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Les blindés dans la grande Guerre (4/5)

Mark_IV_tank_at_WaillySuite de notre série sur les blindés de la première guerre mondiale. Malgré des débuts incertains sur la Somme, les britaniques engagent en 1917 leurs chars de type Mark. A la suite de la bataille de Cambrai, une évidence s’impose à tous les Etats-major : engager des chars de manière massive était le moyen le plus efficace de percer les lignes ennemies en déplorant un minimum de pertes humaines, même face à des tranchées très bien défendues.

Les Mark britanniques au front, de Bullecourt à Cambrai

En 1917, l’Entente envisage une rupture du front du fait de deux offensives : l'une française au Chemin des dames, l'autre britannique devant Arras. L'attaque du village de Bullecourt, situé au sud-est d’Arras, voit l’Etat-major britannique engager à nouveau les tanks Mark.

Le 11 avril 1917, deux brigades australiennes attaquent ainsi Bullecourt appuyées par 12 tanks mais sans le moindre soutien d'artillerie. Pris sous un feu d'enfilade, les Australiens doivent néanmoins se replier. Les pertes de la 4ème Brigade s'élèvent à 2258 sur un effectif de 3000 hommes. Les Allemands capturent en outre 27 officiers et 1137 hommes et ne déplorent que 750 tués. Le 3 mai 1917, une deuxième attaque est menée par les 62ème et 2ème Division australienne sur les deux flancs du village. Bullecourt est enfin capturé mais les Britanniques ne parviennent pas à percer la ligne Hindenburg. Au total, les pertes britanniques et australiennes s'élèvent à 14000 hommes.

Les chars MK-1 et quelques nouveaux MK-2 envoyés sur le terrain neigeux de Bullecourt auront été cloués au sol. Non pas du fait du terrain, mais parce que les nouvelles cartouches allemandes percent le blindage des chars. Les fantassins allemands percevaient 5 de ces cartouches de type « K » équipées même des mitrailleuses.

British_Mark_IV_Tadpole_tank
Les Britanniques retiennent toutefois la leçon. Ils revoient le mode de fixation des plaques de blindage. Le nouveau char MK-IV fait ainsi appel à des blindages plus épais, résistants aux projectiles spéciaux des allemands. Le système de ventilation interne des blindés est également repensé et amélioré. Les MK-4 entrent en action en juin 1917 à Messines.

Après le désastre de l'offensive Nivelle et la boucherie du Chemin des Dames, le Général Philippe Pétain décide de rester sur la défensive en attendant les chars et les troupes américaines. Le Général Douglas Haig, commandant en chef du Corps expéditionnaire britannique opte quant à lui, pour une grande offensive dans les Flandres. L'action préliminaire de cette dernière consiste alors à capturer la crête de Wytschaete (8 kilomètres de long et parfois 84 mètres d'altitude). Le village de Messines (au sud d’Ypres) n'étant entouré que d'une colline et d’aucune crête, l’Etat-major britannique estime pouvoir réduire le saillant autour de Wytschaete. C’est la tâche confiée à la IIème armée du Général Herbert Plumer.

Les chars engagés, soit environ 75 MK-4, ont pour mission de soutenir l'infanterie, mais non d'opérer eux-même la percée (ils ont pour principale tâche de nettoyer les nids de mitrailleuse). Cette fois, la préparation d’artillerie devait être massive. Le Général Herbert Plumer avait en effet ordonné une préparation de 17 jours précédant le jour de l’attaque fixé au 7 juin. Il déclare ainsi à son Etat-major avant la bataille : « Messieurs, nous n'écrirons peut-être pas l'Histoire demain, mais nous changerons certainement la géographie ».

Les chars devaient arriver la veille de la bataille afin d'éviter qu’ils ne soient repérés. En outre, le bruit généré par leur déplacement couvre toute communication entre les véhicules. Il était donc nécessaire d'utiliser des marquages au sol pour que les unités blindées puissent gagner leurs positions. Faute de marquage, des guides devaient conduire les blindés. Privés tant de guides que de marquages, certains équipages de blindés devaient trouver seuls leurs positions en se basant sur des croquis ou sur les montées de l'infanterie. Arrivés au but, ils sont exténués avant même le début de la bataille.

L’attaque de Messines est l’une des plus réussie de la guerre pour l’Entente. Après les explosions, les Britanniques et les troupes du Commonwealth (Australiens et Néo-Zélandais) passent à l'attaque et réussissent à coiffer rapidement le point sud de la crête. En deux heures seulement, certaines unités atteignent la deuxième ligne allemande et à 7 heures, les villages de Messines et de Wytschaete (capturé par les troupes irlandaises des 16ème et 36ème divisions) tombent aux mains des Alliés. Les troupes britanniques commencent alors à descendre le versant est de la crête, et l'artillerie est poussée en avant. En début d'après-midi, les tanks et les troupes en réserve entrent en action. Enfin à 15 heures 10, les objectifs sont atteints. La crête est tenue, les Britanniques s'enterrent et réussissent à contenir les contre-attaques allemandes. La coopération entre les chars MK-4 et l’infanterie s’avéra bien meilleure à Messines que durant les précédents engagements de tanks. Les chars détruisirent les nids de mitrailleuses allemands, permettant à l’infanterie d’occuper facilement le terrain. Même embourbés, ils constituaient des points d'appui pour l'infanterie. Mais cet assaut n'aura pas permis de montrer toute l'étendue de leur potentiel. Une fois encore, les blindés s'étaient en effet vus assigner des objectifs secondaires. Ils prouvèrent néanmoins qu’ils pouvaient jouer un rôle plus important que celui d’un simple soutien de l’infanterie.

