernementale qui est ainsi adoptée. Les Québécois vont donc fournir malgré eux une part non négligeable de la chair à canon de l'Empire britannique. Combien resteront sur les plages de France, à Dieppe (2753 morts canadiens) et en Normandie ? La preuve est une fois de plus administrée que les Canadiens français ne peuvent plus faire entendre leur voix dans l'ensemble fédéral et le nationalisme québécois en sort renforcé. Henri Bourassa, bien qu'à l'écart de la vie publique depuis des années, appuie le Bloc populaire canadien, un parti politique québécois de centre-gauche, dans son opposition à la conscription.
En 1943, le Québec réclame la restitution du Labrador.
La même année,
En 1944, un régime d'aide aux familles est élaboré mais le libéral Godbout est battu par le conservateur Duplessis qui détient dans son jeu l'atout maître nationaliste.
L’époque de la Grande Noirceur
Après la fin du conflit, le Québec connaît une période de prospérité économique. Les revenus progressent, les conditions de travail s'améliorent et les Québécois commencent à accéder au rêve américain. Mais en même temps, la période qui va de 1945 à 1960 est qualifiée de Grande Noirceur. Elle est dominée par la personnalité de Maurice Duplessis qui restera premier ministre jusqu'à sa mort. Ultraconservateur au plan politique comme au plan économique, favorable au grand capitalisme américain et aux milieux d'affaires, opposé à l'interventionnisme étatique, imprégné de morale religieuse étroitement traditionaliste, il impose au Québec un régime qui s'apparente à celui de Salazar au Portugal. Il maintient fermement l'enseignement et les soins de santé aux mains du clergé. Il fait peser sur la société québécoise une chape de plomb. Mais sa politique n'est pas exempte de contradictions puisqu'il crée aussi un Ministère de
En 1948, des artistes s'élèvent contre l'immobilisme de la société et défendent l'idée d'une culture québécoise spécifique dans un manifeste qui fait date, « Refus global », même si sa diffusion reste limitée dans un premier temps. Les lettres et les arts québécois se sont étroitement inspirés du modèle français dans le passé, mais ce n'est maintenant plus le cas : des œuvres originales émergent, la notoriété internationale des artistes québécois en portera bientôt le témoignage. Paul-Emile Borduas (1905-1960), un des rédacteurs du manifeste, est exclu de l'école où il enseignait ; il s'exile en France.
Nationaliste, Duplessis conteste les ingérences dans la vie provinciale d'un pouvoir fédéral qui concentre entre ses mains l'essentiel des ressources fiscales (83% en 1945). C'est sous son régime, en 1948, que le drapeau bleu à croix blanche fleurdelisé devient l'emblème du Québec et remplace le pavillon anglais au fronton des bâtiments publics ; il a été choisi de préférence au drapeau tricolore des patriotes, jugé probablement provocateur et trop révolutionnaire.
Dans cette atmosphère conservatrice et cléricale, à contre courant de l'évolution du reste du monde, malgré des progrès économiques indéniables, le Québec, qui accumule les retards en matière d'éducation et d'évolution des mœurs, reste néanmoins un lieu attractif d'immigration. Des Français qui fuient une Europe en ruines, toujours menacée par de nouveaux conflits, et aussi, plus tard des orphelins de la décolonisation, viennent y tenter leur chance. Ils n'y sont pas toujours bien accueillis. On reproche a ces ressortissants d'un pays jugé bien petit, depuis la défaite de 1940, leur langage précieux, leur inconcevable fatuité et surtout le fait qu'ils enlèvent des emplois aux enfants d'une contrée où le chômage est structurellement élevé pendant la mauvaise saison. Certains talents sont cependant recherchés (les mécaniciens automobile, par exemple). De plus, les Québécois gardent toujours une dent contre
En 1949, une grève dans les mines d'amiante se prolonge pendant cent trente huit jours ; elle aura un impact important sur les conditions de travail dans l'industrie minière. En 1952, la télévision fait son apparition.
En 1954, Duplessis crée un impôt provincial sur le revenu.
