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La cavalerie de la Grande Armée de Napoléon

Hussard

De la charge des Chasseurs à Austerlitz à celle des Chevaux légers polonais à Somosierra, du panache de Murat chargeant avec quatre-vingts escadrons à Eylau jusqu’à l’héroïsme tragique du maréchal Ney cherchant la mort en chargeant les carrés anglais à Waterloo, la cavalerie du Premier Empire a écrit son histoire en lettres d’or sur les étendards de ses régiments, modeste reconnaissance pour les milliers de cavaliers qui finirent leur carrière dans des fosses communes aux confins de l’Europe…Grenadiers et Dragons, Cuirassiers et Chasseurs, Hussards et lanciers et les Gardes d'Honneur... Retour sur ces hommes dont les sabots des chevaux frapèrent les pavés des plus grandes capitales d'Europe.

 

 

Un héritage de l'Ancien Régime

La cavalerie, bien que prestigieuse, ne représente qu’une petite portion de l’armée. Elle fut moins touchée que l’infanterie par les recrutements massifs durant la période révolutionnaire et il semblerait qu’elle ait par conséquent préservé un bon noyau de sous-officiers (mais aussi d’officiers, pour ceux qui n’avaient pas choisis l’exile) expérimentés issus de l’armée royale. La solde plus élevée que dans l’infanterie fut peut-être également un facteur de fidélité… Enfin, la cavalerie gardait un certain esprit de corps ou sectarisme qui lui faisait regarder de haut les autres armes comme l’infanterie qu’ils ne considéraient que comme des pousse-cailloux. Cela dit, l’animosité était réciproque.

Quoi qu'il en soit, la cavalerie républicaine, mis à part quelques éléments d’uniformes, ressemblait fortement à la cavalerie royale que ce soit dans le type d’unités et dans les tactiques employées. Le Premier Empire quant à lui, s’il ne changea pas radicalement la tactique, fit augmenter les effectifs et incorpora de nouvelles unités liées aux campagnes de Napoléon (Mamelouks…) ou aux nations alliées (Lanciers hollandais et polonais…). Côté effectifs, alors que la cavalerie républicaine ne représentait qu’1/10ème de l’armée d’Italie et 1/12ème de l’armée d’Allemagne, elle atteindra 1/5ème de l’armée impériale ! Soit jusqu’à 100.000 cavaliers.

En 1800 Napoléon avait décrété que chaque régiment de cavalerie comporterait 5 escadrons composés chacun de deux compagnies de 80 hommes, dont une compagnie d’élite chargée des missions de confiance. Le nombre d’hommes par compagnie varie théoriquement selon les types de cavalerie et varie dans la pratique selon les pertes et les capacités à recruter hommes et chevaux. En 1806 un régiment de cavalerie lourde était censé compter 820 cavaliers.

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Le Recrutement et la remonte

Le recrutement des hommes se fait comme pour l’infanterie : par la conscription et le tirage au sort, mais aussi en puisant directement dans les compagnies de Réserve départementales. Par contre, la cavalerie exige de tailles supérieures pour les conscrits qu’elle recrute. On pouvait bien entendu préférer les hommes qui savaient déjà monter à cheval, ou qui avaient déjà quelques accointances avec cet animal dont ils allaient devoir s’occuper durant leur service. Mais en général tout ceci s’apprenait après l’affection dans le régiment de cavalerie. On apprenait alors au conscrit les rudiments de l’équitation, de quoi mener une charge, guère plus. En effet on ne cherchait pas former des cavaliers émérites, des virtuoses épiques, les techniques de cavalerie favorisant l’effet de masse et non les démonstrations individuelles comme nous le verrons plus bas. En fait, le jeune conscrit commençait sa formation par l’école du cavalier à pied où il apprenait les rudiments du maniement des armes que doit connaitre tout fantassin. Ce n’est qu’après qu’il devait se familiariser avec le cheval, le montant sans selle, sautant dessus sans étriers… Le manège se faisait à la corde, au trot ou au pas, sous le regard d’un instructeur. Le cavalier néophyte avait ensuite droit à la selle et aux étriers et apprenait à utiliser ses armes à cheval, seul puis en petit groupe. Par la suite le cavalier devait être entrainé au saut d’obstacle, toujours individuellement et en groupe. Bien entendu tout cela est très théorique, seuls des temps de paix et de repos permettaient d’instruire aussi bien les cavaliers. En temps de guerre, il en était tout autre et les conscrits étaient formés tant bien que mal. En 1806, Napoléon ordonnait : « À mesure qu’il y aura 10 chevaux équipés et armés – à leur dépôt – 10 conscrits partiront pour rejoindre leur régiment. Ils s’instruiront dans les places sur les arrières ». Pas étonnant que l’année suivante il se plaignait, « Notre cavalerie n’est pas assez instruite ; elle ne sait pas assez monter à cheval »…

