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david jeu de paumeLa Révolution Française de 1789, un des événements historiques les plus importants de l'histoire contemporaine Française, a été le ciment d'une société moderne qui s'installa sur les ruines du monde aristocratique de l'Ancien Régime. Les aspirations à la liberté, à l'égalité et à la fraternité, termes utilisés pour la première fois par Maximilien de Robespierre, pose les jalons d'un système démocratique au sein d'une société nouvelle qui mettra toutefois cent ans « à apprivoiser les droits de l'homme et à fonder la République ». (François Furet).

 

Des signes avant-coureurs dès avant 1789

Cet évènement singulier, de par son ampleur et ses conséquences, va conditionner durablement le système politique Français. En 1789, les Révolutionnaires Français renversent les vestiges de plus de 600 ans de règne de la monarchie de Droit Divin héritée de la dynastie Capétienne. Ses institutions sont détruites, un moyen parmi d'autres de montrer clairement une volonté de renverser les piliers d'un monde ancien sclérosé, touché par des crises économiques, sociales, politiques, pour lequel l'opinion publique de cette époque a perdu toute confiance et faisant ainsi de la Révolution le produit conjugué de la faim, de la peur et de l'espoir issu d'un siècle de tourmente. La révolution qui a baptisé ce qu'elle a détruit, « Ancien Régime » se présente comme une rupture avec le passé et se veut le point de départ d'un nouvel avenir. Mais sur quoi repose politiquement cette rupture ? Quelle est l'avenir politique de la France au lendemain de l'année 1789 ?

La Révolution ne fut pas un événement soudain et inattendu comme il s'en produit rarement dans l'histoire, elle naît d'une lente mais progressive crise d'une société Française en perte de ses repères et surtout de sa confiance en son Roi. La crise naît de trois éléments fondamentaux. Le premier est qu'il s'agit d'un profond courant de contestation qui naît au XVIIIème et que l'on appelle plus communément, « le siècle des Lumières », gagnant l'esprit de nombreux Français aux idéaux des philosophes de cette époque. Tout au long du XVIIIème siècle, la contestation envers la monarchie s'intensifie de sorte qu'il est permis de penser que le règne de Louis XIV ait été le règne le plus long de l'histoire de la monarchie Française, mais aussi le plus puissant, parce qu'en effet, la monarchie ne retrouvera dès lors jamais plus sa grandeur d'antan. Après la mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715, son successeur Louis XV, alors âgé de cinq ans, ne peut régner selon les lois fondamentales du royaume.

etats generaux 1789Après une première partie de règne relativement calme marquée par les gloires militaires, facteurs de renforcement du pouvoir royal, le roi Louis XV se trouve contesté et de plus en plus critiqué à partir de 1750. Il se heurte au parlement de Paris qui voulait contrôler les lois et donc limiter les pouvoirs du roi. Au delà d'une contestation de la personne royale, c'est une contestation de l'absolutisme qui se met en place. Le second point fondamental est le blocage des réformes. En effet depuis le milieu du XVIIIème siècle, l'Etat est au bord de la faillite et ses dettes ne cessent de s'accumuler. Pour résoudre ce problème grandissant, facteur d'instabilité, de nombreux ministres (Turgot, Necker entre autres) vont tenter de proposer des solutions diverses dans l'objectif de résoudre la crise financière, sans pour autant parvenir à des résultats, en obligeant les privilégiés a payé leurs impôts, provoquant la colère des nobles et des parlementaires. De telles sortes que la pression fait céder Louis XVI qui voit alors son pouvoir se fragiliser et la situation financière de la France s'aggraver.

