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david jeu de paumeLa Révolution Française de 1789, un des événements historiques les plus importants de l'histoire contemporaine française, a été le ciment d'une société moderne qui s'installa sur les ruines du monde aristocratique de l'Ancien Régime. Les aspirations à la liberté, à l'égalité et à la fraternité, termes utilisés pour la première fois par Maximilien de Robespierre, pose les jalons d'un système démocratique au sein d'une société nouvelle qui mettra toutefois cent ans « à apprivoiser les droits de l'homme et à fonder la République ». (François Furet).

 

Des signes avant-coureurs dès avant 1789

Cet évènement singulier, de par son ampleur et ses conséquences, va conditionner durablement le système politique Français. En 1789, les Révolutionnaires Français renversent les vestiges de plus de 600 ans de règne de la monarchie de Droit Divin héritée de la dynastie Capétienne. Ses institutions sont détruites, un moyen parmi d'autres de montrer clairement une volonté de renverser les piliers d'un monde ancien sclérosé, touché par des crises économiques, sociales, politiques, pour lequel l'opinion publique de cette époque a perdu toute confiance et faisant ainsi de la Révolution le produit conjugué de la faim, de la peur et de l'espoir issu d'un siècle de tourmente. La révolution qui a baptisé ce qu'elle a détruit, « Ancien Régime » se présente comme une rupture avec le passé et se veut le point de départ d'un nouvel avenir. Mais sur quoi repose politiquement cette rupture ? Quelle est l'avenir politique de la France au lendemain de l'année 1789 ?

La Révolution ne fut pas un événement soudain et inattendu comme il s'en produit rarement dans l'histoire, elle naît d'une lente mais progressive crise d'une société Française en perte de ses repères et surtout de sa confiance en son Roi. La crise naît de trois éléments fondamentaux. Le premier est qu'il s'agit d'un profond courant de contestation qui naît au XVIIIème et que l'on appelle plus communément, « le siècle des Lumières », gagnant l'esprit de nombreux Français aux idéaux des philosophes de cette époque. Tout au long du XVIIIème siècle, la contestation envers la monarchie s'intensifie de sorte qu'il est permis de penser que le règne de Louis XIV ait été le règne le plus long de l'histoire de la monarchie Française, mais aussi le plus puissant, parce qu'en effet, la monarchie ne retrouvera dès lors jamais plus sa grandeur d'antan. Après la mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715, son successeur Louis XV, alors âgé de cinq ans, ne peut régner selon les lois fondamentales du royaume.

etats generaux 1789Après une première partie de règne relativement calme marquée par les gloires militaires, facteurs de renforcement du pouvoir royal, le roi Louis XV se trouve contesté et de plus en plus critiqué à partir de 1750. Il se heurte au parlement de Paris qui voulait contrôler les lois et donc limiter les pouvoirs du roi. Au delà d'une contestation de la personne royale, c'est une contestation de l'absolutisme qui se met en place. Le second point fondamental est le blocage des réformes. En effet depuis le milieu du XVIIIème siècle, l'Etat est au bord de la faillite et ses dettes ne cessent de s'accumuler.

Pour résoudre ce problème grandissant, facteur d'instabilité, de nombreux ministres (Turgot, Necker entre autres) vont tenter de proposer des solutions diverses dans l'objectif de résoudre la crise financière, sans pour autant parvenir à des résultats, en obligeant les privilégiés a payé leurs impôts, provoquant la colère des nobles et des parlementaires. De telles sortes que la pression fait céder Louis XVI qui voit alors son pouvoir se fragiliser et la situation financière de la France s'aggraver.

Suite logique du fondement précédent, une crise économique et sociale s'installe. Les paysans acceptent de plus en plus mal la dureté des impôts et des droits seigneuriaux. La situation va se compliquer encore davantage avec des conditions climatiques catastrophiques à partir de 1785. Les récoltes sont dés lors insuffisantes, ce qui entraîne des disettes. L'augmentation du pain (aliment de base), le chômage grandissant provoquent des émeutes dans de nombreuses villes mêlant le mécontentement populaire à la contestation déjà apparente.