La remonte en chevaux était organisée sur la base des masses de remonte crée sous le Consulat et qui devaient permettre de se ravitailler en chevaux par achats directs ou par des marchés. Comme pour les hommes, les chevaux sont soumis à une taille minimum qui varie selon le type de cavalerie auquel ils sont destinés : 1,56 à 1,59m au garrot pour les Cuirassiers et les Carabiniers, 1,53 à 1,57m pour les chevaux des Dragons, et juste au-dessus d’1,49m pour la cavalerie légère (des tailles à rapporter à la taille moyenne des hommes du début du XIXe siècle, inférieure à la moyenne actuelle). Comme les hommes les chevaux recevaient une instruction au combat, ils devaient apprendre le pas, le trot, à charger en groupe, mais aussi et surtout à ne pas avoir peur des détonations des fusils. Pour ce faire, on les habituait en tirant quelques salves à chaque fois quand les chevaux étaient nourris aux écuries. Peu à peu ils assimilaient ainsi le bruit des détonations à quelque chose de positif. Progressivement on tirait de plus en plus près des écuries. Pour finir, on organisait de fausses charges de cavalerie où les chevaux et leurs cavaliers étaient lancés contre d’autres cavaliers à pieds jouant le rôle de fantassins ennemis et tirant à blanc sur leurs assaillants. Toutefois, comme pour les hommes, le manque de temps durant les guerres fit qu’on ne pouvait pas toujours former aussi bien les chevaux. Pour, lors de la première charge, l’ennemi ne tirait pas à blanc. Le manque d’entrainement des hommes et/ou des chevaux fut parfois la cause de véritables débandades.

La désastreuse campagne de Russie en 1812 fut véritablement le tombeau de la cavalerie impériale. Sur les 80.000 chevaux de selle et les 50.000 chevaux de trait, seulement 3.000 survécurent à la campagne. Jamais Napoléon ne put réellement trouver les hommes expérimentés et surtout les chevaux pour disposer d’une force de cavalerie suffisante durant les campagnes de 1813 et 1814 en Saxe puis en France. Sans cavalerie il n’était plus en mesure de poursuivre l’ennemi pour compléter ses victoires et nul doute que le manque de chevaux joua un rôle conséquent dans sa défaite de 1814. Quand à la défaite de 1815 à Waterloo beaucoup y verront aussi le fait d’une insuffisance de la cavalerie impériale, mais dans son commandement cette foi-ci. En effet Ney remplaçait Murat à la tête de la cavalerie… Or si ce dernier était un piètre stratège, s’il avait trahi, il n’en restait pas moins un bon tacticien et un formidable meneur d’hommes, un virtuose de la cavalerie qui eut peut-être changé le cours de l’Histoire en brisant les carrés de Wellington.

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Les différents types de cavalerie

Nous n’entrerons pas dans ce court article de synthèse dans une description poussée de chaque type d’unité qui fut en service sous le Premier Empire, nous ne ferons pas non plus une description uniformologique, des spécificités de la Garde Impériale, ou une chronique de faits d’armes. Le but est avant tout de présenter succinctement les trois grands types de cavalerie : la cavalerie légère, la cavalerie de ligne et la cavalerie lourde.

