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Histoire du Monde

Livrée entre 1861 et 1865, la guerre de Sécession opposa le Nord et le Sud des États-Unis dans un conflit fratricide. Guerre totale, industrielle, médiatisée, elle aboutit non seulement à l'abolition de l'esclavage, mais également à de profondes transformations politiques, économiques et sociales, qui se ressentent encore dans les USA d'aujourd'hui.

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gettysburg_currier_ives150Les causes de la guerre de Sécession qui ont plongés les États-Unis d’Amérique dans la pire guerre qu'ils aient connue sont multiples.  Avec un minimum de 625.000 morts en quatre ans, un chiffre que certains auteurs portent volontiers jusqu’à 850.000, les États-Unis y auront perdu davantage de vies humaines que dans tous les autres conflits réunis de leur courte et pourtant très guerrière histoire - en incluant les deux guerres mondiales. La guerre de Sécession, livrée entre 1861 et 1865, laissera un pays réunifié mais exsangue, profondément transformé, et peut-être, en fin de compte, encore plus divisé qu’il ne l’était lorsque le conflit avait commencé.

bataille antietamLa bataille d'Antietam eut lieu dans le Maryland, le 17 septembre 1862, lors de la guerre de Sécession. Elle opposa le général confédéré Robert E. Lee au général unioniste George B. McClellan. Alors que l’armée de Virginie septentrionale goûtait un repos bien mérité, mais précaire, dans le comté de Fairfax aux portes de Washington, Robert Lee écrivit à Jefferson Davis, le 3 septembre 1862. Non pour lui demander quelles étaient ses instructions pour la suite des opérations, mais pour lui annoncer ce que lui, Lee, avait décidé de faire, et se disposait à mener à bien sans délai – à moins que le président confédéré y voit une objection.

Richard-HawesLe 4 octobre 1862, alors que les fantassins texans de l’armée de Van Dorn se font tuer par dizaines en tentant de planter leur drapeau sur le parapet de la batterie Robinett, c’est une scène toute différente qui se joue, près de 500 kilomètres au nord-est de Corinth. Frankfort, la capitale du Kentucky, résonne des flonflons de la musique militaire. Une fanfare confédérée y joue des airs patriotiques sudistes populaires, tels que Dixie’s Land et Bonnie Blue Flag.

oliver1aaLe 29 septembre, l’armée confédérée se met en route vers le nord. La progression est rapide, et ses avant-gardes atteignent Pocahontas, dans le Tennessee, le soir même. Van Dorn subit toutefois un premier revers lorsque des patrouilles de cavalerie nordiste, après avoir tenu en respect leurs homologues confédérés, font brûler les ponts sur la rivière Hatchie, que les Sudistes doivent impérativement franchir pour continuer leur progression. Lorsque le génie confédéré commence à les réparer le lendemain, après que les cavaliers gris aient pris le contrôle de la rive orientale, le commandement nordiste réalise que l’objectif de Van Dorn est probablement Corinth.

price1qTandis que les armées manœuvraient sans parvenir, ni même chercher réellement, à se livrer un affrontement majeur, la campagne du Kentucky allait connaître des ramifications à l’ampleur inattendue à plusieurs centaines de kilomètres de là, dans le Mississippi. Début septembre, les troupes sudistes basées dans cet État entamèrent les opérations de diversion que leur avaient confiées Bragg dans le cadre de son plan. Sterling Price, qui commandait une force de 8.000 hommes détachée de l’armée de Van Dorn, attaqua le premier en direction de Nashville, afin d’empêcher Grant de faire parvenir des renforts à Buell.

Seal_of_Kentucky_Confederate_shadow_governmentL’occupation, le 30 mai 1862, de Corinth, évacuée la veille par les Confédérés, laissait l’Union dans une avantageuse position stratégique. Si l’armée sudiste de Beauregard, forte de 56.000 hommes, barrait aux Fédéraux la route directe du sud en se retranchant à Tupelo, d’autres options demeuraient ouvertes grâce aux voies ferrées qui rayonnaient depuis Corinth. Devenus indéfendables, le Tennessee occidental et la ville de Memphis ne demandaient qu’à tomber comme des fruits mûrs – la seconde, du reste, fut occupée dès le 6 juin par les canonnières nordistes, une fois la flottille fluviale confédérée détruite.

 EmancipationProclamationLe gouvernement fédéral américain fait paraître le 1er janvier 1863 à Washington la proclamation d’émancipation : un texte qui, ni plus ni moins, affranchissait sans autre forme de procès les esclaves noirs du Sud. Les États concernés figuraient nommément dans la proclamation. La proclamation d'émancipation marqua un changement radical de la politique du président Lincoln. Les historiens la considèrent comme l'un des plus importants documents officiels des États-Unis.

jacksontj1oLes combats acharnés des « Sept Jours » (25 juin – 1er juillet 1862) avaient mis un terme au blocus de Richmond par l’armée nordiste du Potomac, mais n’avaient pas fait cesser toute activité dans la Péninsule. Le mois de juillet fut marqué par une série de reconnaissances et d’accrochages mineurs autour de Harrison’s Landing, où les hommes de McClellan s’étaient retranchés après leur retraite.

UnionCampBatonRouge1862crop02À la fin de juillet 1862, le retrait des flottes nordistes de Vicksburg et l’évacuation de Natchez avaient laissé à la Confédération le contrôle d’une portion non négligeable du cours du Mississippi, alors que le fleuve était sur le point d’être entièrement entre les mains des Nordistes à peine un mois plus tôt. De surcroît, l’épicentre des opérations dans l’Ouest s’était déplacé vers l’habituelle lubie politico-militaire du président Lincoln, le Tennessee oriental.

awaudburyingthedeadandburningthehorseafterthebattleoffairoaksEn mai 1862, le moral de la Confédération est au plus bas, et sa survie paraît menacée à court terme. Dans l’Ouest, les armées sudistes n’ont pas réussi à reprendre l’initiative après la bataille de Shiloh, et les forces de Beauregard sont assiégées dans Corinth. L’armée nordiste du général Pope est à présent sous les murs du fort Pillow et menace Memphis, tandis que la chute de la Nouvelle-Orléans a ouvert le cours inférieur du Mississippi à la marine de l’Union. Et tandis que les manœuvres de Jackson dans la vallée de la Shenandoah sont encore bien loin d’avoir un quelconque impact stratégique, Richmond, la capitale sudiste, est assiégée.

shieldsTandis que les Nordistes du général Banks occupaient Winchester le 12  mars, Jackson et ses hommes se retiraient lentement en amont de la vallée, vers le sud-ouest, jusqu’à un petit village ironiquement nommé Mount Jackson. Ce retrait faisait écho à celui de l’armée de Virginie septentrionale du général J.E. Johnston, qui avait quitté Manassas pour reculer jusqu’à Culpeper. Mais en bouleversant complètement la donne stratégique, le débarquement de l’armée nordiste du Potomac à la forteresse Monroe et le début de la campagne de la Péninsule, quelques jours plus tard, allaient donner à Jackson l’occasion de reprendre l’initiative.