Suite logique du fondement précédent, une crise économique et sociale s'installe. Les paysans acceptent de plus en plus mal la dureté des impôts et des droits seigneuriaux. La situation va se compliquer encore davantage avec des conditions climatiques catastrophiques à partir de 1785. Les récoltes sont dés lors insuffisantes, ce qui entraîne des disettes. L'augmentation du pain (aliment de base), le chômage grandissant provoquent des émeutes dans de nombreuses villes mêlant le mécontentement populaire à la contestation déjà apparente. La Révolution est en marche, pourtant, elle va être provoqué par un évènement ayant cherché le compromis mais n'y étant pas parvenu, ce sont les Etats-Généraux du 5 mai 1789. Pour sortir la monarchie de la crise financière, Louis XVI se résout à convoquer des Etats-Généraux au sein desquels les français vont pouvoir exprimer leurs doléances. (Plaintes). Le Tiers-Etat réclame l'égalité de justice et de l'impôt remettant en cause les principes même de la monarchie absolue et de ses privilèges.

1789 : La Révolution commence

La Révolution Française de 1789 va bouleverser l'ordre politique et social traditionnel de la société Française. Les Révolutionnaires vont provoquer l'effondrement de la monarchie absolue qui découle de l'échec des Etats-Généraux réunis par Louis XVI. En effet, les députés du Tiers-Etat attendent du roi des réformes et qu'il laisse les Etats Généraux élaborer une constitution qui limiterait son pouvoir, comme c'est le cas en Angleterre depuis « la Glorieuse Révolution ».

serment du jeu de paumeCes députés remettent tout simplement en cause la monarchie Absolue. Mais le vote des Etats Généraux se fait normalement par ordre ce qui assure la majorité au clergé et à la noblesse (2 voix sur 3). Dès lors, le Tiers-Etats réclame un vote par tête, une voie par personne (le Tiers-Etat représente 98% environ de la population Française). N'obtenant rien du roi, les députés du Tiers-Etats, conscient de représenter l'immense majorité de la nation et soutenus par le peuple de Paris, se proclament en Assemblée Nationale : cet acte est le début fondateur de la Révolution. Le 20 juin, rejoints par les élus du bas clergé, les députés jurent de ne pas se séparer avant d'établir une constitution lors du célèbre serment du jeu de paume. Ce sont les mots de Mirabeau, « de ne jamais se séparer jusqu'à ce que la constitution du Royaume soit établie » et sa volonté s'exprime en ces termes, "Nous ne sortirons que par la force des baïonnettes". Le Roi cède et ordonne aux ordres privilégiés de se joindre au Tiers. L'Assemblée Nationale devient alors constituante. C'est la Révolution Politique.

De la prise de la Bastille à la chute de l'Ancien Régime

Toutefois ces évènements ne condamnent pas le roi Louis XVI, il tente de faire reculer l'Assemblée en concentrant une armée autour de Versailles. Le peuple de Paris se soulève alors pour soutenir cette Assemblée. Il crée une municipalité et lève une milice, la Garde Nationale commandé par le célèbre Marquis de Lafayette, « L'américain le plus Francophile de l'indépendance Américaine ». Pour s'armer, les parisiens prennent le 14 juillet 1789, la Bastille, une prison ou se trouve essentiellement des munitions, avec très peu de prisonniers, établis au nombre de sept. Avec la prise de la Bastille, c'est le symbole de la monarchie absolue et plus précisément de l'arbitraire royal qui est visé. Par suite, les villes de province se révoltent à leur tour : c'est la Révolution Populaire qui provoque le renversement de l'ordre social. Dans les campagnes, une peur s'installe. Celle d'un éventuel complot aristocratique.

Lallemand - Arrestation du gouverneur de la Bastille - 1790La rumeur que des brigands menacent les récoltes sème la panique. Du 20 juillet au 6 aout, c'est la « Grande Peur » qui se transforme en révolte. Les paysans s'attaquent aux châteaux et en détruisent les Terriers. Inquiets pour leurs biens, les députés décrètent l'abolition des privilèges en tout cas les plus humiliants, dans la nuit du 4 août 1789 et par suite le 26 août 1789 est adoptée par vote, la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen : Ces deux votent prononcent la sentence, c'est la fin définitive de l'Ancien Régime. Le roi quant à lui refuse de reconnaître ces décrets, les patriotes parisiens, en colère, amènent de force la famille royale à Paris, le 6 octobre. Le roi doit accepter la Révolution.

