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Accueil Histoire de France 1815: Napoléon, la campagne de Belgique & Waterloo

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1815: Napoléon, la campagne de Belgique & Waterloo

Waterloo4Bataille décisive qui met fin aux Cent-Jours et à l'épopée napoléonienne, la bataille de Waterloo qui scelle la campagne de Belgique a déterminé le sort de l'Europe jusqu'à la Première Guerre mondiale. Bataille titanesque, cette apothéose de l'héroïsme et de la tragédie a profondément inspiré les auteurs romantiques et réalistes durant tout le XIXe siècle ! En cette année du bicentenaire, repenchons-nous sur cette campagne, cette bataille et comment l'on est passé de l'événement historique au mythe !

 

Pourquoi repartir en guerre ?

Après avoir habilement évité les régions les plus royalistes, l'évadé de l'île d'Elbe fait une entrée triomphale à Paris le 20 mars 1815 tandis que Louis XVII et sa cour gagnent les Flandres. Napoléon sort de sa voiture, il est porté par la foule vers l'escalier du Palais des Tuileries, les dignitaires de l'Empire sont là pour l'accueillir, dans Paris les drapeaux tricolores ressortent aux fenêtres !

Toutefois, cet enthousiasme de l'instant ne doit pas cacher les difficultés réelles que rencontre l'Empereur lors de son retour au pouvoir. Tous les anciens cadres de l'Empire n'ont pas accouru, la majorité des Français reste particulièrement attentiste face à cette restauration impériale dont on ne sait si elle sera durable ou s'il ne s'agit que d'une aventure vouée à l'échec. Napoléon doit chercher à fidéliser ces ministres les plus dangereux : Fouché recouvre son portefeuille de la Police. Politiquement, il lui faut donner des gages, ne pas oublier que c'est le Sénat qui l'a déchu en 1814. Napoléon joue la carte de la libéralisation, acceptant de lâcher du leste : la liberté de Presse est rétablie et le 6 avril son vieil opposant Benjamin Constant est chargé de rédiger une nouvelle constitution ! En une semaine, celui qui l'insultait encore il y a peu dans le Journal des Débats, a préparé le texte qui devait encadrer le nouveau régime : Benjamin Constant 2un régime représentatif, avec une large base électorale, des ministres responsables devant les chambres... Cet Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire établit véritablement un régime libéral et dès la fin mai la Chambre des Représentants est réunie ! Il est accepté massivement par plébiscite par 1.500.000 OUI contre 4.000 NON. L'objectif de Napoléon est simple, éviter une opposition intérieure (la Vendée se soulève déjà) en brusquant les Royalistes et les Républicains alors qu'il faut concentrer tous les efforts sur la menace extérieure. On trouve à la Chambre des Représentants d'anciens Conventionnels comme Barère et d'autres grandes figures de la Révolution comme la Fayette. À leur tête : Lanjuinais, un opposant à Napoléon qui avait été dans les premiers à proposer sa déchéance en 1814... La question reste posée quant à savoir si Napoléon a véritablement accepté cette perte de pouvoir. Il s'agit plus probablement pour lui d'une concession temporaire sur laquelle il espère pouvoir revenir une fois la menace extérieure écartée et que plus personne ne pourra contester l'Empereur victorieux à la tête de son armée. En ce sens, Napoléon a besoin d'une victoire militaire rapide non seulement pour éliminer la menace étrangère, mais aussi pour neutraliser ses ennemis politiques à l'intérieur.

Dans un même temps, Napoléon doit donc reconstituer une armée digne de ce nom et renouer avec elle et le peuple. Davout prend en charge le Ministère de la Guerre, les militaires mis en congé sous la Restauration sont rappelés, on lève les conscrits de 1815, on fait appel aux Gardes Nationales, la Garde Impériale est reconstituée, la cavalerie est remontée (au détriment des Gendarmes qui se retrouvent à pied...) huit corps d'armée sont constitués et déployés majoritairement face aux frontières du Nord et de l'Est. Face aux 700.000 coalisés, Napoléon espère réunir 800.000 hommes d'ici la fin de l'année. Napoléon reconstitue également la tête de l'armée, tri les Maréchaux qui ne lui sont pas tous restés fidèles. Au final seuls Suchet, Ney, Davout, Soult seront de la partie, rejoins par un nouveau promu : Grouchy.

Cette démonstration de force s'accompagne de tractation diplomatique, Napoléon espère un temps détacher de la Jean-Démosthène Dugourc Napoleon Bonaparte at the Champ de Mai June 1 1815coalition son beau-père l'Empereur d'Autriche. Vaine espérance, Metternich déclare que son pays « ne traitera jamais avec Bonaparte ». Nouveau coup du sort, Napoléon perd un allié de poids en Italie : Murat qui cherche à se racheter de son comportement en 1814 se lance seul à la conquête de la péninsule et est battu par les armées autrichiennes de Neipperg (le nouvel amant de Marie-Louise...). L'action irréfléchie de Murat a une deuxième conséquence grave : elle fait voler en éclat le discours pacifiste que tente de faire entendre Napoléon aux puissances coalisées. Dès lors, l'affrontement armé semble inévitable. On rejoue 1804, le 1er juin au Champ de Mai Napoléon participe à une grande cérémonie solennelle : on distribue les Aigles, on prête serment, l'Empereur est là, mais ce n'est pas le petit caporal au bicorne, c'est le monarque dans son costume de satin blanc... L'élan attendu n'est pas là, la cérémonie semble la parodie d'un temps révolu.

