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La civilisation romaine (2) : Guerres civiles et crise de la république

assassinat_csarDurant les siècles précédents, Rome a fait montre de sa stabilité politique qui, malgré quelques tensions fortes, lui a permis de se sortir de situations très compromises en resserrant le corps social. Les structures de la cité sont d'ailleurs portées aux nues par dans un texte de Salluste qui explique que c'est, après que des hommes d'exception aient soutenu Rome, ses seules institutions qui lui permirent pas la suite de s'imposer aux autres. Cette vision traduit la confiance des Romains pour leur régime, la république, qui pourtant va s'étioler au rythme des guerres civiles.


 

Une cité en pleine gloire.

Nous avons quitté Rome toute auréolée de ses victoires sur les barbares germaniques et le roi de Numidie. Ces victoires acquises au prix de grands efforts n'ont été possible qu'avec le concours d'un personnage fondamental de l'Histoire romaine ; Marius. Nous avons abordé ses réformes militaires, il convient désormais d'étudier son orientation politique. Avant tout, le jeu du pouvoir à Rome se divise dès lors en deux grandes tendances qui s'affirment depuis la période des Gracches ; les populares (dont faisaient partie les deux frères) qui sont partisans d'une satisfaction des attentes du peuple sur laquelle ils fondent leurs ambitions politiques en assumant surtout le tribunat de la plèbe (magistrature au poids assez considérable à Rome car ses titulaires sont inviolables et en plus bénéficient d'un droit de véto contre les décisions du Sénat), s'opposent aux optimates, ceux qui défendent l'intérêt supérieur de Rome ainsi que leurs propres prérogatives dans le jeu des pouvoirs.

L'entrée du général victorieux sur ce terrain bouleverse l'équilibre des forces ; Marius s'appuie sur les populares (il était d'origine équestre, c'est à dire une dignité de l'aristocratie inférieure à celle de l'ordre sénatorial) en s'alliant avec des tribuns de la plèbe et reprend une partie de la politique des Gracches, notamment sur les réformes agraires et la gestion du sort des alliés italiens qui réclament la citoyenneté romaine de plein droit et que les réformes tronquées initiées par les Gracches ont mis dans l'embarras ; en effet, Caius et Tiberius Gracchus avaient dans l'idée de reprendre des terres de l'ager publicus afin d'y installer des citoyens pauvres, mais à force d'étendre la mesure ils sont entrés en contact avec des terres de l'ager publicus occupées par des alliés et nécessaires à leur propre exploitation. Les Gracches avaient proposé l'idée d'accorder la citoyenneté romaine à ces Italiens et ainsi élucider le problème, ce à quoi l'aristocratie avait violemment répondu par la négative. Après leur assassinat, la question est restée en suspend sans qu'une véritable réponse définitive y soit apportée. Dans le même temps, les Italiens mis en difficulté sur le sol de leur cité émigraient à Rome, diminuant de fait le contingent militaire potentiel fourni par cet allié de Rome. Les magistrats répondirent par des expulsions qui encore une fois n'apportaient pas de solution véritable. Les tensions restent vivent et l'opposition, à Rome, féroce contre toute réforme. Marius et ses partisans vont par contre s'attaquer aux anciens magistrats vaincus sur le champ de bataille, ce qui finit d'exciter les tensions. A terme Marius finit par abandonner ses alliés tribuns et se rapprocha des aristocrates qui firent assassiner les gêneurs.

La Guerre Sociale.

Or l'absence de réforme finit par exaspérer les alliés qui se révoltèrent dès 91 av. J.-C. dans ce que l'on nomme la guerre sociale (de socii ; alliés en latin). La guerre est rude et le retour du calme n'est possible qu'avec la concession de la citoyenneté à tous les alliés italiens, ce qui bouleverse le corps social et politique romain. En effet jusque là les réseaux clientélaires des puissants aristocrates se tissaient sur un corps d'environ 400 000 citoyens pour les contrôler et obtenir des votes favorables. Mais dès lors la masse des citoyens se chiffre en millions. De plus commence le casse-tête de l'inscription de ces nouveaux citoyens dans les tribus. Nous avons vu qu'à Rome les citoyens sont répartis dans 35 tribus. La répartition de ces citoyens de fraiche date bouleverse la part des Romains en diminuant leur poids dans les suffrages. On propose alors de créer de nouvelles tribus ou alors de n'inscrire les citoyens récents que dans 8 ou 10 tribus déjà existantes mais en les leur réservant, ce qui aurait eu pour effet de ne pas trop bousculer l'édifice en leur donnant un impact contrôlé. Un populares tribun de la plèbe, partisan de Marius, débloqua la situation en décidant d'inscrire les nouveaux citoyens dans les 35 tribus et tint ferme par la violence. Il en profita pour nommer Marius général pour une nouvelle campagne qui s'annonçait en Orient.