L'espace d'un instant, la France a connu ce que l'Angleterre a vécu un siècle auparavant. Cette Révolution va donner à la France une nouvelle configuration politique marquant la fin définitive de l'Ancien Régime. Pour autant, une nuance doit être précisée. Les lendemains de la Révolution vont être difficiles, les soubresauts nombreux, ce sont « les lendemains qui déchantent ». La France va entrer dans une phase d'instabilité politique durable au moins jusqu'en 1799. Sur ce tableau, une ombre plane. Les opposants à la Révolution existent et préparent déjà leur revanche à l'Etranger. En cette fin de XVIIIème, il fuit par peur de subir les représailles des Français. Après 1789, la France va connaître une succession intense de régime politique jusqu'au coup d'Etat de Napoléon Bonaparte.

Une première expérience politique : la monarchie constitutionnelle

 La Révolution Française marque la fin définitive de la monarchie en tout cas dans son acceptation «absolue », en effet, la France n'en a pas réellement terminé avec la monarchie, s'inspirant en cela de la monarchie anglaise, elle adopte ce que l'on nomme plus communément : La Monarchie Constitutionnelle, régime politique qui constitue véritablement « une avancée démocratique » de par la nature de ses institutions même. Cette monarchie accorde une place centrale à une institution aujourd'hui omniprésente au sein de notre société contemporaine : L'Assemblée Nationale appelée à l'époque : « La constituante ». Mais d'où émerge ce nouveau Régime ?, il est le résultat d'un lien désormais fondamental entre un Roi Louis XVI, et un peuple devenu Nation. Ce lien de confiance ou plutôt de compromis tissé par la Révolution acceptée du Roi semble indéfectible, mais il n'en est rien.

En particulier au sein d'une société Française épris de liberté, d'égalité, de séparation des pouvoirs, de revendications tel que Montesquieu l'avait pensé dans son œuvre, l'Esprit des lois publié en 1748, montrant ainsi que la Révolution est loin d'être achevée. L'acte de naissance de cette Monarchie Constitutionnelle est établi le 3 septembre 1791 par l'adoption d'une Constitution qui est votée par les représentants du peuple Français (députés). Elle reconnaît la souveraineté de la Nation, à nuancer du fait que les mentalités et l'esprit de cette société excluent les femmes et les hommes de couleur. Cette particularité préfigure déjà les luttes futures pour établir une liberté universelle.

fonctionnement institutionnelDe ce régime politique naît le système politique Français et les termes de droite et de gauche. L'émergence de la droite et de la gauche intervient dès le début de la Révolution qui provoque alors une rupture idéologique. Ces deux tendances politiques, exprimées dans la presse d'alors apparaît pour la première fois le 28 aout 1789, date à laquelle l'assemblée Constituante doit voter sur le droit de veto du roi qui permettrait à celui-ci de suspendre des propositions venant de l'Assemblée. Il se crée alors un positionnement, à droite, pour le veto du roi (En faveur du roi très chrétien, représentant de Dieu sur terre qui ne peut pas voir ses pouvoirs restreints), à gauche contre le veto du roi (La souveraineté réside dans la nation, incarnation de la constituante). Tout cela présente une dimension symbolique, pure imitation du modèle parlementaire anglais. Ce premier conflit politique marque une rupture totale par rapport aux trois ordres de l'ancien régime et reflète une nouvelle conception de la légitimité au sein du système politique français.

L'échec du compromis avec le roi

La période post-révolutionnaire ne donne pas seulement naissance à un système politique français, mais elle permet également à la société Française de découvrir la liberté d'expression, de débattre, de proposition. Ainsi en 1790-1791, les Français découvrent la vie politique. La presse est libre et des clubs, celui des jacobins par exemple s'organisent pour discuter des réformes. L'établissement de la Monarchie Constitutionnelle et de sa Constitution permet une réorganisation de la France (création des départements, le système de mesure décimal). L'unanimité semble régner. Mais tout bascule lorsque deux mesures, condamnées par le pape, soulèvent une opposition de nombreux catholiques puis celle du roi (à partir de ce moment les rouages institutionnels de la Monarchie Constitutionnelle s'enrayent).

