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Les rois de France de la Renaissance

anne_de_bretagne_20La Renaissance française est souvent réduite au règne de François Ier, une sorte de période faste avant l’horreur des guerres de Religion. Pourtant, il est plus juste de faire débuter cette période avec Charles VIII, et de la conclure avec Henri II. Pour des raisons politiques (la situation de la France, l’évolution de la monarchie), et dans d’autres domaines, comme celui des arts ou le rapport à l’Italie, dont la Renaissance a débuté depuis un moment déjà. On verra que les règnes de Charles VIII, Louis XII, François Ier et Henri II sont bien plus qu’une transition et une parenthèse entre la fin de la Guerre de Cent ans et le début des guerres de Religion.

 

 

Charles VIII (1483-1498), le « grand dessein » italien

Au règne dur et contesté de Louis XI (1461-1483), considéré par certains comme un tyran, succède celui de son fils Charles VIII. Le jeune roi est cependant encore mineur à son avènement, et la régence a été organisée par son père, qui l’a confiée à sa fille Anne de France et à son mari, Pierre de Beaujeu (de la maison Bourbon-Beaujeu). Ce n’est pas sans provoquer des contestations, comme celle de Louis d’Orléans. Débouté par les Etats généraux à Tours en 1484, ce dernier se révolte avec l’appui du duc de Bretagne : c’est le début de la « guerre folle » en 1485. Les révoltés sont vaincus en juillet 1488, à Saint-Aubin-du-Cormier, et Louis d’Orléans est fait prisonnier. Le roi Charles VIII accomplit l’un de ses premiers grands faits en graciant son ennemi, qui devient par la suite un précieux allié, et plus encore. Au même moment, Charles VIII affirme son autorité sur les Beaujeu : c’est la fin de la régence. Le roi achève de régler le problème de la Bretagne en épousant Anne, duchesse depuis 1489, s’opposant ainsi frontalement aux ambitions de Maximilien de Habsbourg ; il doit toutefois céder à celui-ci la Franche-Comté et l’Artois.

Charles VIII se tourne ensuite vers l’Italie en revendiquant le royaume de Naples, ancienne possession de la maison d’Anjou. Ce n’est en fait qu’une étape pour lancer une nouvelle croisade pour Jérusalem. Prêt à tout pour atteindre son objectif, le roi s’assure la neutralité de ses puissants voisins en leur cédant des territoires, comme le Roussillon et la Cerdagne en faveur de Ferdinand d’Aragon. En Italie, il s’allie avec le duc de Milan Ludovic Sforza. Malgré son entrée à Rome imposée au pape Alexandre VI Borgia, puis sa prise de Naples sans difficulté en 1495, la campagne d’Italie est un échec cuisant pour Charles VIII, qui doit quitter précipitamment la péninsule après une victoire inespérée à Fornoue. Le roi a pour projet de retenter l’expérience, mais il meurt accidentellement à Amboise le 7 avril 1498.

Charles VIII gouverne avec les différentes cours mises en place par ses prédécesseurs, sans conflit majeur, même si parallèlement il étend son pouvoir de nomination des charges. Il tente également quelques réformes fiscales, sans grand succès, et encourage le commerce en rétablissant les foires de Lyon. Dans le domaine des arts, il contribue à la venue en France d’artistes et de techniciens italiens, et il protège quelqu’un comme Jean Bourdichon.

Louis XII (1498-1515), le « Père du peuple »

Charles VIII meurt à vingt-sept ans sans héritier, le dauphin Charles-Orland étant décédé précocement en 1495. Dans le respect de la loi salique, c’est le cousin du roi, Louis d’Orléans, son ancien ennemi de la « guerre folle », qui lui succède et ce sans vraiment de contestation. Ainsi s’achève la dynastie des Valois directs. Devenu Louis XII, le duc d’Orléans doit très vite gérer un nouveau problème breton. En effet, Anne, étant veuve de Charles VIII, peut récupérer son duché et conserver la relative indépendance de la Bretagne. Habile négociateur, Louis XII obtient du pape Alexandre VI Borgia l’annulation de son précédent mariage avec Jeanne de France ; il peut ainsi épouser à son tour Anne de Bretagne en janvier 1499. A la fin de cette année, ils ont une fille, Claude, qui devra hériter du duché de sa mère. Celle-ci tente de négocier le mariage de sa fille avec Charles de Gand (futur Charles Quint), avec un accord qui cèderait à Claude non seulement la Bretagne, mais en plus la Bourgogne, le patrimoine des ducs d’Orléans et les droits sur l’Italie ! C’en est trop, l’unité du royaume est menacée et, sous de nombreuses pressions, Louis XII reprend la main : contre l’avis de sa femme, il fiance Claude avec François d’Angoulême (futur François Ier) en 1506. Il attend quand même la mort d’Anne pour marier le couple en 1514.Louis_XII