La guerre contre Mithridate et la lutte entre Marius et Sylla.

Du coté de la Mer Noire que l'on nommait alors Pont Euxin, un roi hellénistique brillait alors par sa puissance ; Mithridate VI Eupator. Il était en concurrence avec d'autres souverains d'Asie Mineure, qui firent appel aux Romains pour les aider à vaincre ce dangereux voisin. Or Mithridate, malgré l'appui romain, fut vainqueur et occupa les royaumes alliés de Rome ainsi que la province d'Asie (le leg d'Attale). Il suscita alors un grand mouvement de révolte contre les Romains qui avaient jusque là exploité avec une grande férocité la province. En effet, l'État romain confiait à des entreprises privées la collecte des impôts ; les sociétés de publicains. Ces derniers avançaient la somme calculée des impôts à l'État puis allaient se dédommager sur les provinces. Or justement leur but était de dégager des bénéfices... et les plus importants seraient le mieux. Les populations étaient donc dans une situation de tension très forte, et l'arrivée de Mithridate sonna comme une libération. Très vite des massacres épouvantables de Romains et d'Italiens furent perpétrés (on parle de 80 000 à 150000 morts) alors que dans le même temps la Grèce et la Macédoine prenaient aussi parti pour le roi. C'est dans le cadre de cette crise que Marius devait être envoyé ; c'était pour son camp une perspective d'accroissement de leur gloire et donc de leur pouvoir, sans parler du butin potentiellement récupérable.

syllaMais à Rome c'était le consul Sylla qui devait mener campagne dans l'ordre logique et légal des choses. C'était la première fois qu'un général se voyait démis d'un commandement sans aucun motif. Or Sylla avait déjà recruté son armée ; il la rejoignit et marcha sur Rome, déclenchant immédiatement des massacres qui pour la première fois prirent une tournure légale ; les proscriptions. Marius et certains de ses partisans parvinrent à fuir la répression. Sylla réorienta la politique dans l'intérêt des optimates (il était lui originaire d'une très ancienne famille aristocratique ; il était patricien), puis il partit guerroyer en Orient, remportant en Grèce les premiers succès romains. Or dans le même temps, Marius ivre de vengeance, rentra à Rome et réinstaura un gouvernement suivant les intérêts populares. Les marianistes envoyèrent alors une armée combattre Mithridate directement en Asie Mineure, allant quérir les honneurs au dépend de Sylla. Mais dans sa situation de plus en plus désespérée, le roi décida de traiter avec Sylla ; il devait abandonner toutes ses conquêtes et payer un tribut assez faible de 2000 talents qui montrait que Sylla avait surtout dans l'idée de liquider cette guerre afin de tourner ses armes contre ses ennemis politiques. Les opérations commencèrent mais Sylla attira à lui l'essentiel de l'armée de son ennemi. Marius était décédé entre temps (86 av. J.-C.) et le camp marianiste dut supporter une nouvelle fois le retour en force de Sylla. Mais la résistance se fit forte dans les provinces et notamment en Espagne où Sertorius, un farouche partisan de Marius, pris les armes et fédéra les peuples espagnols pour lutter contre le parti de Sylla.

La restauration syllanienne.

Sylla, vainqueur, réorganisa alors l'État romain sur un modèle qu'il pensait équilibré mais qui éludait certaines questions. La mesure la plus importante de sa restauration fut peut être de diminuer considérablement les pouvoirs des tribuns de la plèbe, organe qui jusque là avait servi les ambitions populares. Néanmoins la satisfaction des appétits des aristocrates les plus puissants ne trouvait pas de solution dans son modèle et dès sa démission, en accord complet avec sa volonté de remise sur pied de la République, l'agitation reprit, en premier lieu parmi les citoyens italiens qui avaient été contraints d'accepter dans leurs communautés l'installation de quelques 80 000 vétérans des armées syllaniennes. La piraterie, en second lieu, créait une situation très grave en Méditerranée en faisant monter le prix du blé à Rome. Enfin, les révoltes serviles atteignaient leur paroxysme avec la révolte de Spartacus. A l'intérieur, une question ne cessait de revenir à l'ordre du jour en politique ; la restauration pleine et entière du pouvoir des tribuns de la plèbe. L'édifice syllanien, à peine échafaudé, craquait de partout.