Ces deux mesures sont la confiscation des biens du clergé, pour combler le déficit du pays et la Constitution civile du clergé établit le 12 juillet 1790, faisant du clergé un corps de fonctionnaires devant prêter serment. Les prêtes qui refusent, les « réfractaires » comme ils les nommaient alors, sont considérés comme des ennemis de la Révolution. La question qui se pose alors est de comprendre les raisons pour lesquelles la Révolution s'est présentée comme anticléricale. Il y a ici une opposition politique, le clergé catholique proche du roi et ancien ordre majeur de l'Ancien Régime refuse la Révolution qui remet en cause le pouvoir du roi et de Dieu. Ils font partie de la contre-révolution visant à rétablir l'Ancien Régime, ce que l'on peut appeler la droite contre-révolutionnaire. Quant à la Révolution qui est à gauche, elle s'attaque au fond à la droite et aux biens du clergé, qui lui permettaient sous l'Ancien Régime de vivre fastueusement.

Duplessi-Bertaux - Arrivee de Louis Seize a ParisDe sorte, la Révolution se présente comme anticléricale. De plus de nombreux nobles ont émigré hors de France et complotent avec le soutien des rois étrangers qui craignent que les valeurs, les principes de la Révolution Française ne s'exportent jusque dans leur royaume. Le roi, Louis XVI décide alors de les rejoindre pour rétablir son pouvoir et l'Eglise. Il fuit dans la nuit du 20 juin 1791, mais en route il est reconnu à Varennes par des patriotes et ramené à Paris. Cet évènement, va être considéré comme une trahison par le peuple Français. Plus encore à l'Etranger, l'image de la France et de sa monarchie sont considérablement ébranlées, pour preuve les caricatures étrangères foisonnantes venant d'Angleterre notamment. Dès lors, l'avenir de la monarchie Constitutionnelle semble scellé.

La chute de la Monarchie Constitutionnelle (1792)

Pour les sans-culottes, le roi a trahi la Révolution, mais la majorité de l'Assemblée décide d'innocenter le roi, pour sauver la monarchie. Quand la foule se rassemble au champs-de-Mars pour réclamer la déchéance du roi, elle est mitraillée par la garde nationale de la Fayette, le 17 juillet 1791. La monarchie vit donc encore mais pour combien de temps ? Dans ce climat tendu, la Constitution de la Monarchie est votée donc en septembre 1791 et une nouvelle assemblée, législative, est élue au suffrage censitaire, selon le niveau de fortune. De sorte que celui-ci réserve les droits politiques aux citoyens actifs les plus riches et exclut les plus pauvres, les citoyens passifs. Les jacobins et les sans-culottes parisiens réclament désormais la démocratie. Dès lors, des oppositions politiques intenses se mettent en place. Tout le monde en vient à souhaiter la guerre. Les révolutionnaires espèrent une victoire pour relancer la Révolution. Les modérés, pour renforcer le Régime. Le roi espère une défaite pour rétablir l'Ancien Régime. Certains veulent donc le passé, d'autres le présent et d'autres regardent vers l'avenir. Le 20 avril 1792, la France entre en guerre. Elle connait d'abord la défaite. L'ennemi, Prussiens et Autrichiens se rapproche. Il menace bientôt les Parisiens d'une vengeance « à jamais mémorable » si violence est faite au roi. C'est la preuve de l'entente du Roi avec l'ennemi. Le 10 aout 1792, journée au combien importante, dans un élan patriotique, les sans-culottes parisiens se soulèvent, prennent les Tuileries et renversent le Roi.

