Les muséums d’histoire naturelle

Histoire Universelle | Histoire générale

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Dès l'Antiquité, en Chine, en Assyrie ou en Egypte, des enclos étaient très certainement réservés à la culture de végétaux reconnus comme utilitaires. La première collection destinée à des études scientifiques fut vraisemblablement réunie par Aristote et Théophraste . En France, la création de jardins botaniques au XVIe siècle a un rôle pédagogique. En effet, si elles sont d'abord destinées à l'enseignement médical ou pharmaceutique, les collections vont s'enrichir et s'ouvrir à un public de plus en plus large pour devenir les Muséums d'histoire naturelle que nous connaissons aujourd'hui.

 

D'un « Jardin Royal des Plantes Médicinales » au Muséum d'histoire naturelle

En France, un édit royal crée en 1635 le « Jardin royal des plantes ». C'est le médecin de Louis XIII, Guy de La Brosse, qui est à l'origine de cette création afin d'y étudier, d'une part, la culture, la conservation, l'étude et l'utilisation des plantes dans le domaine de la santé et d'autre part, l'enseignement de la botanique, de la chimie et de l'anatomie pour les futurs médecins et apothicaires. Les cours y sont dispensés au public et en français, ils obtiennent alors un vif succès. Si ce jardin est d'abord destiné aux collections botaniques et aux besoins de la Maison Royale, il va rapidement être en conflit avec la faculté de médecine, qui reste la seule à pouvoir conférer le grade de Docteur.

L'hostilité entre les deux institutions est si forte que jusqu'à la fin du XVIIe siècle, la faculté de médecine de Paris va tout faire pour s'opposer, devant le Parlement, aux décisions prises par le surintendant ou l'intendant du jardin. En 1693, c'est Guy Crescent Fagon qui accède à cette fonction en devenant premier médecin du roi Louis XIV, il apaise le conflit avec la faculté de Paris et encourage les voyages d'études dans les pays lointains. De cette époque, date les premières collections du jardin constituées d'abord par des missionnaires puis par des médecins. Fagon va aussi favoriser l'importation et l'acclimatation des plantes tropicales comme le café.

Au XVIIIe siècle, l'activité se diversifie. On y apprend l'art de guérir par les plantes et on passe à l'histoire naturelle. C'est en 1739 que le « Jardin du Roi » va prendre une nouvelle dimension, notamment grâce à Buffon qui va publier tout au long de sa vie une monumentale Histoire Naturelle (composée tout de même de 36 volumes) et qui va diriger jusqu'à sa mort l'établissement. Grace à lui, le jardin va doubler sa superficie, on va agrandir l'école de botanique et le cabinet d'histoire naturelle et on va construire un vaste amphithéâtre et une nouvelle serre. Il va également découvrir des naturalistes prestigieux comme André Thouin ou Antoine Laurent de Jussieu et va multiplier les voyages d'explorations à but naturaliste.

La Révolution va transformer profondément le fonctionnement du jardin, puisque le 20 août 1790, un décret de l'Assemblée nationale demande des projets en vue d'une réorganisation de celui-ci. La commission créée est chargée de rédiger les règlements de la nouvelle institution, son fonctionnement mais également ses missions3. L'Assemblée ne donne cependant pas suite et c'est seulement le 10 juin 1793 que Joseph Lakanal, ayant découvert le projet 3 ans plus tôt, le porte à l'Assemblée et obtient le vote du décret établissant le Muséum et donnant ainsi au jardin une existence juridique propre. Ce décret de la convention donne naissance au Muséum d'Histoire Naturelle et répartit les enseignements en 12 chaires de professeurs-administrateurs, animées par de grands scientifiques comme Cuvier, Jussieu, Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire puis plus tard Gay-Lussac, d'Orbigny, Chevreul, Becquerel.

L'apogée de l'étude animale

Au XIXe siècle, les muséums laissent un peu de côté les plantes pour s'intéresser à la vie animale. La création de la ménagerie en 1793 par Saint Hilaire, lui permet d'aborder des idées transformistes également proches de celle de Lamarck, alors que Cuvier défend des théories catastrophiques ou fixistes.

Les idées de Lamarck annoncent les idées évolutionnistes de Darwin en 1859. D'autres grands savants vont ponctuer la vie du Muséum au XIXe siècle. La plupart d'entre eux sont membres de l'académie des sciences ou de l'académie de médecine et plusieurs enseignent au Collège de France. Véritable lieu d'émulation scientifique, c'est au cœur du muséum que plusieurs théories ou découvertes voient le jour comme les lois essentielles de la génétique de Charles Naudin ou la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel.