Pompée contre les pirates.

Si le mécontentement était une véritable toile de fond en Italie, les problèmes extérieurs furent pris au sérieux par Rome. En effet, un jeune lieutenant de Sylla, Pompée, obtint du tribun de la plèbe de ses partisans un commandement militaire de rang consulaire s'étendant à toute la Méditerranée et jusqu'à 70 kilomètres dans les terres avec des navires et des fonds pour régler le sort des pirates. Il fut liquidé dès la fin de l'année 67 av. J.-C. soit en quelques mois. Pompée entra également en campagne contre Mithridate qui avait repris ses agissement contre les alliées de Rome, le vainquit et poursuivit son offensive jusqu'en Arménie, poussant les armes romaines plus loin que personne ne l'avait fait. Il soumit également la Syrie et descendit jusqu'à la frontière Egyptienne. La gloire qu'il venait d'accumuler sur le champ de bataille était considérable et donna lieu à dix jours de prière aux dieux pour les remercier des bienfaits accordés au peuple romain. Rome s'étendait désormais sur l'ensemble de l'Asie Mineure, la Syrie-Palestine et avait unifié la Méditerranée sous son contrôle.

Le premier triumvirat et la Guerre des Gaules.

En Italie, après plusieurs défaites, les Romains, grâce à Crassus, l'homme le plus riche de Rome, se débarrassaient des encombrant esclaves révoltés. Mais Pompée vint ici aussi prendre sa part des honneurs en massacrant une partie des fuyards de l'armée défaite par Crassus. Celui-ci, affublé d'une victoire mineure, devait se contenter de l'ovatio quand son rival obtenait le triomphe. Il en nourrissait une grande amertume. C'est alors qu'une personnalité célèbrissime commença à se manifester ; Caius Julius Caesar. Ambitieux, le jeune homme n'avait pas ménagé ses dépenses lors de son édilité pour offrir des jeux somptueux au peuple afin de se garantir des soutiens. Il obtint peu après le souverain pontificat ainsi qu'un commandement en Espagne où il put commencer à récolter les lauriers de la gloire. De retour, il s'entendit avec les deux autres grandes figures de Rome de l'époque ; Pompée et Crassus. Cet accord est resté dans les mémoires comme le premier triumvirat, véritable Pompee

gouvernement à trois servant, par l'association, à passer outre les verrous de la politique romaine visant à tempérer le régime et empêcher le retour de la monarchie. Cette entente mettait en contact la gloire de Pompée avec la richesse de Crassus et le génie et l'ambition de César. Cette entente lui permit d'obtenir le commandement pro-consulaire du Nord de l'Italie et des Balkans, puis du Sud de la Gaule. De là, il profita de l'agitation causée par l'intrusion des Germains parmi les Celtes pour prendre l'offensive dès 58 av. J.-C. contre Arioviste qui fut rapidement vaincu. La suite de sa campagne le mena à soumettre la Gaule toute entière avec l'aide dans cette tâche du fils de son collègue Crassus qui, pendant que César faisait campagne en Belgique, s'avançait en Aquitaine. Profitant de ses succès et afin de marquer les esprits à Rome, il traversa le premier la Manche et mena campagne en (Grande-) Bretagne et obtint des tributs, puis il dirigea ses troupes de l'autre coté du Rhin après avoir fait bâtir un pont de bateaux. Il en obtint notamment l'admiration de Cicéron et de bien des Romains ; il avait en effet surpassé les exploits de Pompée, il venait de repousser les limites du domaine romain et de porter les aigles sur des terres encore largement inconnues. Mais le prestige que César accumulait au loin faisait croitre, à Rome, les inimitiés. Dans la compétition effrénée pour le pouvoir, les aristocrates pouvant prétendre à entrer dans le jeu devenaient de plus en plus rares tant les exigences financières et militaires devenaient astronomiques ; Pompée, César et Crassus étaient chacun bien plus puissant que les autres grands noms de Rome, même Cicéron ou encore Caton d'Utique qui lui ne pouvait se prévaloir que de sa stricte observance des règles de l'ancienne Rome. César obtint de ses collègues du triumvirat une prolongation de son commandement en Gaule, ce qui lui permit de fortifier sa conquête en abattant la dangereuse révolte de 52 av. J.-C menée par le jeune Arverne Vercingétorix. Il en tirait une gloire et un butin immense ainsi qu'une armée de vétérans tous acquis à sa cause. C'est avec eux que Jules César entra dans une nouvelle phase de la compétition aristocratique, compétition qui devenait un duel puisqu'en 53 av. J.-C., Crassus, se sentant minoré face à la gloire de ses deux collègues, avait décidé de mener une immense expédition contre l'Empire des Parthes (actuel Iran). A la tête de sept légions, le trumvir se fit étriller par les cavaliers iraniens dans une des pire défaites de l'histoire romaine ; Carrhae où il fut pris et mis à mort.

