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Charlemagne, père de l'Europe ?

Charlemagne

Souvent présenté comme un européen avant l’heure par les livres scolaires et l’histoire récente, Charles Le grand, empereur d’occident du début du IXème siècle, était-il un visionnaire, fédérateur dans l’âme ou un simple, mais puissant monarque du Moyen Age, grand conquérant et habile administrateur de son patrimoine ?

 

 

Charlemagne, du monarque franc à l'empereur d'occident

Héritier d’un royaume franc redressé par ses illustres ascendants Charles Martel et Pépin le Bref, Charles, né en 742 probablement en Germanie, règne depuis 771 sur un déjà vaste royaume, qui s’étend des Pyrénées aux Alpes jusqu’aux rives droite et gauche du Rhin, moins la Bretagne qui résistera jusqu’au bout à la mainmise carolingienne. Il va consacrer la majeure partie de son règne à étendre son domaine par le fer et le feu, autant par nécessité que par ambition.

En cette deuxième moitié du VIIIème siècle, le royaume franc est le seul état stable et viable de l’Europe qui ait émergé des invasions barbares et de la chute de l’Empire romain. L’Espagne wisigothique a été anéantie par les musulmans, l’Italie est découpée entre lombards et byzantins, l’Europe centrale et du nord morcelée en une multitude de royaumes et nations barbares aux contours mal définis. Le royaume de Charles est puissant mais cerné de toutes parts.

Déjà fortement teinté de féodalité, la société franque est organisée de façon pyramidale et clientéliste. Les seigneurs, propriétaires terriens, s’attachent à leur service des hommes libres, leurs vassaux, qui en échange de leur bras armé se voient offrir gîte, couvert, et nombreux dons, ce qui coûte cher. Or, le contexte économique de l’époque n’est guère brillant. L’industrie a disparu des villes pour se réfugier à la campagne, autour de fermes érigées en villas sur le modèle romain, et qui fonctionnent en quasi autarcie. Cela fait déjà bien longtemps que la paix romaine n’assure plus la sécurité des échanges commerciaux, et la monnaie se fait rare. La terre étant la seule richesse de l’époque, il n’y a d’autre choix pour entretenir le système que d’aller piquer celle du voisin.

Au sommet de cette pyramide, Charles est confronté à la même problématique. Il lui faut donc entreprendre régulièrement des expéditions militaires pour étendre son domaine, et par conséquent, celui de ses féaux. Bénéficiant de l’appui de l’église, alliée des rois francs depuis Clovis, et qui voit en lui le dernier rempart de l’occident chrétien assiégé et un ardent propagateur de la foi, Charles s’empare de la Lombardie, de la Saxe, de la Bavière, ravageant et convertissant tout sur son passage, ne connaissant l’échec qu’en Espagne. Son prestige est immense et atteint son point culminant quand le Pape le couronne Empereur d’Occident en l’an 800.

Maître d’un royaume qui a doublé de taille, bien conseillé par un entourage avisé dont il a su s’entourer, Charles s’attache à organiser son domaine par la mise en place d’une administration sophistiquée. L’empire est divisé en comtés, dans lesquels il nomme un représentant laïc qui exerce le pouvoir temporel et judiciaire, et un évêque qui incarne la tutelle religieuse. Des légats impériaux, les fameux « missi dominici », disposant d’une délégation de pouvoirs énormes parcourent le royaume pour s’assurer que la législation de Charles, les capitulaires, soit bien respectée.

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Charlemagne, Père de l’Europe ?

Et la tâche s’avère pour le moins ardue. En fait d’Europe unifiée, l’Empire est constitué d’une myriade de peuples disparates, aux coutumes, lois et langues non moins différentes, qui ont souvent pour seul point commun d’être soumis à l’autorité de l’Empereur. Ses sujets ont bien peu conscience à l’époque de faire partie d’un ensemble homogène. On commence cependant à les désigner et les identifier comme Européens, par opposition aux musulmans « infidèles » du sud et aux païens slaves de l’est.

Installé dans sa nouvelle capitale Aix-la-Chapelle, qui a pour avantage d’occuper une position centrale en son Empire, ainsi que de disposer des giboyeuses forêts, Charles attire autour de lui nombre d’intellectuels, d’artistes et de lettrés, les plaçant parfois à des postes clefs : de nombreux italiens, le poète et historien Paul Diacre, le grammairien Pierre de Pise, l’anglais Alcuin, le plus érudit de son temps, à qui il confie les écoles de la capitale. Il encourage la diffusion du latin, et les monastères se remplissent de copistes et d’enlumineurs. Ce foisonnement culturel et religieux, on parle alors de « renaissance carolingienne », contribue de façon significative au fondement d’une Europe chrétienne et romane.

Y avait-il un grand dessein politique de la part de celui qui se faisait désigner de son vivant tout autant comme « Pater Europae », père de l’Europe  que comme « Europa vel regnum Caroli », l'Europe, ou le royaume de Charles, soit une vision très personnelle de ses réalisations ? Charlemagne semble plus soucieux d’assurer sa postérité que de faire perdurer son œuvre dans le temps. Dès sa mort, l’Empire est partagé entre ses fils et petits fils selon l’ancienne coutume barbare franque, et il explose rapidement en de nombreux Etats qui vont se faire la guerre pendant près de mille ans.

L’idéal romantique d’une Europe chrétienne unifiée par Charlemagne est assez contemporain, magnifié notamment au XIXème siècle par Victor Hugo et ne correspond que de loin à la réalité de l’époque. Il n’en reste pas moins que cet éphémère Empire carolingien, véritable pont entre l’antique période romaine et barbare et l’Europe médiévale naissante, a semé les germes d’un héritage politique, culturel et religieux dont la plupart des européens d’aujourd’hui peuvent se réclamer.

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