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La Loire, frontière de la Guerre de Cent ans (1419-1440)

loireLoin des grandes batailles (souvent des défaites françaises), des chevauchées dévastatrices anglaises du Prince noir, ou des luttes pour les grandes villes (Orléans, Paris,...), il est une région en France qui fut le théâtre méconnu mais décisif de la Guerre de Cent ans, et du conflit entre Armagnacs et Bourguignons. Situés sur les rives de la Loire, respectivement aux marges du duché de Berry et du duché de Bourgogne, le Sancerrois et le Nivernais ont vu passer et s'affronter les plus grands personnages du conflit, de Charles VII au duc de Bedford, en passant par Jean sans Peur et Jeanne d'Arc, vaincue à La Charité-sur-Loire par un curieux individu, Perrinet Gressart. Pendant une vingtaine d'années, au début du XVe siècle, la Loire a ainsi été une véritable frontière de la Guerre de Cent ans.

 

Le comté de Sancerre (XIVe-XVe siècle)

Le Sancerrois fait partie du domaine royal depuis le XIIIe siècle. L'histoire des comtes de Sancerre est directement liée aux batailles de la Guerre de Cent ans. En effet, le comte Louis II est tué à la bataille de Crécy, en 1346. Lui succède son fils Jean III qui, lui, est fait prisonnier avec le roi de France Jean le Bon à la bataille de Poitiers (1356). Il reste l'un des otages garants du roi suite au traité de Brétigny (1360).

Pendant ce temps, l'Anglais Robert Knolles ravage le val de Loire jusqu'à Cours-les-Barres, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Sancerre. Profitant de l'instabilité de la région, des bandes armées pillent le monastère de Saint-Satur, tout près de Sancerre, en 1361. Trois ans plus tard, des Grandes Compagnies emmenées par l'Anglais John Aymery occupent La Charité-sur-Loire et tentent à leur tour un coup de main contre Sancerre. Le comte Jean III, revenu de captivité, les repousse. C'est probablement à l'époque de Jean III que la Tour des Fiefs (encore visible aujourd'hui) est construite à Sancerre.

Le comte n'a que deux filles, et c'est l'aînée, Marguerite, qui lui succède en tant que comtesse de Sancerre à sa mort en 1402. Par mariage avec Béraud II, dauphin d'Auvergne, Marguerite transmet le comté à la maison d'Auvergne. Le premier comte de Sancerre de cette nouvelle maison est Béraud III, à partir de 1419. C'est le moment du début de la guerre civile Armagnacs contre Bourguignons, et le Sancerrois se retrouve logiquement dans le premier camp.

Le comté de Nevers (XIVe-XVe siècle)

L'histoire du Nivernais est un peu plus complexe. Au XIVe siècle, le comté de Nevers est sous domination des comtes de Flandre, une région à cette période décisive dans la rivalité entre la France et l'Angleterre. Le comte Louis II de Nevers (Louis Ier de Flandre) est tué à Crécy en 1346, comme le comte de Sancerre (et bien d'autres). Son fils Louis III, qui lui succède, rend alors hommage au roi de France, Philippe VI de Valois. En 1347, apparemment sur les conseils du roi, Louis III épouse Marguerite de Brabant. Le roi d'Angleterre, Edouard III, lui en veut d'avoir choisi l'allégeance au roi de France, et si Louis III n'est pas présent à Poitiers, il doit subir les chevauchées anglaises de la fin des années 1350, avec notamment le siège par les Anglais de Nevers et Auxerre. En 1369, il marie sa fille Marguerite au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, qui l'aide à chasser les Anglais du Nivernais au début des années 1370.

Cette décision est fondamentale pour le comté de Nevers, qui passe à la fin du XIVe siècle sous la domination du duché de Bourgogne. Le fils de Philippe le Hardi, Jean, est comte de Nevers à treize ans, en 1384. Douze ans plus tard, le jeune comte participe à une croisade contre les Turcs, détruite à Nicopolis, où il capturé. C'est pourtant lors de cette expédition qu'il est surnommé « Jean sans Peur »jean-sans-peur...A son retour dans le Nivernais, le comte fortifie Nevers ; c'est de cette époque que date la Porte du Croux. En 1404, Jean succède à son père comme duc de Bourgogne. Le comté de Nevers échoit à son frère Philippe, qui participe aux combats dans le nord de la France aux côtés de Jean, alors que s'est déclarée la guerre civile Armagnacs contre Bourguignons. Mais en 1415, Philippe de Nevers est tué à la bataille d'Azincourt. Ses fils Charles et Jean étant trop jeunes, c'est leur mère, Bonne d'Artois, mais plus encore le duc de Bourgogne, qui décident du sort du Nivernais, qui devient à ce moment une région décisive pour la guerre, plus encore quand le duché de Bourgogne choisit le camp anglais en 1419, suite à l'assassinat de Jean sans Peur. Son fils, Philippe le Bon, a épousé Bonne d'Artois et obtient la tutelle de ses fils, et du comté.

