Expressions françaises populaires

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Il existe en français (comme dans les autres langues), des expressions toutes faites, dont le sens ne varie pas ou peu, et qui font partie du patrimoine de la langue. Quand on utilise une expression française, on estime que tout le monde comprend ce qu’elle veut dire, mais son sens d’origine est bien moins connu, il a souvent été détourné avec le temps. De la référence à l'amie de Jésus (Pleurer comme une madeleine) à la durée de construction de Notre Dame de Paris (Poireauter 107 ans), découvrez les expressions françaises les plus populaires et leurs origines.

 

A bride abattue (XVIe-XVIIe)

A toute vitesse. La bride est un ensemble de lanières fixée à la tête du cheval, reliée au cavalier par les rênes, mais communément on emploie « la bride » pour les rênes. Et normalement, si on retient les rênes, le cheval s’arrête, si on les relâche le cheval avance. Au XVIe siècle, on utilisait l’expression « à bride avallée » lorsque les rênes sont lâches et la bride vers le bas. Ce n’est qu’au XVIIe siècle, que l’on se rend compte que si les rênes sont relâchées, le cheval part plus vite, voire au galop à toute vitesse. Cette expression « à bride abattue » est alors employée. Il y a une autre variante « à toute bride » qui peut être lâchée et permettre à une personne d’être libre d’agir, on dit alors « lâcher la bride ».

A la queue leu leu (XIe)

Marcher à la queue leu leu, c'est avancer les uns derrière les autres. C’est le latin "lupus" qui donna au XIe siècle les noms "leu" et "lou". Deux siècles plus tard y sera ajouté un "p" donnant notre actuel "loup". Toutefois la forme "leu" subsistera jusqu’au XVIe siècle.

Avoir un nom à coucher dehors (Moyen-Age, Guerres napoléoniennes)

Aujourd’hui, cette expression signifie avoir un nom difficile à prononcer ou à retenir. Son origine est assez surprenante. Elle provient en effet d’une époque ou lorsqu’une personne était perdue ou devait demander le gîte à des inconnus, il valait mieux pour elle d’avoir un nom à consonance chrétienne pour que quelque un accepte de lui offrir un endroit où passer la nuit.

C'est fort de café (XVIIIe)

C’est exagéré, voire insupportable. Au XVIIe siècle, on disait « c’est trop fort », expression qui se transforme au XVIIIe siècle en « c’est fort de café », le café apparaissant à cette période et très souvent un peu trop fort. Au XIXe siècle, arrivent des variantes « fort de chicorée » ou « fort d’eau-de-vie ». Mais en général, c’est une expression de bas langage, utilisé par le petit peuple, comme l’explique d’Hautel dans son dictionnaire de 1808 « locution triviale de mauvais goût ».

C'est la croix et la bannière (Moyen-Age)

Cette célèbre expression fait référence aux difficultés rencontrées par les chevaliers durant les croisades. Mais l'expression exacte, "La croix à la bannière", aurait d'autres origines. Au XVe siècle, il arrivait souvent que des cortèges religieux accompagnent les personnages importants.

C'est la fin des haricots (XIXe-XXe)

En période de crise financière ou autre, on dit parfois que c’est la fin des haricots, la fin de tout en quelque sorte…D’où vient cette expression ? Au siècle dernier, on distribuait dans les internats des haricots aux élèves quand on ne savait plus quoi leur donner en guise de nourriture.

C'est le cadet de mes soucis (XVIIe)

Cela m’est égal. Tout le monde a des soucis et parfois plusieurs en même temps. On les classe alors du plus important à celui dont on peut carrément se moquer. Celui-ci devient alors « le cadet de mes soucis ». Cette expression vient du XVIIe siècle, plus précisément de la place des enfants dans une famille. Il y a l’aîné sur lequel on fonde la dynastie, le second déjà moins important et le cadet, étant le dernier, le plus petit auquel on ne porte pas grand intérêt. On retrouve ce terme dans « les Cadets de Gascogne » ces gentilshommes servant volontairement comme bas officiers ou soldats ».

C’est une autre paire de manche (Moyen Age)

L’expression signifie aujourd’hui « c’est une autre affaire, plus difficile », mais cette formule a une histoire : au Moyen Âge, les manches se détachaient de l’habit. On pouvait donc en changer, notamment pour changer d’activité : on avait des manches pour la chasse, d’autres pour chez soi, etc.

