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Accueil Histoire de France La Journée des Dupes (novembre 1630)

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La Journée des Dupes (novembre 1630)

echecsUne pièce de théâtre…un mélodrame… trois acteurs, trois actes, trois jours ! Les cris et les pleurs du premier, l’angoisse du second…et le triomphe du troisième ! La principale journée du 11 novembre 1630, appelée la Journée des Dupes par Guillaume de Bautru, comte de Serrant fut mémorable dans l’Histoire de France. La reine mère Marie de Médicis y perdit tout son pouvoir, le roi Louis XIII fut perturbé mais réussit à s’affirmer et le cardinal Richelieu sortait vainqueur de cette crise politique.

 

Prélude de la Journée des Dupes

La Cour est de passage à Lyon en septembre 1630. La reine mère Marie de Médicis ainsi qu’Anne d’Autriche veulent le départ du cardinal, elles poussent le roi à chasser Richelieu, très mal vu ces derniers temps, accusé de tous les maux du royaume : insécurité, révolte du peuple, cabales au sein de l’Etat, etc. Mais Louis XIII est pris d’une grave maladie. Tout le monde le croit perdu.

Les clans se forment et échafaudent « l’après Louis ». Le clan des Guise, avec la princesse de Conti (sœur de Guise) en tête, les Grands qui se sentent brimés par Richelieu, la reine mère, Michel de Marillac le garde des Sceaux, son frère Louis le maréchal, Gaston d’Orléans le préféré de Marie de Médicis. De retour à Paris, le cercle des opprimés se rassemble sous la houlette de la reine mère qui rappelle à Louis de tenir la promesse faite à Lyon : chasser le cardinal.

Premier Acte

MariedeMedicisLe 9 novembre 1630, Louis XIII de retour à Paris, au lieu de s’installer au Louvre qui est en travaux, choisit l’hôtel des Ambassadeurs, tout près du Luxembourg.

Le 10 novembre au matin, il rend visite à sa mère au Luxembourg. Marie de Médicis lui rappelle sa promesse. Louis lui demande un peu de temps pour réfléchir encore une fois, mais surtout lui demande de pardonner au cardinal ! La colère monte et sur ces entrefaites, Richelieu se présente devant elle. Marie de Médicis ne dira pourtant rien. Ce n’est que dans l’après midi que sa colère éclate : sous des reproches amers et un torrent d’injures, Mme de Combalet, sa dame d’atour et nièce du cardinal est renvoyée. Le cardinal, voulant implorer la reine, se fait injurier, traiter d’ingrat, de traitre, de fourbe. Elle lui retire son titre de surintendant, de chef de son Conseil, sa charge d’aumônier. Tous les membres de sa famille sont mis à la porte, le capitaine des Gardes La Meilleraye est privé de son poste.

Le roi et le cardinal, abasourdis, ne disent pas un mot. Mais ils décident de retourner voir Marie de Médicis le lendemain, la nuit portant conseil ! Richelieu parait résigné, et prêt à s’éclipser.

Deuxième Acte

Le 11 novembre au matin, Louis XIII visite sa mère. Pour ne pas être dérangée, elle fait fermer toutes les portes en prétextant une grande fatigue et ne veut voir personne hormis le roi. Richelieu, en arrivant, se heurte aux consignes données. Connaissant bien le Luxembourg, il passe par des passages dérobés et grâce à la complicité d’une femme de chambre, fait irruption dans la pièce où Marie tente de convaincre son fils de destituer complètement le cardinal, de le disgracier, de le faire arrêter et le remplacer par le garde des Sceaux.

Dans ses Mémoires, le cardinal raconte : « Dieu s’est servi de l’occasion d’une porte non barrée qui me donna lieu de me défendre lorsqu’on tâchait de faire conclure l’exécution de ma ruine ». Et Marie de Médicis : « Si je n'avais pas négligé de fermer un verrou, le cardinal était perdu ».

louis_XIIIBassompierre écrit  dans ses Mémoires : «  Ils s'enfermèrent tous deux dans son cabinet. Le roi venoit la prier de superséder encore six semaines ou deux mois avant d'éclater contre M. le cardinal pour le bien des affaires de son Etat, qui étoient alors en leur crise... Comme ils étoient sur ce discours, M. le cardinal arriva, qui, ayant trouvé la porte de l'antichambre de la chambre fermée, entra dans la galerie et vint heurter à la porte du cabinet où personne ne répondit.

Enfin, impatient d'attendre et sachant les êtres de la maison, il entra par la petite chapelle, la porte de laquelle n'ayant pas été fermée, M. le cardinal y entra, dont le roi fut un peu étonné, et dit à la reine tout éperdu : Le voici, croyant bien qu'il éclateroit. M. le cardinal, qui s'aperçut de leur étonnement, leur dit : Je m'assure que vous parliez de moi. La reine lui répondit : Non faisions. Sur quoi lui ayant répliqué : Avouez-le, madame, elle dit que oui. Oui, nous parlions de vous comme du plus ingrat et du plus méchant de tous les hommes ! »

On imagine bien l’état de colère dans lequel est Marie de Médicis. Hors d’elle, les injures fusent aussi bien contre le cardinal que contre son fils. Au roi, elle dit : « préférez vous un laquais à votre propre mère ? ». Au cardinal, elle s’adresse en italien….lui jetant à la tête toutes les insultes possibles, d’une crudité inouïe.

