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Accueil Histoire de France L'assassinat d'Henri IV

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L'assassinat d'Henri IV

henriIVLe 14 mai 1610, un homme frustré et convaincu de la portée salvatrice de son geste, monte sur la roue arrière du carrosse dans lequel est alors assis le roi Henri IV et lui assène deux coups de couteau. Comment un homme peut-il devenir parricide - tuer le roi qui est père de ses sujets - et par là porter gravement atteinte à l'inviolabilité de la personne royale ? En quoi et pourquoi Ravaillac jugea-t-il légitime de mettre fin aux jours du roi ? Cet acte, exceptionnel s'il en est, lui valut nécessairement un châtiment exemplaire: rué de coups, torturé, supplicié, jamais pourtant François Ravaillac ne prétendit, comme on eut voulu l'entendre, avoir agi pour le compte d'autrui. Le débat reste entier.

Ravaillac et la légitimité du meurtre du tyran

Né vers 1578 (il dit avoir trente-deux ans lors de son procès) à Angoulême, François Ravaillac connut une enfance assurément difficile: après que le père eût perdu son emploi - cet homme qui avait l'habitude de flirter quelque peu avec l'alcool - la famille Ravaillac tomba dans l'indigence mais ne cessa pour autant d'être profondément religieuse. La dernière espérance se trouva dans la croyance. Si bien que François Ravaillac voulut intégrer l'ordre des Feuillants. Mais en vain. En outre l'avanie avait-elle été renforcée par le refus net des Jésuites qui jugèrent que le candidat était bien trop fanatique pour être présent en leur sein. Et de fait, ce fervent catholique, qui n'était certes pas fou, n'en était pas moins un individu singulier, croyant sincèrement le catholicisme menacé. Les guerres de religion, qui n'avaient pris fin qu'avec l'édit de Nantes (avril 1598) étaient encore évidemment dans tous les esprits, et les multiples abjurations du roi l'étaient tout autant dans celles de ses détracteurs. Au fond, Henri IV n'allait-il pas profiter de la première occasion pour instaurer une unité religieuse centrée non plus sur le catholicisme mais le protestantisme ? C'était là la crainte ultime de Ravaillac.

De plus, pouvait-on considérer cet Henri de Navarre comme un roi légitime ? N'était-il pas cousin, au 22 ème degré, de feu Henri III ? Le cas échéant, il devenait tyran d'origine ou d'usurpation, s'étant emparé illégitimement du pouvoir. Or, certains érudits avaient clairement montré, à l'instar de l'évêque anglais Jean de Salisbury au XIIème siècle, qu'il était parfaitement loisible de tuer le tyran d'usurpation. L'on distinguait, outre le tyran d'origine, le tyran dit "d'exercice", lequel légalement couronné, deviendrait par la suite un tyran et pouvait de ce fait être éventuellement tué (les avis divergeaient sur ce point). Dans "L'Assassinat d'Henri IV", l'historien Roland Mousnier a ainsi très bien montré que le "bon roi Henri" a pu être considéré comme tyran d'exercice. Par ailleurs, Ravaillac s'était convaincu que le roi était prêt à prendre les armes contre le Saint-Siège. C'est pourquoi il se résolut à se rendre à Paris pour tenter de lui parler afin de lui demander de protéger le catholicisme dans le royaume de France. Mais il fut, à deux reprises en 1609, repoussé par les gardes du roi qui ne le laissèrent guère approcher du souverain. Ainsi le sort en était jeté, Ravaillac résolut d'assassiner le roi. N'était-ce là pas un geste salvateur pour un catholicisme menacé ?

L'assassinat d'Henri IV et le supplice de Ravaillac

Le 13, Marie de Médicis - qui l'avait tant attendu - avait été sacrée reine de France, presque dix ans après avoir convolé avec Henri IV. Le lendemain, le roi fut en proie à la crainte, sentiment qu'il avait déjà expérimenté à de nombreuses reprises. Il faut dire que tout aussi nombreuses furent les tentatives d'assassinat dont il fut l'objet (Pierre Barrière, Jean Chastel, Julien Guédon et Pierre Ouin pour ne citer que les plus célèbres à avoir vainement tenté ).

Ainsi donc le roi, en cette matinée du 14, n'est guère rassuré de se rendre à l'Arsenal, chez le duc de Sully que l'on dit malade. La veille, il a d'ailleurs émis son inquiétude. Vitry (1), capitaine des gardes du corps, lui proposa de convoyer le carrosse, ce qu'Henri IV refusa, répliquant: "Non, je ne veux ni de vous ni de vos gardes, je ne veux personne autour de moy" (cité dans Roland Mousnier, "L'assassinat d'Henri IV"). Vers 16h10, le carrosse se meut alors et, arrivé rue de la Ferronnerie (l'ancienne rue parisienne des Charrons qui doit son nom aux ferronniers), il est bloqué par une charrette de foin qui encombre le passage. Les quelques gardes qui protègent le carrosse traversent, pour prendre de l'avance, le cimetière des Innocents, et laissent donc le roi sans protection aucune. Un homme roux, dont on devine l'identité, drapé d'un habit vert, en profite alors pour s'élancer, poser son pied sur la roue arrière, et assener deux coups de couteau au roi. Celui-ci est touché, bien qu'il affirme n'être que blessé.