La Révolution est en marche, pourtant, elle va être provoqué par un évènement ayant cherché le compromis mais n'y étant pas parvenu, ce sont les Etats-Généraux du 5 mai 1789. Pour sortir la monarchie de la crise financière, Louis XVI se résout à convoquer des Etats-Généraux au sein desquels les français vont pouvoir exprimer leurs doléances. (Plaintes). Le Tiers-Etat réclame l'égalité de justice et de l'impôt remettant en cause les principes même de la monarchie absolue et de ses privilèges.

1789 : La Révolution Française commence

La Révolution Française de 1789 va bouleverser l'ordre politique et social traditionnel de la société Française. Les Révolutionnaires vont provoquer l'effondrement de la monarchie absolue qui découle de l'échec des Etats-Généraux réunis par Louis XVI. En effet, les députés du Tiers-Etat attendent du roi des réformes et qu'il laisse les Etats Généraux élaborer une constitution qui limiterait son pouvoir, comme c'est le cas en Angleterre depuis « la Glorieuse Révolution ».

serment du jeu de paumeCes députés remettent tout simplement en cause la monarchie Absolue. Mais le vote des Etats Généraux se fait normalement par ordre ce qui assure la majorité au clergé et à la noblesse (2 voix sur 3). Dès lors, le Tiers-Etats réclame un vote par tête, une voie par personne (le Tiers-Etat représente 98% environ de la population Française). N'obtenant rien du roi, les députés du Tiers-Etats, conscient de représenter l'immense majorité de la nation et soutenus par le peuple de Paris, se proclament en Assemblée Nationale le 17 juin : cet acte est le début fondateur de la Révolution.

Le 20 juin, rejoints par les élus du bas clergé, les députés jurent de ne pas se séparer avant d'établir une constitution lors du célèbre serment du jeu de paume. Ce sont les mots de Mirabeau, « de ne jamais se séparer jusqu'à ce que la constitution du Royaume soit établie » et sa volonté s'exprime en ces termes, "Nous ne sortirons que par la force des baïonnettes". Le Roi cède et ordonne aux ordres privilégiés de se joindre au Tiers. L'Assemblée Nationale devient alors constituante. C'est la Révolution Politique.

De la prise de la Bastille à la chute de l'Ancien Régime

Toutefois ces évènements ne condamnent pas le roi Louis XVI, il tente de faire reculer l'Assemblée en concentrant une armée autour de Versailles. Le peuple de Paris se soulève alors pour soutenir cette Assemblée. Il crée une municipalité et lève une milice, la Garde Nationale commandé par le célèbre Marquis de Lafayette, « L'américain le plus Francophile de l'indépendance Américaine ». Pour s'armer, les parisiens prennent la Bastille le 14 juillet 1789, une prison ou se trouve essentiellement des munitions, avec très peu de prisonniers, établis au nombre de sept. Avec la prise de la Bastille, c'est le symbole de la monarchie absolue et plus précisément de l'arbitraire royal qui est visé. Par suite, les villes de province se révoltent à leur tour : c'est la Révolution Populaire qui provoque le renversement de l'ordre social. Dans les campagnes, une peur s'installe. Celle d'un éventuel complot aristocratique.

Lallemand - Arrestation du gouverneur de la Bastille - 1790La rumeur que des brigands menacent les récoltes sème la panique. Du 20 juillet au 6 aout, c'est la « Grande Peur » qui se transforme en révolte. Les paysans s'attaquent aux châteaux et en détruisent les Terriers. Inquiets pour leurs biens, les députés décrètent l'abolition des privilèges en tout cas les plus humiliants, dans la nuit du 4 août 1789 et par suite le 26 août 1789 est adoptée par vote, la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen : Ces deux votent prononcent la sentence, c'est la fin définitive de l'Ancien Régime. Le roi quant à lui refuse de reconnaître ces décrets, les patriotes parisiens, en colère, amènent de force la famille royale à Paris, le 6 octobre. Le roi doit accepter la Révolution.