Harpers-Ferry-001La bataille de Winchester fit souffler un vent de panique à Washington. La possibilité que Jackson atteigne Harper’s Ferry, puis descende la vallée du Potomac jusqu’à Washington, fut prise au séreux. La milice fut appelée en urgence à travers tout le pays, et les lignes de chemin de fer réquisitionnées pour transporter les miliciens ainsi rassemblés jusqu’à Washington. La défaite de Banks eut d’autres répercussions, plus immédiates, sur la stratégie nordiste. Le Ier Corps de McDowell, désormais fort de 40.000 hommes devait quitter Fredericksburg le 26 mai en direction du sud, pour rejoindre l’armée du Potomac qui assiégeait Richmond. La veille de son départ, l’ordre fut purement et simplement annulé, au grand dam du général McClellan.

220px-Stonewall_Jackson_-_National_Portrait_GalleryLors de la bataille de Bull Run en juillet 1861, le général confédéré Thomas Jackson avait gagné à la fois son surnom de Stonewall et une réputation de bon tacticien. Néanmoins, pour le Virginien, le meilleur était encore à venir. Cette fois, c’est une image de stratège brillant et insaisissable qu’il allait gagner, à l’issue d’une campagne éclair dans la vallée de la Shenandoah, au printemps 1862. Une opération tellement emblématique qu’elle reste encore aujourd’hui connue principalement comme la « Campagne de la Vallée », bien que la guerre de Sécession ait traversé d’autres vallées et que celle de la Shenandoah ait connu d’autres campagnes.

JohnCharlesFremontFin mars 1862, Jackson parvint à rassembler ses forces à Mount Jackson après sa défaite de Kernstown, mais le répit fut de courte durée. Le 1er avril, ses avant-postes furent assaillis par les forces désormais très supérieures en nombre de Banks, obligeant les Confédérés à se replier plus loin vers le sud, à New Market. Préoccupé par la sécurité de sa ligne de ravitaillement, désormais très étirée, le général nordiste ne le poursuivit que lentement. Malgré tout, les piquets déployés par Ashby se firent à nouveau surprendre le 16 avril, obligeant Jackson à évacuer New Market pour se replier au sud, vers Harrisonburg, avant d’obliquer vers l’est pour atteindre Conrad’s Store le 19 avril.

 

mac500btSi l’automne 1861 avait été pour l’Union particulièrement morne, le début de l’hiver allait s’avérer, sous bien des aspects, pire encore. C’était surtout vrai sur le front principal, celui de Virginie, où les deux capitales n’étaient distantes que de 150 kilomètres environ. Après avoir pris en main et réorganisé l’armée du Potomac, le général McClellan en avait fait la force militaire la plus puissante jamais vue dans l’hémisphère occidental. Toutefois, il tardait étrangement à s’en servir. Alors que dès le début de l’année 1862, les forces de l’Union passaient progressivement à l’offensive, celles de McClellan restaient passives, au grand désespoir d’Abraham Lincoln. Avant qu’elles n’attaquassent enfin, un embarrassant hiver allait porter le moral des Nordistes au plus bas.

Cornwallis-CavePendant que les Fédéraux assiégeaient Yorktown, les Sudistes n’étaient pas restés inactifs. Johnston envoya des renforts à Magruder, d’abord graduellement, puis plus massivement lorsqu’il s’avéra que les manœuvres de Jackson dans la vallée de la Shenandoah drainaient l’essentiel des forces fédérales dans le nord de la Virginie. À la fin du mois d’avril, Johnston avait pris le commandement direct des forces installées à Yorktown, où il disposait de 57.000 hommes. C’était trop peu à son goût, toutefois, et le général sudiste demanda à se replier sur Richmond. Le président Davis, sur l’avis du général Lee, le lui refusa tout net.

Headquarters-McClellan-001Début mai 1862, Abraham Lincoln, comme toujours pressé de voir McClellan passer à l’action, souhaita l’aiguillonner de nouveau, cette fois en lui rendant directement visite sur le front des troupes. Le hasard fit que Lincoln débarqua à la forteresse Monroe le 6 mai, au lendemain de la bataille de Williamsburg. Le chef de l’armée du Potomac prit prétexte des opérations en cours pour ne pas rencontrer le président. Ce dernier ne s’en offusqua nullement : il y était habitué, McClellan lui ayant déjà fait à plusieurs reprises le même affront, parfois en des circonstances extrêmement impolies. Une des qualités les plus précieuses de Lincoln était sa capacité à mettre de côté sa vanité personnelle lorsque cela pouvait lui profiter à plus long terme – une capacité dont son homologue sudiste était parfaitement dépourvu. Ainsi, il n’avait pas hésité à dire de McClellan : « Je veux bien tenir les rênes de son cheval s’il remporte des victoires ».