César contre le Sénat et Pompée.

Déclaré finalement ennemi public, César est sommé par le Sénat de rentrer à Rome pour être jugé pour avoir mené une guerre illégale en Gaule. L'imperator n'entendait pas se soumettre si facilement tant l'ascension vers la puissance qui était la sienne avait été longue et douloureuse. Il pris donc le chemin de Rome en 50 av. J.-C., mais avec son armée. Arrivé à la frontière de sa zone de commandement, matérialisée par le Rubicon, un petit cours d'eau, il aurait prononcé la célèbre phrase, alea jacta est, littéralement « le sort en est jeté ». Il savait en effet qu'en sortant de son domaine d'exercice du pouvoir légal il entrait forcément dans une opposition militaire contre le Sénat et Pompée, avec lequel il n'avait plus de liens personnels depuis la mort de la fille de César, qui avait été donné en mariage à Pompée pour assurer son alliance. Le Sénat, prit de cours, évacua Rome et partit avec Pompée en Orient où ce dernier savait qu'il possédait des liens clientélaires puissants auprès de rois, d'aristocrates et de vétérans pouvant rapidement lui fournir une armée pour contrer César. Mais celui-ci venait de prendre un avantage très important en mettant la main sur le coeur de l'Empire, le siège du « peuple roi », le centre légal de l'ensemble romain. Il peupla le Sénat d'hommes acquis à sa cause et commença à planifier la poursuite des évènements et notamment son affrontement avec Pompée.

Le triomphe de César.

L'année 48 av. J.-C. fut décisive dans l'affrontement final ; le Sénat allié par les circonstances à Pompée avait donc gagné l'Orient et préparait la guerre contre un César qui avait par son initiative audacieuse pris un net ascendant sur ses ennemis. Poursuivant la dynamique de son mouvement, il se porta à la rencontre du parti pompéien. A Dyrrachium, César piétina face aux fortifications et à la supériorité numérique de Pompée. Une partie de ses troupes s'engagea imprudemment dans la place et fut taillée en pièces, ce qui provoqua sa retraite, poursuivi par son rival. Mais un mois plus tard, dans la plaine de Pharsale, César, toujours face à une supériorité numérique de ses ennemis, fit parler tout son talent, allié à la rudesse de ses vétérans des Gaules. Sachant sa cavalerie inférieure, César avait disposé huit cohortes en couverture, qui dans l'engagement, comblèrent le vide laissé par la déroute de sa cavalerie et repoussèrent même celle de Pompée avant de prendre à revers l'armée ennemie, qui presque encerclée, rompit le combat. Pompée subit ici un échec cuisant, son armée fut détruite et il fuit vers l'Egypte, où il fut cesar
assassiné. Pourtant César n'en avais pas encore terminé avec la guerre pour se rendre maitre du monde romain en pleine division. Fort de son succès, il suivit Pompée en Égypte où il prit Alexandrie et instaura un protectorat sur le royaume. C'est alors que commença son idylle avec la fameuse Cléopâtre. Mais Alexandrie se révolta bientôt contre l'envahisseur étranger. Bloqué dans la ville, César parvint finalement à réaffirmer son autorité. C'est alors qu'il reçut des nouvelles alarmantes en provenance de l'Asie Mineure ; Pharnace, le roi du Pont (un royaume hellénistique dont le centre de gravité est l'actuelle Crimée), héritier du fameux Mithridate, venait de pénétrer avec son armée sur le territoire romain et d'écraser le gouverneur romain. César prit aussitôt l'offensive, traversa rapidement la Syrie-Palestine, avant de déboucher à l'Est de l'Anatolie pour rencontrer son adversaire. Le choc eut lieu à Zéla en 47 av. J.-C., et l'efficacité des troupes de César fit à nouveau ses preuves. L'ennemi fut culbuté et mis en déroute avec promptitude, arrachant à César la célèbre maxime : Vini, vidi, vici, littéralement, je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu. De retour à Rome, il fut fait dictateur pour un an. En 46 av. J.-C., il pris une nouvelle fois l'offensive, mais cette fois-ci en Afrique où des éléments pompéiens se préparaient à combattre. La rencontre eut lieu à Thapsus. Les éléphants éprouvèrent durement ses troupes mais César finit par les repousser et, profitant de son initiative, prit le camp ennemi et bouscula ses troupes, auxquelles il n'accorda aucune pitié ce qui est assez surprenant car il est surtout connu pour sa générosité dans la victoire. Après cette défaite, Caton d'Utique, son ennemi mortel, se donna la mort. Le dictateur ne profita guère de son retour à Rome ; en Espagne le fils de Pompée, Gnaeus faisait le siège d'Ulpia, cité fidèle à César. Il vogua donc avec célérité vers l'Espagne où il fit lever le siège et écrasa l'armée ennemie à Munda (mars 45 av. J.-C.). Revenu une nouvelle fois à Rome, il lui fut remis la dictature pour dix ans, ce qui marquait une faillite complète de la tempérance des pouvoirs républicain. César triompha pour ses nombreuses victoires et reçut une véritable cascade d'honneurs divers, jusqu'à se nomination comme dictateur à vie. Il était alors au sommet de sa gloire et de sa puissance. Les menaces militaires qui pesaient sur lui avait été écrasées. Les menaces pour la longévité de son pouvoir avaient été également dissipées puisqu'il était dictateur à vie. Il commença alors à échafauder les plans d'une immense campagne vers le royaume des Parthes, tombeau de Crassus et de ses troupes.