En 1955, une émeute éclate au Forum de Montréal ; le président de
La révolution tranquille
En 1960, le parti libéral gagne les élections et son chef, Jean Lesage (1912-1980), devient premier ministre du Québec. Il inaugure une ère de grands changements. Sous l'influence des séries télévisées venues des Etats-Unis, la société québécoise est en train d'accentuer son américanisation. Le développement économique, qui s'inscrit dans le prolongement des tendances antérieures, est propice à la générosité. Une relative abondance des ressources fiscales permet d'envisager des réformes sociales, notamment dans le domaine du bien être social et de l'assistance maladie. Mais les entreprises restent largement aux mains d'investisseurs étrangers. En 1961, seulement 7% d'entre elles sont sous le contrôle de Québécois. C'est dans ce contexte que s'inscrit la révolution tranquille, en contrepoint à la période d'immobilité de Duplessis.
Sous le signe du changement, d'ambitieuses réformes sont lancées en matière de politique sociale, d'éducation, de santé et de développement économique. Pour réduire l'emprise extérieure sur l'économie, le gouvernement provincial élabore un vaste programme de nationalisations sous l'égide du slogan « Maîtres chez nous » visant à réduire la suprématie des milieux d'affaires anglo-saxons et protestants. Des institutions financières étatiques sont créées, comme
Un effort particulier est consenti en faveur de l'éducation qui se laïcise ; un ministère de l'Education est créé, des commissions scolaires voient le jour, l'enseignement secondaire est développé par l'institution des CEGEP ; pour accompagner cette rénovation, de nombreux enseignants français viennent effectuer au Québec l'équivalent de leur service militaire, dans le cadre de la coopération. L'existence d'une culture québécoise spécifique est à nouveau revendiquée et on exige qu'elle ait enfin toute la place qui devrait lui revenir, quoi qu'en pense le monde anglo-saxon.
Les valeurs traditionnelles sont remises en question, des interdits sont levés et la religion est en recul dans une population qui lui était jusqu'à présent étroitement soumise. Cette évolution entraîne une forte baisse de la natalité : les familles nombreuses, qui étaient jadis la règle, deviennent l'exception. En 1964, les femmes obtiennent la capacité de signer des actes juridiques sans l'autorisation de leur mari.
En résumé, on pourrait dire que la révolution tranquille consiste en l'avènement d'un Etat-Providence moderne et laïc, enfin émancipé des influences religieuses. L'éducation et la charité chrétienne cèdent la place à l'instruction laïque et aux institutions sociales. Cette transformation révolutionnaire est indéniablement la conséquence des pressions accumulées depuis longtemps du fait de l'affaiblissement du monde rural au profit du monde urbain, pressions qui se sont accentuées du temps de
Cette transformation de la société québécoise suscite l'incompréhension du gouvernement fédéral. En 1963, le premier ministre fédéral, Lester B. Pearson (1897-1972), pose la question : « Que veut le Québec ? » et, pour tenter d'y répondre, il crée une Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Les travaux de cette Commission aboutissent à un échec qui ne fait que mettre en lumière le fossé qui sépare les deux communautés.
La montée du mouvement indépendantiste : le concept de Nègres blancs d’Amérique
Les Anglophones se montrent hostiles à toute concession accordée aux Francophones qui précèderait à leurs yeux l'éclatement de
Jusqu'à présent, si l'ont met à part les tentatives du 19ème siècle plus ou moins inspirées par
En 1964, à l'occasion d'une visite de la reine Elisabeth II, une foule inoffensive est brutalement dispersée à coups de matraques. En 1965, sous la pression du Québec, le gouvernement fédéral autorise le retrait d'une province d'un programme fédéral avec compensation. Aux élections de 1966, bien que le Parti libéral soit vainqueur en voix, c'est l'Union nationale qui 
remporte le plus grand nombre de siège et Daniel Johnson (1915-1968) prend la tête du gouvernement. Mais l'élan est donné et les réformes vont se poursuivre. En 1967, le général de Gaulle reçoit, de Québec à Montréal, sur le Chemin du Roy, un accueil triomphal. Au balcon de l'Hôtel de Ville de la seconde ville francophone du monde, l'enthousiasme de la foule lui rappelant la libération de Paris, il ne peut retenir un retentissant « Vive le Québec libre » qui est aussitôt interprété, par les deux camps, d'une manière qui dépasse probablement sa pensée. Pour les fédéralistes, c'est une insupportable ingérence dans les affaires intérieures canadiennes ; pour les séparatistes, c'est un appel à l'indépendance lancé par le président de la vieille mère-patrie et cet appel est perçu comme un encouragement à intensifier la lutte.