Armagnacs, Bourguignons et Anglais pour le contrôle de la Loire

Se met en place à partir de 1419 une phase fondamentale de la Guerre de Cent ans, à laquelle se mêle le conflit entre les Armagnacs et les Bourguignons. Et la Loire est à elle seule un élément stratégique déterminant, notamment la région allant de Gien à Nevers.

Les années précédentes déjà, les rives sancerroises et nivernaises de la Loire ont connu quelques attaques, notamment de routiers et de brigands, d'un camp comme de l'autre. Quelques anecdotes montrent une tension qui perdure et s'accentue, et une région qui subit de plein fouet les désastres de la guerre. Citons l'exemple des moines de Saint-Satur, entre Sancerre et Cosne-sur-Loire, dont le monastère est pillé par des routiers anglais en 1420 (après le pillage de 1361). Les moines sont rançonnés, mais comme personne ne peut (ou ne veut) payer, la plupart sont envoyés à Cosne et noyés dans la Loire. Seuls huit en réchappent, et se réfugient à Sancerre.
Mais la Loire devient rapidement le principal centre d'attention du Dauphin Charles, futur Charles VII, alors « roi de Bourges », dans le Berry, côté sancerrois donc. Il tient absolument à prendre les places anglo-bourguignonnes de la rive droite du fleuve. En 1422, il vient faire le siège de Cosne, tenue par le sire de Reuillon. Celui-ci ruse en promettant de livrer la ville s'il n'a pas reçu de renforts avant la mi-août. Mais il sait que le duc de Bourgogne et le roi d'Angleterre, Henri V, sont en route. Le souverain anglais, malade, doit retourner à Vincennes, mais Philippe le Bon approche, accompagné du duc de Bedford ; le Dauphin préfère alors se retirer à La Charité-sur-Loire, qu'il occupe depuis peu. Les Anglais contre-attaquent en passant la Loire et en mettant le siège devant Sancerre, de laquelle Charles avait lancé son attaque sur Cosne ; la ville n'est sauvée que par l'annonce de la mort d'Henri V, qui décide les Anglais à rebrousser chemin. Le Dauphin est entretemps retourné à Bourges, et un curieux personnage, Perrinet Gressart, en a profité pour prendre La Charité-sur-Loire, place stratégique en raison de son pont sur la Loire, le seul de la région avec ceux plus au sud et moins protégés, de Decize et Nevers.

Perrinet Gressart maître de La Charité-sur-Loire

D'origine incertaine, Perrinet Gressart aurait participé à Azincourt côté anglais. Il est surtout un mercenaire qui se fait connaître dès 1417 en capturant et rançonnant Louis de Bourbon, 15 ans, demi-frère de Bonne d'Artois, comtesse de Nevers ! Le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, doit intervenir en personne. Deux ans plus tard, le mercenaire pille le prieuré de La Charité-sur-Loire, et sur demande des clercs, il est excommunié par le concile de Constance. Cela ne semble pas l'émouvoir et il continue ses activités de mercenaire/pillard dans la région, au service des Anglais et des Bourguignons, mais surtout de lui-même.

S'il occupe un temps La Charité, il ne semble pas présent lors de la prise de la ville par le futur Charles VII en 1421. En revanche, c'est bien lui qui la reprend un an plus tard (ou en 1423), et en fait le quartier général de ses raids dans la région. Il parvient à mettre la population de son côté, et installe d'autres points d'appui, notamment à Passy-les-Tours. Les fortifications de La Charité, détruites en partie sous Charles V (la ville avait été tenue dans les années 1370 par deux capitaines anglais hostiles au roi), sont rénovées par Perrinet Gressart.passy

Bourguignons et Anglais tentent en vain de le persuader de leur livrer la ville, dont le pont a une valeur stratégique inestimable. Le comte de Suffolk va même jusqu'à se déplacer pour le convaincre. Le mercenaire n'est pas plus compréhensif envers l'autre camp : en 1425, il capture le conseiller du Dauphin, Georges de La Trémoille, qui faisait route vers la Bourgogne pour négocier ! La rançon n'est payée qu'en mars 1426, et Perrinet Gressart a fortement menacé les négociations entre Armagnacs et Bourguignons. La même année, il renforce sa position en mettant la main sur La Motte-Josserand, près de Cosne, une ville que ses hommes contrôlent déjà. Il faut attendre le traité de Corbigny (26 février 1427) pour que Perrinet Gressart accepte de remettre La Charité au prieur, et se replie à La Motte-Josserand. Mais dans les faits, il est toujours le maître de la région, comme le prouve l'épisode qui suit.