Chercher une aiguille dans une botte/meule de foin (XVIe-XVIIIe)

Trouver ou réaliser une chose presque introuvable ou extrêmement difficile. Mme de Sévigné l’utilise beaucoup, mais on découvre cette expression dans un ouvrage sur Gassendi et l’Europe de 1592 à 1792 « quant à passer au crible la masse des correspondances privées qui nous ont été conservées pour la période, autant chercher une aiguille dans une meule de foin ». Effectivement, sans réfléchir beaucoup, on imagine bien que de chercher une aiguille dans une botte de foin est très compliqué, alors dans une meule...

Connaître sur le bout des doigts (Antiquité)

L’expression signifie aujourd’hui « connaître parfaitement son sujet », mais cette formule a une histoire : en latin, on disait « sur le bout de l’ongle » en référence aux marbriers qui vérifiaient que leur travail était parfait en passant l’ongle sur la jointure entre deux blocs de marbre.

Coûter un bras (XXe)

Coûter très cher ou trop cher. Le bras est l’un des membres dont on ne peut pas se passer, (assimilable aux expressions comme les yeux de la tête ou encore la peau des fesses), donc des organes très précieux. Les premiers à utiliser ces termes sont les Canadiens qui ajoutent « et la moitié de l’autre ». Expression populaire du début du XXe siècle, mais son origine aurait 2 possibilités : au Far-West, les cow-boys accomplissaient une vengeance, même au prix d’une jambe perdue ; un militaire américain ayant fait une faute grave, se verrait déclasser et perdre les galons qu’il porte sur sa manche et donc il « perdrait un bras ».

De but en blanc (XVIIe)

Brusquement. Expression du XVIIe siècle utilisée dans le milieu militaire dans les termes « de pointe en blanc » qui signifie tirer avec une arme à feu dans une cible représentée par le blanc. Le terme « but » est une déformation de butte et butte de tir qui est l’endroit d’où l’on tire, ou bien le point de départ d’un tir de courte portée, rapidement sans préparation préalable donc brusquement.

Donner sa langue au chat (XIXe)

Donner sa langue au chat signifie abandonner une réflexion, reconnaître son ignorance en arrêtant de chercher une solution à une question. Autrefois, on disait "jeter sa langue au chien". Cette expression avait un sens dévalorisant car à l'époque, on ne "jetait" aux chiens que les restes de nourriture.

En mettre sa main au feu (Moyen Age)

L’expression signifie aujourd’hui « être certain de quelque chose » mais, autrefois, elle avait un tout autre sens : au Moyen Âge, un suspect devait porter une barre de fer rougie par le feu. S’il se brûlait les mains, il était coupable, sinon, il était innocent. Cette pratique, à l’origine païenne, est reprise par l’Église qui s’en remet au « jugement de Dieu » pour établir la vérité. On appelle cette épreuve une ordalie.

En rang d'oignon (XVIIe)

Se mettre en rang d'oignon signifie se placer sur une seule ligne. mais l'expression n'a pas toujours eu le même sens. Au début du XVIIe, cette expression signifiait "prendre place quelque part où l'on n'est pas invité".

Etre au bout du rouleau (Moyen-Age)

Je n'en peux plus, je suis épuisé, je suis au bout du rouleau. Que signifie le bout du rouleau pour exprimer cette fatigue ? Jusqu'au Moyen Age, le "role" était une sorte de bâton d'ivoire ou de buis sur lequel les anciens collaient des parchemins, et qui faisait office de livre.

Etre dans de beaux draps (Moyen-Age)

"Se mettre dans de beaux draps" signifie se retrouver dans une situation compliquée. Les "draps" ont longtemps désigné les "habits". Autrefois, on disait "être dans de beaux draps blancs". Cette expression décrivait une situation honteuse.

Etre médusé (mythologie)

Dans la mythologie, Méduse était une très belle jeune fille que Neptune enleva pour l’amener dans le temple de Minerve. Celle-ci, se sentant offensée par la beauté de Méduse, la transforma pour se venger en une créature ignoble, avec des serpents pour cheveux, des dents de sanglier et des ailes d’or.

Etre un as (XIXe)

Etre le meilleur. Au XIIe siècle, l’As marquait seulement un point aux jeux de dés, donc une valeur presque nulle. Lors de l’apparition des jeux de cartes, l’as obtient le rang le plus élevé. Dans le dictionnaire historique de la langue française en 1868, l’As désigne le premier aviron d’un canot de rameurs ; de même, dans les courses hippiques, l’As est le premier cavalier du peloton. Et de nos jours, l’As est toujours le meilleur, le premier dans toutes les spécialités et tous les domaines.

