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Histoire du Monde

Livrée entre 1861 et 1865, la guerre de Sécession opposa le Nord et le Sud des États-Unis dans un conflit fratricide. Guerre totale, industrielle, médiatisée, elle aboutit non seulement à l'abolition de l'esclavage, mais également à de profondes transformations politiques, économiques et sociales, qui se ressentent encore dans les USA d'aujourd'hui.

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gettysburg_currier_ives150Les causes de la guerre de Sécession qui a plongé les États-Unis d’Amérique dans la pire guerre qu'ils aient connue sont multiples. C'est le résultat de quatre décennies de conflits d'intérêts entre le Nord et le Sud sur les plans économique, social et politique. Et ce fut essentiellement pour défendre le droit de conserver le système esclavagiste que le Sud fit « sécession » et partit finalement en guerre...

bataille antietamLa bataille d'Antietam eut lieu dans le Maryland, le 17 septembre 1862, lors de la guerre de Sécession. Elle opposa le général confédéré Robert E. Lee au général unioniste George B. McClellan. Cette bataille est l'une des plus sanglantes de la guerre de Sécession : 24 000 morts en un seul jour.

Richard-HawesLe 4 octobre 1862, alors que les fantassins texans de l’armée de Van Dorn se font tuer par dizaines en tentant de planter leur drapeau sur le parapet de la batterie Robinett, c’est une scène toute différente qui se joue, près de 500 kilomètres au nord-est de Corinth. Frankfort, la capitale du Kentucky, résonne des flonflons de la musique militaire. Une fanfare confédérée y joue des airs patriotiques sudistes populaires, tels que Dixie’s Land et Bonnie Blue Flag.

oliver1aaLe 29 septembre, l’armée confédérée se met en route vers le nord. La progression est rapide, et ses avant-gardes atteignent Pocahontas, dans le Tennessee, le soir même. Van Dorn subit toutefois un premier revers lorsque des patrouilles de cavalerie nordiste, après avoir tenu en respect leurs homologues confédérés, font brûler les ponts sur la rivière Hatchie, que les Sudistes doivent impérativement franchir pour continuer leur progression. Lorsque le génie confédéré commence à les réparer le lendemain, après que les cavaliers gris aient pris le contrôle de la rive orientale, le commandement nordiste réalise que l’objectif de Van Dorn est probablement Corinth.

price1qTandis que les armées manœuvraient sans parvenir, ni même chercher réellement, à se livrer un affrontement majeur, la campagne du Kentucky allait connaître des ramifications à l’ampleur inattendue à plusieurs centaines de kilomètres de là, dans le Mississippi. Début septembre, les troupes sudistes basées dans cet État entamèrent les opérations de diversion que leur avaient confiées Bragg dans le cadre de son plan. Sterling Price, qui commandait une force de 8.000 hommes détachée de l’armée de Van Dorn, attaqua le premier en direction de Nashville, afin d’empêcher Grant de faire parvenir des renforts à Buell.

Seal_of_Kentucky_Confederate_shadow_governmentL’occupation, le 30 mai 1862, de Corinth, évacuée la veille par les Confédérés, laissait l’Union dans une avantageuse position stratégique. Si l’armée sudiste de Beauregard, forte de 56.000 hommes, barrait aux Fédéraux la route directe du sud en se retranchant à Tupelo, d’autres options demeuraient ouvertes grâce aux voies ferrées qui rayonnaient depuis Corinth. Devenus indéfendables, le Tennessee occidental et la ville de Memphis ne demandaient qu’à tomber comme des fruits mûrs – la seconde, du reste, fut occupée dès le 6 juin par les canonnières nordistes, une fois la flottille fluviale confédérée détruite.

