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Accueil Histoire de France Versailles : entre Monarchie et Empire (1789 - 1799)

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Versailles : entre Monarchie et Empire (1789 - 1799)

versailles_6_octobreDans son récit prémonitoire « L’an 2440 », Mercier écrivait au sujet de Versailles « je n’aperçois que des débris, des murs entr’ouverts, des statues mutilées ; quelques portiques à moitié renversés laissaient entrevoir une idée confuse de son antique magnificence ». Nous n’en sommes bienheureusement pas encore là, quoique le lieu ait subi les affres de la Révolution…

 

Le roi quitte Versailles et le château éteint ses lumières

Le 6 octobre 1789, le roi et sa famille quittent Versailles, emportant quelques meubles, le reste est recouvert de tissus, les volets sont fermés, les lumières sont éteintes !

En début d’année 1790, il reste pourtant 1 500 occupants : les valets et les membres du service d’ordre composés de la garde nationale, des Suisses ainsi que le régiment de Flandre pour surveiller le parc et les alentours. C’est l’occasion rêvée d’engager des travaux de restauration : des chantiers fleurissent un peu partout, le mobilier est transféré au Garde Meuble (à côté de l’ancien hôtel de Pompadour), le roi avance des sommes pour le nettoyage du Grand Canal ; mais après sept mois de travaux, les finances sont au plus bas, tous les travaux sont stoppés. Le château et son parc ne servent plus qu’aux promeneurs et curieux. A l’intérieur, on continue à s’occuper : on reblanchit, on redore, on revernit.

Les différentes options de reconversion

Alors que les derniers 70 résidents (femmes de chambre, concierges et médecins, balayeurs et frotteurs) sont expulsés au lendemain du 10 août 1792, la municipalité de Versailles fait poser les scellés au château : en effet, elle est mise au courant de la création d’une commission pour récupérer les tableaux, statues et objets dépendant du mobilier de la Couronne ; le 11 septembre, un député demande la fonte des bosquets et fontaines pour en faire des balles ; fin septembre le ministre des contributions récupère 500 matelas et couvertures et autant de draps pour l’armée, alors qu’une motion a été votée le 21 septembre par le ministre Roland « Versailles est sauvé et sera transformé en lycée de la Nation française, la retraite des philosophes et l’école des artistes » ! Malgré tout, le 20 octobre, le même Roland signe un papier admettant la vente des objets se trouvant au château ; le procureur général syndic de Paris va plus loin et veut afficher « maison à vendre » !

En février 1793, les Versaillais se démènent en proposant différentes solutions : hébergement des artistes de Rome où la Villa Médicis venait de brûler ; établir le château en établissement utile ; instaurer dans le palais une école républicaine, un gymnase public mais il faudrait détruire la cour de marbre, les ailes et transformer les cours intérieures ; installation de diverses écoles de médecine, chirurgie, mathématiques, histoire, peinture, musique mais en rasant les appartements privés ! Heureusement, rien ne fut fait, la Convention avait d’autres soucis et peut être aussi quelques remords à détruire de si belles constructions, même réalisées par les Rois !

Le 10 juin 1793, la Convention signe un décret concernant les modalités de la mise en vente « du mobilier somptueux des derniers tyrans de la France ». Pendant un an, les 17 000 lots d’équipement et de fournitures sont vendus et achetés par des fripiers et petits brocanteurs, mais point de tableaux ou de grands mobiliers difficiles à revendre. La Convention ayant ce bâtiment sur les bras le déclare Etablissement Public en juillet 1793. Elle accepte que « Versailles servira à la jouissance du peuple en formant un établissement utile à l’agriculture (en parlant des jardins) et aux arts » et la République prend en charge les frais d’entretiens ; les jardins sont sauvés in extrémis, mais les arbres sont utilisés à des fins militaires.

napoleon_versaillesAlors que le château sert de dépôt à partir de novembre 1793, pour tout ce qui est saisi dans le département de Seine et Oise (œuvres d’art, meubles, statues, bustes pris aux émigrés et condamnés), la Commission départementale des arts veut en faire un Muséum, ouvert au public deux jours par décade à la belle saison !

En février 1795, un projet d’aménagement est réalisé : l’Opéra Gabriel servira à la Fête de la Jeunesse, la Chapelle Royale deviendra un temple civique, les derniers animaux vivants de la Ménagerie royale seraient installés dans cet endroit grâce aux soins apportés par Bernardin de Saint Pierre car on estimait « que ces animaux devaient être utiles à l’instruction publique ». En août, comme les travaux n’avancent pas bien vite, un groupe de quatorze conservateurs est nommé. Sous leurs ordres, vingt quatre gardiens sont attribués aux salles et feraient une sélection du public admis à la visite sur présentation de cartes, avec obligation de laisser bâtons, cannes et manteaux au vestiaire. Ce public y vient plus pour la nostalgie des lieux, comme le mentionne Charles de Constant (un Genevois) « le goût et l’élégance des Petits Appartements sont parfaits, on y respire encore un air parfumé, qui rappelle la volupté et l’ambroisie qu’on y a goutées une fois. Mais le silence, la solitude de ce lieu, l’air triste et morne de ceux qui le montrent, jettent dans l’âme une tristesse, une mélancolie dont on ne peut se défendre ».