Napoléon a donc besoin d'une grande victoire, pour évincer une menace extérieure qui ne veut pas parlementer, et pour revenir en force à Paris et s'imposer à ses opposants politiques. Plusieurs scénarii de campagne sont envisagés : une attaque en avril, mais tout n'est pas prêt, une guerre défensive autour de Paris et Lyon, ou une offensive en juin. C'est cette dernière option qui est adoptée. Les Anglo-hollandais sont autour de Bruxelles, les Prussiens autour de Namur, Russes et Autrichiens sont encore trop éloignés pour intervenir dans l'immédiat. Attaquer en juin doit permettre de surprendre Wellington et Blücher avant qu'ils passent eux-mêmes à l'offensive. Une victoire décisive contre ces deux armées ne débarrasserait pas Napoléon des coalisés (il reste les Autrichiens et les Russes), mais il espère qu'elle fera un électrochoc à ces derniers pour les ramener rapidement sur la table des négociations. En cas d'échec il est toujours possible d'adopter la stratégie défensive sur Paris et Lyon. Pour pallier à cette éventualité, des troupes fraiches (25.000 hommes) sont laissées en Alsace pour faire face ensuite aux Autrichiens. Cette grande prudence de Napoléon fut parfois considérée comme une erreur, car toutes les forces vives de l'Empire ne furent pas utilisées dans la campagne de Belgique où doit se passer l'action principale commandée par l'Empereur lui-même. Le 14 juin la concentration des forces pour marcher sur la Belgique est terminée, Napoléon a regroupé 124.000 hommes et 370 canons pour faire face aux 95.000 hommes et 186 canons de Wellington et aux 124.000 hommes et 312 canons des Prussiens qu'il compte battre séparément pour pallier à sa grande infériorité numérique.

Le 15 juin l'armée française bouscule les détachements ennemis aux environs de Charleroi et passe la Sambre en trois colonnes. L'idée de Napoléon est alors de battre d'abord les Prussiens qui risqueraient de tomber sur son flanc s'il marchait sus aux Britanniques qui réagissant rapidement décident de porter secours aux Prussiens. Napoléon envoie Ney à Quatre-Bras pour contenir les Britanniques tandis que Grouchy repousse l'avant-garde prussienne à Fleurus.

Les batailles de Ligny et de Quatre-Bras

Dans la nuit du 15 au 16 juin, Wellington comprend que l'attaque française porte principalement sur l'armée prussienne. Il met alors en place une stratégie pour surprendre l'armée française : les Prussiens devront jouer le rôle de l'enclume et contenir les armées impériales dans la région de Ligny. Pendant ce temps l'armée britannique devra jouer le rôle du marteau et tomber sur les flancs des Français en passant par le carrefour de Quatre-Bras. Napoléon marche avec Grouchy contre les Prussiens qu'ils rencontrent à Ligny. Le temps est chaud et lourd, Napoléon lance un attaque sur le centre prussien et compte sur une action de Ney qui après avoir pris les Quatre Bras tomberait sur le flanc prussien. Mais les Britanniques résistent et Ney ne prend pas les Quatre Bras : ses canonnades et charges de cavalerie tardives (14h) non soutenues par l'infanterie restent inefficaces. Reste le corps d'Erlon qui aurait pu jouer un rôle majeur dans cette journée, mais pris entre les ordres et contrordre de Napoléon et de Ney, le corps d'Erlon fait des va-et-vient entre les deux champs de bataille et ne participe finalement à aucun !... Chevalier raconte les terribles combats de Ligny :


 A 8 heures du soir, Napoléon à la tête de la Garde impériale emporte définitivement le village. C'est alors que nous culbutons le centre, enfonçant tout ce qui se trouve devant nous, infanterie, cavalerie, artillerie. Nous fîmes un horrible carnage et, pourtant, les Prussiens étaient en nombre du double que nous ; nous leur prîmes quarante pièces de canon et un grand nombre de prisonniers, cette affaire fut extrêmement meurtrière. Jamais je n'ai vu les Français se battre avec une telle rage, ce n'était pas un combat, c'était une horrible boucherie.

Ligny


En fin de journée, les Prussiens sont battus, mais non détruits, Blücher culbuté par la Garde impériale et les cuirassiers de Milhaud : Blücher tombe à terre, les cavaliers français passent à côté de lui sans s'en apercevoir, il reste étendu 10 minutes derrière les lignes françaises avant de parvenir à rejoindre son armée sur le cheval d'un dragon ! L'armée prussienne qui a perdu entre 12.000 (selon Houssaye) et 20.000 tués et blessés (6.500 à 8.500 côté français) se repli alors sur Wawre tandis que Wellington se replie sur la position défensive du Mont-Saint-Jean, le dernier terrain dégagé permettant de livrer bataille en avant de Bruxelles avant la forêt de Soignes. Plus tard, Napoléon dira que ce choix de Wellington n'était guère judicieux, car en cas de défaite il n'aurait pu opérer une retraite organisée à travers ce massif forestier.
Le 17, Napoléon reprend sa marche, cette fois en direction du Mont-Saint-Jean, confiant le soin à Grouchy et ses 30.000 hommes de pourchasser les Prussiens. L'ordre confié à Grouchy est en ces termes :


Il est important de pénétrer ce que l'ennemi veut faire : ou il se sépare des Anglais ou il veut se réunir encore pour couvrir Bruxelles et Liège en tentant le sort d'une nouvelle bataille. Dans tous les cas, tenez constamment vos deux corps d'infanterie réunis dans une lieue de terrain, et placez des détachements de cavalerie dans l'intermédiaire pour communiquer avec le quartier général.


Napoléon prévoit plusieurs scénarii possibles, mais les consignes restent floues quant au comportement à adopter. De plus, Grouchy n'a que peu de moyens pour savoir l'option que choisira effectivement Blücher : celle de rejoindre Wellington au lieu de se replier vers ses lignes de communication (vers l'Est)...
L'arrière-garde anglaise est littéralement talonnée par les Français, canonnée par l'artillerie, sabrée par la cavalerie. La météo même se dégrade, de violents orages éclatent sur la région, détrempant les chemins creux et les champs : ils seront d'une aide précieuse pour les défenseurs, retardant l'assaut de Napoléon le 18 juin et réduisant l'efficacité de l'artillerie française dont les boulets s'enfonceront dans la boue au lieu de ricocher au milieu des rangs ennemis.