 EmancipationProclamationLe gouvernement fédéral américain fait paraître le 1er janvier 1863 à Washington la proclamation d’émancipation : un texte qui, ni plus ni moins, affranchissait sans autre forme de procès les esclaves noirs du Sud. Les États concernés figuraient nommément dans la proclamation. La proclamation d'émancipation marqua un changement radical de la politique du président Lincoln. Les historiens la considèrent comme l'un des plus importants documents officiels des États-Unis.

jacksontj1oLes combats acharnés des « Sept Jours » (25 juin – 1er juillet 1862) avaient mis un terme au blocus de Richmond par l’armée nordiste du Potomac, mais n’avaient pas fait cesser toute activité dans la Péninsule. Le mois de juillet fut marqué par une série de reconnaissances et d’accrochages mineurs autour de Harrison’s Landing, où les hommes de McClellan s’étaient retranchés après leur retraite.

UnionCampBatonRouge1862crop02À la fin de juillet 1862, le retrait des flottes nordistes de Vicksburg et l’évacuation de Natchez avaient laissé à la Confédération le contrôle d’une portion non négligeable du cours du Mississippi, alors que le fleuve était sur le point d’être entièrement entre les mains des Nordistes à peine un mois plus tôt. De surcroît, l’épicentre des opérations dans l’Ouest s’était déplacé vers l’habituelle lubie politico-militaire du président Lincoln, le Tennessee oriental.

awaudburyingthedeadandburningthehorseafterthebattleoffairoaksEn mai 1862, le moral de la Confédération est au plus bas, et sa survie paraît menacée à court terme. Dans l’Ouest, les armées sudistes n’ont pas réussi à reprendre l’initiative après la bataille de Shiloh, et les forces de Beauregard sont assiégées dans Corinth. L’armée nordiste du général Pope est à présent sous les murs du fort Pillow et menace Memphis, tandis que la chute de la Nouvelle-Orléans a ouvert le cours inférieur du Mississippi à la marine de l’Union. Et tandis que les manœuvres de Jackson dans la vallée de la Shenandoah sont encore bien loin d’avoir un quelconque impact stratégique, Richmond, la capitale sudiste, est assiégée.

220px-Stonewall_Jackson_-_National_Portrait_GalleryLors de la bataille de Bull Run en juillet 1861, le général confédéré Thomas Jackson avait gagné à la fois son surnom de Stonewall et une réputation de bon tacticien. Néanmoins, pour le Virginien, le meilleur était encore à venir. Cette fois, c’est une image de stratège brillant et insaisissable qu’il allait gagner, à l’issue d’une campagne éclair dans la vallée de la Shenandoah, au printemps 1862. Une opération tellement emblématique qu’elle reste encore aujourd’hui connue principalement comme la « Campagne de la Vallée », bien que la guerre de Sécession ait traversé d’autres vallées et que celle de la Shenandoah ait connu d’autres campagnes.

mac500btSi l’automne 1861 avait été pour l’Union particulièrement morne, le début de l’hiver allait s’avérer, sous bien des aspects, pire encore. C’était surtout vrai sur le front principal, celui de Virginie, où les deux capitales n’étaient distantes que de 150 kilomètres environ. Après avoir pris en main et réorganisé l’armée du Potomac, le général McClellan en avait fait la force militaire la plus puissante jamais vue dans l’hémisphère occidental. Toutefois, il tardait étrangement à s’en servir. Alors que dès le début de l’année 1862, les forces de l’Union passaient progressivement à l’offensive, celles de McClellan restaient passives, au grand désespoir d’Abraham Lincoln. Avant qu’elles n’attaquassent enfin, un embarrassant hiver allait porter le moral des Nordistes au plus bas.

cdv_City_Hall_and_Capt._Slocombs_House_NOLAL’une des pièces maîtresses de la stratégie de l’Union, résumée dans le « plan Anaconda » du général Scott, était le contrôle du fleuve Mississippi et de son embouchure. L’immense bassin fluvial, essentiel à l’économie du Sud profond, convergeait vers la Nouvelle-Orléans, ce qui faisait de la ville une cible idéale et prioritaire. Dès qu’elle en eut les moyens, la marine nordiste en entreprit le blocus, non sans difficultés. Mais c’est une importante opération amphibie qui allait donner au Nord, en avril 1862, le contrôle de cet objectif stratégique de première importance.

mississippi_boatSi les rivières Tennessee et Cumberland constituaient autant d’avenues pour une pénétration fédérale au cœur du territoire sudiste, la vallée du Mississippi était encore plus importante stratégiquement. Entre des mains nordistes, elle couperait la Confédération en deux, privant ses armées des ressources agricoles – notamment en bétail et en chevaux – de la partie occidentale du pays, Louisiane, Arkansas et Texas.