Alors qu'il eût pu profiter de l'imbroglio naissant, le régicide resta là, immobile et tenant le couteau en sa main. D'aucuns s'avançaient déjà avec l'idée de lui faire subir le même sort que Jacques Clément, meurtrier d'Henri III en août 1589, qui avait été transpercé par les gardes du roi. Un dénommé Saint Michel songea ainsi à l'abattre sur-le-champ mais le duc d'Epernon l'arrêta en arguant qu'il "y va de votre tête" (2). Le roi quant à lui, gravement touché, passa de vie à trépas quelques instants après avoir été touché.

Très rapidement, l'on soumit Ravaillac à la Question (torture légale que l'on infligeait au supplicié pour obtenir des renseignements). Surtout, on voulut savoir si Ravaillac n'avait pas été poussé à tuer pour le compte d'autrui. Inlassable leitmotiv que de savoir s'il faut parler du ou des assassins. Une question qui a assurément fait couler beaucoup d'encre. Récemment encore, Jean-Christian Petitfils émettait l'hypothèse selon laquelle Albert de Habsbourg, l'archiduc catholique des Pays-Bas espagnols, aurait peut-être poussé Ravaillac à commettre son geste. Il l'explique par le fait que l'archiduc pouvait légitimement craindre une entrée en guerre contre Henri IV, lequel souhaitait, pour une affaire de coeur, enlever Charlotte de Montmorency, dont il était tombé amoureux, à Bruxelles ainsi que libérer les duchés de Clèves et de Juliers (la fameuse affaire).

Toujours pourtant le parricide prétendit avoir agi seul. Aucune information n'a donc pu venir éclaircir le problème. Reste désormais à condamner le meurtrier. Ravaillac savait pertinemment ce qu'il encourait. Le régicide était le crime ultime. La personne du roi n'était-elle pas théoriquement inviolable ? La peine doit donc être par conséquent singulière dans l'atrocité. Le 27 mai 1610, Ravaillac est ainsi emmené place de Grève, où, après avoir été torturé et avoir subi le supplice de la poix durant lequel de la poix bouillante est versée dans ses plaies, il fut écartelé et son corps brûlé. Les régicides étaient désormais prévenus de la peine encourue.

De l'adoration des morts: le "bon roi Henri"

Henry4-en-MarsNul gouvernant, fusse-t-il monarque, n'échappe aux critiques durant la période où il exerce son pouvoir. Pourtant, il est des rois qui ont été affublés d'une image d'Epinal montrant leur grandeur et leur bienveillance. Henri IV en fait partie. Au lendemain de sa mort, la France a peur.  La paix ne risque-t-elle pas d'être inhumée avec le monarque ? Les troubles religieux, dont on sait qu'ils prirent fin une poignée d'années auparavant, ne vont-ils pas se réveiller ? Bien que l'on entende certains clamer "le roi est mort, vive le roi !", la France (ou du moins les villes qui apprennent la nouvelle (3)), sont en plein désarroi et en pleine effervescence. Malgré cette crainte de voir un nouveau monarque monter sur le trône - que sait-on de ce Louis XIII ? Sera-t-il un souverain bienfaiteur ? - la légende dorée du règne d'Henri IV ne date pas véritablement du XVIIème siècle, durant lequel brilla la gloire de Louis XIV, même si l'on a pu entendre çà et là des louanges, à l'instar d'une "Histoire d'Henri le Grand" d'Hardouin de Beaumont de Péréfixe, un temps précepteur du futur Louis XIV et bientôt archevêque de Paris, qui a vu en Henri IV un grand monarque.

C'est donc surtout à la faveur des Lumières que la légende se vivifia au XVIIIème siècle, notamment grâce à Voltaire et sa Henriade. Ledit roi devint une référence, un père soucieux du sort de son peuple (poule au pot), amoureux des femmes et bon père de famille. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Louis XVIII, en août 1818, fit inaugurer la statue d'Henri IV sur le Pont-Neuf (construite à l'époque de la régence à la demande de Marie de Médicis mais détruite en août 1792). Une manière pour lui de se montrer dans la lignée du fondateur de la dynastie des Bourbons et par là même de légitimer son pouvoir. De nos jours, le roi jouit encore d'une grande popularité et l'on voit souvent en lui, à plus ou moins juste titre, le plus grand roi de France (4). Preuve en est: toutes les publications qui sortiront cette année à l'occasion des 400 ans de sa mort et le téléfilm de ce jeudi 11 mars, narrant sa vie, sur France 3. Décidément, Ravaillac a beaucoup contribué à la légende dorée qui a été assortie rétrospectivement au règne d'Henri IV.


(1): Il est parfois aussi écrit qu'il s'agissait du comte de Plessis-Praslin qui mourut en 1626.

(2): Cette remarque du duc d'Epernon était tout à fait judicieuse car il fallait connaître les raisons de l'assassinat.

(3): La nouvelle arrive à La Rochelle le 17 et à Pau le 19.

(4): Le lecteur se rapportera utilement, pour juger de lui-même, à la biographie d'Henri IV écrite par Jean-Pierre Babelon.

Bibliographie non exhaustive :

- De Roland Mousnier, L'assassinat d'Henri IV. Gallimard, 2008.

- L'assassinat d'Henri IV : Mystères d'un crime de Jean-Christian Petitfils. Editions Perrin 2009.

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