Les conservateurs s’usent à la tâche, mais ne sont pas payés ; certains tentent d’apprendre la musique, d’autres le dessin puisqu’il était question de créer une Ecole Centrale au Muséum. Ils vont pourtant déchanter en juin 1796 lorsque l’administration de cette école sera en place : installée dans l’aile nord des Ministres, les cours de dessin, d’histoire naturelle, de mathématiques, de grammaire et de droit seront dispensés sans aucun concours extérieur, ils ne seront pas embauchés pour dispenser les cours, seuls cinq heureux élus resteront ! Comble de malheur : ces conservateurs devront organiser une dernière vente publique des trésors conservés au Garde-meuble !

Le ministre de l’Intérieur Bénézech va pourtant bien s’occuper du Muséum en 1797 en instaurant à Versailles « le Musée spécial de l’Ecole française » afin de ne pas faire de concurrence avec le Louvre. Une répartition des œuvres est réalisée : le Louvre enverra 600 peintures et 80 sculptures à Versailles pour l’ouverture définitive au public à la fin 1801. En échange Versailles lui adressera 140 tableaux et 30 statues.

Nous sommes en décembre 1797 quand Barras demande au conseil des Cinq Cents d’établir un projet définitif de l’avenir de Versailles, car pour lui quand même « ce serait à regret que le Gouvernement verrait le vandalisme voter l’anéantissement de cet ensemble de chefs-d’œuvre, dont le goût et la liberté peuvent faire un emploi qui en épure l’existence ». Une brochure est publiée portant le titre « Idées et vues sur l’usage que le Gouvernement actuel de la France peut faire du château de Versailles » proposant (carrément) d’y réinstaller le gouvernement. Le Directoire et les Conseils s’installent avec 2 000 soldats affectés dans les bâtiments correspondant à la Maison de l’Empereur !

Les dégâts durant la décennie

versailles_6_octobreLes plus grands dégâts eurent lieu entre 1792 et 1794. Les emblèmes de la monarchie vont être détruits…par ceux qui les avaient construits et entretenus jusque là, car devenant fonctionnaires de la Nation, ils devaient se résoudre à obéir ! A l’intérieur, Il s’agit principalement des fleurs de lys, des couronnes, des médailles, des croix, des devises et inscriptions, sans parler du vandalisme (vitres volées, serrures arrachées) …car on entre dans le château comme dans un moulin. En 1793 c’est au tour de la Chapelle ; les couronnes et sceptres disparaissent dans le salon de la Guerre et la Grande Galerie, dans les appartements et les cabinets ; l’aile du Midi fut occupée par la manufacture d’armes de Boutet et tout fut dévasté et cassé… mais malgré tout, pendant ce temps on réparait les serrures et boiseries du château !

A l’extérieur les jardins, bosquets, fontaines, bustes sont concernés ; Trianon est dévasté, les vitres, les serrures et les dessus des portes ainsi que les fenêtres sont arrachés, les consoles brisées, les meubles et miroirs disparaissent, les lieux sont transformés en auberge pour touristes, avec buvette et bal dans le Jardin français. Le lac est mis à sec, les dalles de marbres sont arrachées, le domaine est morcelé et vendu en dix lots ; le Grand Canal est asséché, cédé lui aussi et mis en pâture ; des pommiers et des légumes vont être plantés entre 1794 et 1796.

Mais c’est plus à la période du Directoire en 1796, que les beaux meubles vont être bradés (secrétaires, coffres, tables, torchères, vases de Sèvres, tentures des Gobelins).

Finalement, dans l’ensemble, le château n’aura pas trop pâti des différents régimes, les « fonctionnaires » avaient fait en sorte d’entretenir l’ensemble pendant les années de Révolution, même si l’herbe sort des pavés, même si l’eau s’infiltre à quelques endroits. De cette période troublée, il ne subsistera (pour peu de temps) qu’un jeune chêne Arbre de la Liberté planté au milieu de la Cour d’Honneur… « à quelques pas de l’endroit où Louis XVI partit en carrosse vers son destin 8 ans plus tôt » !

Le Directoire abandonne la partie, la Révolution s’achève, Bonaparte arrive en novembre 1799 et tentera de sauvegarder le Palais, comme nous le verrons dans la suite. Versailles respire mais comme le pense Gérald Van der Kemp, ancien conservateur en chef « une vieille maison n’est jamais sauve » !

Voir aussi

- Ils ont sauvé Versailles, de Franck Ferrand. Perrin, 2003.

- Napoléon et Versailles – Jérémy Benoit. RMN, 2005.