La conjuration et les Ides de Mars.

Mais sa gloire et sa puissance commençaient à lui attirer de vives inimitiés parmi l'aristocratie qui se voyait ravalée à une maigre compétition pour des honneurs subalternes. De plus l'autorité suprême d'un seul homme était regardée de manière très négative à Rome depuis la chute de la royauté. Le système républicain avait été forgé en fonction de cette véritable phobie d'où la collégialité de la magistrature suprême ; le consulat. Des soupçons très net commençaient à naitre sur une éventuelle volonté césarienne de se coiffer du diadème et de se proclamer roi. Une conjuration fut bientôt mise sur pied et, là où les armes de Pompée et de ses successeurs s'étaient montrées inefficaces, elle finit par réussir. Le jour les Ides de mars 44 av. J.-C., César fut assassiné en plein Sénat par les conjurés et notamment son fils adoptif, Brutus. Le complot avait sans doute pour but de libérer la République du tyran, avec comme perspective illusoire de rendre la stabilité au régime et ainsi de reprendre le jeu de la compétition entre aristocrates. C'était passer sous silences les précédents créés depuis Marius et nier les dérives d'un système en crise depuis longtemps.

L'échec de la restauration républicaine.

En pleine stupeur, le monde romain venait de perdre à la fois l'homme qui mettait en péril les fondements même d'un régime, et celui qui avait pourtant remporté tant de succès pour la gloire de Rome et également ramené le calme dans l'Empire. Les conjurés voulaient eux jeter son corps au Tibre et annuler tous ses décrets pour ramener l'antique libertas. Or, confrontés à l'hostilité populaire, due à politique de César en accord avec les principes populares qu'il défendait, les empêcha de mener ce projet à terme. La mort du dictateur laissait néanmoins d'autres personnalités prêtes à recueillir son héritage. Le premier, Marc Antoine, son fidèle lieutenant était resté seul consul à la mort de César. Le second, Lépide, son maitre de la cavalerie, grade en second placé au coté du dictateur de manière traditionnelle pour tempérer en théorie le pouvoir personnel d'un dictateur. Le troisième, encore effacé car très jeune (19 ans) et peu versé dans les affaires militaires, Octave, petit neveu de César, mais surtout son fils adoptif. Chacun entreprit dans les mois qui suivirent, un peu timidement, de tirer leur épingle du jeu, dans l'immense vide laissé par la disparition de César. Marc Antoine se fit remettre le testament et la fortune de César, couvrant la population de dons afin de s'en attacher l'affection. Les conjurés quant à eux, complètement isolés, quittent Rome, perdant leurs illusions. Octave avait lui appris la mort de son parent alors qu'il était à Appolonie. Il décide alors de rendre visite à ses vétérans qui le reconnaissent comme son successeur. Il s'attache les services de 3000 d'entre-eux, faisant du même coups une entrée remarquée dans la compétition.