L'espace d'un instant, la France a connu ce que l'Angleterre a vécu un siècle auparavant. Cette Révolution va donner à la France une nouvelle configuration politique marquant la fin définitive de l'Ancien Régime. Pour autant, une nuance doit être précisée. Les lendemains de la Révolution vont être difficiles, les soubresauts nombreux, ce sont « les lendemains qui déchantent ». La France va entrer dans une phase d'instabilité politique durable au moins jusqu'en 1799. Sur ce tableau, une ombre plane. Les opposants à la Révolution existent et préparent déjà leur revanche à l'Etranger. En cette fin de XVIIIème, il fuit par peur de subir les représailles des Français. Après 1789, la France va connaître une succession intense de régimes politiques jusqu'au coup d'Etat de Napoléon Bonaparte.

La monarchie constitutionnelle : une première expérience politique

 La Révolution Française marque la fin définitive de la monarchie en tout cas dans son acceptation «absolue », en effet, la France n'en a pas réellement terminé avec la monarchie, s'inspirant en cela de la monarchie anglaise, elle adopte ce que l'on nomme plus communément : La Monarchie Constitutionnelle, régime politique qui constitue véritablement « une avancée démocratique » de par la nature de ses institutions même. Cette monarchie accorde une place centrale à une institution aujourd'hui omniprésente au sein de notre société contemporaine : L'Assemblée Nationale appelée à l'époque : « La constituante ». Mais d'où émerge ce nouveau Régime ?, il est le résultat d'un lien désormais fondamental entre un Roi Louis XVI, et un peuple devenu Nation. Ce lien de confiance ou plutôt de compromis tissé par la Révolution acceptée du Roi semble indéfectible, mais il n'en est rien.

En particulier au sein d'une société Française épris de liberté, d'égalité, de séparation des pouvoirs, de revendications tel que Montesquieu l'avait pensé dans son œuvre, l'Esprit des lois publié en 1748, montrant ainsi que la Révolution est loin d'être achevée. L'acte de naissance de cette Monarchie Constitutionnelle est établi le 3 septembre 1791 par l'adoption d'une Constitution qui est votée par les représentants du peuple Français (députés). Elle reconnaît la souveraineté de la Nation, à nuancer du fait que les mentalités et l'esprit de cette société excluent les femmes et les hommes de couleur. Cette particularité préfigure déjà les luttes futures pour établir une liberté universelle.

fonctionnement institutionnelDe ce régime politique naît le système politique Français et les termes de droite et de gauche. L'émergence de la droite et de la gauche intervient dès le début de la Révolution qui provoque alors une rupture idéologique. Ces deux tendances politiques, exprimées dans la presse d'alors apparaît pour la première fois le 28 aout 1789, date à laquelle l'assemblée Constituante doit voter sur le droit de veto du roi qui permettrait à celui-ci de suspendre des propositions venant de l'Assemblée législative. Il se crée alors un positionnement, à droite, pour le veto du roi (En faveur du roi très chrétien, représentant de Dieu sur terre qui ne peut pas voir ses pouvoirs restreints), à gauche contre le veto du roi (La souveraineté réside dans la nation, incarnation de la constituante).

Tout cela présente une dimension symbolique, pure imitation du modèle parlementaire anglais. Ce premier conflit politique marque une rupture totale par rapport aux trois ordres de l'ancien régime et reflète une nouvelle conception de la légitimité au sein du système politique français.

