Époque archaïque et réforme hoplitique en Grèce antique

Histoire Universelle | L'Antiquité, civilisations et empires

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Bien que mal connue, la période archaïque est une époque de grands changements dans la Grèce antique tout juste sortie des "siècles obscurs". On y voit de nombreuses innovations, comme l'alphabet, un essor démographique ou encore la naissance de la cité (polis). Voici la définition que l'on donne à la cité : il s'agit d'un « État indépendant, au territoire (chôra) relativement réduit, centré sur une agglomération où siègent les organes de gouvernement, et qui s'incarne dans la communauté des citoyens (politai). ». Ces derniers font former aux VIIe et VIe siècles av. J.-C. un nouveau corps d'amée, les hoplites, qui vont constituer le nerf de l’armée des cités grecques, notamment Athènes, Sparte et Syracuse.

 

La situation au début de l'époque archaïque

Cette naissance se produit au VIIIe siècle selon le scénario du synoecisme : il s'agit d'un groupement de villages avec l'un s'imposant comme une agglomération centrale. Cette naissance de la cité, se fait par l'intermédiaire de la colonisation grecque à partir du VIIIe siècle. On recense principalement trois secteurs que sont l'Italie du sud, la Sicile et les rives de la mer noire. Dès l'apparition des cités grecques, ces dernières commencent à se faire la guerre les unes contre les autres.

A la fin de l'époque géométrique (900 – 750 avant J.-C.), émerge une aristocratie. Le site de Lefkandi en Eubée révèle les fouilles d'une maison de la période 1000 – 950 avant J.-C., résidence d'un guerrier qui s'est fait enterrer avec ses armes. L'aristocratie de guerriers est à l'origine de la couche dominante en Grèce ancienne.

La guerre homérique est souvent décrite comme une mêlée indistincte comprenant des duels de héros et des affrontements de fantassins. C'est le modèle de l'affrontement héroïque, qui repose sur le combat d'individus un peu isolés et qui font preuve de courage et de force devant le reste de l'armée. L'archéologie montre que le VIIIe siècle est l'époque des tombes de guerriers. C'est l'époque de la modification de l'armement : la cuirasse et l'épée, comme l'illustre la célèbre tombe d'Argos. Le cheval est un signe de distinction sociale plus qu'un outil militaire. Il est utilisé par les aristocrates, notamment pour des épreuves sportives et les funérailles des aristocrates.

Les chars ne sont pas utilisés dans les batailles et il n'existe pas de cavalerie, les combattants sont toujours des fantassins. Le cheval est donc avant toute chose une marque de distinction sociale, comme mentionné plus haut, car il traduit l'appartenance à une élite. On ne combat pas avec le cheval, mais il permet de se déplacer, d'où un champ d'action plus vaste. Les aristocrates sont des chevaliers, et non des cavaliers, c'est en effet une marque de statut, mais qui n'aide pas à la guerre.

La réforme hoplitique : une révolution

Au VIIIe siècle, c'est l'âge d'or de l'aristocratie combattante et dès ce VIIIe siècle, cette aristocratie est remise en cause.

L'aristocratie archaïque est par définition le gouvernement des meilleurs (aristoi), à caractère héréditaire : faire partie d'un lignage (un genos) est indispensable (exemple des Alcméonides à Athènes). On recense les Géomores (« détenteurs des terres »), ensemble des familles aristocratiques à Syracuse (Sicile) ; les Eupatrides (étymologiquement « ceux qui ont de bons ancêtres »), ensemble des familles aristocratiques à Athènes ; et les Hippobotes (« éleveurs de chevaux »), ensemble des familles aristocratiques en Eubée.

Les deux autres couches de la société sont les hommes libres (paysans & artisans), non aristocrates, ils n'ont pas la possibilité de participer à la vie politique ; et les esclaves (non-libres), qui sont de plus en plus nombreux.

L'aristocratie se caractérise donc par la richesse, la détention du pouvoir politique, du pouvoir judiciaire (ils rendent la justice car ils sont les seuls à connaître le droit qui est oral et non écrit), du pouvoir religieux (ils contrôlent des cultes de la cité : les prêtres appartiennent de manière héréditaire à une famille aristocratique). Enfin ils ont un certain nombre de privilèges uniquement honorifiques. Ceci explique l'absence de système féodal à cette époque.

On observe de nouvelles façons de se faire la guerre, dès lors que la réforme hoplitique va se mettre en marche. Vers 700-650, ce sont les premières guerres entre cités grecques, par exemple la guerre en Lélantine (guerre de Troie) entre Chalcis et Erétrie ou encore la conquête de la Messénie par Sparte (Laconie). La réforme hoplitique survient dans la période entre 700 et 650 avant notre ère. Elle se traduit essentiellement par l'apparition des hoplites, fantassins lourdement armés, dont la panoplie hoplitique comprend un armement offensif (pique doru, longue de 2m environ, et un glaive) et un armement défensif qui comprend quant à lui un casque, une cuirasse, des cnémides (jambières), un bouclier rond (hoplon) de 1m de diamètre environ et à deux prises sur sa face interne (brassard et poignée).