Jeanne d'Arc contre Perrinet Gressart

En 1427, le duc de Bedford assiège Montargis pour lancer une offensive sur la Loire et le Berry. Mais le 5 septembre, les Anglais sont repoussés par Jean d'Orléans, dit « Dunois », et « La Hire ». Une fois roi, Charles VII concentre ses armées à Gien et près du Bourbonnais et de Decize. La ville de La Charité-sur-Loire est plus que jamais le centre de son attention, grâce à son pont.lettrejeanneCôté anglais, on continue à tenter de séduire Perrinet Gressart. Posséder la ville est essentiel pour eux dans la route vers Bourges. Grâce au duc de Bedford, le mercenaire obtient du jeune roi Henri VI des possessions en Normandie ; il devient ainsi vassal du roi d'Angleterre ! Ce n'est pas pour autant qu'il livre La Charité aux Anglais...
Dans le camp de Charles VII, la décision de l'attaque de La Charité est en partie liée aux problèmes de Jeanne d'Arc avec l'entourage du roi. En effet, après l'échec devant Paris en septembre 1429, la Pucelle voit son aura pâlir à la cour. Les conseillers, autour de La Trémoille, semblent alors s'arranger pour l'éloigner de Charles VII en lui demandant de prendre la ville sur la Loire, alors qu'elle aurait préféré s'attaquer à la Normandie ou à L'Île-de-France. Elle sera accompagnée de Charles d'Albret. L'idée semble incongrue car la période, l'hiver 1429, n'est pas à la guerre. Jeanne doit demander de l'aide à plusieurs villes, parmi lesquelles Orléans et Riom, pour financer son expédition.
Jeanne d'Arc prend Saint-Pierre-le-Moûtier le 5 novembre, et Moulins-sur-Allier le 9 novembre 1429. Puis elle met le siège devant La Charité-sur-Loire. La place est évidemment défendue par Perrinet Gressart. Les détails sont peu connus, mais l'on sait qu'il n'y aurait eu que deux assauts, les assiégeants étant gênés par la boue, qui rendait difficile l'usage de l'artillerie. Perrinet Gressart aurait aussi accompli une ruse pour mettre en déroute les troupes à pied de Charles d'Albret. Le siège est abandonné avant Noël, et Jeanne retourne à Jargeau, près d'Orléans. Même si toutes les sources ne le confirment pas, elle aurait laissé sur place une partie de son artillerie, que Perrinet Gressart ne se prive pas d'ajouter à son butin.LC
La nouvelle fait grand bruit. Jeanne est critiquée par La Trémoille et les autres conseillers du roi, mais ce sont surtout le comte de Nevers et le duc de Bourgogne qui protestent. En effet, les négociations continuaient entre Charles VII et la Bourgogne, et l'attaque de La Charité, ville normalement nivernaise et bourguignonne, est très mal prise. La Trémoille doit alors affirmer que seul Perrinet Gressart était visé.

Le traité d'Arras et la paix entre royaume de France et Bourgogne

L'échec de Jeanne devant La Charité-sur-Loire ne remet finalement pas en cause le rapprochement entre la France et le duché de Bourgogne. La Pucelle capturé puis tuée par les Anglais, les négociations continuent les années suivantes.
Charles de Nevers obtient une trêve entre le duc de Bourbon et le duc de Bourgogne, et la fête est célébrée à Nevers, en 1435. En effet, malgré Perrinet Gressart, le comte de Nevers a toujours su garder une certaine neutralité dans les conflits, que ce soit entre Charles VII et les Anglais, ou entre Armagnacs et Bourguignons. C'est à Nevers que sont jetées les bases de la paix d'Arras.

La traité d'Arras est signé le 20 septembre 1435, et signe la fin de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Libéré de la tutelle de Philippe le Bon, le comte de Nevers, Charles, fait allégeance au roi de France et l'aide à se débarrasser des chefs de bande dans le Nivernais.

Le plus dangereux d'entre eux, Perrinet Gressart, n'est cependant pas facile à déloger. Celui-ci tient encore sous sa coupe Cosne, Decize, et bien entendu La Charité-sur-Loire. Le comte de Nevers et Charles VII décident alors de l'acheter plutôt que de le combattre ! Le mercenaire devient ainsi capitaine de La Charité, de La Tour de Cosne, et capitaine général du Nivernais ; il reçoit la somme énorme de 22000 saluts d'or ! Il faut tout de même que Charles VII passe en personne à La Charité, en 1440, pour que la ville lui soit livrée...Perrinet Gressart meurt, très riche, à La Motte-Josserand, en 1442.

Quant aux comtés de Nevers et de Sancerre, la fin de la Guerre de Cent ans ne résolve pas tout pour eux. En particulier le Nivernais, toujours dans l'orbite du duché de Bourgogne, dont le conflit avec la France reprend sous Louis XI...

Bibliographie

- B. Bove, Le temps de la Guerre de Cent ans, Belin, 2009.
- P. Contamine, O. Bouzy, X. Hélary, Histoire et Dictionnaire de Jeanne d'Arc, Robert Laffont, 2011.
- A. Faivre, Cosne à travers les âges, éditions Bourra, 1895.
- J. Faugeras, Sancerre, deux mille ans d'histoire, Terroir, 1998.
- J. Faugeras, Perrinet Gressart, Aaz, 2005.
- A. Massé, Histoire du Nivernais, éditions des Traboules, 1937.
- E. Roger, La Charité-sur-Loire, une ville dans l'Histoire, La Charité-sur-Loire, 2006.
- La Charité, place de guerre, Les Amis de la Charité, 2002.
- Aspects du Nivernais au Moyen âge : XIème-XVème siècles, Conseil général de la Nièvre, 1997.

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