palais des tuileriesLe 10 août 1792 constitue une journée Révolutionnaire, en effet durant l'été 1792, Autrichiens et Prussiens sont aux frontières et Louis XVI joue un double jeu. Il espère que, victorieux, ils écraseront la Révolution. Fin juillet, le duc de Brunswick, chef des armées ennemies, menace de punir les Parisiens s'ils ne se soumettent pas à leur roi. Cet ultimatum déclenche un soulèvement patriotique contre Louis XVI, jugé complice de l'Etranger. Dans la nuit du 9 au 10 aout, la municipalité est renversée et remplacée par une Commune insurrectionnelle. Le 10, l'attaque des Tuileries, menée par les sans-culottes et les fédérés, tourne au massacre des suisses qui gardent le château. Le roi ne doit son salut qu'a la protection de l'Assemblée nationale ou il s'est réfugié parce qu'il est indispensable au bon fonctionnement institutionnel du régime. Il est néanmoins déchu, à l'issue de cette journée. Le 10 aout marque donc la chute de la royauté.

Ainsi la première expérience politique résidant dans l'essai de la monarchie Constitutionnelle échoue parce que le rouage institutionnel essentiel de ce régime politique se concentrait en la personne du roi et que celui-ci n'a cessé de mener un double jeu en faisant croire qu'il s'investissait pleinement dans ce nouveau régime, qu'il acceptait de fait la Révolution mais qu'en réalité, il ne cessait de penser à un retour de l'Ancien Régime et de son pouvoir. La monarchie était donc condamnée à mourir et son roi à être destitué de tous ses pouvoirs. C'est l'heure de la jeune République jacobine et de la deuxième expérience politique Française de la période post-révolutionnaire.

Une jeune république menaçée

Avec la chute de la monarchie, la guerre prend un caractère national et politique au lieu d’être un simple conflit entre princes. Le 20 septembre 1792, une armée de sans-culottes commandée par le général Dumouriez stoppe à Valmy l’avance prussienne. La Convention nationale fraîchement élue, qui se réunit le jour même de cette victoire éclatante, proclame la République le 21 septembre.

excecution louisxviL’accord entre les principales factions de la Convention, les Girondins et les Montagnards, va à peine au-delà de ces premières mesures. Des dépêches optimistes arrivent presque chaque semaine des armées, qui ont pris l’offensive après la bataille de Valmy et se sont successivement emparées de Mayence, de Francfort, de Nice, de la Savoie et des Pays-Bas autrichiens. Au même moment, la lutte s’intensifie à la Convention, la Plaine oscillant entre un soutien aux Girondins (qui craignent l’influence de Paris et souhaitent arrêter la Révolution) et aux Montagnards (plus radicaux). Le premier bras de fer important est le procès de Louis XVI, que les Girondins veulent retarder. La majorité approuve la proposition des Montagnards de le juger pour trahison devant la Convention. Le 15 janvier 1793, par un vote quasi unanime, la Convention déclare le souverain coupable, mais se divise le lendemain sur la nature de la peine. Des lignes de clivage très nettes apparaissent entre les « régicides » et ceux qui refusent la peine capitale. Condamné à mort par une très faible majorité (387 voix contre 334), Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793.

L’influence des Girondins à la Convention nationale diminue sensiblement après l’exécution du roi. Leurs divisions internes au cours du procès atteignent irrémédiablement leur prestige, depuis longtemps au plus bas dans la population parisienne, laquelle leur préfère les Jacobins. Les Girondins subissent aussi les contrecoups des revers militaires essuyés par les armées françaises contre la coalition formée par l’Angleterre, les Provinces-Unies, l’Espagne et plusieurs États italiens. Le 24 février 1793, la Convention vote la conscription de 300 000 hommes. Les émissaires dépêchés dans les départements afin d’organiser la levée sont choisis parmi les Montagnards, creusant le fossé entre Girondins et masses populaires. En Vendée, des royalistes et des prêtres réfractaires savent exploiter le traumatisme causé par l’exécution du roi et l’hostilité des paysans à la conscription pour mener une révolte armée qui s’étend rapidement aux départements voisins.