La défaite de WaterlooSir Arthur Wellesley 1st Duke of Wellington

Le jour de la bataille, les Anglo-hollando-belges disposent de 85.000 hommes moins les 17.000 détachés soit environ 68.000 hommes et 184 canons. Les Prussiens disposent de 127.000 hommes. Quant aux Français, ils ne disposent que de 74.000 hommes et 266 canons.

À l'aube du 18 juin 1815, l'armée britannique est prête à livrer bataille. Le prudent Wellington a mis en place une formation défensive. Il a étiré ses troupes sur les 3 km du Mont-Saint-Jean, juste derrière la ligne de crête, de manière à ce qu'elles restent protégées de la puissante artillerie française. Sur la crête se trouve l'artillerie britannique, prête à déchainer le feu de l'enfer sur toute colonne d'infanterie qui tenterait de gravir le plateau. Enfin, pour briser l'élan de ces colonnes d'assaut, Wellington a positionné des troupes autour de trois fermes-château disposés sur la pente : sur l'aile droite britannique (à l'Ouest) la ferme d'Hougoumont, au centre la ferme de la Haie-Sainte et sur l'aile gauche (à l'Est) la ferme de Papelotte.

À environ 800m de là, au Sud, l'armée française se réveille. Comme la plupart de leurs homologues de la coalition les soldats français ont « dormi » à la belle étoile et sont trempés. À 8h, Napoléon déjeune au Caillou avec son État-major, Reille qui a combattu en Espagne connait la stratégie de Wellington qui consiste à tout miser sur la puissance de feu grâce à des lignes d'infanterie très étirées : il déconseille vivement une attaque frontale. Le plan de Napoléon cependant prévoit bien une attaque frontale : il s'agit d'attendre que le sol détrempé par les orages sèche un peu pour lancer une attaque sur le centre après une puissante préparation d'artillerie. Rapidement le temps redevient, comme à Ligny, chaud et lourd.

carte waterloo


À 11h30 seulement la canonnade commence, peu efficace en vérité puisque les canons français sont loin (1.200m) de leur objectif et que la majorité des troupes britanniques est protégée par la crête. L'ordre est alors donné de s'emparer de la ferme d'Hougoumont, pour détourner l'attention de l'armée britannique avant d'attaquer le centre : la division du prince Jérôme, le frère de Napoléon, monte à l'assaut. Le combat est acharné, la position est défendue par un Highlander, le lieutenant-colonel James Macdonnell commandant 200 Coldstream Guard et 1.000 Allemands de Nassau ! La ferme est entourée d'un mur d'enceinte de 2m de haut que les défenseurs ont percés de meurtrière : c'est une vraie forteresse ! Les Allemands sont chassés des vergers qui entourent la ferme, le lieutenant Legros du 1er Léger parvient même à enfoncer à la hache la porte Sud et à pénétrer dans l'enceinte avec une poignée de camarade : hélas pour eux les défenseurs parviennent à rebloquer l'issue et massacrent les quelques Français déjà entrés... Wellington envoie des renforts pour défendre la ferme et l'aile gauche française s'épuise inutilement à tenter de prendre cet objectif secondaire. 5.000 Français périrent dans ces assauts tandis que les défenseurs ne perdirent « que » un millier d'hommes. Devant le mur d'enceinte de la ferme se format un tas de cadavres que les Britanniques surnommèrent le « killing ground ».

Hougoumont 4


Napoléon entre ensuite dans la seconde phase de la bataille : enfoncer le centre ennemi. Les premières unités prussiennes sont déjà en vue et Napoléon fait envoyer à Grouchy l'ordre de revenir. À 13h30 l'assaut sur le centre commence par un violent duel d'artillerie avant que l'infanterie française ne monte à l'assaut, obligeant les Hollando-belges présents sur la pente à se retirer sur le plateau et aux défenseurs de la Haie-Sainte à se barricader dans la ferme. Le général d'Erlon, qui connait la stratégie de Wellington basée sur la puissance de feu évite de faire monter ses troupes en colonnes compactes et les dispose en longues lignes. Le général Durutte parvient même au niveau de la ferme de Papelotte, menaçant l'aile gauche de Wellington. L'assaut français est toutefois stoppé sur la crête par les troupes britanniques (vétérans de la guerre d'Espagne) et hanovriennes qui mitraillent les grognards essoufflés par l'ascension du plateau. Le général Picton tente même une contre-attaque, mais s'effondre, emporté par une balle en pleine tête. Pour sécuriser cette aile gauche, Wellington lance dans la mêlée sa cavalerie : les 1er et 2e Life-GuardScotland for ever 2 accompagnés des Dragons de Ponsomby qui fondent sur la division Marcognet et la repousse. Néanmoins, la cavalerie britannique ne brille pas par sa discipline, pris dans leur élan les Scots-Greys poursuivent leur charge malgré l'ordre de repli, parvenant à sabrer l'artillerie française avant d'être pris en tenaille par les lanciers de Martigues et les Cuirassiers de Travers : le général Ponsomby est blessé d'un coup de lance (il survivra sur le champ de bataille et recevra même l'aide d'un soldat français) et la cavalerie britannique subie de lourdes pertes. Le général Gourgaud, aide de camps de l'Empereur, raconta son expérience de la contre-attaque de la cavalerie française :


J'ai tué dans cette mêlée quatre gardes anglais avec mon sabre et un officier d'un coup de pistolet. Mon cheval a eu le col transpercé d'un coup de pointe d'un des Anglais que j'ai tué. J'aurais pu tuer un plus grand nombre, mais j'eus du scrupule de pointer ainsi des fuyards. Un garde anglais que j'avais dépassé jeta son sabre en demandant pardon ; je le fis descendre et marcher devant moi, conduisant son cheval. Je retournais rejoindre S. M [Sa Majesté l'Empereur] en passant entre deux bataillons de notre infanterie : un sergent quitta son rang et assomma mon prisonnier à coups de crosse et de baïonnette, quelques efforts que je fisse pour le sauver de ce barbare.