La cavalerie légère est composée de Chasseurs et de Hussards, c’est une arme très polyvalente, Lassalle n’hésitait pas à dire qu’un Hussard doit être bon à tout. En 1804 on ne compte pas moins de 24 régiments de Chasseurs, formés de Français « de souches » et de « nouveaux Français » comme les Hussards piémontais, les anciens Chevau-légers belges ou les anciens Dragons toscans. Les Hussards sont quant à eux les soldats les plus populaires de l’Empire, avec leur uniforme bigarré, leur esprit bravache, ils se font précéder d’une réputation de casse-cou, de trousseurs de jupons, de duellistes… Comme un exutoire à leur avenir incertain. Lassalle avait lui-même déclaré que tout Hussard qui n’était pas mort à 30 ans n’était qu’un jean-foutre. Il y eut sous l’Empire jusqu’à 14 régiments de ces trainent sabre. La cavalerie légère est principalement utilisée pour les missions de reconnaissance, chaque corps d’armée disposant de cavaliers chargés de lui ouvrir le chemin pour ne pas tomber sans le savoir sur les forces ennemies. La cavalerie légère sillonne le terrain, le repère, localise l’ennemi, estime sa force, et rends compte. Mais la cavalerie légère n’est pas qu’une force d’observation, elle attaque l’ennemi, elle le harcèle, chargeant les groupes isolés, les convois… La cavalerie légère est équipée d’un sabre courbe, permettant de faucher tout ce qui passe à portée.

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La cavalerie de ligne est quant à elle composée de Dragons et de Chevau-légers lanciers. Les Dragons sont des unités polyvalentes ayant la grande particularité de devoir savoir combattre tant à cheval qu’à pied. Il pouvait donc être utilisé comme simples cavaliers (avec un sabre droit, appelé latte), ou utiliser leurs chevaux pour se déployer rapidement en tant que fantassin en un point donné du champ de bataille : des précurseurs de l’infanterie mécanisée en somme. Pour cette raison les Dragons disposaient, pour leur service à pied, d’une baïonnette qu’ils pouvaient utiliser au bout de leurs fusils. Bien évidemment, ils étaient également formés à la manœuvre d’infanterie. D’ailleurs à certaines époques (1805 – 1806) certains régiments de Dragons n’ont plus de chevaux… Au maximum l’Empire comptera 30 régiments de Dragons dont certains furent ensuite transformés en régiments de Chevau-légers. Les Chevau-légers (qui eux portent le sabre courbe de la cavalerie légère) n’entrent dans la Grande Armée qu’à partir de 1807, date à laquelle Napoléon fait entrer dans sa garde un régiment de Chevau-légers polonais. Ce sont eux qui s’illustreront en ouvrant le col de Somosierra, armés de sabre et non de lances comme on le voit sur certaines représentations. La lance ne fut utilisée qu’ensuite, elle permettait de jouer à armes égales avec les cosaques de l’armée russe et surtout elle avait un très fort impact psychologique sur l’infanterie ennemie. Il fallait bien ça pour justifier auprès des cavaliers de s’équiper d’une arme aussi encombrante. Dans l’esprit de Napoléon, ces Lanciers devaient, en plus d’assurer les liaisons entre les armées et d’assurer des missions d’escorte, accompagner les charges de la cavalerie lourde et servir de Flanqueurs : « Quand les cuirassiers chargeront des colonnes d’infanterie, les Chevau-légers doivent être placés sur les derrières ou sur les flancs pour passer dans les intervalles des régiments et tomber sur l’infanterie, lorsqu’elle est en déroute ; ou, si l’on a affaire à la cavalerie, sur la cavalerie et la poursuivre l’épée dans les reins ». La cavalerie de ligne est au final utilisée à la fois pour des missions de reconnaissance, comme la cavalerie légère, mais aussi pour combattre en ligne. D'ailleurs, les Dragons font parfois partie de la Réserve de cavalerie avec la cavalerie lourde.

