Histoire de la poupée au XVIIIe siècle

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À l'époque moderne, le jouet est d'abord considéré comme inutile, car trop cher, nocif et détournant l'enfant d'une étude sérieuse. Sous le siècle des Lumières, il devient un objet intéressant permettant de comprendre l'enfant et de le rendre heureux. La poupée étant le jouet le plus utilisée par la petite fille, permet de constater les évolutions sociales de l'époque. Le mot « poupée » fait son apparition dans les récits au XVIIIe siècle et tient ses racines du latin « pupa » qui englobe plusieurs significations telles que la petite fille, la poupée, la figurine ou le sein maternel. La traduction même du mot montre les stéréotypes liés à l'utilisation de ce jouet par la fillette depuis les débuts de l'humanité.

 

La confection et l'apparence des figurines

Les poupées peuvent être fabriquées sommairement en bois, en paille ou au contraire être un objet confectionné avec minutie, précieux, fragile en porcelaine, en cire et avec des yeux en verre. Selon le milieu d'appartenance de la fillette, le jouet est fabriqué par un parent de ses propres mains avec les moyens du bord et par l'enfant lui-même. Pour les plus privilégiées, la poupée est fabriquée par un spécialiste des jouets. Au départ, ces poupées représentent des personnages religieux, ensuite ce sont surtout des figurines féminines parées de somptueuses robes.

Au XVIIIe siècle, les poupées incarnent des icônes de mode et imitent les femmes de la haute société, mais aussi l'enfant lui-même. La fillette habille et coiffe sa poupée comme elle, à la manière d'une future dame de la haute société. Ces évolutions physiques sont dues aux affirmations des idées du siècle des Lumières critiquant l'Église catholique. Les poupées ne prennent donc quasiment plus l'apparence de religieux, surtout dans les milieux aisés. Elles ont désormais une apparence à laquelle les fillettes peuvent se comparer et s'assimiler.

Les fonctions de la poupée

Le rôle de la poupée est varié. Elle permet à l'enfant de s'éveiller, de grandir, développer son imagination et donc d'apprendre. Les populations du XVIIIe siècle découvrent peu à peu le monde de l'enfance et tente de le comprendre. Alors que la fillette joue avec sa poupée en l'humanisant, les parents eux doivent enseigner à l'enfant que son jouet est un objet différent des êtres humains. L'utilisation de ce jouet a un but didactique, outre le jeu. La petite fille en jouant avec sa poupée, effectue des jeux de rôle où elle s'imagine avec son bébé. Elle apprend donc à nourrir, habiller et s'occuper de son bambin en imitant les gestes des femmes de son entourage. À l'époque moderne, le rôle de la femme reste simple, elle se doit d'être fertile et de faire de nombreux enfants. L'Église insiste sur la procréation, qui est le but premier du mariage.

Lorsque la petite fille utilise la poupée pour son futur rôle de mère, les hommes acceptent l'utilisation du jouet. Mais des débats surviennent lorsque la poupée est employée pour un enseignement plus intellectuel, car l'enfant de sexe féminin ne doit pas recevoir d'apprentissage trop poussé. Le but étant de maintenir la femme dans ses fonctions stéréotypées. La poupée peut servir à enseigner les lois de la nature sur les êtres animés et inanimés, étant un objet qu'elle affectionne grandement, la fillette écoute avec attention les leçons qui lui sont prodiguées par l'intermédiaire du jouet. La poupée est souvent donnée en exemple dans les écrits comme ce que doit être une femme pour l'époque, un individu ne devant montrer aucune émotion, ne devant pas trop parler et surtout ne tenant pas tête aux hommes. Ce jouet a alors pour principaux objectifs, d'aider la fille à devenir une future femme, épouse docile et mère dévouée.

L'acceptation du jouet dans les familles

Depuis la Renaissance, les sources iconographiques et manuscrites contenant des fillettes avec leur poupée existent. Mais c'est au XVIIIe siècle qu'un changement s'opère, ces sources deviennent encore plus nombreuses, car la place des enfants est plus importante au sein des familles. L'enfance devient une période reconnue au même titre que l'âge adulte. Les populations procréent moins pour mieux s'occuper de leur progéniture. Ainsi, les jouets qui suivent l'évolution des chérubins les accompagnent dans les récits et les peintures. Des artistes peignent des portraits de fillettes tenant leur poupée, qu'elles soient d'un milieu bourgeois ou pauvre. Des portraits familiaux et des mises en scène du quotidien mettent en lumière la poupée, qui obtient au XVIIIe siècle une place de choix dans les sources. Le jouet permet aux parents d'interagir avec leur enfant, ce lien créé entre les deux générations est présent dans les écrits de l'époque de gouvernante telle que Félicité de Genlis, qui s'occupe de l'éducation des enfants d'Orléans dont Louis-Philippe en 1773, futur roi des Français.

La fillette avec sa poupée reflète le destin de l'enfant. Celle-ci devra s'occuper de son foyer. Elle aura le devoir d'appartenir à son mari qui a tous les pouvoirs au sein de la famille. Une fois mariée la femme doit faire perdurer la lignée de son époux. Cette image stéréotypée de la femme, qui perdure depuis les débuts de l'humanité, est encore présente au XXIe siècle, lorsque dans les catalogues de jouets et les rayons de Noël, subsistent un côté rose destiné aux jouets pour filles, et un côté bleu réservé aux garçons. D'un côté, des dînettes, des landaus, des bambins, des marchandes, des mini-fours, aspirateurs, fers à repasser et de l'autre des objets de construction, des tracteurs, accessoires de police, pompier, des voitures. Les préjugés sur les femmes restent tenaces malgré les tentatives d'égalité entre les deux sexes, car ils font partie de la culture et sont le résultat d'une construction mentale.

Bibliographie

- ARIES Philippe, L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, Paris, Seuil, Points Histoire, 1977.
- MANSON Michel, Jouets de toujours, de l'Antiquité à la Révolution, Paris, Fayard, 2001.
- LAMBOLEY Claude, « Les jouets des enfants de France », Bulletin de l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, n°35, 2005.
- MANSON Michel, « Diverses approches sur l'histoire de la poupée du XVe au XVIIe siècle », Les jeux à la Renaissance, Actes du XXIIIe colloque international d'études humanistes Tours – Juillet 1980, Paris, Librairie philosophique, 1982.
- MANSON Michel, « La poupée, objet de recherches pluridisciplinaires. Bilan, méthodes, perspectives », Histoire de l'éducation, volume 18, n°1, 1983.
- MANSON Michel, « Écrire l'histoire du jouet, un défi scientifique », Jeux et jouets dans les musées d'Île-de-France, Paris, Editions Paris-Musées, 2004.

 

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