L'assaut français sur le centre ayant échoué, la bataille entre dans une troisième phase vers 15h30 : l'artillerie française bombarde la Haie-Sainte pour préparer un assaut. Cherchant à se protéger quelques bataillons ennemis se retirent, ce que Ney interprète faussement comme un vaste mouvement de retraite. Il décide alors de culbuter l'adversaire par de massifs assauts de cavalerie dès 16h : les Cuirassiers de Milhaud talonnés par les Chasseurs à Cheval de la Garde chargent le centre ennemi. Voyant arriver cette masse scintillante de cuirasses, le centre et l'aile droite de Wellington forment une trentaine de carrés sur quatre rangs offrant des murs de baïonnettes aux centaures de l'Empire. Placée devant les carrés, l'artillerie britannique accueille la cavalerie française par de dévastateurs tirs de mitraille, puis venaient les salves des fantassins encouragés à tenir par leurs officiers s'époumonant au centre des carrés. Les batteries ennemies sont dépassées, mais les pièces ne sont pas enclouées... Les carrés résistent malgré les assauts acharnés que mena Ney pendant deux heures. Au final, ces charges héroïques sont un échec meurtrier, on reprocha parfois ensuite à Napoléon de ne pas avoir lancé l'infanterie en soutien de la cavalerie de Ney. Poursuivant les Français en retraite, ce qu'il reste de la cavalerie britannique commandée par Uxbridge chasse les Français.

Carré anglais

L'infanterie française n'est pourtant pas inactive, loin de là ! Au Sud-Est l'infanterie française doit faire face aux Prussiens de Bülow qui débouchent sur les arrières de l'armée impériale ! Cette mauvaise nouvelle est gardée secrète sur la ligne de front, on annonce au contraire l'arrivée imminente de Grouchy. Napoléon doit envoyer le corps de Lobau pour contenir les Prussiens, à 18h les combats font rage dans le village de Plancenoit et Napoléon doit faire intervenir la Jeune Garde soutenue par deux bataillons de la Vieille Garde : Plancenoit est repris par les Français ! Napoléon ordonne alors à Ney de s'emparer à tout prix de la Haie-Sainte : Quiot et ses hommes attaquent la ferme Sainte et parviennent à s'en emparer quand les défenseurs n'ont plus de munitions. La capture de la ferme permet d'approcher l'artillerie française et d'effectuer des tirs meurtriers sur le centre britannique.

Haie Sainte 2

Dans un même temps, Durutte malmène l'aile gauche britannique. Wellington est en très mauvaise posture, sa ligne de défense menace de céder, sa cavalerie est décimée, les munitions commencent à manquer et les Hussards de Cumberland ont même quitté le champ de bataille ! Dans cette situation critique le général britannique aurait alors déclaré : « Il me faut la nuit ou les Prussiens ! ». Si la nuit est encore loin, la menace prussienne est bien réelle pour Napoléon : la situation sur Blucher
Plancenoit devient critique et immobilise de nombreuses troupes, empêchant l'Empereur d'envoyer les renforts que demande sans cesse Ney. Napoléon fait disposer ses troupes en carré le long de la route de Bruxelles et envoie la Garde dégager Plancenoit.
Napoléon avait alors deux options : se retirer en utilisant sa Garde pour couvrir la retraite, ou jouer tous ses pions dans un dernier assaut. Vu la nécessité absolue d'une victoire, politiquement et stratégiquement, Napoléon ne peut en réalité que tenter la seconde option. À 19h commence l'assaut final, neuf bataillons de la Garde doivent monter le plateau et en chasser l'ennemi. Dans un même temps, Wellington se dépêche de renforcer son centre avec toutes les réserves disponibles. Ney fait passer ces colonnes d'attaque par le même chemin que la cavalerie, très exposé à l'artillerie, alors que la route de Bruxelles aurait certainement été moins dangereuse. Bien entrainée, la Garde progresse en ordre jusqu'à la crête. Face à la 5e Brigade les Grognards essuient une salve meurtrière, ils s'arrêtent, ripostent, et font reculer les défenseurs. La ligne anglaise est alors à deux doigts d'être percée, mais la seconde ligne composée de Néerlandais rétablit la situation. La Garde est fauchée sur son flanc par la mitraille de l'artillerie britannique et le feu de salve qui reprend : pour la première fois de son histoire la Garde Impériale recule. Face au British Guard, le reste de la Garde ne parvient pas non plus à remplir sa mission, elle est fauchée par des salves lâchées à environ 25m. Sur la gauche des assaillants français le colonel John Colborne a déployé ses hommes sur une longue ligne au champ de tir bien dégagé qui décime la Garde Impériale. La panique envahit les rangs français aux cris de « La Garde recule ! », tous convergent vers le pied du plateau et Wellington ordonne à ses troupes de marcher en avant pour profiter de cette déroute. Ney, qui a déjà eu cinq chevaux tués sous lui durant la bataille, harangue les fantassins du 95e : « Venez voir mourir un Maréchal de France ! ». Napoléon est à une centaine de mètres de la Haie-Sainte avec trois bataillons de la Vieille Garde, désespéré il aurait cherché à mourir sur le champ de bataille ainsi que le rapportent plusieurs mémorialistes comme le célèbre Jean-Roch Coignet :


L'empereur, se voyant débordé de toutes parts, prend la vieille garde, se porte en avant, au centre de son armée, et, suivi de tout son état-major, il fait former les bataillons en carrés. Cette manœuvre terminée, il pousse son cheval pour entrer dans le carré que commandait Cambronne ; mais tous ses généraux s'empressent de l'entourer et de s'opposer à l'exécution de son dessein désespéré.
- Que faites-vous ? lui criaient-ils de toutes parts, en lui barrant le passage ; ne sont-ils pas déjà assez heureux d'avoir la victoire !
Son dessein était assurément de se faire tuer dans la mêlée. Que ne le laissa-t-on l'accomplir !