Richelieu répond : « Mais, madame, Madame…Que dites-vous ? Que faites-vous ? Vous me désobligez, vous me torturez ! Aussi bien, je ne veux plus vivre étant si malheureux que d’avoir perdu vos bonnes grâces ». Puis il tombe à genoux en pleurs, au pied de la reine, implorant son pardon. La reine mère sanglote de rage, le roi demande à son ministre de quitter les lieux. Ne sachant retenir plus longtemps son émotion, Louis quitte précipitamment le palais et court se réfugier à Versailles, dans son petit château.

La reine mère triomphe et annonce la perte du cardinal. Son entourage composé des Guises, de la princesse de Conti, la duchesse d’Elbeuf, savoure la victoire, les courtisans s’inclinent devant elle, Michel de Marillac jubile et compose déjà son gouvernement.

Richelieu se sent perdu. Tout s’écroule autour de lui : sa vie, son ambition, sa fortune. Il rentre dans ses appartements du Petit Luxembourg et prépare sa fuite vers Pontoise, puis le Havre, ville qui lui appartient. Mais son ami le cardinal de La Valette lui « déconseille de quitter le roi de vue. Parce qu’il pourrait l’oublier…Qui quitte la partie, la perd ».

Troisième Acte

RichelieuRichelieu monte dans sa voiture, et file à Versailles retrouver le roi. Il est accueilli avec plaisir par Louis, dans son cabinet. Le cardinal se met à genou et remercie le roi « le meilleur de tous les maîtres ». Louis répond « qu’il est le plus fidèle et plus affectionné serviteur qui fut au monde ». Après un entretien de quatre heures, le cardinal est invité à dormir au château, dans la chambre du comte de Soissons ! Richelieu pourtant n’est pas entièrement rassuré et présente une nouvelle fois sa démission…que Louis XIII s’empresse de refuser. Il le somme de rester et de « continuer de tenir le timon des affaires, parce que telle est mon irrévocable décision ». Et de rajouter « je suis plus attaché à mon Etat qu’à ma mère ». Le roi avait depuis longtemps choisi entre la piété filiale et la raison d’Etat !

Une fois le cardinal rassuré, Louis XIII convoque ses ministres et décrète sur le champ des mesures radicales : le grand responsable de toutes les cabales depuis un an est Michel de Marillac ! Il est destitué. Pas châtié, mais exilé et remplacé par un homme à Richelieu : Charles de L’Aubespine, sieur de Châteauneuf. La 2ème mesure concerne le frère Louis de Marillac, le maréchal. Il venait d’être nommé à la tête de l’armée d’Italie ! Il fallait le destituer également mais surtout rapidement.

Epilogue

Dans la nuit qui suivit, Michel de Marillac est arrêté à Glatigny, exilé et jeté en prison à Châteaudun. Il y restera pendant 2 ans jusqu’à sa mort.

Son frère Louis, le maréchal est arrêté au cours d’un repas par Schomberg et de La Force (ses amis avec lesquels il avait fait la guerre pour le roi !). Il est conduit dans la citadelle de Verdun.

Les serviteurs d’Anne d’Autriche dont sa nourrice dona Estefana et la future Mme de Motteville, sont raccompagnés à la frontière, l’ambassadeur d’Espagne M. de Mirabel est prié de se comporter comme tout autre diplomate et la porte de l’appartement de la reine lui est fermé, le fidèle Béringhen est contraint de fuir en Hollande, Mme du Fargis la dame d’atour obligée de se réfugier en Flandres, on demande, pas très « poliment » d’ailleurs, à Anne d’Autriche de se retirer au Val de Grâce.

Le médecin de Marie de Médicis est conduit à la Bastille, le duc de Bellegarde contraint de regagner ses terres, de même que tout le clan des Guise, dont la princesse de Conti, puis par ricochet François de Bassompierre Maréchal de France qui est arrêté par ses propres amis et conduit à la Bastille pour 12 ans ! Le duc de Guise s’éclipse discrètement en Italie pour ne plus revenir. Marie de Médicis est exilée d’abord à Compiègne, puis au Pays-Bas.

Gaston d’Orléans, frère du roi, est sommé de quitter la Cour.

Richelieu, devenu plus que jamais le Maître, fait duc et pair de France, réussissait ainsi un magistral coup de génie politique.

 

Bibliographie.

- Louis XIII – Jean Christian Petitfils

- 1630 : la vengeance de Richelieu – Jean Michel Priou. Poche, 2010.

- Pour mon fils, pour mon roi – Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit. Poche, 2010.

- Le maréchal de Bassompierre – Jean Castarède

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