Le second triumvirat.

Mais le Sénat ne désarmait pas, et bien que les conjurés se soient retiré, mené par la personnalité de Cicéron, il déclencha la lutte contre Marc Antoine (détesté par le rhéteur) ; c'est la guerre de Modène, premier acte d'une longue série de guerres civiles. Antoine est vaincu et doit faire retraite vers la Provence. L'assemblée s'était entendue avec Octave, mais celui-ci, désormais propréteur (fonction qui nécessite d'avoir accompli la charge de préteur dans le cursus honorum et donc d'avoir au minimum 30 ans, donnant le commandement sur une province avec un commandement militaire, l'imperium réduit par rapport à celui du consul et du proconsul) et, possédant ainsi l'imperium, marche à la tête de huit légions sur Rome. Il s'empara alors du trésor de l'État qu'il distribua à ses troupes. Il se fit aussitôt nommer consul. La réaction sénatoriale fit long feu ; en dépit de ses engagements, Octave se réconcilia avec Antoine par l'entremise de Lépide. Ils fondèrent alors tous les trois le second triumvirat, qui contrairement au premier, était une entente légale, sanctionnée par un texte législatif. Les effets furent immédiats ; une proscription fut lancée dans laquelle périt Cicéron, entre autre, parmi les probables 300 victimes (150 sénateurs et 150 chevaliers). Les triumvirs se partagèrent également le monde romain : Lépide reçut la Gaule Narbonnaise et les provinces ibériques avec trois légions, Antoine, le reste de la Gaule, ainsi que la Cisalpine (Nord de l'Italie) avec 20 légions et Octave, L'Afrique, la Sicile et la Sardaigne avec 20 autres légions. Il leur restait maintenant à venger César de qui ils revendiquait tous l'héritage. De concert, Antoine et Octave se mirent en marche vers l'Orient. En 42 av. J.-C., ils rencontrèrent l'armée des conjurés Cassius et Brutus à Philippes. L'affrontement se déroula en deux temps ; le premier jour, Antoine, contournant le dispositif ennemi par le Sud fut contraint à un choc frontal indécis avec les unités de Cassius alors que dans le même temps, à l'Ouest, le camp d'Octave fut pillé par les troupes de Brutus. Cassius, voyant ses troupes flancher et ne voyant pas le succès de Brutus se suicide. Le lendemain les triumvirs continuèrent à prendre l'initiative ; Octave rejoignit Antoine sur ses positions et Brutus se porta à la rencontre des unités de Cassius, face à Antoine. Le combat s'engagea et vit, après une âpre lutte, les troupes césariennes l'emporter. Brutus, abandonné par ses troupes se suicida à son tour. L'Orient tomba alors en grande partie aux mains des triumvirs ce qui provoqua un nouveau partage du monde romain ; Lépide dut se contenter de la seule Afrique alors qu'Antoine recevait la totalité de la Gaule et Octave l'Espagne à laquelle il ajouta ses possessions. La répartition des tâches allait de paire ; Antoine devait ainsi partir vers l'Orient réaliser le projet de César de conquête de l'espace parthe, plein de gloire et de richesse, marchant ainsi dans les traces d'Alexandre le Grand. Octave recevait la rude mission de régler le sort de Sextus Pompée, fils du grand général qui occupait la Sicile ainsi que de lotir les vétérans de la campagne de Philippes de terres. Lépide était écarté très nettement de la politique.

Octave et Antoine, entre tension et réconciliation.