Fort-MonroeLe lieu choisi pour l’opération nordiste ne semblait guère être moins adapté à une opération de ce genre. La forteresse Monroe était située à l’extrémité d’une péninsule d’environ 60 kilomètres de long, formée par les estuaires des rivières York et James. Large d’une vingtaine de kilomètres en moyenne, elle était de ce fait facile à barrer d’une ligne de fortifications de campagne, favorisant la défense. En dehors de ses caractéristiques physiques, la zone revêtait une certaine importance historique. C’est là que fut fondée Jamestown, un des premiers établissements britanniques en Amérique du Nord, et que la colonie de Virginie entama son développement. Pour cette raison, bien que les fleuves côtiers de l’État dessinent bien d’autres péninsules, celle-ci en particulier est appelée « péninsule de Virginie », voire plus simplement « la Péninsule ». De là découle le nom employé pour désigner la campagne qui allait y être livrée.

cdv_City_Hall_and_Capt._Slocombs_House_NOLAL’une des pièces maîtresses de la stratégie de l’Union, résumée dans le « plan Anaconda » du général Scott, était le contrôle du fleuve Mississippi et de son embouchure. L’immense bassin fluvial, essentiel à l’économie du Sud profond, convergeait vers la Nouvelle-Orléans, ce qui faisait de la ville une cible idéale et prioritaire. Dès qu’elle en eut les moyens, la marine nordiste en entreprit le blocus, non sans difficultés. Mais c’est une importante opération amphibie qui allait donner au Nord, en avril 1862, le contrôle de cet objectif stratégique de première importance.

GideonWellesPortraitL’embarrassante, mais évitable défaite de Head of Passes convainquit le commandement nordiste qu’une opération de grande envergure était nécessaire pour venir à bout de la Nouvelle-Orléans. Lorsqu’en novembre les forces navales de l’Union s’emparèrent de Port Royal et démontrèrent qu’une flotte pouvait venir à bout de fortifications côtières, il devint envisageable d’attaquer les forts Jackson et St.Philip depuis la mer, sans nécessairement devoir en faire un siège long et difficile au préalable. En décembre 1861, Lincoln et le secrétaire à la Marine, Gideon Welles, entamèrent la conception et les préparatifs de l’expédition à venir.

New_Orleans_h76369kLa décision d’exposer une flotte de navires de bois au feu de deux des plus puissants forts du continent américain était audacieuse, mais à la réflexion, c’était sans doute la meilleure solution possible. Les stocks d’obus de 13 pouces n’allaient pas durer éternellement et la flottille de Porter, malgré les précautions prises, allait probablement se retrouver à court de munitions d’ici à quelques jours. Dans le même temps, les forces terrestres du général Butler n’étaient pas encore à pied d’œuvre. Plutôt que d’attendre en aval, la flotte serait certainement plus utile en forçant le passage. Une fois en amont, elle pourrait couper les forts Jackson et St.Philip, déjà très isolés, de leur base de ravitaillement – et peut-être même menacer directement la Nouvelle-Orléans.

CSS_MississippiAussitôt après son exploit du 24 avril, la flotte du commodore Farragut, après un bref arrêt pour enterrer ses morts, poursuivit sur sa lancée et remonta le Mississippi en direction de la Nouvelle-Orléans. La batterie confédérée de Chalmette ne tint pas longtemps face au feu concentré des navires nordistes. Le 25 avril, les vaisseaux de l’Union approchèrent de la grande métropole sudiste dans une ambiance de fin du monde. Les Confédérés avaient incendié tout ce qui pouvait servir aux Nordistes, à commencer par la canonnière Jackson et le cuirassé inachevé Mississippi.

Charles_H_DavisLes goélettes à mortier de David Porter étant à voiles, il fallut attendre d’avoir suffisamment de remorqueurs à disposition pour leur faire remonter le Mississippi simultanément. Pendant ce temps, les éléments avancés de la flotte de Farragut engagèrent à plusieurs reprises les batteries sudistes de Grand Gulf, du 7 au 9 juin. C’est finalement le 17 juin que Porter put quitter la Nouvelle-Orléans. Après avoir réduit au silence les canons de Grand Gulf, les goélettes apparurent devant Vicksburg le 27 juin en fin de journée, et commencèrent aussitôt à bombarder la ville.

USSCarondeletEntamés le 23 mars, les travaux de ce qui fut pompeusement appelé par la suite le « canal du bayou Wilson » furent achevés le 2 avril. Malheureusement, à cette date le niveau du Mississippi avait commencé à baisser, et le « canal » ne permit de faire passer à New Madrid que quatre navires de transport. Les canonnières, dont le tirant d’eau était trop important, demeuraient coincées en amont. Dès qu’il le réalisa et avant même l’achèvement du canal, Pope en appela à Halleck, et celui-ci ordonna à Foote d’envoyer au moins un de ses navires en aval pour fournir un soutien à l’armée. Le capitaine de frégate Henry Walke de la Carondelet se porta volontaire le 30 mars pour cette « mission-suicide ».

mississippi_boatSi les rivières Tennessee et Cumberland constituaient autant d’avenues pour une pénétration fédérale au cœur du territoire sudiste, la vallée du Mississippi était encore plus importante stratégiquement. Entre des mains nordistes, elle couperait la Confédération en deux, privant ses armées des ressources agricoles – notamment en bétail et en chevaux – de la partie occidentale du pays, Louisiane, Arkansas et Texas.

General-Grant-002Au soir du samedi 5 avril 1862, le général Grant peut se coucher avec satisfaction. Son armée est campée autour du débarcadère de Pittsburg Landing, sur les rives de la Tennessee, occupant une bonne position défensive entre deux rivières qui couvrent ses flancs. Ses subordonnés Sherman et Prentiss lui ont bien signalé l’activité de la cavalerie ennemie à proximité de leurs camps, mais il ne s’agit que d’une démonstration et rien de plus : les Confédérés sont tout occupés à fortifier leur nouvelle base de Corinth. De plus, les premiers éléments de l’armée du général Buell viennent d’arriver pour renforcer ses troupes. Encore quelques jours et le général Halleck viendra prendre le commandement de cette force imposante et la mènera assiéger Corinth, où elle infligera au Sud une défaite décisive. Grant est à cent lieues de se douter que, dans à peine quelques heures, débutera une bataille qui marquera l’histoire de la guerre de Sécession comme un synonyme de confusion et de carnage : Shiloh.

dc_buell2De son côté, le commandement nordiste ignore toujours qu’il est à la veille d’une bataille majeure. Trop concentré sur ses propres plans et convaincu d’avoir arraché l’initiative pour de bon aux Confédérés, il n’a pas cherché à deviner ce qu’allaient faire ses ennemis. Dans les premiers jours d’avril, alors que l’armée sudiste est déjà en marche vers Pittsburg Landing, Grant continue à attendre tranquillement l’arrivée de Buell, désormais imminente. Pourtant, sur le terrain, des signes avant-coureurs commencent à couver. À défaut d’être prête, l’armée de la Tennessee paraît pressentir quelque chose.