Vers la terreur

victimes terreurLes 31 mai et 2 juin 1793, une insurrection de trente et une sections parisiennes, menée par le journaliste Jacques Hébert et d’autres radicaux, somme la Convention d’arrêter vingt-sept députés girondins ainsi que les ministres Lebrun-Tondu et Clavière (le premier est exécuté et le second se suicide). Les sans-culottes réclament une meilleure répartition des richesses et la poursuite de la déchristianisation. Ils constituent le principal soutien des Jacobins, qui prennent le contrôle du Comité de salut public le 10 juin, et en font le principal instrument de la dictature révolutionnaire après l’avoir totalement réorganisé. Trois jours plus tard, Jean-Paul Marat est assassiné par Charlotte Corday, une Girondine. L’indignation suscitée par ce crime élargit considérablement l’influence des Jacobins.

Le 24 juin 1793, la Convention promulgue une nouvelle Constitution faisant une large place à la démocratie directe, ainsi qu’une Déclaration des droits de l’homme, d’inspiration plus sociale que la première mais jamais appliquée. Le 10 juillet, Georges Danton quitte le Comité de salut public et, le 27, Maximilien de Robespierre y fait son entrée ; il en devient rapidement le membre le plus influent. En collaboration avec Louis Saint-Just, Lazare Carnot et Georges Couthon, il prend des mesures radicales pour sauver la Révolution et anéantir ses ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. D’avril 1793 à juillet 1794, la Convention nationale renouvelle chaque mois les pouvoirs du Comité, qui met en place un régime de Terreur, instrument politique de la lutte contre les contre-révolutionnaires.

La loi des suspects, votée le 17 septembre 1793, permet d’étendre la Terreur. Le 16 octobre, la reine Marie-Antoinette est exécutée, et 31 dirigeants girondins de premier plan (dont Brissot de Warville) subissent le même sort le 31 octobre. La répression s’abat sur tous les royalistes, prêtres, Girondins et autres suspects d’activités ou de sympathies contre-révolutionnaires. Les tribunaux révolutionnaires fonctionnent de manière expéditive et envoient des milliers de personnes à la guillotine. Outre les milliers de condamnations à mort prononcées dans toute la France par les tribunaux révolutionnaires, de nombreuses personnes meurent dans les prisons surpeuplées, ou sont sommairement exécutées.

Du comité de salut public à la chute de Robespierre

bataille fleurusSous l’impulsion de Robespierre, le Comité de salut public tente de réformer la France à partir d’un mélange d’humanitarisme fanatique, d’idéalisme social et de patriotisme. Pour établir une « République de la Vertu », le Comité encourage le culte de la Révolution et prend des mesures contre la corruption et les accapareurs. Le 21 novembre 1793, Maximilien de Robespierre prend position contre la déchristianisation, mais deux jours plus tard, la Commune de Paris décide de fermer toutes les églises et d’encourager activement le culte de la Raison, véritable religion révolutionnaire.

Grâce à la levée en masse, la guerre contre la coalition tourne à l’avantage de la France. Le général Jean-Baptiste Jourdan bat les Autrichiens à Wattignies le 16 octobre 1793 et, avant la fin de l’année, les envahisseurs sont repoussés au-delà du Rhin et Toulon libérée. À l’intérieur, le Comité de salut public est parvenu à mater les insurrections des royalistes et des Girondins. Avec l’aide des « dantonistes », Maximilien de Robespierre parvient à se débarrasser de Jacques Hébert, qui est exécuté le 24 mars 1794 avec ses principaux partisans. Le 5 avril, c’est au tour de Georges Danton et des « indulgents », qui réclament la fin de la Terreur. À cause de ces purges et des représailles massives contre les tenants des deux camps, Robespierre perd le soutien de nombreux chefs jacobins, qui se sentent eux-mêmes menacés.

