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L'intégration des élites gauloises

table-claudienne-detailLa conquête des Gaules par César en 51 av. J-C amène à leur provincialisation, et ainsi à leur intégration dans l’Empire, en particulier avec Auguste qui créé la Lyonnaise, l’Aquitaine et la Belgique, alors que la Transalpine est devenue la Narbonnaise. Qu’en est-il toutefois des élites gauloises ? Les notables ont-ils réussi eux aussi à s’intégrer aux élites impériales ? Quels sont leurs rapports avec Rome et l’empereur ?

 

 

Les sources

 

Evoquer les élites gallo-romaines pose un problème de sources, car elles sont peu nombreuses. En ce qui concerne les textes, outre les Commentaires de César, on peut citer Tite-Live (mort en 17 ap. J-C et proche d’Auguste), Strabon (mort vers 25 ap. J-C), mais plus encore Tacite et Suétone, tous deux vivant au IIe siècle ap. J-C.

 

L’épigraphie est une source majeure, les inscriptions étant le plus souvent faites par les élites. Enfin, les monuments funéraires nous informent également sur la romanisation de ces élites.

 

Quelles élites ?

 

Nous traiterons ici des élites gallo-romaines au sens large, c’est-à-dire les notables gaulois suite à la romanisation des Gaules. Ces derniers sont reconnus socialement au niveau local, pour des activités politiques, administratives, ou plus larges encore comme le domaine économique. Ils deviennent des élites en intégrant les sphères les plus élevées du pouvoir, jusqu’au Sénat à Rome. Nous évoquerons ici les Trois Gaules et la Narbonnaise, jusqu’aux Antonins.

 

Une élite gauloise « pro-romaine » ?

 

Bien avant la Guerre des Gaules, il existe déjà une élite que l’on peut qualifier de « pro-romaine ». C’est le cas singulièrement chez les Eduens. Les rapports de ces derniers avec Rome remontent aux alentours de 120 av. J-C, quand les Romains défont l’Arverne Bituit, ce qui profite aux Eduens. Ces derniers deviennent alors des partenaires privilégiés de Rome, surtout pour le commerce, si bien qu’ils sont considérés comme « fratres consanguineique populi romani ». Ce n’est donc pas un hasard si César prétend répondre à leur appel à l’aide en 58, et qu’à la suite de la Guerre des Gaules ce sont, avec son aide, des Eduens qui deviennent les premiers Gaulois à entrer au Sénat. Une prédominance que l’on retrouve plus tard sous Claude.

 

Toutefois, les Eduens ne sont pas les seuls à déjà être proches de Rome. En effet, dès l’époque républicaine, les élites narbonnaises se sont romanisées culturellement et institutionnellement, ce qui à terme donne une image d’eux à Rome plus positive que celle des notables de la Gaule chevelue, Eduens compris.

 

La domination des Iulii

 

Victorieux, César récompense ses alliés par la citoyenneté, une distribution jugée généreuse et critiquée, si l’on se fie à Suétone (source certes bien plus tardive) : « César mène les Gaulois au triomphe, et aussi à la curie. Les Gaulois ont quitté leurs braies, ils ont pris le laticlave ». Cependant, la récompense est individuelle, comme pour les octrois de magistratures ou les dons de terre. Il en va de même sous Auguste qui fonde Autun (Augustodunum), nouvelle capitale des Eduens, où sont créées des universités dans lesquelles les notables gallo-romains apprennent le latin.

 

Les Gaulois élevés au rang de citoyens par César et Auguste sont appelés Iulii, de Julius. Ils sont essentiellement issus d’une noblesse militaire et de l’aristocratie foncière. Le destin de deux Eduens peut être intéressant à noter : chef éduen cité par César dans ses Commentaires, Eporédirix est d’abord pro-romain (il est avec eux à Gergovie !), puis rallié à Vercingétorix, il est fait prisonnier (ou son homonyme, ce n’est pas clair chez César) à Alésia. Des inscriptions du Ier siècle av. J-C mentionnent ensuite un C. Iulius Eporédirix (citoyen romain dès les années 40-30), et l’on peut les suivre jusqu’au Ier siècle ap. J-C, et un personnage, Iulius Calenus, qui, en 69, est chargé par les vainqueurs de Vitellius de négocier avec les vaincus à Crémone. Ce tribun, un Eduen donc, semble être un lointain descendant d’Eporédirix. Ou comment nous sommes passés d’un chef éduen à un chevalier romain, parcours d’une famille gauloise semble-t-il parfaitement intégrée à l’Empire.

 

Cependant, il ne faut pas généraliser ni idéaliser ce parcours. L’accès des notables gaulois aux élites impériales ne s’est pas fait en un jour, et n’a pas été systématique. Cela explique la requête faite à Claude, et la réponse de celui-ci, en 48 ap. J-C.