Un ministre libéral, René Lévesque (1922-1987), qui estime que le Québec n'a aucun avenir dans le cadre fédéral, quitte son parti pour fonder le Mouvement Souveraineté-Association. Cet homme politique charismatique, l'un des artisans des réformes, jouit d'une énorme popularité et René
En 1969, pour tenter de retenir le Québec dans
A l'issue de la révolution tranquille, force est de constater que les Québécois ne sont plus des Français vivants en Amérique du Nord, mais bel est bien un peuple américain nouveau, qui s'est forgé une identité nationale spécifique, notamment à partir de la préservation sourcilleuse de sa langue maternelle, mais pas seulement. La revendication culturelle québécoise s'adresse aussi bien à
La loi sur les mesures de guerre
En 1970, la montée du nationalisme dans la jeunesse est manifeste. Des personnes fortunées s'affolent et transfèrent des fonds importants en Ontario. Le Parti québécois obtient 23% des voix (contre 8% aux partis indépendantistes 4 ans plus tôt). Le Parti libéral de Robert Bourassa (1933-1996) retrouve le pouvoir, après avoir battu l'Union nationale, qui dirigeait la province depuis 1966. Bourassa est fédéraliste, mais il admet que
Mais l'événement majeur de son premier mandat est
Le Parti québécois au pouvoir
Le Parti québécois a promis de ne pas proclamer l'indépendance sans consulter au préalable la population par référendum. En dehors de cette précaution, qui a sans doute levé bien des réticences, il proposait un programme social-démocrate assorti de la protection des droits des Francophones qui sera largement appliqué. La mesure phare de ce premier mandat est la loi sur la protection de la langue française (Loi 101), votée en 1977, qui a valeur quasiment constitutionnelle et qui renforce les dispositions de
Beaucoup de Francophones se sentent désormais d'abord Québécois et ils reprennent les étrangers qui, peu au courant des subtilités de la politique locale, les traitent de Canadiens. Leur capitale nationale, c'est Québec, Ottawa n'est plus que la capitale fédérale.
Entre 1976 et aujourd'hui, le Parti québécois et le Parti libéral se partagent le pouvoir. L'union nationale conservatrice a été laminée avant de disparaître. Mais, au début des années 1990, un nouveau parti souverainiste entre en scène : l'Action démocratique de Mario Dumont.
A certaines périodes, le Parti québécois, fort de l'importance électorale du Québec, qui vote massivement pour les candidats francophones, représente l'opposition officielle au parlement d'Ottawa ; cette situation paradoxale donne l'occasion aux indépendantistes de dialoguer avec leurs opposants au sein même des instances canadiennes et sans doute de faire tomber bien des préventions.
Le rapatriement de la Constitution et la querelle institutionnelle
En 1981, Pierre Eliott Trudeau envisage de rapatrier
En 1982,
En 1984, un militaire ouvre le feu dans les locaux de l'Assemblée nationale à Québec et tue trois personnes pour des raisons personnelles qui n'ont rien à voir avec la politique.
En 1985, Robert Bourassa revient au pouvoir. Il utilise une argutie juridique pour passer outre à un jugement de
En 1986, le gouvernement libéral du Québec, énonce cinq conditions pour que la province signe
Ces querelles institutionnelles montrent que la revendication d’une spécificité québécoise dépasse largement le camp des souverainistes et qu’il est l’expression de la société québécoise dans son ensemble. Mais le Québec se trouve isolé car les habitants des autres provinces, quelle que soit leur origine, immigrés de date plus récente, ont adhéré aux valeurs anglo-saxonnes, du fait même de leur immigration, et ils ne comprennent pas que les Québécois, à qui ces valeurs sont imposées, puissent les rejeter.
En 1988,
En 1989 un tireur fou misogyne tue quatorze jeunes femmes à l'Ecole Polytechnique de Montréal.