General-Grant-002Au soir du samedi 5 avril 1862, le général Grant peut se coucher avec satisfaction. Son armée est campée autour du débarcadère de Pittsburg Landing, sur les rives de la Tennessee, occupant une bonne position défensive entre deux rivières qui couvrent ses flancs. Ses subordonnés Sherman et Prentiss lui ont bien signalé l’activité de la cavalerie ennemie à proximité de leurs camps, mais il ne s’agit que d’une démonstration et rien de plus : les Confédérés sont tout occupés à fortifier leur nouvelle base de Corinth. De plus, les premiers éléments de l’armée du général Buell viennent d’arriver pour renforcer ses troupes. Encore quelques jours et le général Halleck viendra prendre le commandement de cette force imposante et la mènera assiéger Corinth, où elle infligera au Sud une défaite décisive. Grant est à cent lieues de se douter que, dans à peine quelques heures, débutera une bataille qui marquera l’histoire de la guerre de Sécession comme un synonyme de confusion et de carnage : Shiloh.

good_bad_uglyCompte tenu de la très faible densité de population d’ascendance européenne des grands espaces du Far West, il était très improbable que la guerre de Sécession s’étendit jusque-là. Ce fut pourtant le cas, au travers d’un épisode très peu connu du conflit, la campagne du Nouveau-Mexique. Mineure en comparaison des opérations menées dans la moitié est du pays, elle n’en témoigne pas moins de la volonté de la Confédération de reprendre à son compte l’idéal de « destinée manifeste » et d’expansion vers l’ouest. Cette obscure campagne est pourtant connue – souvent sans le savoir – de nombre de cinéphiles, puisqu’elle sert de trame de fond au légendaire western de Sergio Leone, Le bon, la brute et le truand.

ambrose_everett_burnsideLeur victoire de la passe de Hatteras, en août 1861, avait ouvert aux Nordistes les eaux de Caroline du Nord. Initialement voulue seulement pour faciliter la mise en place du blocus, cette capture leur offrait le libre accès à la baie de Pamlico, permettant du même coup d’envisager d’autres opérations contre le littoral carolinien. Une fois commandant en chef, George McClellan, amateur d’opérations indirectes et toujours à la recherche d’un moyen de tourner les défenses sudistes en Virginie, décida d’exploiter cette position avantageuse. À la fin de 1861, il fit mettre sur pied une force destinée à attaquer les côtes de Caroline du Nord.

hampton_roads_chromolithographie_1886Livrée à l’aube de l’ère industrielle, la guerre de Sécession intégra nombre des progrès techniques que l’industrialisation avait suscités. C’est ainsi que mitrailleuses, canons rayés, mines terrestres et navales, et bien d’autres armes encore y furent testées. Elles suscitèrent toutes une circonspection plus ou moins grande, mais l’une d’entre elles fut adoptée immédiatement et sans réserve aucune par toutes les marines du globe : le navire cuirassé. L’événement qui allait déclencher cet engouement aussi soudain que massif fut l’affrontement, le 9 mars 1862 à Hampton Roads, de deux navires blindés : le CSS Virginia – l’ex-frégate nordiste USS Merrimack, reconstruite – et l’USS Monitor, étrange invention de l’ingénieur John Ericsson.

on_the_battery_andy_thomasEn dépit de la taille de l’État et de son caractère peu développé, et en regard de la faiblesse des effectifs engagés de part et d’autre, les opérations militaires ne faiblirent guère dans le Missouri. L’automne 1861, puis l’hiver suivant, d’importants mouvements de troupes furent menés. Néanmoins, ils ne débouchèrent que tardivement sur des combats décisifs. Les changements successifs au sein du commandement des deux belligérants n’y furent pas étrangers. C’est finalement en mars 1862 que la bataille de Pea Ridge – ou Elkhorn Tavern pour les Sudistes – allait sceller le sort du Missouri.

