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Les Mérovingiens (3) : de Clotaire II aux "rois fainéants"

Dagobert_recoit_le_royaume_FrancLa fin de la faide ayant opposé les reines Brunehaut et Frédégonde, puis leurs fils, a permis à Clotaire II de monter seul sur le trône. Le roi, et plus encore son fils Dagobert, contribuent au début du VIIe siècle à l’apogée de la dynastie mérovingienne. Cependant, les ennuis commencent très vite, dès les successeurs de Dagobert, et provoquent la montée en puissance de ce qui n’est pas encore à proprement parler une dynastie, les Pippinides. Ces derniers, grâce à leur rôle stratégique dans le pouvoir mérovingien finissent par le supplanter avec un certain Charles Martel.


 

 

Clotaire II et les regna

Censé être roi depuis 584, Clotaire II finit par gouverner seul à la mort de ses rivaux et de la reine Brunehaut au début des années 610. Toutefois, le royaume franc est toujours divisé en trois regna, Austrasie, Neustrie et Burgondie, et les aristocrates s’agitent. Il faut alors à Clotaire II légitimer son pouvoir et « sceller la paix ».

En 614, s’inspirant de Clovis, il réunit donc à Paris des assemblées avec les aristocrates, mais aussi les évêques, et règle quasiment en même temps les problèmes religieux et politiques du royaume, avec l’édit de Paris, promulgué en octobre de cette année. Clotaire II s’assure ainsi tant le soutien des grands que du clergé, tout en consolidant son propre pouvoir. S’il règne personnellement sur la Neustrie, il n’en demeure pas moins le souverain prééminent du regnum francorum, et n’hésite pas à punir les grands des autres regna ayant des velléités d’indépendance, comme Godin, qui tente de le forcer à le nommer maire du palais de Burgondie en 627. Les tensions demeurent tout de même, et le roi est sans cesse obligé de négocier avec les regna, en particulier l’Austrasie. Les aristocrates de cette dernière obtiennent du roi qu’il envoie chez eux son jeune fils Dagobert, ce qui leur permet de profiter de la jeunesse de ce dernier pour exercer un réel pouvoir sur ce regnum, qui se trouve être stratégique dans la lutte contre les Avars et les Wendes. Parmi ces grands, un certain Pépin Ier, dit de Landen.

Le règne de Dagobert

Deux ans avant sa mort, Clotaire II réunit une nouvelle fois les assemblées et dans les actes promulgués commence à apparaître, déjà, l’idée d’une royauté sacrée. Il meurt en 629, et son fils Dagobert lui succède, quittant ainsi l’Austrasie pour la Neustrie.

La légitimité de Dagobert n’est semble-t-il pas contestée par les grands, que ce soit ceux d’Austrasie, d’où il vient, ou des deux autres regna. Il a pourtant un frère, Charibert, mais il l’envoie en Aquitaine, où il meurt dès 632. Dagobert commence son règne par un voyage en Burgondie, pour rassurer l’aristocratie sur ses intentions. Puis il s’installe à Paris.

Demeure le « problème » austrasien. Le regnum est puissant, ses grands difficiles donc à contrôler, occupant des postes stratégiques, comme maire du palais. Dagobert parvient tout de même à installer son fils Sigebert sur le trône austrasien en 632. Deux plus tard, il destine à son fils nouveau-né, Clovis, les royaumes de Burgondie et de Neustrie, assurant ainsi sa succession. A sa mort en 639, le royaume franc est donc à nouveau partagé.

La politique étrangère de Dagobert

Dagobert_recoit_le_royaume_FrancLe règne de Dagobert est contemporain de l’émergence de l’islam, et plus particulièrement des premières conquêtes musulmanes. Comme ses prédécesseurs, le roi franc est sollicité par l’empereur byzantin. Mais les expériences passées ont servi de leçon et, s’il existe des échanges d’ambassades (comme en 629), le temps n’est plus à l’alliance. Cependant, on sait par Frédégaire que les Francs étaient probablement au courant des ennuis du basileus Héraclius avec les Arabes entre 637 et 641.

La politique étrangère des Mérovingiens dans les premières décennies du VIIe siècle est bien éloignée des préoccupations byzantines au Proche-Orient. Il s’agit pour Dagobert de consolider les frontières du regnum francorum, principalement en Aquitaine (avec la Gascogne) et en Bretagne. Il s’y attèle autour de 635, mais s’il soumet les Basques, il doit se contenter d’un accord diplomatique en Bretagne, sans pour autant mettre la main sur la région.

A l’Est, la Thuringe, l’Alémanie, puis la Bavière sont soumises à tribut et leurs gouvernants nommés par les Francs. Dagobert profite ici de la menace des Wendes, des Slaves installés en Pannonie ; il ne parvient d’ailleurs pas à soumettre ces derniers. Enfin, le roi franc commence à s’intéresser à la Frise sans toutefois pouvoir y prendre réellement pied.

L’influence des maires du palais

A la mort de Dagobert en 639, ce sont ses fils Sigebert III et Clovis II qui se partagent le royaume. Le premier obtient comme prévu l’Austrasie, le second la Neustrie, ainsi que le soutien de la Burgondie, de plus en plus autonome. Les problèmes commencent rapidement.