Les barricades d’Oka
En 1990, les Mohawks (Agniers) d'Oka affrontent les Blancs, la police provinciale et l'armée canadienne ; cette crise est révélatrice des frustrations ressenties par les Autochtones et de l’hostilité dont fait preuve une partie de la population blanche à leur encontre. Elle a éclatée à propos de l'agrandissement d'un terrain de golf sur un cimetière ancestral des Indiens. Elle a été marquée par l'érection de barricades, des actes de violence armée, la mort d'un policier et aussi une manifestation de Blancs qui ont brûlé un Mohawk en effigie aux cris de : « le Québec aux Québécois ». C’est le chef du Parti québécois, Jacques Parizeau (né en 1930), alors dans l’opposition, qui a poussé le premier ministre libéral, Robert Bourassa, à réclamer l’intervention de l’armée canadienne.
En 1994, le Parti Québécois revient au pouvoir, pour le reperdre en 2003.
Depuis la révolution tranquille, les chocs pétroliers (en 1973-1974 et en 1979), la mondialisation et un accord de libre-échange, l'Alena, conclu entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, en 1992, ont modifié la donne économique et sociale. Les ressources budgétaires ont diminué; la concurrence a fait pression sur les salaires ; la précarité des travailleurs s'est accrue. Le gouvernement provincial a perdu une grande partie de sa capacité d'intervention dans le domaine économique et le Parti québécois, de gré ou de force, s'est converti au libéralisme.
Si le Canada a participé à la première guerre d’Irak, en 1991, le Québec s’est montré plus réservé que le reste du Canada. En 2003, le gouvernement du Canada refuse de participer à l’invasion de l’Irak sans un mandat des Nations Unies. Mais, là encore, l’opposition du Québec à la guerre se montre plus déterminée. A Montréal une manifestation monstre réunit plus de 150000 personnes faisant de ce défilé le plus important du monde, compte tenu de la population de la province.
Les référendums
Pendant qu'il dirigeait le Québec, conformément à ses promesses, le Parti québécois a soumis aux électeurs deux référendums d'inspiration séparatiste. Les deux ont été rejetés.
Le premier, soutenu par René Lévesque, en 1980, proposait une nouvelle entente Québec-Canada, d'égal à égal, qualifiée de souveraineté-association ; elle a été repoussée par près de 60% des votants, mais après que Pierre Elliott Trudeau se soit engagé à réformer
En commentant ce dernier résultat, Parizeau à imputé au vote ethnique son échec de justesse. Cette formulation a soulevé la réprobation des rédactions, en raison de sa connotation raciste. Cependant, rien n'était moins vrai. En effet, les Québécois de souche se sont prononcés très majoritairement en faveur du projet, d'abord pour sortir de l'impasse où l'impossibilité de réformer
Quoi qu'il en soit, après ce second échec, Mario Dumont a demandé qu'il n'y ait pas d'autre consultation avant dix ans. Ajoutons que, en 1992, les Québécois, comme d'ailleurs les autres Canadiens, ont aussi rejeté un projet de réforme de
Les divergences d’interprétation des textes
A la suite des résultats extrêmement serrés du dernier référendum, une loi canadienne conditionne la sécession d'une province à la clarté dans la formulation de la question référendaire et à l'expression significative d'une majorité des votants. Ce texte laisse planer un refus de discussion du gouvernement fédéral dans le cas d'une question estimée biaisée ou dans celui d'une majorité jugée insuffisante. Ces dispositions n'étant pas du goût du Québec, une loi québécoise a également vu le jour ; elle met l'accent sur le droit à l'autodétermination, reconnu à tous les peuples en droit international public, elle énonce le principe qu'une majorité simple suffi pour exprimer clairement la volonté du peuple et revendique l'intégrité territoriale de la province.
En 1996, les Québécois du Parti libéral du Canada ont proposé de remplacer le concept de société distincte par celui de Foyer principal de la langue et de la culture française en Amérique. Cette proposition, considérée comme une manœuvre, a soulevé une tempête de protestations au Québec où des Anglophones appelaient au boycott des magasins qui n'affichaient pas en anglais. La nomination d'un lieutenant-général du Québec, qui avait traité les souverainistes de fascistes, a jeté de l'huile sur le feu et le haut fonctionnaire trop bavard a dû démissionner, après la révélation de son passé antisémite !
En 1997, le gouvernement fédéral s'est opposé à rouvrir le débat constitutionnel tant que le Québec serait gouverné par les souverainistes, en dépit des dispositions de
Au niveau du Canada, on assiste à une provincialisation des partis (Parti réformiste dans les provinces de l'Ouest, Parti libéral en Ontario, Bloc québécois au Québec, Parti conservateur dans les Maritimes) qui met en lumière la fragilité de l'unité canadienne. Le premier ministre du Canada, Joseph-Jacques-Jean Chrétien (né en 1934), a fait planer la menace d'une partition du Québec dans le cas d'un vote favorable à l'indépendance.