La cavalerie lourde est composée de Carabiniers et de Cuirassiers, elle est facilement reconnaissable par les cuirasses que portent les cavaliers (du moins à la fin de l’Empire, avant cela les Carabiniers ne portent pas la cuirasse). Les Carabiniers étaient déjà un corps d’élite durant la Révolution, respectée pour son efficacité. Les Jacobins n’avaient osé répliquer quand à leurs cris de « Vive la Montagne ! » les Carabiniers avaient répondus « Foutre la Montagne ! Vive la Plaine pour la cavalerie ! »… Néanmoins pour cette arme qu’il utilisait autant pour la guerre que pour le service de prestige Napoléon exigeait bonne tenue et politesse, ce pour quoi on y plaça de préférence des cavaliers de bonne famille. En 1804 Napoléon les équipa du même fusil que les Dragons. Les Cuirassiers forment la cavalerie lourde par excellence, ils sont particulièrement mis à l’honneur lors des batailles d’Eylau et de Friedland, mais on les retrouve aussi lors des tragiques charges à Waterloo. Leur lourd équipement fait qu’ils ne sont pas spécialement faits pour des missions de reconnaissance comme la cavalerie légère, leur utilité est surtout dans le combat en ligne pour culbuter dans leur élan les forces ennemies. Cette cavalerie spécialisée dans la charge n’est pas équipée d’un sabre courbe comme la cavalerie légère, mais d’un sabre droit, comme les Dragons, mais avec un fourreau en acier alors que ces derniers en avaient un en cuir.

CarabiniersLa Garde Impériale offre un panel encore plus varié de troupes légères, de ligne ou lourde avec, outre les corps semblables à ceux du reste de l’armée (Dragons de l’Impératrice, Chasseurs à cheval de la Garde, Lanciers polonais et hollandais…), des corps spéciaux comme les Mamelouks, les Grenadiers à cheval, les Garde d’Honneur, les Tartares lithuaniens, les Éclaireurs… Dont le prestige était grand, mais dont les modalités d’utilisation ne diffèrent guère de celles expliquées pour le reste de la cavalerie.

La cavalerie au combat

La tactique de cavalerie évolue peu sous l’Empire, elle reste celle de l’Ancien Régime et dans la continuité du modèle inspiré par le roi Frédéric II de Prusse et le roi de Suède Gustave-Adolphe. Leurs principes étaient de considérer la cavalerie avant tout comme une masse en mouvement. Autrement dit, l’important n’était pas l’armement, ni même les talents de fines lames, mais l’effet produit par une charge massive et bien coordonnée en rangs serrés. L’ordre principal pour la cavalerie impériale fut donc l’escadron en bataille positionné sur deux rangs serrés, genoux contre genoux. Un escadron de cavalerie formait ainsi une ligne d’environ 40 m de long sur 6m de profondeur (on laissait environ 2,5 mètres entre les deux rangs). Tout l’escadron était bordé des officiers et sous-officiers, les deux pelotons avaient sur leurs flancs les brigadiers (équivalent des caporaux dans l’infanterie) qui vérifiaient les alignements. La différence majeure avec l’infanterie est qu’ici on trouve des officiers devant la première ligne, directement exposés au feu ennemi, et qui doivent entrainer par leur exemple le reste de l’escadron. L’absence théorique d’officiers d’infanterie devant leur première ligne n’est cependant pas à mettre sur le compte d’un pseudo-manque de courage, simplement à la différence des cavaliers les fantassins font un tir de salve et il ne serait pas malin de se retrouver alors entre sa première et la cible…

Les changements de formation, de colonnes en lignes, se font comme dans l’infanterie : par pelotons. Il existe une multitude de mouvements de cavalerie, mais comme toujours au feu les officiers choisissaient les mouvements les plus simples pour éviter la disharmonie.