L'échec du compromis avec le roi

La période post-révolutionnaire ne donne pas seulement naissance à un système politique français, mais elle permet également à la société Française de découvrir la liberté d'expression, de débattre, de proposition. Ainsi en 1790-1791, les Français découvrent la vie politique. La presse est libre et des clubs, celui des jacobins par exemple s'organisent pour discuter des réformes. L'établissement de la Monarchie Constitutionnelle et de sa Constitution permet une réorganisation de la France (création des départements, le système de mesure décimal). L'unanimité semble régner. Mais tout bascule lorsque deux mesures, condamnées par le pape, soulèvent une opposition de nombreux catholiques puis celle du roi (à partir de ce moment les rouages institutionnels de la Monarchie Constitutionnelle s'enrayent).

Ces deux mesures sont la confiscation des biens du clergé, pour combler le déficit du pays et la Constitution civile du clergé établit le 12 juillet 1790, faisant du clergé un corps de fonctionnaires devant prêter serment. Les prêtres réfractaires sont considérés comme des ennemis de la Révolution. La question qui se pose alors est de comprendre les raisons pour lesquelles la Révolution s'est présentée comme anticléricale. Il y a ici une opposition politique, le clergé catholique proche du roi et ancien ordre majeur de l'Ancien Régime refuse la Révolution qui remet en cause le pouvoir du roi et de Dieu. Ils font partie de la contre-révolution visant à rétablir l'Ancien Régime, ce que l'on peut appeler la droite contre-révolutionnaire. Quant à la Révolution qui est à gauche, elle s'attaque au fond à la droite et aux biens du clergé, qui lui permettaient sous l'Ancien Régime de vivre fastueusement.

Duplessi-Bertaux - Arrivee de Louis Seize a ParisDe sorte, la Révolution se présente comme anticléricale. De plus de nombreux nobles ont émigré hors de France et complotent avec le soutien des rois étrangers qui craignent que les valeurs, les principes de la Révolution Française ne s'exportent jusque dans leur royaume. Le roi, Louis XVI décide alors de les rejoindre pour rétablir son pouvoir et l'Eglise. Il fuit dans la nuit du 20 juin 1791, mais en route il est reconnu à Varennes par des patriotes et ramené à Paris. Cet évènement, va être considéré comme une trahison par le peuple Français. Plus encore à l'Etranger, l'image de la France et de sa monarchie sont considérablement ébranlées, pour preuve les caricatures étrangères foisonnantes venant d'Angleterre notamment. Dès lors, l'avenir de la monarchie Constitutionnelle semble scellé.

La chute de la Monarchie Constitutionnelle (1792)

Pour les sans-culottes, le roi a trahi la Révolution, mais la majorité de l'Assemblée décide d'innocenter le roi, pour sauver la monarchie. Quand la foule se rassemble au champs-de-Mars pour réclamer la déchéance du roi, elle est mitraillée par la garde nationale de la Fayette, le 17 juillet 1791. La monarchie vit donc encore mais pour combien de temps ? Dans ce climat tendu, la Constitution de la Monarchie est votée donc en septembre 1791 et une nouvelle assemblée, législative, est élue au suffrage censitaire, selon le niveau de fortune. De sorte que celui-ci réserve les droits politiques aux citoyens actifs les plus riches et exclut les plus pauvres, les citoyens passifs. Les jacobins et les sans-culottes parisiens réclament désormais la démocratie.

Dès lors, des oppositions politiques intenses se mettent en place. Tout le monde en vient à souhaiter la guerre. Les révolutionnaires espèrent une victoire pour relancer la Révolution. Les modérés, pour renforcer le Régime. Le roi espère une défaite pour rétablir l'Ancien Régime. Certains veulent donc le passé, d'autres le présent et d'autres regardent vers l'avenir. Le 20 avril 1792, la France entre en guerre. Elle connait d'abord la défaite. L'ennemi, Prussiens et Autrichiens se rapproche. Il menace bientôt les Parisiens d'une vengeance « à jamais mémorable » si violence est faite au roi. C'est la preuve de l'entente du Roi avec l'ennemi. Le 10 aout 1792, journée au combien importante, dans un élan patriotique, les sans-culottes parisiens se soulèvent, prennent les Tuileries et renversent le Roi.