En 1998,
En
Au début du 21ème siècle, le Parti québécois semble en recul au profit du Parti libéral et de l'Action démocratique.
L’indépendance : option réaliste ou chimère ?
Une question mérite d'être posée, c'est celle de savoir si un Québec indépendant constituerait une entité viable dans le monde d'aujourd'hui. En toute objectivité, il est difficile de répondre négativement. Le Québec est trois fois grand comme
Le Canada, ce pays démesuré semble fragile et quelque peu artificiel : sa population ne dépasse pas 31 millions d’habitants ; cette population, formée au cours du temps d'apport divers, ne paraît pas dotée d'une conscience nationale à toute épreuve ; sauf exceptions, elle se concentre sur une bande relativement étroite mais très longue, en bordure de la frontière des Etats-Unis, de sorte que les échanges s'effectuent moins dans le sens est-ouest, à l'intérieur du pays, que dans le sens nord-sud, chaque province commerçant d'abord avec l'Etat voisin des Etats-Unis ; Québec est à peine plus éloigné de Paris que de Vancouver !
Depuis la révolution tranquille, les mentalités ont évolué et il faut prendre cela en considération. Le monde des affaires était autrefois aux mains des Anglo-saxons ; c'est de moins en moins vrai. Les Francophones étaient cultivateurs, petits commerçants, employés de bureau, ouvriers ou, pour les plus instruits, membres du clergé et des professions libérales (médecins, avocats...). Les choses ont changé ; des étudiants francophones se sont orientés vers les disciplines scientifiques et administratives. De grandes entreprises québécoises ont percé jusqu'à devenir des multinationales, comme Bombardier. Les Ontariens et autres Anglophones peuvent difficilement considérer encore les Québécois comme des êtres inférieurs. Parallèlement les Québécois sont devenus plus sûrs d'eux. L'existence de la francophonie leur donne des raisons de croire en la pérennité d'une langue qu'ils ont su défendre et enrichir à leur manière avec beaucoup d'opiniâtreté. Cette situation nouvelle n'offre-t-elle pas des possibilités de rapprochement entre les deux peuples fondateurs du Canada ? L'avenir seul détient la réponse.
La difficile intégration de la jeunesse
En dehors du différend qui continue d'opposer fédéralistes et souverainistes, le Québec se trouve aujourd'hui confronté, comme
Enfin, on ne saurait clore l'histoire du Québec sans rappeler l'existence des populations qui vivaient sur cette terre avant l'arrivée des Blancs. Certains Autochtones se sont métissés, d'autres se sont intégrés, tant bien que mal, à une société qui ne leur convient guère, d'autres vivent plus ou moins de la charité publique, dans des réserves. Les querelles qui divisent les Européens ne les concernent que de loin. Est-ce à dire qu'ils sont définitivement résignés à leur sort ? La crise d'Oka prouve le contraire. De temps à autre des incidents surviennent.
Tout récemment, en février 2010, le conseil de bande de la réserve de Kahnawake a décidé d'expulser toutes les personnes qui ne sont pas originaires de la tribu, même celles qui y ont un conjoint, et il a interdit aux étrangers de s'installer dans les limites de la réserve. Kahnawake ou Caughnawaga est un village mohawk (agnier). Une sainte chrétienne, Catherine Tekakwitha (le Lys des Agniers), qui aurait accompli des guérisons miraculeuses, est originaire de cette réserve, située au bord du Saint-Laurent, près de Montréal.
A propos de l'auteur
Poète, Passionné d'histoire et grand voyageur, Jean Dif a rédigé des ouvrages historiques et des récits de voyage.(voirson site).
Bibliographie
- Histoire populaire du Québec T 04 1896-1960 de Jacques Lacoursière. 2005.
- Histoire Populaire du Québec T 05 1960 à 1970 de Jacques Lacoursière. 2008.
- Libérer les Québecs : Décentralisation et démocratie de Roméo Bouchard. 2008.
- Une histoire du Québec en photos de Hélène-Andrée Bizier. Fides, 2007.
Pour aller plus loin
- Le site du Grand Québec.
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