Faire amende honorable (XVIe)

Reconnaître ses torts, demander pardon en public. Au XIIIe siècle, cette expression était une peine, une punition pour réparer un tort grave. Cette peine infamante s’agrémentait d’une privation d’honneur et un chevalier était « déclassé ». Au XVIe siècle, cette expression apparait ayant le sens « demander pardon en public ». C’est une pénitence en public où bon nombre de condamnés devaient le faire en Place de Grève, à Paris, avant d’être le plus souvent exécutés. Au XVIIIe siècle, il ne s’agit plus que de simples excuses.

Faire la fine bouche (XVe)

Faire le difficile. Cette expression, réservée d’abord à la table, existe depuis la seconde moitié du XVe siècle sous « il fait la petite bouche », désignant celui ou celle qui est difficile à table et qui chipote. Avec les années, la « petite » est remplacée par « fine ». Plus tard encore, le terme est étendu à tous les domaines possibles.

Faire les 400 coups (XVIIe)

Faire les 400 coups, c'est avoir une vie débridée. Lors de la guerre menée par Louis XIII contre le protestantisme, la ville de Montauban fut attaquée en 1621 par 400 coups de canon, sensés faire plier les habitants qui étaient en majorité protestants.

Fier comme Artaban (XVIIe)

Etre fier, voire arrogant. On trouve cette expression dès 1688 dans l’ouvrage « esprit de la France et les maximes de Louis XIV ». Artaban est l’un des principaux personnages d’un roman de 4 000 pages, titré « Cléopâtre », écrit par Gautier de Costes de La Calprenède entre 1647 et 1658. Et ce personnage apparait tout au long de l’ouvrage comme un être fier et arrogant.

Jeter la pierre (Antiquité)

"je ne vous jette pas la pierre pierre, mais j'étais à deux doigts de m'aggacer. Réplique culte d'une célèbre comédie, l'expression "jetter la pierre" signifie être le premier à accuser une personne. Cette expression remonte à la nuit des temps. Elle fait allusion à l’Evangile et à la "première pierre" jetée sur la femme adultère.

L'argent n'a pas d'odeur (Antiquité)

De l’argent gagné malhonnêtement et qui ne trahit pas son origine. On parle aussi d’un bien mal acquis dont on oubliera l’origine douteuse. L’expression viendrait de l’empereur Vespasien qui régnait sur Rome entre 69 et 79 après J.-C. Néron, ayant vidé les caisses de l’état, Vespasien lorsqu’il arrive au pouvoir, n’a pas d’autres solutions que d’instaurer un grand nombre de taxes dont une sur les urines. Ces urines servaient à dégraisser les peaux, et tous les 4 ans, le chef de famille devait payer cette taxe en fonction du nombre de personnes et d’animaux vivant sous son toit. Titus, le fils de Vespasien lui fait remarquer que le peuple « rigole » à propos de cette taxe. Son père prend alors une pièce, la lui fait sentir en lui disant « l’argent n’a pas d’odeur et peu importe sa provenance »...

Mettre du beurre dans les épinards (XVIIIe-XIXe)

Améliorer ses conditions de vie. Avant le Moyen-âge, le beurre ou la graisse étaient destinés aux pauvres, en raison de la facilité à les produire tout au long de l’année. On les utilisait aussi pour les soins contre les brûlures ou pour faire briller les cheveux. Au XIVe et XVe siècles, le beurre n’existait presque pas dans les recettes étant un produit d’origine animale, interdit par l’Eglise surtout en temps de carême. Au XVIIe siècle, le beurre devient un produit de luxe, utilisé en cuisine uniquement chez les gens de la haute société. Il est donc associé à la richesse et au XVIIIe et XIXe siècles, c’est un symbole de distinction sociale. 

Pour revenir à l’expression : les épinards natures sont très diététiques, mais beaucoup moins bons qu’en y ajoutant du beurre.

Ne pas être dans son assiette (XVIe)

Ne pas être dans son état normal. Montaigne en 1580 explique que l’assiette est liée au vers asseoir « la manière d’être assis », surtout dans le domaine de l’équitation où l’assiette est la position du cavalier sur sa monture. Mais de manière figurée, Montaigne ajoute que c’est « un état d’esprit ou une façon d’être ». Cette position prend un sens différent dès le début du XVe siècle, désignant la situation d’un convive à table où le service posé à chaque place devant chaque convive est nommé Assiette.

Ne pas être sorti de l'auberge (XIXe)

Ne pas en finir avec les difficultés. Cette expression du XIXe siècle vient de l’argot des voleurs. Le terme « auberge » a le sens de la prison, lorsqu’un voleur qui est pris, intègre la prison et y reçoit le gîte et le couvert comme dans une auberge. Et comme tout condamné, il est loin d’en finir avec les ennuis et aura beaucoup de mal à en sortir. De là, « sortir de l’auberge » veut dire se tirer d’un mauvais pas.