La charge de cavalerie est l’élément décisif, le choc impétueux qui va percer la ligne ennemie ou la surprendre sur ses flancs ou ses arrières. La charge se prépare, on vérifie les sangles des chevaux et fait boire un coup aux hommes… On dit aussi qu’il était parfois bon d’exposer un peu les cavaliers au feu ennemi avant de leur faire charger, histoire de leur donner un motif de vengeance… Triste option. La charge peu parfois changer le cours d’une bataille, comme à Marengo ou la Moskova. Pourtant, la charge de cavalerie n’est pas une course effrénée au grand galop sur de longues distances pour percuter avec force et vitesse une rangée de fantassins démunie. Cette image est souvent véhiculée par le cinéma. En réalité les charges se font au trot et l’accélération ne se fait que dans les derniers mètres. Ainsi quand l’heure de la charge était venue dans un silence complet, on entendait ces ordres :

« Garde à vous pour charger ! »

« Sabre à la main ! »

« Au trot… Marche ! »

Ce n’est qu’en approchant de l’ennemi que retentissait cet ordre repris pas tous les officiers et sous-officiers :

« Au galop… Marche ! »

Et enfin à une centaine de mètres de l’ennemi :

« Chargez ! »

Cuirassiers

On fait même parfois toute la charge au trot, ce qui permet de garder les alignements et l’effet de masse, sans pour autant perdre en puissance. Car pour un fantassin il est aussi difficile d’arrêter un cheval au trot qu’au galop… Cette remarque est encore plus vraie quand deux escadrons de cavalerie s’affrontent. Le général Jomini écrivit : « Il faut bien se garder de croire que l’impétuosité soit toujours décisive dans un choc de cavalerie contre cavalerie. Lorsque l’ennemi vient à vous au grand trot, il ne semble pas prudent de courir sur lui au galop, car vous arriverez tout désuni contre une masse compacte et serrée, qui traversera vos escadrons décousus… Lassalle, un des plus habiles de ces généraux, disait un jour en voyant la cavalerie ennemie accourir au galop : « Voilà des gens perdus ! » et ces escadrons furent en effet culbutés au petit trop ». Une fois la charge effectuée venait le moment du repli qui devait lui aussi se faire en bon ordre et prestement pour ne pas s’enliser au milieu des fantassins ennemis. Dans la mêlée le cavalier peu se dégager des ennemis trop pressants avec son (ou ses) pistolet(s). Mais faute de pouvoir recharger rapidement l’essentiel du combat se faisait au sabre. À propos du combat au sabre, De Brack écrivait « Où devez-vous le porter ? A hauteur de cravate, parce qu’il est dans la nature d’un cavalier menacé de baisser la tête, et qu’ainsi vous le frapperez au visage ; si votre coup manque son but, il touche l’épaule et l’avant-bras, et met l’homme hors de combat. Comment faut-il porter le coup ? D’abord en ayant soin de serrer fortement la poignée de votre sabre, pour que la lame ne tourne pas dans votre main, et qu’ainsi elle ne risque pas de frapper du plat, au lieu de porter du tranchant ; puis vous sabrez en sciant pour que le coup pénètre plus profondément. Tout tranchant est une scie plus ou moins fine, qui ne produit son effet qu’en se promenant horizontalement sur l’objet qu’elle attaque. Pour produire cet effet à l’instant où vous frappez, ramenez la main en arrière ; c’est là tout le secret des terribles coups de sabre des Mamelucks ».

Ces charges de cavalerie se faisaient en ligne, toujours en rangs serrés. On se méfiait des déploiements en ordre dispersé, en fourrageur, pour les raisons évoquées précédemment : un escadron en fourrageur sera toujours désavantagé face à un escadron en rangs serrés. On faisait cependant quelques charges en ordre dispersé contre des objectifs particuliers comme les batteries d’artillerie (mieux valait ne pas être serrés en face quand elles tiraient…), les convoies de voitures ou les fantassins ennemis déployés en tirailleurs. On pouvait aussi déployer une partie d’un escadron en tirailleurs : dans ce cas les cavaliers avançaient dispersé, tiraient (au mousqueton, au pistolet…). Le but était alors avant tout de provoquer l’ennemi.