Résigné, Napoléon ordonne de se replier en direction de la Belle Alliance. Au milieu du 2e bataillon du 2e chasseur, Cambronne tient tête aux Anglais et jette son fameux mot ! Plancenoit tient encore, mais deux bataillons ne peuvent tenir tête indéfiniment à deux corps d'armée... Napoléon ordonne la retraite. Seule la Vieille Garde retraite en bon ordre, au pas, formée en deux carrés. Jean-Roch Coignet décrit les scènes tragiques qui ponctuent cette déroute :


Fantassins, cavalier, artilleurs se sauvaient pêle-mêle, se heurtaient, s'écrasaient dans les rues [de Genappe] sans rien entendre ni rien voir, fuyant devant la cavalerie prussienne qui poussait des hourras derrière eux. [...] On ne peut se faire une idée d'une pareille déroute sans en avoir été témoin. Il n'y avait plus de distinction entre les chefs et les soldats ; on ne connaissait, on n'écoutait plus personne. Les cavaliers tuaient leurs chevaux à coups de pistolet. La peur était si grande que plusieurs de nos hommes se brûlèrent la cervelle pour ne pas tomber au pouvoir de l'ennemi qu'ils croyaient sans cesse à leurs trousses. Depuis la grande débâcle de Moscou, je n'avais rien vu d'aussi affreux.


Le Général Gourgaud dans ses mêmes instants chevauche aux côtés de l'Empereur :


Nous traversons la grande route encombrée de fuyards ; nous marchons sur la gauche. Le guide Lacotte est attaché par mes ordres pour l'empêcher de nous quitter. Nous passons à Genappe au milieu d'un épouvantable désordre de fuyards, de blessés, de voitures, de caissons. Aux Quatre-Bras, S. M. s'arrête un instant : avant, elle a chargé Soult d'envoyer des ordres à Grouchy, à Rapp, etc. Nous retrouvons la cavalerie de Piré. S. M. est tellement fatiguée que je lui donne le bras pour la soutenir sur son cheval. Près de Charleroi, elle met pied à terre pour marcher ; enfin nous arrivons au jour dans cette ville.


À 21h les Prussiens sont maitres de Plancenoit, Blücher et Wellington font leur jonction à Belle Alliance. D'ailleurs Blücher aurait voulu que ce nom devienne celui de la bataille, mais Wellington imposera Waterloo, lieu où se trouve son quartier général.
Pour Napoléon, Waterloo est un échec irrattrapable. On a parfois invoqué son état de santé dégradé, ses hémorroïdes qui l'empêchèrent de chevaucher à sa guise pour reconnaitre le terrain et se montrer aux hommes. Mais bien entendu, au regard du déroulement de la bataille, ces éléments ne peuvent suffire à expliquer la défaite. La retraite tourne à la débâcle, la berline de l'Empereur est capturée, avec son manteau d'apparat, son trésor, un de ses chapeaux... Côté prussien les consignes sont claires : pas de prisonniers ! L'armée française a perdu 7 généraux et 20.000 tués et blessés. Côté adverse les pertes sont à peu près équivalentes : 20.000 tués et blessés dont 7.000 Prussiens. Ce qui reste de l'armée française se dirige vers Charleroi puis marche en direction de Paris en passant par Laon.

GrouchyQue faisait Grouchy ?

Grouchy fut souvent le bouc émissaire désigné pour justifier la défaite. On lui reprocha son manque d'expérience, son manque de réactivité, son manque d'initiative... On lui reprocha d'avoir obéi aux ordres alors que Gérard lui demandait de marcher au canon... Pendant que Napoléon combattait au Mont-Saint-Jean, Grouchy cherchait à rattraper l'armée de Blücher. Il affronte les Prussiens à Wavre et pense ainsi remplir pleinement sa mission en les retenant loin des Britanniques. En réalité, Grouchy n'avait pas face à lui les quatre corps prussiens, mais seulement un, celui de Thielmann laissé en arrière, retranché derrière la Dyle gonflée par les violents orages. Il ne s'en aperçoit que tard en cette journée décisive, vers 18h... Solidement barricadé dans la ville de Wavre, Thielmann réussit parfaitement sa mission : tenir Grouchy éloigné du champ de bataille de Waterloo. Grouchy a bien reçu un nouvel ordre dans la journée du 18, toutefois, l'ordre qui lui est transmis est peu clair (il ordonne à la fois de continuer le combat à Wavre et de poursuivre les Prussiens vers Waterloo...), écrit au crayon, en partie illisible, personne n'arrive à lire si à Waterloo la bataille est « engagée » ou « gagnée »... L'ordre envoyé à 1h aurait mis 3h à arriver à Grouchy, certains pensent que le Maréchal n'aurait de toute façon pas eu le temps avant la fin de la bataille de parcourir la quinzaine de kilomètres qui le séparait de Napoléon.

Une fois la défaite de Waterloo consommée, Grouchy reçoit l'ordre de se replier vers la France en passant par Namur. Il est tout à l'honneur de ce Maréchal d'avoir réussi à ramener son corps intact jusqu'en territoire français.


La défaite militaire entraine la défaite politiqueNapoléon

Napoléon espère réunir des hommes en une dizaine de jours pour organiser la défense. Si les corps de Grouchy, de Rapp et l'armée de la Loire rallient rapidement Napoléon, il espère réunir 80.000 à 100.000 hommes. De quoi retenir un peu les coalisés le temps d'organiser une grande levée pour au total avoir 800.000 hommes sous les drapeaux ! Toutefois, dans son empire constitutionnel, il a besoin du vote des députés pour lever de nouvelles contributions en hommes et en argent. Il ne sait pas qu'ayant appris la défaite dès le 19 juin, Fouché s'applique déjà à convaincre les députés que Napoléon doit abandonner le pouvoir...

Alors que Grouchy combat encore à Wavre, Napoléon réorganise autant que faire se peut son armée autour de Philippeville et confie le commandement à Soult avant d'aller préparer la défense de Paris, car c'est seulement en étant sur place qu'il pourra imposer ses vues aux députés.