Les collections explosent littéralement au XIXe siècle, à tel point qu'on manque de place pour les conserver. On remanie alors un vieux château de Louis XIII mais les extensions qui y sont réalisées se révèlent encore insuffisantes. Le muséum déménage plusieurs fois et on construit sans cesse de nouveaux espaces. Les collections sont continuellement amassées lors de nombreux voyages d'exploration qui se multiplient tout au long de cette période, l'expédition d'Egypte de Napoléon Bonaparte de 1798 à 1801 y étant la plus connue.

En 1836, la nomination du Chimiste Eugène Chevreul permet au muséum de se tourner vers la recherche pure avec la création en 1837 de la chaire de physique appliquée. Pour enrichir les collections au fil de l'exploration de l'empire colonial français, une école coloniale voit le jour en 1889 et dispense un enseignement spécialisé destiné aux voyageurs à partir de 1893.

Les Muséums d'histoire naturelle depuis le XXe siècle

Depuis la loi sur les finances du 31 décembre 1907, le Muséum a une autonomie financière et un budget propre. Après la Première Guerre Mondiale, l'institution va acquérir de nouveaux établissements en dehors de la capitale et favoriser ainsi les recherches de différents milieux dans les régions concernées comme le laboratoire d'études maritimes de Dinard. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, le muséum compte 19 chaires magistrales mais les quatre années d'Occupation vont provoquer la perte d'une partie des collections vivantes. L'établissement abrite également des réseaux de résistants. Au sortir de la guerre, Roger Heim arrive à redresser le Muséum dans un contexte assez difficile puisque l'histoire naturelle est alors considérée comme une discipline mineure et obsolète.

Cependant, tout au long du XXe siècle de nouveaux milieux jusque-là pas ou peu explorés sont découverts et les nouveaux moyens techniques permettent d'explorer les fonds océaniques et de découvrir la vie qui y réside. Le Muséum ne néglige cependant pas l'être humain et de nombreux scientifiques prennent contact avec des peuples autochtones ce qui permet la naissance de l'ethnographie. Les collections font également l'objet, au cours du XXe siècle, de nombreuses expositions temporaires qui remportent un vif succès. A Partir de 1975, un grand plan de réhabilitation des locaux et de regroupement des laboratoires est lancé. 30 ans plus tard, en 1994, la galerie zoologique est inaugurée par François Mitterrand et devient la « Grande Galerie de l'évolution ».

Aujourd'hui, à Paris, c'est près de 2 millions de personnes qui passent chaque année par le Jardin des Plantes. Le Muséum est le gardien d'un patrimoine de 62 millions de spécimens dont plusieurs millions de types de tous genres avec des centaines de milliers de plantes vivantes et environ 3500 animaux vivants. Avec presque 2 000 personnes en France dont une majorité de chercheurs et de techniciens, le muséum tient un rôle national et international majeur dans le développement de la recherche en histoire naturelle et dans la diffusion de la culture scientifique.

Véritable lieu du savoir scientifique, les Muséums d'histoire naturelle de province connaissent une baisse d'attention de la part du public ou une fusion des collections, voire une disparition complète comme ce fût le cas pour le Muséum de Lyon. Le public jugeant parfois les collections dépassées ou vieillissantes et n'étant pas, ou plus, attiré par les animaux empaillés qui faisaient s'émerveiller les yeux des enfants au XIXe siècle, délaissent ces lieux pourtant dignes d'intérêt.

Ce constat est néanmoins à relativiser, d'une part, en raison de l'intérêt du public toujours porté au Jardin des Plantes de Paris et d'autre part, par la volonté des dirigeants culturels de revaloriser ces collections avec la création à Lyon, par exemple, du Musée des Confluences qui réunira notamment les collections qui étaient autrefois présentes au Muséum d'histoire naturelle Guimet. 

Pour aller plus loin....

- Site du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris.
- Yves Laissus, Le Muséum national d'histoire naturelle, Gallimard, coll. « Découvertes », 1995 ; nouv. éd. 2003.
- Philippe Jaussaud, Édouard-Raoul Brygoo, Du Jardin au Muséum en 516 biographies, Publications scientifiques du MNHN, coll. « Archives », 2004.

 

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