Ces en appliquant ces techniques de combat que la cavalerie de la Grande Armée a culbuté Autrichiens, Prussiens, Russes, Espagnols, Anglais et bien d’autres dans toute l’Europe. C’est cette cavalerie qui força les lignes ennemies pendant les batailles, qui traqua les armées en déroute, qui protégeant les corps d’armée comme des abeilles autour d’une ruche, et qui se sacrifia aussi à de multiples reprises pour retarder un ennemi pressant lors des retraites. Napoléon prit l’habitude d’utiliser sa cavalerie en très grandes masses qu’il réunissait en réserve sous les ordres de chefs compétents comme Bessières ou Murat, et qu’il pouvait engager au moment fatidique comme un coin pour briser le front adverse.

De l’Histoire à la légende

La cavalerie de la Grande Armée émerveilla ses contemporains, devenu poète et ennemi politique de Napoléon III, Victor Hugo restera sa vie durant émerveillé par la cavalerie de Napoléon Ier, de ces cavaliers qui accompagnèrent son père comme ce « housard qu'il aimait entre tous, pour sa grande bravoure et pour sa haute taille » (« Après la bataille », La légende des siècles, 1850)…

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Dans « Mon enfance » il écrivait encore :

« Mon envie admirait, et le hussard rapide,

Parant de gerbes d'or sa poitrine intrépide,

Et le panache blanc des agiles lanciers,

Et les dragons, mêlant sur leur casque gépide

Le poil taché du tigre aux crins noirs des coursiers. »

Et jusque dans « L’expiation » il fit une place d’honneur à la cavalerie de la Garde Impériale chargeant à Waterloo dans une apothéose tragique :

« Allons ! Faites donner la garde ! » Cria-t-il.

Et, lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,

Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,

Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,

Portant le noir colback ou le casque poli,

sabre

Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,

Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette fête,

Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.

Leur bouche, d'un seul cri, dit : vive l'empereur !

Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,

Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,

La garde impériale entra dans la fournaise.

Hélas ! Napoléon, sur sa garde penché,

Regardait, et, sitôt qu'ils avaient débouché

Sous les sombres canons crachant des jets de soufre,

Voyait, l'un après l'autre, en cet horrible gouffre,

Fondre ces régiments de granit et d'acier

Comme fond une cire au souffle d'un brasier. »

Cuirasse

Pour les siècles à venir, il participait à cette gloire de la cavalerie, faite de chevauchées épiques, d’ennemis culbutés, d’uniformes somptueux, de tables de tavernes bien garnies et de sabres scintillants… Faisant oublier les charges brisées par la mitraille, arrêtées par les baïonnettes, hommes et chevaux éventrés dans une même boue et guère mieux enfouis dans de simples fosses…

Dans l’armée française, la cavalerie s’enorgueillit encore des victoires des troupes d’Empire, on attribue même à cette période le fait d’appeler « Mon lieutenant » les Adjudants. On raconte que c’est lors de la bataille d’Austerlitz qu’un peloton n’étant plus commandé que par un adjudant s’était illustré et c’était fait remarquer par Napoléon. Ce dernier, voyant cet homme intrépide aurait demandé : « Mais quel est donc ce lieutenant si vaillant ? », ce à quoi on lui aurait précisé qu’il ne s’agissait que d’un Adjudant. L’Empereur aurait alors répliqué « Désormais, on les appellera lieutenant ! »… Cependant, aucune source historique ne semble confirmer l’origine napoléonienne de cette coutume de la cavalerie moderne.

 

Pour aller plus loin

- PIGEARD Alain, « La cavalerie napoléonienne», Tradition Magazine HS n°21.

- PIGEARD Alain, L’armée de Napoléon. Organisation et vie quotidienne, Editions Tallandier, 2003.

- PIGEARD Alain, Dictionnaire de la Grande Armée, Editions Tallandier, 2002.

- SOKOLOV Oleg, L’armée de Napoléon, Editions Commios, 2003.