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Les royaumes barbares en Occident

royaumesbarbaresLa fin de l’Empire romain d’Occident est encore aujourd’hui très souvent attribuée aux déferlements de vagues de guerriers sans foi ni loi, les Barbares. Ces derniers sont accusés de tous les maux depuis la Renaissance, mais au XIXè siècle ils ont été récupérés par différents nationalismes. La sortie dans la collection « Que sais-je » d’un ouvrage consacré à la naissance des royaumes barbares peut aider à y voir plus clair.

 

Dans ce court mais dense ouvrage, les auteurs s’emploient à la fois à faire le bilan des connaissances sur les Barbares, et à battre en brèche les idées reçues. Pour cela, ils ont construit leur étude de manière thématique et chronologique, commençant par se poser la question de ce que nous savons des Barbares avant leur premier contact avec l’Empire, puis les rapports de celui-ci avec ses voisins. Viennent ensuite les débuts des difficultés avec l’établissement des Barbares au sein de l’Empire, leur prise d’indépendance progressive, qu’elle se fasse dans la violence ou non, et dans le contexte d’un affaiblissement croissant de Rome.

Puis, les auteurs abordent la culture barbare en ce Vè siècle de transition, pour ouvrir sur la construction de ces « royaumes barbares d’Occident » qui s’éloignent progressivement de l’influence impériale (désormais uniquement à Constantinople), loin de la seule rupture violente à laquelle on pense encore trop souvent aujourd’hui (vision en partie due aux sources littéraires romaines, selon B. Dumézil et M. Coumert). Ces royaumes auraient été pour certains directement influencés par Rome, vus par les contemporains (sauf les historiens) comme des « continuateurs », d’autres moins structurés mixant droit romain et coutumes « barbares ». Le dernier chapitre, essentiel lui aussi, est consacré à la « conversion des royaumes barbares », conversion au christianisme évidemment.

B. Dumézil et M. Coumert concluent en affirmant qu’il y a eu une véritable évolution politique avec l’arrivée des Barbares au contact de Rome, la fidélité passant de l’Etat au roi. Mais au niveau social et culturel, « l’apport des Barbares » semble moindre : si le guerrier prend en partie le pas sur le fonctionnaire ou le lettré, la richesse est toujours basée sur la possession foncière ; l’arrivée des langues « barbares » permet une diversification du latin et linguistique en général, mais a contrario réserve le savoir à des élites connaissant seules le latin soutenu. Des élites fortement « cléricalisées », ce qui place la conversion au christianisme comme, de l’avis des auteurs, la « transformation majeure » de cette période. Ce n’est plus la romanité qui cimente les royaumes et leurs populations, mais l’appartenance à la même religion.

Cet ouvrage veut donc montrer que, contrairement à ce que l’on entend encore aujourd’hui, que ce soit dans les écoles ou dans des ouvrages à fort tirage, il n’y a pas eu « chute de Rome » au contact de l’arrivée violente de hordes barbares, mais une transformation progressive du monde romain au contact de ces Barbares (et inversement) et la « création de nouvelles identités ethniques » à la base de « nouveaux peuples » dont les points communs pourraient être la fidélité à un roi et le christianisme.

Un très intéressant « Que sais-je » donc, que tout passionné de cette période si méconnue et pourtant décisive doit posséder. On conseille de le lire en parallèle avec le sublime catalogue de l’exposition au Palazzo Grassi de Venise, en 2008, « Rome et les Barbares : la naissance d’un nouveau monde », auquel Bruno Dumézil a participé.

Bruno Dumézil est un jeune chercheur, maître de conférences en Histoire médiévale à l’Université de Paris Ouest-Nanterre, spécialiste du Haut Moyen Age ; on lui doit « La Reine Brunehaut » (Fayard, 2008) et le récent « Les Barbares expliqués à mon fils » (Seuil, 2010).

Magali Coumert est maître de conférences à l’Université de Bretagne occidentale (Brest) ; elle aussi spécialiste du Haut Moyen Age et auteure de « L’origine des peuples. Les récits du Moyen Age occidental (550-850) » (IEA, 2007).

B. DUMEZIL, M. COUMERT, Les royaumes barbares en Occident, PUF (coll. « Que sais-je ? »), Paris, 2010, 128 p.

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