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Dagobert Ier, 629-639 (Ivan Gobry)

dagoberti

« Le bon roi Dagobert a mis sa culotte à l’envers ». Si la chanson populaire, datant probablement de la Révolution française, est toujours chantée de nos jours, elle n’en est pas moins fausse et injuste envers Dagobert Ier, fils de Clotaire II, tant son règne frappa les esprits. C’est d’ailleurs l’occasion pour Ivan Gobry, dans cette biographie de Dagobert Ier, de retracer l’existence de ce souverain trop souvent méconnu, qui fut pourtant un des plus grands monarques que le royaume Franc ait connu.
Gobry, après avoir effectué divers travaux prosopographiques sur d’autres rois mérovingiens comme Clotaire Ier et Clotaire II, signe ici une nouvelle biographie dans la collection « Histoire des Rois de France », publiée chez Pygmalion en mars 2010.

Dagobert Ier, un souverain ferme et « roi de tous les Francs ».

La légende a – malheureusement – consacré Dagobert Ier en une sorte de souverain « fantoche », peu intéressé par les affaires de son royaume, voire même comme un être distrait ou nigaud. Il n’en est bien évidemment rien, et c’est tout l’intérêt de l’œuvre que nous livre Ivan Gobry. Plus que de réhabiliter le règne de ce mérovingien, il s’agit de présenter toute son action, qui s’est déroulée pendant près de dix années, où il eut notamment fort à faire avec l’aristocratie franque, désireuse de toujours plus d’autonomie. Dagobert Ier, par sa fermeté et sa personnalité dominatrice, fut le dernier roi mérovingien à administrer en personne le royaume franc, le « Regnum Francorum ». De plus, dès 629, année de la mort de son père Clotaire II, Dagobert Ier s’empare seul du pouvoir, en déjouant un complot qui visait à diviser le Regnum Francorum : son règne débuta donc sous une certaine volonté de fermeté et de consolidation du pouvoir royal.

Cette biographie tend donc véritablement à retracer l’œuvre entreprise et réalisée par Dagobert Ier, tant sur le plan interne au royaume que sur le plan extérieur, diplomatique. Plus que de poursuivre l’œuvre de Clotaire II, son père et prédécesseur, il s’agissait de renforcer le pouvoir royal. En cela, Dagobert Ier peut être considéré comme le premier véritable « roi de France ». Il eut à lutter comme l’aristocratie franque et le système de patrimonialité, qui organisait les partages entre les différents fils et qui constituait, de fait, une source de conflits majeure. Il chercha à réorganiser l’administration et les institutions du royaume d’une manière plus cohérente et efficace, en s’entourant notamment « d’hommes du roi », selon l’expression consacrée par Ivan Gobry dans son œuvre, comme Pépin de Landen, Saint Arnoul – à qui il fut confié en 609 dans le cadre de son éducation -, Saint Didier, Saint Ouen, et surtout Saint Eloi, rendu célèbre à la fin du XVIII è siècle par la fameuse chanson du « Bon Roi Dagobert ».

Dagobert Ier fut également actif dans les domaines des arts et des lettres, au cœur d’une période de transition entre Antiquité et Moyen Âge, et ce à l’inverse de ces prédécesseurs : on bâtit des églises et des monastères, on porta une attention particulière à l’orfèvrerie et à la joaillerie, et on ouvrit des écoles épiscopales en grand nombre. Certes, ces actions restèrent minoritaires et lacunaires, mais elles méritent d’être soulignées car elles constituent un élan de renouveau, de rupture. C’est par exemple par l’initiative de Dagobert Ier que l’abbaye de Saint-Denis fut construite, et qui devint par la suite la nécropole des rois de France.

Ivan Gobry porte également une attention particulière à l’action extérieure du souverain dont il fait la biographie, et notamment au sujet de ses opérations militaires. Car si Dagobert Ier était un souverain ferme et féroce, il n’en était pas moins un grand chef de guerre. Ses multiples campagnes victorieuses peuvent en témoigner, comme celle contre les Saxons en 627 – où il fut blessé et où Clotaire II vint lui porter secours –, celle d’Aquitaine en 632, ou encore celle de 636 contre les Vascons, qui mit leur territoire à feu et à sang, les chefs se soumettant à Dagobert dans la foulée.