Shiloh_ChurchÀ l’aube du dimanche 6 avril 1862, l’armée confédérée du Mississippi est en position et prête à frapper. Tout paraît calme, alors que le soleil commence à éclaircir un ciel qui s’annonce dégagé. A.S. Johnston est même étonné de l’absence totale de réaction fédérale. Ses troupes ont 24 heures de retard sur l’horaire prévu, et n’ont pas été particulièrement discrètes lors de leur déploiement, les soldats ayant multiplié les coups de feu pour vérifier si leur poudre était encore utilisable après la pluie du 4. Le commandant en chef confédéré croit à peine à l’effet de surprise qu’il semble sur le point d’atteindre. Son adjoint Beauregard, lui, n’y croit même pas du tout et suspecte un piège. Une fois de plus, il suggère de battre en retraite, ce que Johnston refuse à nouveau. L’attaque aura bien lieu : il la mènera de l’avant tandis que Beauregard restera en arrière pour coordonner les mouvements de l’armée. Puis le général en chef ajoute, péremptoire : « Ce soir, nous abreuverons nos chevaux dans la Tennessee ».

acw-shiloh-hornets-nest-1Lorsque le général Grant débarque du transport Tigress à Pittsburg Landing, les arrières de son armée sont – comme dans toute bataille – en proie au chaos. Les blessés affluent dans les ambulances débordées, et des centaines de fuyards répandent des bruits alarmistes. Le général en chef nordiste a déjà vu semblables scènes au fort Donelson et ne perd pas sa contenance. Il envoie une estafette vers le nord pour rameuter la division de Lew Wallace, et fait aussi demander à Buell, dont la division de tête est à Savannah, de se hâter. Puis il se rapproche du front pour motiver ses subordonnés : il faut qu’ils tiennent à tout prix, les renforts approchent… Il est à présent 10 heures passées, et la bataille atteint un moment charnière.

lexington_f_mullerLe soir se couche sur le champ de bataille le plus sanglant qu’aient connu jusque-là les Amériques, mais la lutte n’est pas terminée. Sur l’aile droite des Nordistes, la division de Lew Wallace a enfin rejoint le reste de l’armée de la Tennessee. À l’autre extrémité du front, les hommes de Don Carlos Buell ne cessent d’affluer. Les deux navires de transport présents à Pittsburg Landing vont s’activer toute la nuit pour leur faire traverser la Tennessee. En tout, Buell amènera 19.000 hommes appartenant à quatre divisions différentes. Avec ces troupes fraîches, Grant n’entend pas rester sur ses positions à attendre que Beauregard vienne le chercher : dès l’aube, il l’attaquera. En attendant, le grondement des fusils tirés par milliers laisse place au roulement du tonnerre : un violent orage s’abat sur le champ de bataille de Shiloh.

good_bad_uglyCompte tenu de la très faible densité de population d’ascendance européenne des grands espaces du Far West, il était très improbable que la guerre de Sécession s’étendit jusque-là. Ce fut pourtant le cas, au travers d’un épisode très peu connu du conflit, la campagne du Nouveau-Mexique. Mineure en comparaison des opérations menées dans la moitié est du pays, elle n’en témoigne pas moins de la volonté de la Confédération de reprendre à son compte l’idéal de « destinée manifeste » et d’expansion vers l’ouest. Cette obscure campagne est pourtant connue – souvent sans le savoir – de nombre de cinéphiles, puisqu’elle sert de trame de fond au légendaire western de Sergio Leone, Le bon, la brute et le truand.

ambrose_everett_burnsideLeur victoire de la passe de Hatteras, en août 1861, avait ouvert aux Nordistes les eaux de Caroline du Nord. Initialement voulue seulement pour faciliter la mise en place du blocus, cette capture leur offrait le libre accès à la baie de Pamlico, permettant du même coup d’envisager d’autres opérations contre le littoral carolinien. Une fois commandant en chef, George McClellan, amateur d’opérations indirectes et toujours à la recherche d’un moyen de tourner les défenses sudistes en Virginie, décida d’exploiter cette position avantageuse. À la fin de 1861, il fit mettre sur pied une force destinée à attaquer les côtes de Caroline du Nord.

franklin_buchananDébut mars 1862, le CSS Virginia est enfin achevé, et la marine confédérée est prête à lancer l’opération qui permettra de lever le blocus de la rivière James. Côté nordiste, la flottille qui bloque les eaux du chenal de Hampton Roads s’y prépare également, mais des renforts sont attendus sous la forme du singulier cuirassé USS Monitor. L’engagement qui s’annonce sera une des plus importantes batailles navales de la guerre de Sécession, et sans doute l’un des affrontements les plus cruciaux de l’histoire du combat naval.

wordenCe que les Confédérés ignoraient, c’est qu’ils n’étaient plus les seuls à disposer d’un cuirassé à Hampton Roads. Encore s’en était-il fallu de peu, car le trajet de deux jours et demi de voyage depuis New York avait largement montré que le Monitor était complètement inadapté à la navigation en haute mer : la moindre houle un peu sérieuse plaçait le cuirassé en danger de naufrage. Heureusement pour l’Union, le vaisseau en avait réchappé. Son commandant, le lieutenant de vaisseau John Worden, reçut aussitôt l’ordre de protéger la Minnesota et alla se placer à ses côtés.

hampton_roads_chromolithographie_1886Livrée à l’aube de l’ère industrielle, la guerre de Sécession intégra nombre des progrès techniques que l’industrialisation avait suscités. C’est ainsi que mitrailleuses, canons rayés, mines terrestres et navales, et bien d’autres armes encore y furent testées. Elles suscitèrent toutes une circonspection plus ou moins grande, mais l’une d’entre elles fut adoptée immédiatement et sans réserve aucune par toutes les marines du globe : le navire cuirassé. L’événement qui allait déclencher cet engouement aussi soudain que massif fut l’affrontement, le 9 mars 1862 à Hampton Roads, de deux navires blindés : le CSS Virginia – l’ex-frégate nordiste USS Merrimack, reconstruite – et l’USS Monitor, étrange invention de l’ingénieur John Ericsson.