General-Grant-002Sur le théâtre d’opérations de l’Ouest – autrement dit, de la zone comprise entre les Appalaches et le Mississippi – rien ne laissait présager que la stratégie de l’Union, prudente voire précautionneuse, allait connaître d’aussi fulgurants succès dès les premiers mois de l’année 1862. Et encore moins que ce serait un ancien officier démissionnaire, devenu alcoolique après avoir raté sa reconversion dans le civil, qui allait en être le principal maître d’œuvre. Pourtant, ce sont bel et bien des victoires décisives qu’allait remporter pour le Nord un certain Grant, en février 1862.

Fopo_reenactersDans l’imaginaire collectif, la guerre de Sécession demeure le conflit des « Bleus » (les Nordistes) contre les « Gris » (les Sudistes), en référence à la couleur des uniformes portés par les soldats des deux camps. Cette vision correspond à l’acception contemporaine de la notion d’uniforme, dans laquelle la standardisation demeure la caractéristique première. Il en résulte pour le conflit qui nous occupe l’impression d’une certaine pauvreté, notamment en comparaison des uniformes flamboyants et variés des guerres napoléoniennes – où dans certains corps de troupe (les hussards, par exemple), il n’existait pas deux régiments d’une même armée qui portassent la même tenue. Mais si l’on y regarde de plus près, les uniformes de la guerre de Sécession s’avèrent en réalité beaucoup plus diversifiés qu’il n’y paraît, bien que cette variété tendît à s’effacer au fil du conflit pour des raisons pratiques.

gainesmill27662waudLongtemps laissée pour compte par l’histoire militaire, car sans doute vue comme triviale et parfois sordide, l’étude du combat en tant que tel n’a été réhabilitée que de manière relativement tardive. En France, on l’associe généralement à la Première guerre mondiale et au courant de l’historial de Péronne, avec une histoire du conflit centrée sur l’étude du quotidien, des consciences et des individus plutôt que sur celle des campagnes et des batailles. Une vision défendue notamment par l’historien britannique John Keegan, mondialement connu, ou par le Français Olivier Chaline, qui l’appelle « la nouvelle histoire-bataille » pour mieux la démarquer de l’ancienne – cette dernière faite de chronologies parfois vides de sens comme en témoigne le fameux poncif « 1515 Marignan ».

CherokeenationalflagBien qu’en principe non concernés par la guerre civile qui déchirait une nation ne les admettant pas réellement en son sein, les Amérindiens n’en subirent pas moins, eux aussi, les conséquences du conflit. C’était particulièrement vrai pour ceux, en partie acculturés, qui étaient établis dans le « Territoire indien » - une zone sans organisation administrative située à l’ouest de l’Arkansas et qui correspond aujourd’hui à l’État de l’Oklahoma. Ces populations se retrouvèrent elles-mêmes divisées, faisant ainsi l’expérience de leur propre guerre civile.

trent_affairEn tant qu’objectif stratégique majeur, la reconnaissance officielle des États Confédérés d’Amérique par les puissances européennes avait été recherchée dès les tout premiers jours d’existence de la nouvelle nation. En février 1861, une délégation avait été créée à cette fin, puis envoyée en Europe. Elle avait pris des contacts encourageants avec les gouvernements français et britannique. Le 13 mai, le Royaume-Uni avait officiellement proclamé sa neutralité dans le conflit, ce qui reconnaissait implicitement la Confédération comme un belligérant à part entière.

joe_gromelski_reenactorsToute guerre a besoin d’armes pour être livrée. La guerre de Sécession n’en manqua pas : en autorisant tout un chacun à posséder une arme à feu, le deuxième amendement à la constitution des États-Unis assurait l’existence d’un vaste marché que de nombreux fabricants d’armes, de taille variable, se partageaient. Malgré cela, et en dépit des immenses stocks accumulés dans les arsenaux fédéraux et ceux des États, il fallut en importer massivement d’Europe. Si l’Union n’eut aucune peine à le faire grâce à sa supériorité navale, la Confédération dut quant à elle recourir à des forceurs de blocus. En dépit de cela, elle ne manqua jamais d’armes pour se battre.