Les hoplites combattent dans une formation spécifique nommée la Phalange, qui comporte des alignements en longueur, sur sept ou huit rangs de profondeur). Sa structure repose sur le bouclier rond. Pour un combattant isolé, ce bouclier n'a aucun intérêt, mais dans la formation de la phalange sa vraie valeur apparaît.. La phalange demande une solidarité entre les combattants. Le vase Chigi (voir image), réalisé vers 650-620, nous donne la plus ancienne représentation d'une phalange. Le rythme est donné par l'Aulète (le flûteur situé derrière les hoplites).

La phalange a ses propres valeurs : le patriotisme au premier plan et la belle mort par excellence. On refuse les armes de jet car on estime qu'il est synonyme de lâcheté : il faut combattre son ennemi face à face et directement , on respecte la discipline du groupe, on fait preuve de courage. En effet il y a refus de la fuite au combat et de la lâcheté. Le soldat doit revenir avec son bouclier, sinon il sera déshonoré et considéré comme traitre dans la majeure des cas. Les valeurs reposent donc sur Elle reposent donc sur le citoyen-soldat. La guerre a généralement lieu à la belle saison.

Une bataille est codifiée. On observe d'abord la poussée puis suvient la mêlée et enfin le trophée. Le vainqueur est celui qui reste maître du champ de bataille choisi par les deux adversaires, et au final c'est celui qui a eu le moins de morts. Il manifeste sa victoire par un geste traditionnel, il érige un trophée sur le champ de bataille avec les armes des vaincus. Le camp vainqueur a aussi l'obligation de rendre les corps des vaincus à son adversaire. Le vaincu, lui, doit envoyer quelqu'un négocier la récupération des corps.

Les batailles hoplitiques ressemblaient à ce que les grecs appelaient un agôn (une sorte de concours, d'épreuve sportive).

L'évolution de la cité grecque sous la pression de la guerre

Principe était le suivant : le guerrier doit payer lui-même son équipement, qui est relativement coûteux. Cela limite socialement la catégorie de ceux qui peuvent être recrutés comme hoplites. Après la réforme hoplitique, le nombre de combattants s'étend (les aristocrates ne suffisent plus). Les combattants sont donc recrutés parmi les paysans aisés assez riches pour se payer une panoplie : implication des « zeugites » (paysans aisés, possédant un attelage de labout, le zeugos). Les hommes libres étaient généralement trop pauvres pour s'offrir la panoplie hoplitique, ce sont les « thètes ».

Les zeugites, puisqu'ils combattent pour la cité, demandent le partage du pouvoir politique avec les aristocrates. C'est là une remise en cause du pouvoir des aristocrates qui va mener à un l'essor d'un nouveau type de régime : la tyrannie, régime au pouvoir exercé par un tyran (à noter que le qualificatif de « tyran » n'a pas de valeur négative pour les grecs de l'époque). Un tyran est un aristocrate qui s'est emparé du pouvoir par un coup d'État et qui exerce ce pouvoir de manière monarchique. Les grecs le considèrent comme une forme illégitime de monarchie.

Les navires de guerre sont très différents des navires de commerce. Navires de guerre sont des navires de rames, tandis que ceux de commerce sont à voiles. Ils ont une force offensive qui se révèle dans l'éperon fixé à la proue. Le pentécontère est navire de guerre archaïque propulsé par 50 rameurs. Dès le début du VIe siècle, des puissances navales émanent, comme la cité de Corinthe, de Samos et d'Egine.

Corinthe et Samos sont à l'origine d'une nouvelle technologie en matière de puissance navale car ils inventent nouveau navire de guerre qu'on appelle la « trière » et qui comporte 160 rameurs sur trois rangs superposés (voir l'image à gauche qui est une reconstitution de trière : l'Olympias). Suite à cette nouvelle invention, il a fallu enrôler des équipages nombreux dans les cités maritimes. Certains rameurs étaient des esclaves, mais l'essentiel était recuté par les citoyens trop pauvres pour se payer la panoplie hoplitiques, c'est-à-dire les thètes. On a donc fait appel aux citoyens pauvres pour combattre, ce qui a amené les thètes à réclamer eux aussi une partie du pouvoir politique.

Guerre et société sont intimement liées à l'époque archaïque. A partir du VIIIe siècle, émane un nouveau type de soldat : l'hoplite. Par les évolutions techniques et les nouvelles valeurs qu'il porte, l'hoplite devient plus efficace qu'un soldat ordinaire. Cette nouveauté qui s'est généralisée à toute la Grèce n'est pas négligeable, et c'est à Sparte que l'on observe la plus aboutie de toutes ces valeurs.

Les valeurs éthiques de l'hoplite restent un modèle dans l'histoire du patriotisme et sont toujours d'actualité. Grâce au progrès technologique, la façon de se battre a évolué, et ces différentes évolutions ont contraint de recruter plus de soldat. Ainsi naît la contestation de l'exercice d'un pouvoir politique uniquement par les aristocrates. N'est-ce pas là le début du processus de démocratisation qui s'enclenche ?

Bibliographie

La Grèce à l'époque archaïque, d'Oswyn Murray. PUM, 2001.

- Les grecs à l'époque archaïque : Du milieu du IXe à 478 av. J.C, de Jean-Nicolas Corvisier. Ellipses, 1998.

- Amouretti et Ruzé, Le monde grec antique. Hachette supérieur, 2008.

 

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