on_the_battery_andy_thomasEn dépit de la taille de l’État et de son caractère peu développé, et en regard de la faiblesse des effectifs engagés de part et d’autre, les opérations militaires ne faiblirent guère dans le Missouri. L’automne 1861, puis l’hiver suivant, d’importants mouvements de troupes furent menés. Néanmoins, ils ne débouchèrent que tardivement sur des combats décisifs. Les changements successifs au sein du commandement des deux belligérants n’y furent pas étrangers. C’est finalement en mars 1862 que la bataille de Pea Ridge – ou Elkhorn Tavern pour les Sudistes – allait sceller le sort du Missouri.

Lewis_WallaceLe 12 février 1862, l’armée du général Grant quitta le fort Henry vers l’est, et marcha sur le fort Donelson. Grant laissait en réserve derrière lui la division de Lew Wallace, encore incomplète, et que devait renforcer une brigade empruntée au département de l’Ohio. Avocat dans le civil, Lew Wallace était également écrivain à ses heures perdues ; il écrirait en 1880 le roman Ben Hur, un best-seller adapté plusieurs fois au cinéma par la suite. De son côté, le capitaine Phelps avait ramené ses trois timberclads après trois jours de raid en amont de la rivière Tennessee.
tilghmanLe 30 janvier 1862, le général Halleck autorisa le général Grant à mener à bien l’opération qu’il préparait contre le fort Henry. La flottille du commodore Foote était déjà prête, et elle appareilla de Cairo le 2 février. L’attaque nordiste était prévue pour être de petite envergure, une première action en vue de futures avancées. En somme, Grant pensait creuser une première marche d’un escalier qui lui permettrait d’accéder au cœur de la Confédération alors qu’en réalité, il était sur le point d’en enfoncer la porte.

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La bataille de Belmont, malgré son caractère fondateur pour Ulysses Grant et ses soldats, n’avait été qu’une escarmouche dépourvue de signification stratégique à l’échelle de la guerre. D’autres opérations bien plus importantes allaient suivre, bien que leurs résultats devaient s’avérer surprenants même pour ceux les ayant entreprises. Appliquant les leçons apprises à Belmont, Grant allait faire d’une offensive lancée sans conviction une victoire décisive pour l’Union.

General-Grant-002Sur le théâtre d’opérations de l’Ouest – autrement dit, de la zone comprise entre les Appalaches et le Mississippi – rien ne laissait présager que la stratégie de l’Union, prudente voire précautionneuse, allait connaître d’aussi fulgurants succès dès les premiers mois de l’année 1862. Et encore moins que ce serait un ancien officier démissionnaire, devenu alcoolique après avoir raté sa reconversion dans le civil, qui allait en être le principal maître d’œuvre. Pourtant, ce sont bel et bien des victoires décisives qu’allait remporter pour le Nord un certain Grant, en février 1862.

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Si les uniformes ne furent jamais complètement standardisés dans l’armée fédérale, il en fut de même dans l’armée sudiste – mais pour des raisons différentes. Lorsque la Confédération s’était dotée d’une armée, le choix s’était rapidement porté sur le gris. La raison principale était d’ordre à la fois économique et pratique...

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En attendant de pouvoir distribuer des uniformes réglementaires, l’armée nordiste dut s’en remettre au bon vouloir des États quant à l’habillement des recrues qu’ils levaient. Tous avaient des milices, mais leurs propres uniformes réglementaires n’étaient pas forcément similaires. Les couleurs dominantes étaient le bleu, comme dans l’armée régulière, et le gris, en raison de son faible coût. Pour ne rien arranger, ces régulations n’avaient pas systématiquement un caractère impératif, lorsque toutefois il y en avait – ce qui n’était pas toujours le cas, loin s’en faut.

Fopo_reenactersDans l’imaginaire collectif, la guerre de Sécession demeure le conflit des « Bleus » (les Nordistes) contre les « Gris » (les Sudistes), en référence à la couleur des uniformes portés par les soldats des deux camps. Cette vision correspond à l’acception contemporaine de la notion d’uniforme, dans laquelle la standardisation demeure la caractéristique première. Il en résulte pour le conflit qui nous occupe l’impression d’une certaine pauvreté, notamment en comparaison des uniformes flamboyants et variés des guerres napoléoniennes – où dans certains corps de troupe (les hussards, par exemple), il n’existait pas deux régiments d’une même armée qui portassent la même tenue. Mais si l’on y regarde de plus près, les uniformes de la guerre de Sécession s’avèrent en réalité beaucoup plus diversifiés qu’il n’y paraît, bien que cette variété tendît à s’effacer au fil du conflit pour des raisons pratiques.

Artillery-001Plus encore que la cavalerie, l’artillerie fut durant la guerre de Sécession une arme secondaire. Pour les raisons déjà évoquées – terrain boisé et réseau routier médiocre – l’artillerie de campagne ne joua que très rarement le rôle décisif qui avait été si souvent le sien durant les guerres napoléoniennes. Quant à l’artillerie de siège, elle perdit beaucoup de son efficacité dès lors que les vieux forts en maçonnerie se virent substituer des fortifications en terre. L’emploi de l’arme ne fut pas non plus égal par les deux belligérants, l’Union étant assez nettement favorisée dans ce domaine, par rapport à la Confédération.

cavaliersPour Napoléon Bonaparte, la cavalerie était l’arme décisive du champ de bataille. C’étaient ses charges qui brisaient l’armée ennemie après que celle-ci eût été usée à ses points les plus faibles par des attaques d’infanterie et les tirs concentrés de l’artillerie. Par sa puissance de choc et sa capacité à poursuivre l’ennemi, elle pouvait muer sa retraite en déroute, lui causant des pertes élevées. La guerre de Sécession ne connut rien de tout cela. Cinquante années d’évolution militaire avaient réduit la cavalerie à un rôle secondaire, et les Américains furent parmi les premiers à en faire l’expérience.