 

Scott-anacondaDès le 19 avril 1861, le président Lincoln décréta le blocus des côtes des États ayant fait sécession. Ce décret autorisait les navires nordistes à arraisonner tout vaisseau entrant ou sortant d’un port rebelle. Initialement, il s’agissait d’une réaction à une décision du gouvernement confédéré, qui menaçait d'accorder des lettres de marque à des corsaires, les autorisant à attaquer les navires de l’Union. Au cours de l’été 1861, le blocus s’intégra à merveille au « plan Anaconda » du général Scott. Dès le mois d’août, les premières opérations visant à le renforcer furent entreprises.

Lincoln_and_McClellan_1862-10-03Lorsque débute la guerre de Sécession, la question de la stratégie ne se pose même pas aux belligérants, puisque tout le monde ou presque pense qu’une grande bataille de style napoléonien permettra de terminer le conflit en quelques semaines seulement. Une fois cette certitude dissipée par les premiers combats de l’été 1861, le Nord comme le Sud durent convenir qu’une stratégie plus élaborée était nécessaire quant à la conduite future de la guerre.

g_b_mcclellanAvec la cuisante défaite de Bull Run (21 juillet 1861) s’envolaient les espoirs d’une victoire rapide pour le Nord. Pour le président Abraham Lincoln, il s’agissait désormais de mettre l’Union en état de remporter une guerre d’usure, un conflit prolongé, tout en gérant les nécessités de la politique interne et des échéances électorales. Sa première tâche allait être de trouver un homme à qui confier la lourde mission de réorganiser la principale armée nordiste, durement étrillée à Bull Run, et d’en faire une machine à vaincre. Son choix allait rapidement se porter sur George McClellan.
robert-e-lee.jpg-5911En août 1861, la situation militaire s’annonce particulièrement morose pour les Nordistes. La défaite de Bull Run (21 juillet) a envoyé une onde de choc qui a ébranlé l’Union tout en coupant court aux espoirs de victoire rapide des Fédéraux sur le théâtre d’opérations principal, en Virginie. Celle de Wilson’s Creek (10 août), si elle n’a pas été aussi cuisante, n’en a pas moins coûté la vie au général Lyon, mettant ainsi un coup d’arrêt à la progression nordiste dans le Missouri. Avec la neutralité du Kentucky, scrupuleusement respectée, le Nord a tout simplement perdu l’initiative. La balle, à ce moment, est dans le camp du Sud, et celui-ci va s’efforcer d’en profiter pour reconquérir le terrain perdu en Virginie.
orphan_flagDe tous les États qui s’efforcèrent de rester en dehors de la guerre civile, le Kentucky fut celui qui y parvint le plus longtemps. Sa neutralité temporaire fut essentiellement le résultat d’un compromis politique au sein de ses propres institutions, entre d’une part les partisans de l’Union, rangés derrière l’éminent sénateur John Crittenden (celui-là même qui avait tenté d’éviter la guerre en soumettant au Sénat un compromis protégeant l’esclavage), et d’autre part ceux de la sécession, qui comptaient parmi eux le gouverneur de l’État, Beriah Magoffin.

msgflagÉloigné de la côte Est et de ce qui constituait alors le cœur du pays, limitrophe du Far West, le Missouri n’en était pas moins concerné au premier chef par la guerre civile naissante. En fait, il se trouvait dans une situation très similaire à celle du Kentucky : celle d’un État d’un peu moins de 1,2 million d’habitants, dont une proportion d’esclaves relativement faible, à la fois attaché à la culture sudiste et à sa présence au sein de l’Union.