Outre les opérations en Belgique les troupes impériales sont victorieuses contre les rebelles vendéens et à l'Est le Maréchal Suchet a repoussé les Piémontais et marche sur Genève. Tout ne semble pas perdu.
Mais Napoléon, malgré l'habileté politique de son frère Lucien, ne parvient pas à garder la confiance des Chambres. Il tente en vain d'obtenir la dictature pour gérer cette fin de campagne :


Nos malheurs sont grands. Je suis venu pour exprimer à la Nation, à l'armée, un grand et noble dévouement. Si la Nation se lève, l'ennemi sera écrasé ; si, au lieu des levées et des mesures extraordinaires, on dispute, tout est perdu !
L'ennemi est en France, j'ai besoin, pour sauver la patrie, d'être revêtu d'un grand pouvoir, d'une dictature temporaire. Dans l'intérêt de la patrie, je pourrais me saisir de ce pouvoir, mais il serait plus utile et plus national, qu'il me fût donné par les Chambres.


Lucien BonaparteDissoudre les Chambres, c'est bien la seule solution selon Lucien, mais Napoléon s'y refuse, la Chambre a elle-même déclaré que toute tentative de la dissoudre serait un crime de haute trahison.

Carnot presse l'Empereur de déclarer la Patrie en danger, de faire appel aux Gardes Nationaux, de recouvrer l'élan de 1792 et 1793, de se retrancher derrière la Loire pour regrouper les forces avant de contre-attaquer. Caulaincourt à l'inverse explique que si Paris tombe tout est perdu. Il y a encore un fervent élan patriotique, un farouche esprit de résistance dans les départements du Nord et de l'Est où des collégiens de 16 ans forment des compagnies d'artillerie, où se sont formées des unités de francs-tireurs comme les corps francs du colonel Viriot qui arborent le drapeau noir à tête de mort portant l'inscription « La Terreur nous devance. La mort nous suit ». Même dans les régions traditionnellement plus réfractaires comme le Puy-de-Dôme on remarque des élans de soutien patriotique : les acquéreurs de biens nationaux fournissent des chevaux harnachés. La France semble pouvoir se lever d'un bloc, devenir un guêpier pour l'armée coalisée comme l'avait été l'Espagne pour la Grande Armée. Toutefois, le soulèvement général est une arme à double tranchant, les associations fédérales qui se forment, dans l'esprit de l'An II, regroupent des Bonapartistes mais aussi des « Patriotes de 1789 » et des « Terroristes de 1793 » tous unis pour faire barrage au retour des Bourbons mais pas tous forcément fidèles à la monarchie impériale. Les cris de « Vive la République ! » croisent ceux de « Vive l'Empereur ! », on va par endroits jusqu'à s'en prendre aux ci-devant, on veut même parfois replanter des arbres de la liberté... C'est le retour de vieux réflexes révolutionnaires paradoxalement peu compatibles avec l'Empire.

D'ailleurs, ce remue-ménage cache la situation réelle du pays, l'extrême attentisme de la majorité des Français lassés des guerres de la Révolution et de l'Empire, la volonté d'un retour rapide à la paix. De nombreuses régions rechignent à mobiliser des gardes mobiles : l'Ariège, la Haute-Loire, l'Oise... La vérité est que la France de 1815 n'est pas celle de 1792, échaudés par 1814 les paysans fuient devant l'avance coalisée, les villes n'opposent pas de farouche résistance. Pire, une partie de la population est ouvertement royaliste, et pas qu'en Vendée. En secret, des Joseph Fouchéroyalistes préparent déjà le tyrannicide, en province des nobles vont jusqu'à soudoyer les soldats mobilisés, certains commerçants espèrent un retour du Roi pour rétablir un commerce fructueux avec l'Angleterre. Face à ce manque de soutien populaire Napoléon n'a pas les moyens d'imposer les levées par la force : l'épuration politique des Cent-Jours a porté dans les départements des Préfets inexpérimentés ou du moins qui n'ont pas encore eu le temps de connaitre leur département, dans les communes beaucoup de maires royalistes sont restés en place.

Napoléon est dans l'impasse politique, Fouché prépare déjà l'après-Empire. Plus hostile que jamais, la Chambre des représentants finit par s'octroyer illégalement les pouvoirs régaliens poussant l'Empereur à l'abdication ou au coup d'État. Face au danger de la guerre civile, et malgré le soutien d'une partie de la population parisienne venue manifester son soutien aux abords de l'Élysée, Napoléon ne voulant pas être « le roi d'une jacquerie » se résigne à abdiquer le 22 juin 1815, il se retire à La Malmaison après avoir dicté une déclaration au peuple français :


En commençant la guerre pour soutenir l'indépendance nationale, je comptais sur la réunion de tous les efforts, de toutes les volontés...
Les circonstances me paraissent changées ; je m'offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France. Puissent-ils être sincères dans leurs déclarations et n'en avoir voulu qu'à ma personne !... Unissez-vous tous pour le salut public et pour rester une nation indépendante.
Ma vie politique est terminée et je proclame mon fils, sous le titre de Napoléon II, empereur des Français.


Un gouvernement provisoire prend alors les rennes de la France avec à sa tête Carnot, Grenier, Caulaincourt, Quinette et pour les présider : Fouché ! Napoléon II est bien proclamé, mais Fouché négocie avec les Anglais la capitulation de Paris et le retour des Bourbons.

Les derniers combats

La marche des coalisés sur Paris est parsemée de combats, parfois favorables aux Français, mais souvent tombés dans l'oubli, car peu important stratégiquement et restant dans l'ombre de l'hécatombe de Waterloo.

Le 20 juin, Grouchy bat les Prussiens qui le talonnaient d'un peu trop près.