Colonel-BerdanSi elle fut, pour l’essentiel, livrée avec les tactiques traditionnelles de l’infanterie lourde, la guerre de Sécession n’en réserva pas moins une place notable à celles, plus récentes, de l’infanterie légère. L’influence du manuel Hardee de 1855, déjà évoquée, était d’autant plus importante qu’au cours de la décennie précédente, l’infanterie fédérale n’avait guère affronté que des Amérindiens, contre lesquels le combat se résumait le plus souvent à des escarmouches en ordre dispersé.

ttfy_waudBien plus que le choc, c’est le feu qui sera utilisé pendant la guerre de Sécession. À l’échelon régimentaire, les manuels en vigueur donnent au colonel un éventail assez large de possibilités quant à son utilisation. S’il veut maintenir un feu continu, il peut ainsi ordonner un tir par file : les deux hommes formant l’extrémité droite de la ligne font feu, puis ce sont leurs deux voisins de gauche, et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le régiment ait fait de même. Le tir par rang est également utilisé. Dans ce cas, la rangée de derrière ouvre le feu d’abord, puis celle de devant.

gainesmill27662waudLongtemps laissée pour compte par l’histoire militaire, car sans doute vue comme triviale et parfois sordide, l’étude du combat en tant que tel n’a été réhabilitée que de manière relativement tardive. En France, on l’associe généralement à la Première guerre mondiale et au courant de l’historial de Péronne, avec une histoire du conflit centrée sur l’étude du quotidien, des consciences et des individus plutôt que sur celle des campagnes et des batailles. Une vision défendue notamment par l’historien britannique John Keegan, mondialement connu, ou par le Français Olivier Chaline, qui l’appelle « la nouvelle histoire-bataille » pour mieux la démarquer de l’ancienne – cette dernière faite de chronologies parfois vides de sens comme en témoigne le fameux poncif « 1515 Marignan ».

CherokeenationalflagBien qu’en principe non concernés par la guerre civile qui déchirait une nation ne les admettant pas réellement en son sein, les Amérindiens n’en subirent pas moins, eux aussi, les conséquences du conflit. C’était particulièrement vrai pour ceux, en partie acculturés, qui étaient établis dans le « Territoire indien » - une zone sans organisation administrative située à l’ouest de l’Arkansas et qui correspond aujourd’hui à l’État de l’Oklahoma. Ces populations se retrouvèrent elles-mêmes divisées, faisant ainsi l’expérience de leur propre guerre civile.

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En tant qu’objectif stratégique majeur, la reconnaissance officielle des États Confédérés d’Amérique par les puissances européennes avait été recherchée dès les tout premiers jours d’existence de la nouvelle nation. En février 1861, une délégation avait été créée à cette fin, puis envoyée en Europe. Elle avait pris des contacts encourageants avec les gouvernements français et britannique. Le 13 mai, le Royaume-Uni avait officiellement proclamé sa neutralité dans le conflit, ce qui reconnaissait implicitement la Confédération comme un belligérant à part entière.

artillery-lance-myersL’artillerie joua un rôle important durant la guerre de Sécession, bien qu’il fût moins décisif que dans d’autres conflits – qu’il s’agisse des guerres napoléoniennes ou de la guerre contre le Mexique, dans laquelle l’armée américaine dut aux canons nombre de ses victoires. Tout comme les armes à feu légères, l’artillerie était alors au cœur d’une véritable révolution technique encore inachevée, l’apparition de canons rayés coïncidant avec la substitution du fer au bronze dans leur construction. Durant le conflit seront utilisés des canons de siège et de campagne, mais également d’autres matériels plus atypiques.

civilwarss-comSi, pour les armées européennes, le rôle traditionnel de la cavalerie restait d’effectuer des percées par ses charges décisives, l’armée américaine en avait acquis une vision légèrement différente. Confrontée aux tactiques, plus proches de la guérilla que des batailles rangées, des Amérindiens, la cavalerie états-unienne en est venue à combattre davantage comme une infanterie montée, se déplaçant à cheval mais se battant fréquemment à pied. Cet emploi se retrouvera, également pour d’autres raisons, durant la guerre de Sécession, bien qu’il fût, paradoxalement, compris plus tardivement au Nord qu’au Sud.

joe_gromelski_reenactorsToute guerre a besoin d’armes pour être livrée. La guerre de Sécession n’en manqua pas : en autorisant tout un chacun à posséder une arme à feu, le deuxième amendement à la constitution des États-Unis assurait l’existence d’un vaste marché que de nombreux fabricants d’armes, de taille variable, se partageaient. Malgré cela, et en dépit des immenses stocks accumulés dans les arsenaux fédéraux et ceux des États, il fallut en importer massivement d’Europe. Si l’Union n’eut aucune peine à le faire grâce à sa supériorité navale, la Confédération dut quant à elle recourir à des forceurs de blocus. En dépit de cela, elle ne manqua jamais d’armes pour se battre.

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Dès le 19 avril 1861, le président Lincoln décréta le blocus des côtes des États ayant fait sécession. Ce décret autorisait les navires nordistes à arraisonner tout vaisseau entrant ou sortant d’un port rebelle. Initialement, il s’agissait d’une réaction à une décision du gouvernement confédéré, qui menaçait d'accorder des lettres de marque à des corsaires, les autorisant à attaquer les navires de l’Union. Au cours de l’été 1861, le blocus s’intégra à merveille au « plan Anaconda » du général Scott. Dès le mois d’août, les premières opérations visant à le renforcer furent entreprises.