Les officiers spécialisés de l'arme blindée poussaient déjà depuis un certain temps les Etats-major vers un changement radical dans l'emploi des chars. Ils demandaient surtout que l'on emploie les blindés sur des terrains assez plats, c'est-à-dire pas encore pilonnés par l'artillerie et obtinrent satisfaction. La première bataille de Cambrai allait leur donner raison.

La bataille de Cambrai

Après la troisième campagne d’Ypres en 1917, le front ouest semble demeurer figé jusqu’au retour du beau temps. Néanmoins, les Etats-major britanniques et allemands ont d’autres idées en tête. Le Général Haig prépare une nouvelle action pour effacer l’échec des Flandres. Il conclut après réflexion que le secteur de Cambrai demeure le plus propice pour une telle offensive, les lignes allemandes n’y étant pas aussi défendues qu’ailleurs. Haig rassemble donc une armée comprenant notamment un important soutien de l’artillerie et des tanks, mais ne peut constituer de réserves du fait des pertes importantes subies dans les Flandres et de l’activité sur le front italien. L’absence de réserves lui donne ainsi l’avantage de la surprise mais pas la possibilité de l’exploiter.

Le secteur de Cambrai est notamment choisi car il n'a pas beaucoup subi les bombardements d’artillerie. Le terrain dégagé et plat qu’il présente apparaît donc idoine pour un engagement massif de blindés. De nouvelles techniques de tir d’artillerie sont en outre employées à Cambrai. Les positions ennemies étant désormais repérées à l’avance, les tirs sont ajustés par le biais de cartes et non plus en observant simplement les points d’impact. Ainsi, les tirs de barrage d’artillerie s’avèrent plus précis et plus efficaces, l’effet de surprise des bombardements étant restauré puisque le tir de salves préliminaires n’est plus nécessaire.

Des tranchées antichars larges et profondes avaient néanmoins été creusées par les Allemands. Les Britanniques imaginèrent de grouper les chars par 3, chacun emportant une grosse fascine. Le premier jetterait sa fascine dans la tranchée, les deux autres passant dessus et ainsi de suite.

La IIIème Armée britannique du Général Julian Byng ouvre la bataille de Cambrai. L’attaque principale conduite par des chars Mark IV fait face à une section de la ligne Hindenburg défendue par la IIème Armée allemande du Général Georg von der Marwitz. Le plan du Général Byng vise à percer les positions allemandes entre le canal de l'Escaut et le canal du nord. La cavalerie doit ensuite avancer rapidement sur Cambrai, tandis que les unités d'infanteries et les tanks prennent la crête de Bourlon avant d'avancer au nord-est sur Valenciennes.

La bataille débute le 20 novembre 1917 par un bref tir de barrage de 1 000 pièces d'artilleries pour briser la résistance de la ligne Hindenburg. L'attaque principale est menée par 476 chars d'assaut (environ 380 en première ligne et une centaine en réserve). C’est la première utilisation massive de tanks de la guerre. Ces blindés sont suivis par 6 des 19 divisions du Général Byng et avancent de 8 kilomètres sur le front. Les premières attaques sont décisives. La ligne Hindenburg est percée par endroits de 9 à 12 kilomètres, sauf à Flesquières où les Allemands résistent avec acharnement et parviennent à neutraliser plusieurs chars. En outre, la mauvaise coordination entre l'infanterie et les tanks britanniques contribue ici encore à ralentir leur progression.

Cambrai_1919

Malgré les grands progrès réalisés dès le premier jour de la bataille, les Britanniques rencontrent beaucoup de difficultés à maintenir leur rythme de progression. De nombreux chars d'assauts connaissent en effet des défaillances mécaniques, s'embourbant notamment dans les fondrières ou étant détruits par des tirs d'artillerie allemande à courte portée. La bataille se concentre autour de la crête de Bourlon, à l'ouest de Cambrai.

Le 30 novembre, les troupes allemandes engagées contre la IIIème armée britannique du Général Byng, entament des contre-attaques en vue de regagner le terrain perdu. Le Prince consort Rupprecht de Bavière, commandant du secteur menacé, a ainsi dépêché des renforts considérables au secours de la IIème armée du Général von der Marwitz qui a, jusque-là, essuyé le gros de l'attaque.

Les contres attaques allemandes sont particulièrement efficaces, principalement pour trois raisons que sont l'utilisation d'un tir de barrage bref, l'emploi de nouvelles unités de soldats d'assaut (des Sturmtruppen, comme contre les Russes à Riga) et le soutien apporté par des avions à basse altitude aux unités en première ligne. Les Britanniques, trop déployés et manquant de réserves, sont contraints d'abandonner une grande partie du territoire âprement gagné. Le 3 décembre, le Général Haig donne l'ordre de retrait du saillant et le 7 décembre, tout le terrain conquis par les Britanniques est abandonné à l'exception d'une partie de la ligne Hindenburg autour d'Havrincourt, de Ribécourt et de Flesquières. Les Allemands gagnent en revanche une bande de terrain au sud de Welsh ridge.

A Cambrai, les tanks qui n’avaient pu tenir seuls le terrain durent certes se replier. Mais peu à peu, une évidence s’impose à tous les Etats-major : engager des chars de manière massive était le moyen le plus efficace de percer les lignes ennemies en déplorant un minimum de pertes humaines, même face à des tranchées très bien défendues.

A suivre : les chars de la victoire.

Bibliographie

- Robin Prior & Trevor Wilson, La Première Guerre mondiale : 1914 - 1918. Autrement, 2001.

Les chars de la Grande Guerre de Paul Malmassari. 14-18 Editions, 2010.

La guerre des chars 1916-1918 de Henri Ortholan.

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