Le don de terres fut un véritable casse-tête pour Octave qui entre d'ailleurs en conflit avec les partisans d'Antoine ce qui manqua de peu de déclencher les hostilités entre les deux hommes. Mais cela accompli, et assuré du soutient de son collègue après l'entrevue de Brindes, Octave attaqua puissamment la Sicile et se rendit maitre incontesté de l'Occident. Dans le même temps, Antoine apparaissait comme l'homme fort en Orient. Il séjourna à Alexandrie, et comme César avant lui, fut séduit par Cléopâtre, point de départ d'une légende magnifique mainte fois portée à l'écran et ayant fait couler des hectolitres d'encre. Mais Antoine n'oubliait pas sa mission principale. Il marcha ainsi contre les Parthes mais sans être défait lui même, il fut dans l'incapacité de remporter un quelconque succès. Rentré à Alexandrie il y célébra pourtant son triomphe, ce qui scandalisa les Romains car seule Rome pouvait voir l'accomplissement de ce rituel sacré. Les rumeurs sur les déviances d'Antoine commencent alors à se multiplier à Rome, savamment entretenues par Octave. En effet les Romains concevaient le monde et ses habitants selon tout un ensemble de présupposés ; les Gaulois étaient ainsi considérés comme de bons combattants manquant singulièrement de réflexion, les Grecs étaient décrits comme calculateurs, fourbes et efféminés... Globalement, les Orientaux apparaissaient comme mous et lascifs, à l'opposé des vertus cardinales romaines, la sobriété, la tempérance, la maitrise de ses passions. Jouant donc sur les sentiments xénophobes de ses compatriotes, Octave orchestra la suspicion contre son rival, jusque là populaire.

La rupture.

En 32 av. J.-C., il est pourtant mis en difficulté à Rome. Le triumvirat remis en question le laisse sans pouvoir de commandement et l'amène prudemment à quitter Rome où ses ennemis commencent à s'agiter. Mais il força alors la décision. Ayant rejoint ses troupes il rentra à Rome par la force, convoqua le Sénat et fit déclarer par senatus consulte la guerre à Antoine et Cléopâtre. Dans le même temps, Antoine préparait lui aussi l'affrontement. Réalisant une politique semblable à celle de son rival, il alimentait une intense propagande en même temps qu'un renforcement de ses armées. Le monde romain, en tension extrême autour de deux pôles rivaux s'apprêtait à se déchirer une nouvelle fois dans un déchainement de violence. Octave fut nommé consul pour l'année 31 av. J.-C., et après avoir reçu un serment de fidélité par tout l'Occident, il prit l'offensive qui le mena de l'autre coté de la mer Adriatique. Le choc eut lieu à Actium où le fidèle général d'Octave, Agrippa, écrasa la flotte orientale, remportant un succès décisif. Les deux amants romantiques, en déroute, rentrèrent en Égypte où ils se suicidèrent, laissant à la postérité une apothéose dramatique largement exploitée. Rome n'avait plus qu'un seul maitre comme en 44 av. J.-C., mais cette fois l'opposition toute entière était décapitée, tant militaire que politique (par les proscriptions). Octave est pourtant face à une tâche encore gigantesque et que son père adoptif n'avait pu mener à son terme ; réformer complètement la République pour lui rendre sa stabilité tout en préservant son pouvoir sans que cela ne provoque l'indignation générale.

Vers un monde nouveau?

Ainsi se concluent les années tourmentées de la fin de la République où le monde romain, déchiré entre les intérêts de quelques grands personnages tremble dans son unité. Le régime républicain, rongé par les appétits agonistiques de ses plus grands représentant qui se livrent une lutte à mort pour le pouvoir, ne peut rester en l'état pendant longtemps et doit trouver un nouveau souffle pour affronter l'avenir. Malgré tout, entre ces turpitudes, l'espace romain s'est considérablement dilaté, profitant des appétits de puissance des grands imperatores qui devaient bénéficier de la gloire acquise sur les champs de bataille pour prétendre à la puissance suprême. Ce fut le succès de César et le tombeau de Crassus. Mais justement, avec ce dernier un nouvel élément venait de rentrer dans l'orbite romaine, un nouvel ennemi digne de Rome, l'Empire parthe, héritier des puissants souverains achéménides. De son coté, Rome, la cité hellénisée recueillait l'héritage d'Alexandre. L'opposition des deux grands Empire universel ne pouvait rester lettre morte, et Rome ne resterait pas sur un échec.

Bibliographie

- Théodore Mommsen, Histoire Romaine, Tome 1, Robert Laffont, 1985.

- Pierre Grimal, La civilisation romaine, Flammarion, 1981.

- Jean-Michel David, La république romaine, De la deuxième guerre punique à la bataille d'Actium, 218-31 av. J.-C., Seuil, 2000.

- Marcel Le Glay, Yann Le Bohec, Jean-Louis Voisin, Histoire romaine, PUF, 2006.

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