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Lorsque débute la guerre de Sécession, la question de la stratégie ne se pose même pas aux belligérants, puisque tout le monde ou presque pense qu’une grande bataille de style napoléonien permettra de terminer le conflit en quelques semaines seulement. Une fois cette certitude dissipée par les premiers combats de l’été 1861, le Nord comme le Sud durent convenir qu’une stratégie plus élaborée était nécessaire quant à la conduite future de la guerre.

g_b_mcclellanAvec la cuisante défaite de Bull Run (21 juillet 1861) s’envolaient les espoirs d’une victoire rapide pour le Nord. Pour le président Abraham Lincoln, il s’agissait désormais de mettre l’Union en état de remporter une guerre d’usure, un conflit prolongé, tout en gérant les nécessités de la politique interne et des échéances électorales. Sa première tâche allait être de trouver un homme à qui confier la lourde mission de réorganiser la principale armée nordiste, durement étrillée à Bull Run, et d’en faire une machine à vaincre. Son choix allait rapidement se porter sur George McClellan.
robert-e-lee.jpg-5911En août 1861, la situation militaire s’annonce particulièrement morose pour les Nordistes. La défaite de Bull Run (21 juillet) a envoyé une onde de choc qui a ébranlé l’Union tout en coupant court aux espoirs de victoire rapide des Fédéraux sur le théâtre d’opérations principal, en Virginie. Celle de Wilson’s Creek (10 août), si elle n’a pas été aussi cuisante, n’en a pas moins coûté la vie au général Lyon, mettant ainsi un coup d’arrêt à la progression nordiste dans le Missouri. Avec la neutralité du Kentucky, scrupuleusement respectée, le Nord a tout simplement perdu l’initiative. La balle, à ce moment, est dans le camp du Sud, et celui-ci va s’efforcer d’en profiter pour reconquérir le terrain perdu en Virginie.
orphan_flagDe tous les États qui s’efforcèrent de rester en dehors de la guerre civile, le Kentucky fut celui qui y parvint le plus longtemps. Sa neutralité temporaire fut essentiellement le résultat d’un compromis politique au sein de ses propres institutions, entre d’une part les partisans de l’Union, rangés derrière l’éminent sénateur John Crittenden (celui-là même qui avait tenté d’éviter la guerre en soumettant au Sénat un compromis protégeant l’esclavage), et d’autre part ceux de la sécession, qui comptaient parmi eux le gouverneur de l’État, Beriah Magoffin.

msgflagÉloigné de la côte Est et de ce qui constituait alors le cœur du pays, limitrophe du Far West, le Missouri n’en était pas moins concerné au premier chef par la guerre civile naissante. En fait, il se trouvait dans une situation très similaire à celle du Kentucky : celle d’un État d’un peu moins de 1,2 million d’habitants, dont une proportion d’esclaves relativement faible, à la fois attaché à la culture sudiste et à sa présence au sein de l’Union.

MNBPRickettsBatteryPaintingL’armée de Virginie du Nord-Est se mit en marche avant l’aube, le 21 juillet 1861. L’historien Bruce Catton a laissé de cette marche d’approche une description pittoresque et vivace dans le tome 1 de sa trilogie sur la guerre de Sécession, The Coming Fury, écrit pour le centenaire de la bataille. Il rappelle ainsi à quel point la marche de Hunter et Heintzelmann fut ralentie non seulement par le très mauvais état des routes menant à Sudley Springs, mais également par l’indiscipline des troupes. La chaleur étant rapidement devenue écrasante une fois le soleil levé, nombre de soldats s’éparpillèrent dans les sous-bois pour y cueillir des mûres et tenter de se rafraîchir. De toute évidence, McDowell avait conçu un plan trop élaboré pour son armée de soldats du dimanche.
on_to_richmondAu début de la guerre de Sécession, l’idée que le conflit serait soldé par une seule grande bataille décisive était largement répandue, au Nord comme au Sud. C’était là l’héritage des campagnes napoléoniennes et de leur plus célèbre analyste, Clausewitz – chose en vérité assez surprenante, car c’était plutôt son rival Jomini, aux vues diamétralement opposées, qui était alors en odeur de sainteté dans les académies militaires états-uniennes, West Point en tête. Tandis que la Confédération adoptait une posture défensive, l’Union allait chercher à provoquer cette rencontre fatidique.

virginia_flagL’État de Virginie était, en 1861, un des plus étendus et des plus prospères de l’Union. Surnommée « la Mère des présidents » en raison du nombre de ses fils ayant accédé à la magistrature suprême (à commencer par le premier d’entre eux, George Washington), la Virginie était aussi la première colonie anglophone fondée sur le continent nord-américain, en 1607. De son ancienneté, elle avait gardé une structure sociale basée sur une « aristocratie » de planteurs cultivant essentiellement le tabac. Comme celles opérant les plantations cotonnières du Vieux Sud, ces familles étaient à la fois les garantes et les inventrices du « mode de vie » sudiste, les premiers esclaves ayant été importés en Virginie peu après sa fondation.

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Au printemps 1861, alors que s’organisent les armées des deux camps, la sécession de quatre nouveaux États, et l’incertitude qui entoure l’attitude de trois autres, posent un nouveau problème stratégique aux dirigeants des deux belligérants. Pour le Sud, la première urgence est d’intégrer les nouveaux États à la Confédération, et d’assurer la défense d’un territoire devenu excessivement grand par rapport à ses moyens militaires. Pour le Nord, en revanche, s’assurer le contrôle des États-frontière s’avère vital, car leur situation géographique menace la profondeur stratégique de l’Union.

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Avec le bombardement et la capitulation du fort Sumter, la crise de la Sécession prenait fin – la guerre de Sécession, elle, commençait. Les circonstances de ce premier combat ne laissaient guère présager les atrocités de la guerre à venir : une reddition avec les honneurs de la guerre, digne de la « guerre réglée » des siècles passés ; des combats n’ayant fait que quelques blessés, menés par des officiers soucieux de limiter les pertes humaines ; et si deux morts il y eut, ce fut juste par… accident. Si les conséquences à long terme étaient encore bien floues pour les contemporains, les résultats immédiats de l’engagement étaient faciles à anticiper.

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Dans l’après-midi du 11 avril 1861, trois officiers sudistes se présentèrent avec un drapeau blanc à l’entrée du fort Sumter. Menée par le colonel Chesnut, dont l’épouse Mary allait se rendre célèbre après la publication de son journal de guerre, la délégation amenait au major Anderson l’ultimatum par lequel, conformément aux ordres du gouvernement confédéré, le général Beauregard exigeait la reddition du fort. L’ultime compte à rebours avant le déclenchement de la guerre de Sécession venait de commencer.