palais des tuileriesLe 10 août 1792 constitue une journée Révolutionnaire, en effet durant l'été 1792, Autrichiens et Prussiens sont aux frontières et Louis XVI joue un double jeu. Il espère que, victorieux, ils écraseront la Révolution. Fin juillet, le duc de Brunswick, chef des armées ennemies, menace de punir les Parisiens s'ils ne se soumettent pas à leur roi. Cet ultimatum déclenche un soulèvement patriotique contre Louis XVI, jugé complice de l'Etranger. Dans la nuit du 9 au 10 aout, la municipalité est renversée et remplacée par une Commune insurrectionnelle. Le 10, l'attaque des Tuileries, menée par les sans-culottes et les fédérés, tourne au massacre des suisses qui gardent le château. Le roi ne doit son salut qu'a la protection de l'Assemblée nationale ou il s'est réfugié parce qu'il est indispensable au bon fonctionnement institutionnel du régime. Il est néanmoins déchu, à l'issue de cette journée. Le 10 aout marque donc la chute de la royauté.

Ainsi la première expérience politique résidant dans l'essai de la monarchie Constitutionnelle échoue parce que le rouage institutionnel essentiel de ce régime politique se concentrait en la personne du roi et que celui-ci n'a cessé de mener un double jeu en faisant croire qu'il s'investissait pleinement dans ce nouveau régime, qu'il acceptait de fait la Révolution mais qu'en réalité, il ne cessait de penser à un retour de l'Ancien Régime et de son pouvoir. La monarchie était donc condamnée à mourir et son roi à être destitué de tous ses pouvoirs. C'est l'heure de la jeune République jacobine et de la deuxième expérience politique Française de la période post-révolutionnaire.

Une jeune république menaçée

Après la chute du roi, il est décidé qu'une convention nationale élue au suffrage universel décide de l'avenir des institutions. Alors que la patrie a été déclarée en danger, le gouvernement provisoire dominé par Georges Danton a bien du mal à faire face aux troubles intérieurs et aux revers militaires à l’extérieur, qui provoquent les “massacres” de septembre pendant lesquels plus d’un millier de “suspects” sont assassinés dans les prison et les édifices religieux. Dans un contexte de ferveur patriotique, les généraux Dumouriez et Kellermann repoussent les prussiens lors de la bataille de Valmy le 20 septembre 1792. Le lendemain, la Convention Nationale fraîchement élue abolit la royauté et proclame la “république une et indivisible” le 25 septembre.

excecution louisxviDans l'élan de Valmy, les armées françaises remportent d'éclatants succès qui accordent un répit à la jeune république. Dumouriez bat les autrichiens à Jemmapes, Mayence, Francfort et la Belgique sont occupées et Nice et la Savoie annexées. A Paris s’ouvre le procès du roi, à qui on reproche une collusion avec les monarchies européennes hostiles à la Révolution, après la découverte de sa correspondance secrète avec l’étranger au palais des Tuileries. Le roi déchu est déclaré coupable, puis condamné à mort à une faible majorité. Louis XVI sera guillotiné le 21 janvier 1793. Cet acte irréversible entraîne immédiatement de nouvelles difficultés.

L'exécution du roi et la politique expansionniste de la France suscite la formation d’une première coalition qui réunit la plupart des monarchies européennes. La convention prend les devants en levant une armée de 300 000 hommes, ce qui ne l'empêche pas de subir de graves revers. Les coalisés battent Dumouriez à Neerwinden le 18 mars et reprennent la Rhénanie et les Pays-Bas autrichiens. La situation intérieure n’est guère meilleure. Les difficultés économiques entraînent des troubles et des pillages dans tout le pays, les royalistes s’agitent dans les grandes villes et la Vendée entre en insurrection, montagnards (radicaux) et girondins (fédéralistes modérés) se déchirent sur la politique à conduire face à la montée des périls et aux prémices d'une guerre civile.