D’abord en Neustrie, où Clovis II est bien trop jeune pour régner. L’exercice du pouvoir se partage entre sa mère Nanthilde, qui n’était pas reine mais une servante épousée en 629 par Dagobert parce que Gomatrude ne lui avait pas donné de mâle, et les maires du palais, Aega d’abord, puis Erchinoald. Ce dernier parvient à marier le jeune roi à Bathilde, une esclave anglo-saxonne, en 648. Celle-ci profite de la mort de son mari en 657, puis de celle du maire du palais un an plus tard, pour exercer le pouvoir et tenter de réunifier le regnum francorum. En effet, les rivalités sont croissantes avec l’Austrasie.

Dans le regnum de l’Est, l’influence des maires du palais a commencé durant le règne de Dagobert, avec Pépin Ier. Le nouveau roi, Sigebert III, tente d’écarter les Pippinides en favorisant une autre famille. Cela n’empêche pas Grimoald, fils de Pépin, d’accéder lui aussi à ce poste stratégique, qualifié par l’évêque Didier de Cahors de « recteur de toute la cour ou plutôt du royaume tout entier ». Le rôle des Pippinides à ce moment est déjà tellement important que les historiens ont cru un moment que la mort de Sigebert III en 656 avait pu provoquer un premier « coup d’Etat » pippinide. Ce n’est finalement qu’un problème de succession complexe, et de rivalité entre le maire du palais et la reine, mais cela montre bien l’influence déterminante des hommes à ce poste, et en particulier des Pippinides. Il faut finalement l’intervention des Neustriens et de Bathilde pour écarter Grimoald et son protégé Childebert, qu’il avait fait roi au détriment de Dagobert II, fils de Sigebert, exilé en Irlande ! C’est pourtant Childéric II, fils de Bathilde, qui est roi d’Austrasie en 662.

Des rivalités entre regna qui profitent aux Pippinides

ApresDagobert_WEBLes difficultés des Pippinides ne sont que passagères. La rivalité entre la Neustrie et l’Austrasie, mais aussi les tensions entre grands à l’intérieur des regna, permettent à terme leur retour au premier plan.

En Neustrie, le nouveau maire du palais, Ebroïn, écarte la reine Bathilde en 665 et tient dans sa main le roi Clotaire III. Les tensions explosent alors avec les grands, amplifiées en 673 quand Ebroïn impose le fils de Clovis II et de Bathilde, Thierry III, comme successeur à Clotaire III, au détriment du roi d’Austrasie Childéric II, favori des aristocrates. La situation ne fait que se compliquer les années suivantes, et la Neustrie tombe dans la guerre civile. Ebroïn en est l’une des victimes, assassiné en 682. Toutefois, si les rois successifs sont faibles et contestés, le principe même de la dynastie mérovingienne n’est pas remis en cause pour le moment.

Les problèmes de la Neustrie finissent par gagner l’Austrasie, où Dagobert II est assassiné quelques années après son retour d’exil. L’instabilité et la vacance au poste de maire du palais après la mort de Wulfoad, rival d’Ebroïn, amènent le retour des Pippinides, famille toujours puissante mais surveillée par les autres aristocrates. C’est l’un deux, le duc Pépin II de Herstal, qui devient maire du palais d’Austrasie au début des années 680. En 687, il bat ses rivaux de Neustrie, alliés aux Burgondes, à la bataille de Tertry, s’emparant par la même occasion du trésor de Thierry III !

Les « rois fainéants » et la fin des Mérovingiens

L’arrivée au pouvoir de Pépin II signe le début de la fin des Mérovingiens. Pourtant, le maire du palais laisse en place le roi, se contentant de le dépouiller de l’essence même de son pouvoir. Ce dernier est aux mains de ceux qui prennent alors le titre de « princes », les maires du palais de Neustrie et d’Austrasie, issus uniquement de la famille pippinide.

Celle-ci s’affirme encore plus avec les successeurs de Pépin II, malgré des tentatives de rébellion des autres grands à la mort de celui-ci en 714. C’est son fils Charles qui s’impose, contre les Neustriens de Rainfroi dans les années 720, mais aussi contre les ennemis extérieurs, Arabo-berbères à Poitiers en 732, ou Frisons deux ans plus tard.

Toutefois, Charles Martel ne se fait pas roi, et ce même à la mort du dernier Mérovingien, Thierry IV, en 737, alors qu’il écarte le successeur Childéric III. Les derniers descendants de Clovis, à partir de l’avènement de Pépin II, ont été désignés par l’historiographie carolingienne (héritière des Pippinides) comme « les rois fainéants ». Ils sont placés sur le trône par les maires du palais, sont ballottés selon les vents et les rivalités (comme Chilpéric II durant la lutte Rainfroi/Charles), et n’exercent plus de véritable pouvoir.

Il faut cependant attendre 751, et l’avènement du fils de Charles, Pépin le Bref, pour que la dynastie mérovingienne laisse de fait la place à une nouvelle, les Carolingiens.

 

Bibliographie

-         G. Bührer-Thierry, C. Mériaux, La France avant la France (481-888), Belin, 2010.

-         C. Gauvard, La France au Moyen Âge du Ve au XVe siècle, PUF, 2010.

Pour aller plus loin (sur toute la période)

-         S. Lebecq, Les origines franques, Ve-IXe siècle, Seuil, 1990.

-         R. Le Jan, Famille et pouvoir dans le monde franc, VIIe-Xe siècle, Publications de la Sorbonne, 1995.

-         R. Le Jan, Les Mérovingiens, PUF, 2006.