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Le 15 août : la fête de l'Assomption jour férié ?

AssomptionFête mariale par excellence, la fête de l’Assomption a fait depuis près de quatre-cents ans l’objet d’une multitude de récupérations politiques successives, au nom de la Monarchie de droit divin, du Premier Empire qui fait de ce jour sa fête nationale, de la Monarchie de Juillet qui exalte ce jour la Nation, du Second Empire qui réactive les fêtes du Premier, de la République qui garde férié une fête de la majorité des Français, jusqu’aux revendications de l’Association Nationale des Directeurs des Ressources Humaines pour faire supprimer ce jour férié au nom de la laïcité : du jamais vu depuis les abus de l’athéisme militant durant la Révolution française.

 

Qu’est-ce que l’Assomption ?

Pour les Catholiques, Marie, mère de Jésus de Nazareth, est priée et honorée comme le meilleur intercesseur entre son fils et le croyant. Les Catholiques, qui considère Jésus comme entièrement Homme et entièrement Dieu, qualifie donc Marie de « Mère de Dieu » (concile d’Éphèse de 431), sans pour autant lui donner une nature divine qui remettrait en cause le monothéisme.

La Vierge Marie est l’objet de diverses fêtes du calendrier liturgique : la Nativité de la Vierge, l’Immaculée Conception, l’Annonciation (Marie, toujours vierge, apprend par l’ange Gabriel qu’elle va porter l’enfant divin, insufflé par le Saint-Esprit) et l’Annonciation. Lors de l’Annonciation, les Catholiques célèbrent la mort de Marie qui est enlevée corps et âme directement auprès de son fils Jésus Christ. Le récit de la mort de Marie n’apparait pas dans la Bible, il s’agit plus d’une tradition issue de textes apocryphes. La fête est fixée au 15 août au début du VIe siècle par l’empereur de Byzance, Maurice, qui fixe ainsi définitivement la date d’une fête déjà largement répandue en Orient. En Occident elle n’arriverait qu’en 813, sous Charlemagne, suite au concile de Mayence. L’Église byzantine et l’Église de Rome ne voient cependant pas les choses de la même manière : pour les Byzantins, qui n’utilisent pas le terme d’Assomption, mais de Dormition, la Vierge n’a pas été enlevée corps et âme, mais est simplement morte sans souffrance et dans un parfait état de paix spirituelle.

Le débat se fait autour de l’acceptation, ou non, du quarante-huitième paragraphe de la « Dormition de Marie » par le pseudo-Jean :

« Les apôtres portèrent la bière et déposèrent le précieux et saint corps à Gethsémani, dans un tombeau neuf. Et voici qu'un parfum délicat se dégagea du saint tombeau de notre Maîtresse, la Mère de Dieu. Et, pendant trois jours, on entendit des voix d'anges invisibles qui glorifiaient le Christ, notre Dieu, né d'elle. Et, le troisième jour achevé, on n'entendit plus les voix. Dès lors, nous sûmes tous que son corps irréprochable et précieux avait été transféré au paradis. »

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Louis XIII consacre la France à la Vierge Marie

Le culte marial, et en particulier la fête de l’Assomption, prend une grande ampleur en France au XVIIe siècle.

En 1630 le roi de France Louis XIII grièvement malade pense devoir sa guérison à un miracle et veut en remercier la Vierge Marie. Il ne fera ce geste, de façon claire et officielle, que quelques années plus tard. En 1637, Louis XIII se désespère de ne pas avoir d’enfant : ce qui pose un problème certes humain, mais surtout politique en privant le royaume d’héritier mâle. La reine Anne d’Autriche tombe finalement enceinte et pour remercier et demander de l’aide de la Vierge Marie, le roi très pieux qu’était Louis XIII consacre son royaume à la mère de Dieu. Pour cela il est décidé que Marie trouverait obligatoirement sa place dans toutes les églises de France : les églises qui ne lui sont pas directement dédiées devront au moins lui consacrer une chapelle. En plus de cela le roi décide qu’on organise chaque jour de l’Assomption des processions pour demander un héritier au royaume de France. Dès 1638 naissait Louis Dieudonné, dauphin de France, qui deviendra Louis XIV ! C’est d’ailleurs Louis XIV qui fera refaire le maitre-autel de Notre-Dame de Paris, comme l’avait souhaité son père.

L’action de Louis XIII donne un véritable coup de fouet à cette célébration dont le succès ne se dément pas jusqu’à la Révolution.