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L’affrontement qui se préparait à Charleston n’était que l’aboutissement d’une crise de près de quatre mois. Il y avait une grande différence de perception entre les dirigeants, l’opinion publique, et la presse, qui y avaient assisté à l’échelle nationale, « macro-historique », et ceux qui se trouvaient au cœur même de l’événement, la garnison du fort Sumter et les autres acteurs de l’événement qui allait déclencher la guerre de Sécession. Cette vision « micro-historique » n’est pas dénuée de tout intérêt pour l’historien.

Abraham_lincoln_inauguration_1861Le 4 mars 1861, Abraham Lincoln prêta serment sur le parvis du Capitole, le bâtiment qui abrite le Sénat et la Chambre des représentants, et prit ses fonctions de seizième président des États-Unis d’Amérique. La première mission de son nouveau gouvernement était des plus urgentes : après l’échec manifeste des diverses tentatives de résolution pacifique, il lui fallait trouver un moyen de désamorcer la crise qui avait abouti à la sécession des sept États du Vieux Sud, et éviter que le pays ne plonge dans la guerre civile.

jefferson_f_davisPas plus que sur la sécession, il n’y avait d’unanimité sur la conduite à tenir une fois celle-ci acquise. Parmi la classe politique sudiste, la question qui se posait à présent était de savoir si les États nouvellement indépendants allaient le rester, ou bien s’ils allaient eux-mêmes se regrouper au sein d’une nouvelle entité souveraine. Il apparut très tôt que les États sécessionnistes avaient, paradoxalement, tout intérêt à s’unir pour parer à toute tentative de les ramener dans le giron de l’Union de la part du gouvernement de Washington.

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En novembre 1860, l’élection d’Abraham Lincoln à la présidence des Etats-Unis d’Amérique allait déclencher la plus grave crise politique de l’histoire du pays. Trois mois suffiraient pour diviser la nation en deux entités politiques, et moins de six pour la plonger dans la guerre civile – et ce, malgré les tentatives répétées de conciliation pour éviter le pire.

 

800px-US_33_Star_Fort_Sumter_Flag.svgÀ la veille de la guerre de Sécession, les Etats-Unis forment un pays très étendu, qui n’allait pas tarder à devenir un vaste champ de bataille. La géographie physique du pays allait étroitement conditionner le déroulement des opérations militaires ainsi que les stratégies des deux camps. Il en irait de même pour sa population, ainsi que pour sa géographie économique, à commencer par la répartition des ressources et les réseaux de communications.
CSAGeneralMener au combat des forces telles que les belligérants de la guerre de Sécession en alignèrent impliquait avant toute chose de les encadrer. Ce n’est pas le millier d’officiers de l’armée régulière de 1860 qui allait suffire à cette tâche ; et ce, même en rappelant au service ceux qui avaient quitté l’armée pour une raison ou pour une autre. L’ensemble des académies militaires du pays ne formant pas plus de quelques dizaines d’officiers par an, c’est par d’autres moyens qu’il allait falloir trouver des cadres compétents.  
American_Civil_War_ChaplainPenchons-nous à présent sur la composition de ces armées, et leur évolution. Qui étaient les hommes qui disputèrent la guerre de Sécession ? Tous n’eurent pas la même motivation, la même origine, le même destin ; pas plus que la qualité des armées belligérantes ne resta homogène tout au long des quatre années que dura le conflit.
1stohioflagSi lever une armée est une chose, l’organiser pour en faire une force capable de se battre efficacement en est une autre, et les belligérants de la guerre de Sécession allaient très vite l’apprendre à leurs dépens. Comme on l’a vu, il n’existe pas, en temps de paix, d’échelon supérieur à celui du régiment. Toutefois, les régiments de volontaires ne comprenant pas plus de 800 à 1.000 hommes, des armées de plusieurs dizaines de milliers de combattants n’allaient pas pouvoir être organisées sans l’établissement d’une structure hiérarchique comprenant plusieurs échelons.

Michigan_infantryCompte tenu de la faiblesse de l’armée fédérale, peu nombreuse et dispersée à travers tout le pays, et de l’inadéquation de la milice à une telle tâche, il s’avéra immédiatement nécessaire, dès le début de la guerre de Sécession, de lever des unités de volontaires pour écraser la rébellion. En effet, accroître la taille de l’armée régulière n’était pas une option envisageable : la législation alors en vigueur soumettait toute création d’unité à un vote en bonne et due forme du Congrès, une nécessité incompatible avec l’urgence de la situation.

lee1859On le voit, l'armée des Etats-Unis est, en 1860, faible et dispersée. Sa présence dans l'Ouest étant déjà indispensable, on comprend mieux comment la sécession des États du Sud a pu se produire, et les sécessionnistes s'emparer de la quasi-totalité des installations militaires fédérales dans le Sud, pratiquement sans rencontrer de résistance. Même si le nombre reste un facteur prépondérant - Napoléon Bonaparte ne disait-il pas "Dieu est toujours du côté des plus gros bataillons" ? - la composition de l'armée et la qualité du personnel ont aussi leur importance.

regularsacw150En 1860, la situation militaire des Etats-Unis est ainsi quelque peu paradoxale. D'un côté, la nation a atteint un degré de militarisation non négligeable, avec l'existence des milices d'États, d'arsenaux (fédéraux ou non) abondamment pourvus, et l'idéal du "citoyen-soldat" hérité de la guerre d'Indépendance. Mais de l'autre, le pays n'entretient que de minuscules forces armées professionnelles, ce qui en fait un véritable nain militaire en comparaison de la plupart des autres pays. En somme, un pays militairement faible, mais capable de monter en puissance très vite si le besoin s'en fait sentir - ce qui allait globalement caractériser l'armée américaine de sa naissance jusqu'à la Seconde guerre mondiale.

Fort_sumter_1861

Une fois que le Stars and Bars – le premier drapeau de la nouvelle nation sudiste, qui en connut officiellement trois durant sa brève existence – eût été hissé au sommet, tronqué par un obus, du mât du fort Sumter le 13 avril 1861, le premier défi auquel furent confrontés les deux belligérants de la guerre de Sécession fut de se doter chacun d’une armée en mesure de faire la guerre. Dans ce domaine, le Nord partait de peu de chose et le Sud, de rien du tout.