Pleurer comme une madeleine (Antiquité)

Ou plutôt comme une Madeleine avec un "m" majuscule. Car on fait fait pas du tout référence ici au gâteau préféré de Proust, mais à la Bible. Celle-ci raconte l’histoire de Marie, de la ville de Magdala, plus tard nommée Marie Madeleine. Cette femme était une ancienne prostituée, qui se présenta à Jésus lorsqu’elle apprit qu’il était à Magdala.

Poireauter 107 ans (XIIe et XIXe)

Bon tu te dépêches oui ? Je ne vais pas poireauter 107 ans ! Cette expression signifie bien sûr attendre très longtemps. Mais pourquoi utilise-t-on le nombre 107 et pas 502 ou 406 ans ? En fait, il semblerait que la construction de la cathédrale Notre-Dame de Paris ait duré 107 ans. C’est de là que viendrait l’expression.

Rater le coche (XVIIe)

Aujourd'hui, rater le coche signifie rater une occasion. Au XVIIe et au XVIIIe siècles, les "coches" étaient des moyens de transport fluviaux dont les départs et les arrêts dépendaient d'horaires précis.

Ruer dans les brancards (XVe)

Se révolter, se rebiffer. Les brancards, sont au XVe siècle, deux longs morceaux de bois attachés sur le devant d’une caisse de transport ou de voiture, reliés à un cheval se trouvant au milieu, qui tirait le chariot. Exténué ou ayant faim ou carrément lorsqu’il en avait « marre », le cheval se cabrait, ruait et envoyait les pieds dans les brancards.

Se faire de la bile (antiquité)

Se faire du souci.  Cette expression vient de la théorie antique des quatre « humeurs », théorie qui perdure de nos jours. Hippocrate insistait sur ces 4 humeurs : la bile noire correspondant à la mélanconie, la tristesse et le souci ; la bile jaune étant associée à la colère. La bile noire, sécrétée par la rate est donc cause de nos soucis. Et même si cette théorie des humeurs a été abandonnée au XVIIIe siècle, il nous reste cette expression où la bile est associée au mauvais sang. On constate bien lorsque l’on nettoie et mange des foies de volaille, il y a parfois des petites parties verdâtres, ces parties ayant été endommagées par l’éclatement de la rate et étant particulièrement amères.

Tailler une bavette (XVe-XIXe)

Bavarder. Au XVe et XVIe siècle, le mot « bave » est le babil des enfants, puis devient le bavardage des adultes et la « salive » signifie des paroles souvent futiles. Les deux termes sont liés car celui qui parle fort et longtemps, risque d’asperger son interlocuteur de quelques gouttes de salive. Un peu plus tôt dans le temps, on disait couramment « tailler bien la parole à quelqu’un », puis on utilise l’expression « tailler une bavette » de façon péjorative évoquant le débit des futilités ou le caquetage ! Furetière dit d’ailleurs que « les femmes vont tailler des bavettes, bassement, quand elles s’assemblent pour caqueter ». Ce n’est qu’au XIXe siècle que le terme passe au singulier et le sens péjoratif diminue.

Un boute en train (XVIIe)

Une personne joyeuse qui met de l’animation. Expression à décomposer : le verbe « bouter » signifiant au XVIIe siècle, mettre en action ou en mouvement ; « être en train » voulant dire être dans de bonnes dispositions et « mettre en train » est préparer à agir ou stimuler. Dans le dictionnaire de l’Académie française en 1762, le boute-en-train est un oiseau qui sert à faire chanter les autres ; de même, dans un haras, c’est un cheval destiné à mettre une jument en chaleur.

Un travail de bénédictin (Moyen-Age)

Un travail intellectuel demandant de la patience, de l’application et un certain temps. « Bénédictin » vient du prénom Benoit, Bénédict en anglais. Il s’agit de Saint Benoit de Nursie né à la fin du Ve siècle, fondateur de l’ordre des moines bénédictins vers 530. Ils établirent un ensemble de règles de vie, adoptées par grand nombre de monastères en Occident. Plus tard, plusieurs ordres différents sont issus des Bénédictins ayant des activités propres à chacun des ordres.

La congrégation de Saint Maur en est le parfait exemple : créée au XVIIe siècle, les moines mirent en avant le travail intellectuel. Ils ont participé à l’élaboration d’un travail littéraire collectif de longue haleine en rédigeant 236 volumes pour le Trésor généalogique ou encore 50 volumes pour la Géographie de la Gaulle et de la France.

Pour aller plus loin

Le pourquoi et le comment des expressions françaises, de Delphine Gaston-Sloan. Larousse, 2018.

500 expressions populaires, de Jean Maillet. Opportun, 2017.

 

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