Outre la Bretagne, le grand objectif de Louis XII, comme son prédécesseur, est l’Italie. Il fait valoir ses droits sur le Milanais, car il est le petit-fils de Valentine Visconti, la famille de cette dernière ayant été écartée du duché par les Sforza. La conquête se fait en deux temps, en 1499 puis en 1500 : Ludovic Sforza, dit le More, est fait prisonnier (il meurt en captivité huit ans plus tard). Louis XII décide ensuite de récupérer le royaume de Naples, et pour cela il s’allie avec Ferdinand d’Aragon par le traité de Grenade en 1500. L’échec est pourtant le même que celui de Charles VIII après la brouille avec le roi d’Aragon. En 1504, le royaume de Naples est définitivement perdu. Le roi de France n’abandonne cependant pas ses ambitions sur l’Italie, et joue de tout son poids dans la péninsule : il écrase une révolte à Gênes en 1507, puis s’allie au pape Jules II et aux autres grandes puissances (sauf l’Angleterre) au sein de la ligue de Cambrai, pour battre Venise en 1509. A partir de ce moment, la France est dans une telle position de force en Italie que cela ne peut durer : Jules II le comprend et constitue une Sainte Ligue contre Louis XII. Toutes les possessions italiennes sont perdues une à une, et le royaume est même directement menacé quand Henri VIII prend Tournai en 1513. Louis XII doit se plier aux exigences de ses vainqueurs et mettre fin à ses ambitions en Italie. Veuf en 1514, il se remarie avec la fille d’Henri VIII, Marie Tudor. Mais elle n’a pas le temps de lui donner un héritier quand il meurt en 1515.

Peu connu aujourd’hui, Louis XII a pourtant été un roi populaire, longtemps célébré par la suite, et même montré comme un modèle durant les guerres de Religion. Il reçoit le titre de « Père du peuple » en 1506 à l’assemblée de Tours. Malgré cela, après une baisse de la taille, le roi augmente la fiscalité pour payer ses guerres en Italie. Il tient néanmoins à lutter contre les abus dans la perception des impôts, et la France connaît une certaine période de prospérité sous son règne. Avec l’aide de Georges d’Amboise, Louis XII continue de réformer les institutions par une série d’ordonnances sur la justice ou la rédaction des coutumes. Assez religieux, le roi s’oppose tout de même au pape Jules II, contre lequel il réunit un concile à Pise en 1511, sans succès.

François Ier (1515-1547), « roi chevalier et restaurateur des Lettres »

Une fois encore, la succession se déroule sans contestation. François Ier est sacré le 25 janvier 1515, et réorganise le conseil rapproché du roi, en nommant par exemple Charles de Bourbon nouveau connétable. Il revendique à son tour le Milanais, qu’il récupère grâce à la victoire de Marignan en septembre 1515. Cela ne l’empêche pas de se rapprocher du pape Médicis, Léon X, contre l’avis du parlement et de l’université de Paris. Si l’Europe est en paix, la rivalité arrive rapidement avec l’avènement de Charles Quint, qui est élu empereur au détriment de François Ier. Ce dernier se rapproche alors d’Henri VIII, lors de la célèbre entrevue du Camp du Drap d’Or (1520). La guerre est malgré tout inévitable, et François Ier se retrouve rapidement esseulé : Henri VIII soutient Charles Quint, et le connétable Charles de Bourbon le trahit ! Le roi de France tente alors de reprendre l’initiative sur le terrain qui lui a jusque là porté chance : l’Italie. Malheureusement, il est battu à Pavie en 1525, et surtout fait prisonnier ! Charles Quint n’accepte de le libérer que s’il lui restitue la Bourgogne (l’empereur est l’arrière petit-fils de Charles le Téméraire) ; François Ier accepte au traité de Madrid, mais ne respecte pas sa parole à sa libération. Alors que la guerre reprend, il obtient le soutien du pape Clément VII, ce qui conduit l’empereur à piller Rome en 1527. Deux ans plus tard, la « Paix des Dames » met fin un temps au conflit.
FrancoisPremier
Le règne de François Ier entre dans une nouvelle phase, et il s’entoure de nouveaux conseillers comme Anne de Montmorency. Le roi reprend la main dans la plupart des domaines, y compris le religieux, jusqu’à tenter de jouer le médiateur entre Henri VIII et le pape. Le « problème » protestant est cependant de plus en plus persistant. A la fin des années 1530, la guerre reprend avec Charles Quint puis Henri VIII, avec une nouvelle fois le Milanais et la Bourgogne comme enjeux. François Ier hésite longtemps sur la politique à tenir, mais l’aggravation du conflit conduit à la disgrâce d’Anne de Montmorency, partisan d’un accord avec l’empereur. La paix de Crépy est signée avec ce dernier en 1544, puis deux ans plus tard le traité d’Ardres permet la fin de la guerre avec l’Angleterre. François Ier meurt affaibli le 31 mars 1547, le pays en difficulté dans de nombreux domaines, notamment financier.