Une biographie polyvalente.

Vous l’avez compris, dans cette biographie de Dagobert Ier, Ivan Gobry met un point d’honneur à réhabiliter le souverain et son action globale, qui dura près de dix ans. Sur le fond, cet ouvrage a donc un intérêt fondamental ; mais il a une utilité également sur la forme, qui en fait un livre polyvalent et captivant.

Premièrement, cette biographie est bien axée sur le personnage, et même plus que celle de Louis X – que nous vous présentions il y a quelques jours sur Histoire-pour-tous -, par exemple, pourtant du même auteur. Certes, il est nécessaire de présenter l’ascendance et la descendance du biographié, vis-à-vis d’impératifs contextuels qui sont fondamentaux dans l’optique d’une bonne compréhension de la vie du personnage d’une part, et de l’histoire en général d’autre part. L’ouvrage se révèle véritablement polyvalent dans la vision et l’analyse qu’il propose de la dynastie mérovingienne : plus qu’une biographie, il s’agit donc d’un travail introductif sur les Mérovingiens, et en particulier sur ceux qui ont précédé les « rois fainéants » - Dagobert Ier fut d’ailleurs le dernier souverain de la dynastie à avoir véritablement régné sur le territoire franc dans son intégralité ; les souverains successifs ont été qualifiés après coup de « rois fainéants » par Eginhard, biographe de Charlemagne, dans sa Vita Caroli, de façon à justifier la prise de pouvoir des Carolingiens. Ivan Gobry insiste donc pendant un long moment sur le fonctionnement de la monarchie mérovingienne, par le prisme de l’action globale de Dagobert Ier : institutions royales et système de gouvernement, grands personnages et « hommes du roi », et place des lettres et des arts constituent des points centraux du régime.

Il s’agit d’une œuvre bien construite et organisée, très dynamique, de surcroît très plaisante à lire. Ivan Gobry, véritable pilier de la collection « Histoire des Rois de France » - il a livré à son éditeur Pygmalion près de vingt biographies de souverains Francs et Français –, reste fidèle à cette volonté de « vulgarisation » de l’Histoire, d’accessibilité à tous de la science historique. A l’instar de la biographie de Louis X, l’auteur use de formes dialoguées, qui sont une de ses marques de fabrique : certes, le lecteur spécialiste et érudit pourrait se sentir quelque peu désorienté, mais le quidam appréciera cet effort d’écriture, qui accroît considérablement l’intelligibilité de l’œuvre. A ce propos, Gobry a intégré à la fin de cette biographie de Dagobert Ier des annexes, qui se révèlent fort utiles dans le cadre de la compréhension de l’histoire mérovingienne, qui est, avouons-le, quelque peu complexe à intégrer : à des notices biographiques, l’auteur ajoute des tableaux généalogiques bien construits et précis, ainsi qu’une chronologie sommaire profitable. Concernant les sources bibliographiques, toutefois, il faudrait mettre un holà : certes, Ivan Gobry a utilisé des sources historiques médiévales capitales et nécessaires (comme l’Historia Francorum de Grégoire de Tours, l’Historia Longobardorum de Paul Diacre, ou encore l’Historia Ecclesiae Anglorum de Bède le Vénérable) ; mais il a utilisé comme base de travail des ouvrages de référence assez anciens, datant pour certains du XIX è siècle, ce qui pose le problème fondamental en Histoire du renouvellement historiographique.

Toutefois, il est clair que cette biographie de Dagobert Ier d’Ivan Gobry ne s’adresse pas spécialement à un public érudit sur le sujet, et que l’accent est constamment mis sur l’accessibilité et l’intelligibilité. On notera néanmoins l’effort considérable qui a été fait sur l’exploitation des sources médiévales, permettant par exemple à des étudiants de première ou de deuxième année de Licence d’utiliser sans problème l’ouvrage dans le cadre d’un travail universitaire. Un bon ouvrage, plaisant à lire, que nous conseillons à tous.

Ivan GOBRY, Dagobert Ier, 629-639, Fils de Clotaire II, Pygmalion, Coll. Histoire des Rois de France, Paris, mars 2010.

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