Le 26 les coalisés s'emparent de la forteresse de Quesnoy défendue par les Gardes Nationaux. Le 27 à Compiègne, d'Erlon bat les Prussiens de Ziethen tandis qu'à l'inverse Bülow s'impose à Senlis et à Creil. Le 28 les coalisés s'imposent sur tous les fronts et ne sont plus qu'à une cinquantaine de kilomètres de la capitale française que Blücher décide d'attaquer par le Nord le 30 juin. Blücher est repoussé par les défenseurs de Paris, il se redéploie à l'Ouest et au Sud de la capitale. Dans Paris, Davout ne manque pas de vivres et de munitions, il sait qu'il peut tenir tête à Blücher mais est aussi tout à fait conscient qu'à moyen terme la Restauration de Louis XVIII s'impose. Pour calmer les ardeurs des Prussiens il envoie toutefois contre eux le 2e corps de cavalerie d'Exelmans. Seize escadrons de Dragons, six escadrons de Hussards, huit escadrons de Chasseurs à Cheval et quatre bataillons du 44e régiment d'infanterie de Ligne font une sortie. Bénéficiant d'une forte supériorité numérique (sept contre un, environ 5.000 contre 750), Exelmans fond par surprise sur la brigade du colonel Sohr vers Vélizy et l'oblige à se replier sur Rocquencourt où il l'écrase. Le colonel Sohr est tué durant la bataille, 300 de ses hommes sont fait prisonniers. La défaite de l'avant-garde prussienne à Rocquencourt est considérée comme la dernière bataille de la campagne dite de Belgique, un dernier baroud d'honneur qui n'empêche pas la signature d'un armistice trois jours plus tard. Les combats en France ne s'arrêtent pas pour autant, il faut attendre le 15 novembre 1815 pour que le général Daumesnil accepte de rendre le château de Vincennes.

Rocquencourt


Napoléon quant à lui, après avoir en vain proposé de prendre comme simple général la tête de l'armée de la Commision de gouvernement, se rend à Rochefort. Il espère un temps pouvoir s'exiler en Amérique, mais le 3 juillet il apprend que les sauf-conduits lui sont refusés et que la flotte britannique bloque la côte. Conscient que Fouché risque de la livrer aux royalistes, Napoléon se remet entre les mains des Anglais qu'il espère plus cléments. Le 8 juillet Louis XVIII fait son entrée à Paris, Napoléon attend alors sur l'île d'Aix. Le 14 juillet il monte à bord du Bellérophon qui fait voile vers Plymouth puis vers la dernière demeure de l'Empereur déchu : l'île de Sainte-Hélène.

Waterloo entre dans la légendeEpianl

Waterloo devint très rapidement un symbole, commémoré par les acteurs mêmes de la bataille. Ainsi, Wellington organisa toute sa vie un banquet le 18 juin pour porter un toast à la victoire. Le dernier eut lieu en 1857. De nombreux bâtiments publics comme des casernes ou la fameuse gare londonienne portèrent également le nom de Waterloo.

Côté français l'ultime bataille fait couler autant d'encre qu'elle fit couler de sang. Ce sont d'abord les acteurs de la bataille comme Marbot qui couchent sur le papier leurs mémoires de campagne. Mais c'est aussi Napoléon lui-même qui livre son récit de son projet politique avorté dans les plaines belges à travers le Mémorial de Sainte-Hélène publié en 1823. L'ouvrage devient le livre de chevet d'une génération de jeunes romantiques désabusés par la platitude d'une époque qui parait bien fade comparée à la grande épopée impériale digne des plus grandes tragédies antiques. Ceux qui n'ont pas eu l'occasion de participer à la geste napoléonienne la chantent en vers en prose, incités bientôt par une Monarchie de Juillet qui cherche à capter à son profit la commémoration de la gloire impériale et organise le retour des Cendres de l'Empereur en 1840. Romantiques et réalistes ne cessent les références à la bataille de Waterloo, sorte de Thermopyles à la française pleine de fureur, de panache et de frustration.

En 1839, on retrouve dans La Chartreuse de Parme de Stendhal le jeune Fabrice del Dongo, guidé par une vivandière, assiste à la bataille de Waterloo et voit passer l'escorte de l'Empereur.
François-René de Chateaubriand rendant son âme à Dieu en 1848, ses Mémoires d'outre-tombe commencent à être publiés dès l'année suivante. Bien qu'ardent royaliste, le tourmenté Chateaubriand demeure un fervent admirateur de Napoléon et raconte la façon dont il vécu la bataille de Waterloo, lui qui avait accompagné Louis XVIII dans sa fuite :


Je me trouvais devant un peuplier planté à l'angle d'un champ de houblon. Je traversai le chemin et je m'appuyai debout contre le tronc de l'arbre, le visage tourné du côté de Bruxelles. Un vent du sud s'étant levé m'apporta plus distinctement le bruit de l'artillerie. Cette grande bataille, encore sans nom, dont j'écoutais les échos au pied d'un peuplier, et dont une horloge de village venait de sonner les funérailles inconnues, était la bataille de Waterloo !
Auditeur silencieux et solitaire du formidable arrêt des destinées, j'aurais été moins ému si je m'étais trouvé dans la mêlée : le péril, le feu, la cohue de la mort ne m'eussent pas laissé le temps de méditer ; mais seul sous un arbre, dans la campagne de Gand, comme le berger des troupeaux qui paissaient autour de moi, le poids des réflexions m'accablait : Quel était ce combat ? Était-il définitif ? Napoléon était-il là en personne ? Le monde, comme la robe du Christ, était-il jeté au sort ? Succès ou revers de l'une ou de l'autre armée, quelle serait la conséquence de l'événement pour les peuples, la liberté ou l'esclavage ? Mais quel sang coulait ! chaque bruit parvenu à mon oreille n'était-il pas le dernier soupir d'un Français ? Était-ce un nouveau Crécy, un nouveau Poitiers, un nouveau Azincourt, dont allaient jouir les plus implacables ennemis de la France ? S'ils triomphaient, notre gloire n'était-elle pas perdue ? Si Napoléon l'emportait, que devenait notre liberté ? Bien qu'un succès de Napoléon m'ouvrît un exil éternel, la patrie l'emportait dans ce moment dans mon cœur ; mes vœux étaient pour l'oppresseur de la France, s'il devait, en sauvant notre honneur, nous arracher à la domination étrangère.