 

Connu pour ses grands projets architecturaux et son mécénat, François Ier a également renforcé le pouvoir royal et conduit des réformes décisives, comme l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539). Dans le contexte de la Réforme, il passe d’une relative tolérance envers les protestants à une répression féroce, dont est victime entre autres l’humaniste Etienne Dolet.

Henri II (1547-1559), le « roi gentilhomme »

Deuxième fils de François Ier, Henri II s’est opposé à son père très tôt. Ce n’est donc pas un hasard s’il rappelle à la cour les disgraciés tel Anne de Montmorency dès son accession au trône. Le nouveau roi doit d’abord régler les conflits fiscaux légués par son père, qui éclatent sous le nom de « révolte de la gabelle », avant que Montmorency ne la mate à la fin de l’année 1548.

Henri II n’a pas l’intention d’abandonner les prétentions étrangères de la France. Il avait contesté le traité d’Ardres, et entre donc à nouveau en guerre avec l’Angleterre, en soutenant les Ecossais, puis en parvenant à récupérer Boulogne. Le roi s’oppose également au grand rival de son père, Charles Quint, qui ne parvient pas à le faire plier en échouant devant Metz en 1553. Henri II en profite pour tenter de reprendre pied en Italie du Nord mais, malgré le retrait de Charles Quint, les difficultés s’accumulent : la France se retrouve avec contre elle l’Espagne de Philippe II et l’Angleterre de Marie Tudor. Le pays est directement menacé avec le siège de Saint-Quentin (Anne de Montmorency est capturé), ce qui conduit au rappel d’Italie du duc de Guise. Celui-ci connaît des succès spectaculaires, comme la reprise de Calais en 1558, et devient très populaire. Cela ne suffit pas à compenser les nombreux problèmes internes, et Henri II doit signer le traité du Cateau-Cambrésis en avril 1559, abandonnant définitivement les ambitions françaises en Italie. Le roi meurt le 10 juillet 1559, suite à une blessure lors du tournoi de fiançailles d’une de ses filles.Henri_II

Dans le prolongement de la politique de son père, et avec l’aide de sa femme Catherine de Médicis, Henri II renforce l’aura artistique et culturelle d’une France émancipée de l’influence italienne ; c’est le temps de Rabelais, Ronsard, François Clouet ou Pierre Lescot. Initiateur de nombreuses réformes institutionnelles, il ne peut cependant pas régler les nombreux problèmes économiques et financiers du royaume, qui ne cessent de s’aggraver durant son règne. De plus, le contexte religieux se tend et la répression contre les protestants s’intensifie...

La succession d’Henri II échoit à son jeune fils François II, qui ne règne qu’un peu plus d’un an. Les Guise voient leur influence s’accroître, et la France entre dans la longue et douloureuse période des guerres de Religion. La Renaissance, avec ces quatre rois majeurs, n’a donc pas été seulement pour la France le temps de l’éclat culturel et artistique, mais également celui de réformes et de bouleversements politiques, économiques et religieux décisifs pour la suite.

 

 

Bibliographie

-          P. Hamon, Les Renaissances (1453-1559), Belin, 2009.

-          A. Jouanna, P. Hamon, D. Biloghi, G. Le Thiec, La France de la Renaissance. Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, 2001.

-          A. Jouanna, La France au XVIe siècle (1483-1598), PUF, 2006.

-          France 1500. Entre Moyen Âge et Renaissance, Catalogue de l’exposition, RMN, 2010.

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