La Terreur : paroxysme de la Révolution Française

victimes terreurPour y faire face, la Convention durcit sa politique et institue le Tribunal révolutionnaire et surtout le comité de salut public, composé d’un douzaine de députés. Ce nouveau gouvernement centralise tous les pouvoirs et devient une véritable dictature à partir de l’été 1793. L'opposition girondine est décapitée après l’arrestation et l'exécution de 27 députés girondins et décrédibilisée auprès du peuple parisien après l’assassinat de Marat par Charlotte Corday. Les montagnards ont désormais les mains libres pour conduire une politique qui vise à sauver la République par tous les moyens.

Une nouvelle constitution, dite de l’an II, est adoptée par la Convention. D’inspiration plus sociale, elle ne sera jamais appliquée, le gouvernement étant déclaré révolutionnaire jusqu’au retour de la paix intérieure et extérieure le 10 août 1793. Danton ayant quitté le Comité de salut public, c’est désormais Robespierre qui y fait son entrée et en devient rapidement le membre le plus influent. Il y prône la “vertu” et l’intransigeance révolutionnaire contres les “ennemis de la nation”.

LLa situation militaire étant indécise, la Convention décrète le 23 août 1793 la levée en masse. L’inexpérience de cette nouvelle armée est compensée par l’enthousiasme et l’audace d’une nouvelle génération de généraux comme Jourdan, Carnot, Hoche et bientôt Bonaparte. Si Toulon est donnée aux anglais par les royalistes, les victoires françaises à Hondschoote (8 septembre) et Wattignies (16 octobre) renforcent la ferveur révolutionnaire.

bataille fleurusCet élan conduit à la radicalisation politique et à l’institution de la Terreur, formalisée par la loi sur les suspects, votée le 17 septembre, et qui permet aux tribunaux révolutionnaires d’exercer une justice expéditive contre les ennemis de la Révolution, réels ou supposés. A la tête de ces tribunaux, Fouquier-Tinville à Paris et Fouché à Lyon deviendront tristement célèbres. La reine Marie-Antoinette, guillotinée le 16 octobre, sera l’une des premières victimes de la répression qui s’abat sur tous les “suspects”, royalistes, girondins ou ecclésiastiques. Des milliers de personnes sont jugées et exécutées de façon sommaire partout en France.

En parallèle, le Comité de Salut public se lance dans une politique de réformes d’inspiration sociales et patriotiques. Le calendrier républicain est adopté le 5 octobre et la proclamation du culte de la Raison et de la Liberté ouvre une période de déchristianisation de la société au profit d’une nouvelle religion révolutionnaire. Sur le plan économique, la Convention impose le contrôle des prix sur les denrées de première nécessité et un décret punit de mort les spéculateurs. Un salaire minimum est institué et la vente de biens nationaux, confisqués à l'Église au début de la révolution, sont mis aux enchères.

9 thermidor, la chute de Robespierre

chute robespierreLes insurrections royalistes (guerres de Vendée) et girondines ayant été matées, une lutte d’influence se dessine entre les enragés, des radicaux proches d’Hébert, Robespierre et ses partisans, et enfin Danton et Desmoulins qui souhaitent la fin de la Terreur. Avec l’aide de ces derniers, Robespierre se débarrasse des enragés hébertistes qui sont éliminés le 24 mars 1794. Le 5 avril, c’est au tour de Danton et de ses amis d’être arrêtés puis guillotinés. Robespierre, qui a éliminé toute opposition, est désormais libre d’imposer sa politique. La fête de l’Etre suprême organisée le 8 juin sera le point culminant de son idéal d’une révolution inspirée par la vertu et de la morale.