chute robespierreUne série de succès militaires, notamment à Fleurus le 26 juin 1794, ouvre la voie à une deuxième conquête des Pays-Bas autrichiens. L’espoir d’une victoire renaît dans l’opinion et la politique quasi paranoïaque, maintenue par Robespierre, perd sa justification. La Terreur atteint son paroxysme à Paris durant l’été 1794, et le bain de sang finit par provoquer l’écœurement de nombreux révolutionnaires. Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), Maximilien de Robespierre, son frère Augustin, Saint-Just, Lebas et Couthon sont décrétés d’arrestation et échouent dans une tentative d’insurrection de la Commune de Paris. Arrêtés au cours de la nuit, ils sont exécutés le 28 juillet au soir. Dans les jours qui suivent, plus d’une centaine de leurs partisans subissent le même sort. Le 9 Thermidor marque un tournant décisif de la Révolution.

Le directoire ou la république bourgeoise

Jusqu’à la fin de 1794, la Convention nationale est dominée par les députés thermidoriens du centre (la Plaine, ou Marais) qui ont renversé Maximilien de Robespierre et mis un terme à la Terreur. Les clubs jacobins sont fermés en novembre, les tribunaux révolutionnaires supprimés et plusieurs décrets, notamment celui fixant le maximum des salaires et des prix des denrées, sont abolis. Après le rappel à la Convention des Girondins proscrits et d’autres élus modérés, le conservatisme thermidorien fait place à la réaction.

Plusieurs succès militaires permettent de relacher la pression extérieure des monarchies européennes hostiles à la Révolution française. Durant l’hiver 1794-1795, les forces françaises commandées par le général Pichegru s’emparent des Provinces-Unies, où elles fondent la République batave, et chassent les armées ennemies au-delà du Rhin. La Convention nationale en profite pour rédiger une nouvelle Constitution, approuvée le 22 août 1795 ; elle confère le pouvoir exécutif à un Directoire composé de cinq membres, qui doit nommer les ministres et généraux en chef. Le pouvoir législatif est confié à deux chambres, le Conseil des Anciens (250 membres) et le Conseil des Cinq-Cents. Un membre du Directoire et un tiers des assemblées sont renouvelés chaque année, à partir de mai 1797.

coup etat 18 brumaire bouchotLe gouvernement des Directeurs rencontre dès le début un grand nombre de difficultés, malgré la présence d’hommes politiques de premier plan, comme Talleyrand. Souvent considéré comme un régime de transition entre la phase révolutionnaire proprement dite (que certains font arrêter à thermidor) et la période napoléonienne, le Directoire se consacre à stabiliser les bouleversements des années précédentes. Il est confronté à une grave crise économique et sociale qui accentue les inégalités entre les couches populaires misérables et une petite classe enrichie, menant un train de vie fastueux.

Quelques mois après son entrée en fonction, le Directoire avait confié à Napoléon Bonaparte le commandement de la campagne d’Italie (de mars 1796 à octobre 1797), qui permit au jeune général d’acquérir sa popularité. Affaibli et discrédité, le Directoire est renversé par un coup d’État du général Bonaparte les 9 et 10 novembre 1799 (18-19 brumaire an VIII). Le 24 décembre 1799, une nouvelle Constitution instaure le Consulat, au sein duquel Napoléon Bonaparte occupe d’emblée une place prédominante. Investi du pouvoir dictatorial en qualité de Premier consul, il détourne rapidement le zèle et l’idéalisme révolutionnaires à son profit. Alors qu’en France les principes révolutionnaires connaissent un net reflux, ils se répandent en Europe à la faveur des guerres napoléoniennes. la Révolution a amorcé une série de bouleversements politiques, économiques et sociaux qui vont secouer toute l'Europe durant le XIXe siècle.

Bibliographie

- François FURET, La Révolution (1771-1814). Pluriel, 2011.

- Jean-Paul Bertaud, La Révolution Française, Tempus, 2004.