 

Le rôle de Claude en faveur des élites gallo-romaines

 

Né à Lyon en 10 av. J-C, empereur en 41 ap. J-C (il succède à Caligula), Claude a des rapports étroits avec la Gaule. A son avènement, la Gaule chevelue n’a plus la citoyenneté complète, et les notables plus accès au ius honorum. En effet, si sous César et aux débuts d’Auguste, des Gaulois (Iulii pour les Trois Gaules, Domitii, Valerii ou Pompeii pour la Narbonnaise) ont pu accéder à l’ordre équestre, voire au Sénat, ce n’est plus le cas à partir de 18 av. J-C. La Narbonnaise obtient ce droit en 14 ap. J-C, mais ce n’est pas encore le cas de la Gaule chevelue. D’où la requête faite à l’empereur Claude.

 

Ce dernier y répond par un texte célèbre, que nous connaissons par Tacite, mais surtout par la Table claudienne, une plaque de bronze retrouvée au XVIe siècle ! Claude prend la décision d’octroyer le ius honorum aux Eduens (puis, un peu plus tard, aux autres Gaulois). Cela provoque l’ire des sénateurs romains, ce qu’avait prévu Claude, comme le prouvent ses mots : « Certes, je vois bien à l’avance l’objection qu’on me présentera […] ». En effet, la Gaule chevelue, au contraire de la Narbonnaise, a encore une image négative à Rome, imprégnée de terror gallicus

 

Le Conseil des Gaules, rendez-vous des élites gallo-romaines

 

Comme dans le reste de l’Empire, c’est le culte impérial qui permet de faire le lien entre les élites locales et l’empereur.

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En 12 av. J-C, Drusus, le père du futur empereur Claude, fait construire à Condate, près de Lyon, le sanctuaire fédéral des Gaules. Chaque année, le 1er août, les élites des Trois Gaules s’y réunissent pour célébrer leur fidélité à l’empereur autour de l’autel consacré à Rome et Auguste. L’Assemblée des Gaules (ou concilium) est conduite par un sacerdos élu, le premier ayant été logiquement un Eduen, Caius Julius Vercondaridubnus. Sous Tibère, la construction d’un amphithéâtre permet l’organisation de jeux, qui accompagnent les réunions de l’assemblée.

 

L’objectif de la création de ce Conseil des Gaules est bien l’intégration des élites indigènes, leur romanisation. L’institution est au-dessus du gouverneur provincial (basé justement à Lyon), ne rend de comptes qu’à l’empereur (auquel elle peut présenter des requêtes), et ses membres sont de rang équestre. C’est un lieu de rassemblement obligatoire des élites gallo-romaines, censées représenter les soixante peuples de la Gaule chevelue. L’Assemblée tient donc un véritable rôle politique, et des empereurs s’y rendent, comme Claude ou même Caligula, pour lequel est organisé un concours d’éloquence en 39.

 

L’évergétisme des élites gallo-romaines

 

Un autre marqueur de la romanisation des élites gallo-romaines est leur pratique de l’évergétisme, c’est-à-dire des bienfaits offerts à des cités (et indirectement à l’empereur) souvent sous la forme de monuments.

 

L’un des exemples fameux en Gaule est l’amphithéâtre de Lyon, mentionné plus haut. Sa construction est lancée en 19 par le sacerdos santon, Caius Julius Rufus. Ce grand personnage local offre également un arc à sa cité de Saintes où, sur une inscription, il n’hésite pas à se comparer à Germanicus.

 

D’autres exemples existent, comme un portique offert par les Bituriges aux thermes de Néris, un théâtre à Eu, ou un autre à Jublains.

 

Mutations et intégration des élites gallo-romaines

 

L’intégration des notables gaulois est une nécessité pour l’Empire. Les élites impériales, en ayant des bonnes relations avec les indigènes, peuvent mieux exercer leurs fonctions dans la province. Les élites locales, elles, peuvent espérer une ascension sociale.

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Cependant, les rapports ne sont pas toujours évidents, en particulier en Gaule, et les relations s’avèrent dissymétriques. Cela explique en partie l’intégration relative des élites gallo-romaines au sein des élites impériales, avec en plus une différence entre la Narbonnaise et la Gaule chevelue.

 

D’autres facteurs existent : nous avons évoqué l’origine militaire et foncière des Iulii. Ces derniers semblent en difficulté suite à la révolte de Vindex en 69, qui provoque de la répression dans leurs rangs. Ils perdent de l’influence au sein de l’élite gallo-romaine, qui a tendance à se diversifier, intégrant par exemple des notables commerçants, phénomène tendant à s’amplifier sous les Antonins. Il faut cependant nuancer ces conclusions, tant les sources sont rares.

 

Cette hétérogénéité des élites gallo-romaines, combinée à une urbanisation plus relative qu’ailleurs (et les élites se font dans les villes), fait qu’à terme la Gaule est moins représentée au sein des élites impériales (ordre équestre, et plus encore sénatorial) par rapport, par exemple, à des provinces comme l’Espagne ou l’Afrique du Nord.

 

 

 

Bibliographie

 

 

 

-          A. Ferdière, Les Gaules (IIe s. av. J-C – Ve s. ap. J-C), A. Colin, 2005.

 

-          C. Delaplace, J. France, Histoire des Gaules (VIe s. av. J-C – VIe s. ap. J-C), A. Colin, 1997.

 

-          C. Goudineau, Regard sur la Gaule, Errance, 1998.

 

-          F. Chausson (dir), Occidents romains, Errance, 2010.

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