Un idéal que Robespierre veut imposer par un renforcement de la Terreur avec la loi du 10 juin qui donne encore plus de pouvoirs aux tribunaux révolutionnaires. Robespierre commence à perdre le soutien de nombreux chefs jacobins, qui se sentent eux-mêmes menacés. Alors qu’une série de succès militaires (Fleurus, 26 juin 1794) écartent la menace extérieure, le régime de la Terreur devient de plus en plus insupportable et impossible à justifier. Les modérés de la Convention s’unissent pour faire tomber Robespierre et ses alliés (Saint-Just, Couthon,Le Bas…). Déclarés d'arrestation, ces derniers échouent dans une tentative d'insurrection de la commune de Paris et sont arrêtés le 9 thermidor an II (27 juillet 1794). Ils sont exécutés dès le lendemain avec une centaine de leur partisans. La Terreur s’achève et face place à la “réaction” thermidorienne qui marque le retour de “l’ordre bourgeois”.

Le directoire ou la république bourgeoise

Avec la fin de la période de la Terreur, un vent de libéralisme souffle sur la France révolutionnaire. Les clubs jacobins et les tribunaux révolutionnaires sont fermés, les salons politiques réouverts, les élus modérés survivants rappelés à la Convention et la liberté des cultes est accordée. L’encadrement des prix et des salaires est supprimé et provoque aussitôt une inflation galopante qui sera la plaie du nouveau régime, qui doit en plus faire face aux agitations royalistes ou jacobines. Des généraux zélés tels Barras, Bonaparte et Murat se chargent d’y remédier par la force.

A l’extérieur, les armées françaises remportent d’importantes victoires : en novembre 1794, Kléber s’empare de Maastricht et Pichegru d'Amsterdam le 20 janvier 1795. Le 5 avril la paix de Bâle signée avec la Prusse permet à la France d’occuper toute la rive gauche du Rhin. La Belgique est annexée, et la toute nouvelle république batave née dans le sillage des armées françaises signe un traité d’alliance avec la France. De même, l’Espagne cesse les hostilités et se rapproche de la jeune république.

coup etat 18 brumaire bouchotCe contexte de retour à la paix aux frontières permet à la Convention de préparer une nouvelle constitution, approuvée le 22 août 1795. Le pouvoir législatif est organisé en deux assemblées : le Conseil des anciens, qui propose les lois, et celui des Cinq-cents, qui les vote. Le pouvoir exécutif est quant à lui dévolu à un directoire de cinq membres élus par le corps législatif, qui nomme ministres et généraux en chef de l’armée. Le suffrage universel redevient censitaire, le nouveau régime se méfiant du peuple parisien.

Alors qu’il tente de stabiliser les bouleversements politiques précédents, le directoire est immédiatement confronté à la mauvaise situation économique. L’inflation s’envole et et les assignats, une monnaie fiduciaire gagée sur les biens nationaux, ne valent plus rien et sont supprimés, ruinant leurs détenteurs. L’agitation politique royaliste et jacobine reprend de plus belle alors que les inégalités sociales se creusent dangereusement au profit d'une petite minorité de nantis qui mène un train de vie fastueux et frivole. Le Directoire, qui perd peu à peu toute légitimité, se transforme en régime policier et provoque des coups d'Etat pour endiguer les revers électoraux.

Complètement discrédité et dépassé, le régime en place pense avoir trouvé avec Napoléon Bonaparte, qui s’est illustré lors des campagnes d’Italie, son chevalier blanc qui lui permettra de sortir de l’impasse et d’imposer un pouvoir fort. L’intéressé ne se fait pas prier et participe activement au coup d’État des 9 et 10 novembre 1799 (18-19 brumaire an VIII) qui renverse le Directoire. Le consulat prend sa place, avec pour objectif de restaurer l’ordre, défendre les acquis de la Révolution et éviter un retour de la monarchie...

Bibliographie sur la Révolution française

- François FURET, La Révolution (1771-1814). Pluriel, 2011.

- Jean-Paul Bertaud, La Révolution Française, Tempus, 2004.

La Révolution française, de Sophie Wahnich. Hachette supérieur, 2012.