on_to_richmondAu début de la guerre de Sécession, l’idée que le conflit serait soldé par une seule grande bataille décisive était largement répandue, au Nord comme au Sud. C’était là l’héritage des campagnes napoléoniennes et de leur plus célèbre analyste, Clausewitz – chose en vérité assez surprenante, car c’était plutôt son rival Jomini, aux vues diamétralement opposées, qui était alors en odeur de sainteté dans les académies militaires états-uniennes, West Point en tête. Tandis que la Confédération adoptait une posture défensive, l’Union allait chercher à provoquer cette rencontre fatidique.

virginia_flagL’État de Virginie était, en 1861, un des plus étendus et des plus prospères de l’Union. Surnommée « la Mère des présidents » en raison du nombre de ses fils ayant accédé à la magistrature suprême (à commencer par le premier d’entre eux, George Washington), la Virginie était aussi la première colonie anglophone fondée sur le continent nord-américain, en 1607. De son ancienneté, elle avait gardé une structure sociale basée sur une « aristocratie » de planteurs cultivant essentiellement le tabac. Comme celles opérant les plantations cotonnières du Vieux Sud, ces familles étaient à la fois les garantes et les inventrices du « mode de vie » sudiste, les premiers esclaves ayant été importés en Virginie peu après sa fondation.

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Au printemps 1861, alors que s’organisent les armées des deux camps, la sécession de quatre nouveaux États, et l’incertitude qui entoure l’attitude de trois autres, posent un nouveau problème stratégique aux dirigeants des deux belligérants. Pour le Sud, la première urgence est d’intégrer les nouveaux États à la Confédération, et d’assurer la défense d’un territoire devenu excessivement grand par rapport à ses moyens militaires. Pour le Nord, en revanche, s’assurer le contrôle des États-frontière s’avère vital, car leur situation géographique menace la profondeur stratégique de l’Union.

Abraham_lincoln_inauguration_1861Le bombardement de Fort Sumter, dans la baie de Charleston (Caroline du Sud), est la première bataille de la guerre de Sécession (1861-1865). Le 12 avril 1861 en effet, les confédérés attaquent les nordistes qui tentaient de ravitailler le fort.

jefferson_f_davisPas plus que sur la sécession, il n’y avait d’unanimité sur la conduite à tenir une fois celle-ci acquise. Parmi la classe politique sudiste, la question qui se posait à présent était de savoir si les États nouvellement indépendants allaient le rester, ou bien s’ils allaient eux-mêmes se regrouper au sein d’une nouvelle entité souveraine. Il apparut très tôt que les États sécessionnistes avaient, paradoxalement, tout intérêt à s’unir pour parer à toute tentative de les ramener dans le giron de l’Union de la part du gouvernement de Washington.

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En novembre 1860, l’élection d’Abraham Lincoln à la présidence des Etats-Unis d’Amérique allait déclencher la plus grave crise politique de l’histoire du pays. Trois mois suffiraient pour diviser la nation en deux entités politiques, et moins de six pour la plonger dans la guerre civile – et ce, malgré les tentatives répétées de conciliation pour éviter le pire.

 

800px-US_33_Star_Fort_Sumter_Flag.svgÀ la veille de la guerre de Sécession, les Etats-Unis forment un pays très étendu, qui n’allait pas tarder à devenir un vaste champ de bataille. La géographie physique du pays allait étroitement conditionner le déroulement des opérations militaires ainsi que les stratégies des deux camps. Il en irait de même pour sa population, ainsi que pour sa géographie économique, à commencer par la répartition des ressources et les réseaux de communications.

Fort_sumter_1861Une fois que le Stars and Bars – le premier drapeau de la nouvelle nation sudiste, qui en connut officiellement trois durant sa brève existence – eût été hissé au sommet, tronqué par un obus, du mât du fort Sumter le 13 avril 1861, le premier défi auquel furent confrontés les deux belligérants de la guerre de Sécession fut de se doter chacun d’une armée en mesure de faire la guerre. Dans ce domaine, le Nord partait de peu de chose et le Sud, de rien du tout.