La fête malmenée sous la Révolution et l’Empire

Le calendrier républicain adopté en 1792 remet en cause les fêtes liturgiques, l’Assomption est supprimée. L’Assomption de l’année 1793 n’est plus que le 28 Thermidor An I de la République, jour du lupin… Le culte chrétien est malmené, et en particulier les processions qui sont interdites le 16 aout 1792. Notre-Dame de Paris devient un Temple de la Raison, le 23 novembre 1793 les églises de la capitale sont fermées… L’athéisme militant n’est freiné que par des hommes comme Robespierre, qui le remplacent par un déisme d’État…

Les grandes fêtes catholiques ne font leur retour qu’avec le Concordat passé entre Napoléon Premier Consul et le Pape Pie VII en 1801. La France retrouve le calendrier grégorien sous l’Empire, en 1806. Mais cette année est aussi celle où Napoléon Ier empereur va instrumentaliser la fête de l’Assomption pour servir sa propre glorification et celle de son régime politique. En effet le nouveau souverain aimerait avoir une fête politico-religieuse à l’image de la fête de Saint-Louis dont disposaient les rois de France. Le seul problème est que l’Empire naissant n’a pas de saint à vénérer dans sa courte histoire… Peu importe, on sort des tiroirs un improbable Saint-Napoléon ! Bien entendu cela risque de poser quelques soucis avec les Catholiques pour qui aucun Saint-Napoléon n’existe dans le Martyrologue romain. Mais il suffisait de bien chercher, évidemment, et c’est ce que fit le cardinal légat Giovanni Battista Caprara : finalement, on trouva bien un Saint Neapolis du IVe siècle, dont Saint-Napoléon n’était bien entendu que la francisation… Maintenant que l’Empire avait son saint, restait à le faire célébrer. La fête du saint était le 2 mai, on risquait évidemment le flop si le peuple ne se déplaçait pas. L’idée ingénieuse fut de déplacer la fête du saint le jour de l’anniversaire de Napoléon : le 15 aout ! Ainsi faisant la fête du Saint-Napoléon coïncidait avec l’Assomption, quoiqu’il arrive les Catholiques se déplaceraient et on n’irait pas chercher pour qui ils le faisaient… Le 15 aout devint la fête nationale, une fête politico-religieuse qui était l’occasion de festivités dans tout l’Empire de 1806 à 1813 : discours des élus pour vanter le régime, feux d’artifice…

Bien entendu la Restauration met du plomb dans l’aile au culte de l’avatar de l’Aigle, seuls quelques sympathisants

Saint_Napolon

bonapartistes continuent de vénérer le martyr impérial. Cependant, la Monarchie de Juillet, toujours soucieuse de s’attacher la mémoire du Premier Empire, relança ce culte avec le retour des Cendres de Napoléon. Ces Cendres sont vues comme la braise de l’unité française et la Saint-Napoléon fut l’occasion de fêter la Révolution et la Nation.

Sous le Second Empire, Napoléon III remet à l’honneur le culte de son pseudo saint patron qui redevient une véritable fête nationale avec des parades militaires, des jeux, des prières… Comme pour son oncle l’idée est claire, il faut faire du 15 aout la fête qui unit tous les Français et qui glorifie le régime. Que quelques Catholiques ne viennent que pour la Vierge, ou que quelques bonapartistes ne viennent que pour le régime, peu importe : c’est toute la France qui doit être en fête se jour là sous l’égide de l’Empereur.

Une nouvelle remise en cause du calendrier

Si le culte de Saint-Napoléon s’essoufflant naturellement avec l’avènement de la République, le 15 aout redevient essentiellement le jour de la fête mariale par excellence ! La République française reconnait la fête de l’Assomption comme un jour férié (et non chômé, il est donc possible de travailler ce jour là contre une compensation financière). La majorité des Français étant catholique, ce jour férié leur assure d’être libérés de tout travail pour participer aux cérémonies religieuses. Quand en 1905 on vote la loi de séparation de l’Église et de l’État, on ne revient pas sur cette fête.

Depuis les athéistes militants de 1792 il aura fallu attendre l’Association Nationale des Directeurs des Ressources Humaines (ANDRH) pour que soit proposée en juin 2012 la suppression des fêtes de l’Assomption, de Pentecôte et de l’Ascension. Cela bien entendu se fait au nom de la laïcité et de l’accès au congé des autres confessions (ce qui est souvent déjà le cas pour diverses professions, en cumul des fêtes catholiques). Concrètement cette requête, qui n’émane pas des représentants des différentes confessions en France, mais des entreprises, permettrait surtout aux chefs d’entreprise d’éviter les ponts et de redistribuer les congés à leur guise puisque dès lors l’octroi d’un jour de repos pour une fête chrétienne serait sous réserve des nécessités de services et/ou des caractéristiques de l’entreprise… Le projet devrait faire l’objet d’un « débat national ». De leur côté, les évêques de France, soucieux d’éviter tout conflit, ne s’opposent pas au projet. Après près de quatre siècles d’existence, l’une des principales fêtes des Catholiques (qui restent majoritaires en France) est donc remise en cause pour quelques intérêts capitalistes…

 

Pour aller plus loin voir la bibliographie en fin d’articles sur chacun des souverains cités et la proposition de l’ANDRH.

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