Victor Hugo, la grande figure littéraire qui succède à Chateaubriand, reprend vivement le flambeau de la mémoire napoléonienne. En 1853, exilé après le coup d'État de Napoléon III il écrit certainement dans Les Châtiments les plus belles lignes, et en tout cas les plus célèbres sur la funeste bataille :


Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.
D'un côté c'est l'Europe, de l'autre la France.
Choc sanglant ! des héros Dieu trompait l'espérance ;
Tu désertais, victoire, et le sort était las.
Ô Waterloo ! je pleure et je m'arrête, hélas !


Waterloo semble d'ailleurs beaucoup inspirer cet auteur prolixe, fils d'un général d'Empire. En 1862, il inclut la bataille de Waterloo à son roman Les Misérables, il y décrit les furieuses charges menées par Ney contre l'infanterie anglaise « avec la précision d'un bélier de bronze qui ouvre une brèche » :

Pêle-mêle de casques, de cris, de sabres, bondissement orageux de croupes de chevaux dans le canon et la fanfare, tumulte discipliné et terrible ; là-dessus des cuirasses, comme les écailles sur l'hydre.
Ces récits semblent d'un autre âge. Quelque chose de pareil à cette vision apparaissait sans doute dans les vieilles épopées orphiques racontant les hommes-chevaux, les antiques hippanthropes, ces titans à face humaine et à poitrail équestre dont le galop escalada l'Olympe, horribles, invulnérables, sublimes ; dieux et bêtes.


Waterloo plane sur l'œuvre comme un fantôme du passé, notamment sur le sombre couple des Thénardier, tenant la fameuse auberge « Au sergent de Waterloo » !
Hugo, qui avait fait la démarche d'aller visiter les lieux, parlera encore de la bataille « où l'on vit choir l'aigle indompté » dans La Légende des siècles où il inclut le poème « Le Retour de l'Empereur ». Ces notes et impressions lors de sa visite du champ de bataille en 1861 sont même reportées dans ses Choses vues.

En 1865, en plein Second Empire, Erckmann et Chatrian publient leur roman historique à succès :  Waterloo, qui fait suite à l'Histoire d'un conscrit de 1813. Suivant les pas des troupiers, ils donnent à ce roman une touche à la fois épique et authentique selon un style que l'on qualifie parfois de réalisme rustique maintenant en scène des personnages simples et familiers devenus malgré eux héros de l'épopée :


 Il faisait une chaleur extraordinaire, la sueur me coulait sous le sac et la giberne jusqu'au bas des reins. Quel malheur d'être pauvre, et de ne pas pouvoir s'acheter un homme qui marche et qui reçoit des coups de fusil pour nous ! – Après avoir supporté la pluie et le vent en Allemagne, le tour de la poussière et du soleil était venu.


Balzac envisageât d'écrire une histoire des batailles napoléoniennes, et plus généralement le mythe tragique de Waterloo bénéfice de l'apothéose poétique dont bénéficie Napoléon sous la plume de grands auteurs aux opinions politiques diverses : Nerval, Pouchkine, Lamartine... Ou encore le célèbre chansonnier Béranger qui influence beaucoup la culture populaire !

La culture populaire se forge aussi à grands coups de gravures et d'images d'Épinal qui se diffusent très largement partout en France. La vision qui en est donnée de la bataille de Waterloo est souvent assez binaire avec deux thèmes principaux : Napoléon vaincu cherchant la mort, mais retenu par ses généraux, et le dernier carré de la Garde Impériale tenant héroïquement tête aux Anglais avec souvent en bonne posture le Général Cambronne répondant à la demande de reddition : « La Garde meurt, mais ne se rend pas ! » puis, devant l'insistance des Britanniques : « Merde ! ». Dans les faits, le Général Cambronne refuse toujours de reconnaitre qu'il avait prononcé cette phrase. Il faut dire qu'elle aurait pu paraitre décalée puisque Cambronne n'est pas mort à Waterloo et fut capturé (grièvement blessé toutefois). Et puis il faut dire que le mot de Cambronne n'aurait pas forcément plu à celle qu'il épousa en 1819 : Marie Osburn, une prude veuve écossaise... Finalement, la légende du mot de Cambronne serait peut-être une invention de journaliste reprise et popularisée par Hugo dans Les Misérables :
« Dire ce mot, et mourir ensuite. Quoi de plus grand ! car c'est mourir que de le vouloir, et ce n'est pas la faute de cet homme, si, mitraillé, il a survécu. »

Garde

Bibliographie

- BERTAUD Jean-Paul, L'abdication 21-23 juin 1815, Flammarion, 2011.
- BOUDON Jacques-Olivier, Histoire du Consulat et de l'Empire, Éditions Perrin, 2003.
- COIGNET Jean-Roch, Souvenirs de Jean-Roch Coignet, Éditions de Saint-Clair, 1965 (réed. 1851).
- DAMAMME Jean-Claude, Les soldats de la Grande Armée, Éditions Perrin, 1998.
- LEGROS Christian, Grouchy, de Versailles à Waterloo, Éditions de la Bisquine, 2015.
- MACE Jacques, Le Général Gourgaud, Nouveau Monde Editions / Fondation Napoléon, 2006.
- PETITEAU Nathalie, Napoléon, de la mythologie à l'histoire, Éditions du Seuil, 1999.
- PIGEARD Alain, Dictionnaire des batailles de Napoléon, Éditions Tallandier, 2004.
- PIGEARD Alain, Histoire de la Grande Armée 1805 – 1815, Éditions de la Bisquine, 2015.
- TULARD Jean (sdd), Dictionnaire Napoléon, Éditions Fayard, 1987.
- TULARD Jean, Napoléon ou le mythe du sauveur, Editions Fayard, 1987.

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