La Nouvelle Vague, le 7e art en quête de vérité

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La Nouvelle Vague est un mouvement cinématographique apparu à la fin des années 1950 en France, mais également en Europe et sur le continent américain, visant à renouveler une expression artistique jugée en déclin. Au tournant des années 1960, de jeunes réalisateurs dénoncent la léthargie dans laquelle le cinéma français est plongé. À travers leurs œuvres, ils décrivent les mœurs d'une jeunesse révoltée en quête de liberté. Ils imposent finalement leur conception du 7e art en France et dans de nombreux pays étrangers.

Qu'est-ce que la Nouvelle Vague ?

La Nouvelle Vague n’est pas une école. C’est avant tout une période relativement courte que l’on situe entre 1958 et 1962. C’est la consécration des jeunes réalisateurs qui insufflent un esprit nouveau au 7e art, qui rompent avec la tradition pour signer des œuvres plus personnelles et s’affirmer comme auteurs.

L’appellation «Nouvelle Vague» naît d’une enquête sur la jeunesse publiée dans la presse en 1958. Comme les adolescents de cette époque diffèrent de leurs prédécesseurs, Françoise Giroud écrit : « La Nouvelle Vague arrive ! » L’application de ces termes au cinéma reflète donc un phénomène social général : l’émergence de la jeunesse.

Des changements radicaux

Le cinéma français connaît son apogée dans les années 1930. Depuis lors, les réalisateurs se contentent de brasser les mêmes éléments. De film en film, on retrouve un petit nombre de comédiens populaires. Les tournages s’effectuent uniquement en studio et s’avèrent fort coûteux. De ce fait, les producteurs ne sont nullement en quête de jeunes talents. Ils n’acceptent que les films des réalisateurs confirmés.

Mais en 1956, Roger Vadim rencontre un succès inespéré avec Et Dieu créa la femme. Il scandalise le public avec une mise en scène novatrice et un sujet choquant. En outre, la création de caméras légères permet aux cinéastes de s’évader des studios et de filmer le monde réel. La diminution des coûts pour les décors enhardi les producteurs, si bien que trois d’entre eux laissent leur chance à une nouvelle génération de cinéastes : Pierre Braunberger, Georges de Beauregard et Anatole Dauman.

Les Cahiers du cinéma et le Festival de Cannes 1959

En 1954, François Truffaut rédige un article célèbre pour les Cahiers du cinéma, revue créée en 1951 par André Bazin. Il y dénonce le cinéma traditionnel, dit « de qualité », et accuse réalisateurs et cinéastes d’avoir élaboré un cinéma bourgeois pour des bourgeois. Le mouvement est lancé. Rapidement, un noyau de critiques se forme autour de cette revue. Qu’il s'agisse de Truffaut, de Claude Chabrol ou de Jean-Luc Godard, ils ne rêvent que d’une chose : passer derrière la caméra pour dépoussiérer le cinéma français.

Sans formation, ils tournent une première série de films vers 1958-1959. Présentés au Festival de Cannes 1959, ils sont encensés par le jury. François Truffaut reçoit le prix de la mise en scène avec Les Quatre Cents Coups. Une autre œuvre novatrice, Hiroshima mon amour, reste hors compétition. Issue de la collaboration de Marguerite Duras et d’Alain Resnais, elle suscite l’admiration générale.

La multiplication des expériences

La consécration de Truffaut pousse un grand nombre d’auteurs à faire leur propre film. Si beaucoup d’entre eux restent méconnus, d'autres imposent leur nom comme Jacques Rivette, Jacques Demy, Agnès Varda, Éric Rohmer et Claude Lelouch. Ces cinéastes rompent avec les sujets et les formes traditionnels. 

Sans aucun tabou, ils narrent des histoires de la vie de tous les jours, décrivent les mœurs des jeunes de leur temps dans un contexte de de libération sexuelle, en focalisant l’attention sur leurs difficultés du passage à l’âge adulte. On leur a reproché leur manque d’implication dans la société de l’époque. Ces critiques sont celles de détracteurs qui ignorent magistralement de nombreuses allusions aux turbulences de l’époque : la guerre d’Algérie, la routine des syndicats, le culte des vedettes, etc. Elles ne trouvent aucune justification, surtout en ce qui concerne Hiroshima mon amour. A la fois impertinents et moralisateurs, les artistes de la Nouvelle Vague témoignent du monde qui les entourent.

La Vague retombe

A partir de 1962, les différences entre les réalisateurs sont manifestes au point que l’on parle de la fin de la Nouvelle Vague. Truffaut renoue avec un cinéma traditionnel. Godart se veut plus sociologue après Pierrot le fou (1965). Il commence à afficher ses opinions politiques à partir de 1967 avec La Chinoise, une œuvre au sein de laquelle il évoque l’aliénation collective.

L’esprit premier de la Nouvelle Vague a disparu, mais les films de ces réalisateurs en rupture marquent profondément le cinéma français de la seconde moitié du XXe siècle. L’esprit de la Nouvelle Vague survit : à la suite de François Truffaut et ses compères, l’écriture cinématographique se veut plus libérée, le contenu sincère et vrai.

Pour aller plus loin

La Nouvelle Vague: Portrait d'une jeunesse, de Antoine de Baecque. Flammarion, 2019.

Nouvelle vague: Essai critique d'un mythe cinématographique, de Yannick Rolandeau. Editions L'Harmattan, 2018.

 

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