Diderot, philosophe et diffuseur de savoir - Biographie

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Diderot n’est pas le plus connu des grands esprits français du XVIIIe siècle, son nom n’étant le plus souvent que rattaché à L’Encyclopédie. En effet, parmi les grands penseurs et philosophes du siècle des Lumières, il n’est pas forcément le premier nom qui vient à l’esprit, en tout cas par rapport à Voltaire ou Jean Jacques Rousseau. Pourtant, cette « tête universelle », comme disait justement Rousseau pour louer son éclectisme, a laissé une œuvre et une pensée fondamentales, qui n’ont rien à envier à ses illustres contemporains.

 

Un jeune homme qui se cherche 

Denis Diderot est né le 5 octobre 1713, à Langres (en Haute-Marne aujourd’hui), dans une famille bourgeoise, d’un père maître coutelier et d’une mère fille d’un marchand tanneur. On sait peu de choses de son enfance, si ce n’est qu’il apprend l’arithmétique en famille et entre au collège des Jésuites à dix ans. Il y apprend une éducation classique, faite de latin et de littérature romaine. Sa famille le destine probablement à la prêtrise, son frère deviendra d’ailleurs chanoine. 

Diderot quitte sa ville natale en 1728 ou 1729, pour Paris. On en sait peu sur sa vie de ce moment jusqu’au début des années 1740. Il mène une vie de bohème, mais obtient toutefois le titre de maître ès-arts de l’université de Paris en 1732. Enchaînant des « petits boulots » (dont précepteur), il apprend aussi l’anglais et obtient ses premiers revenus littéraires par des traductions (« Histoire de la Grèce » de Temple Stanyan, 1742 et « Essai sur le mérite et la vertu » de Shaftesbury, 1745). Il se brouille toutefois avec sa famille à cause de la voie qu’il a choisie et de sa volonté de se marier avec Nannette Champion.

En 1746, il publie les Pensées philosophiques qui le font connaître tout en le rendant suspect. Il entre alors dans une période d'intense activité littéraire, menant de front à la fois la préparation de l'Encyclopédie et la publication de nombreux ouvrages empruntant à tous les genres : Les bijoux indiscrets (1747), la Lettre sur les aveugles (1749), pour laquelle il séjourne plusieurs mois en prison, les Pensées sur l'interprétation de la nature (1754), le Fils naturel (1757) et le Père de famille (1758).

Cela ne l’empêche pas de rester attaché à Langres (« La tête d’un Langrois est sur ses épaules comme un coq d’église au haut du clocher (1759) ») et surtout de garder un profond respect pour son père ; quand celui-ci décède en 1759, c’est un choc pour Diderot. La figure de ce père a probablement marqué une partie de son œuvre, en tant qu’archétype de l’homme vertueux, comme on peut le voir dans la pièce « Le père de famille » (1758). 

Diderot et L’Encyclopédie 

Les années 1740 sont décisives pour Denis Diderot. En 1742, c’est la première rencontre avec Rousseau, puis le mariage clandestin (et malheureux) avec Nannette Champion, et la rupture avec la famille. Il se consacre alors ardemment au travail, publie ses premiers écrits (essentiellement des traductions) et se fait un nom par quelques collaborations. 

C’est par ce biais qu’à partir de 1747, il s’attelle avec d’autres à la rédaction (puis à la direction) de L’Encyclopédie, inspirée de la « Cyclopaedia » de Chambers. Commandé à Diderot en 1745 par le libraire Le Breton, ce Dictionnaire des sciences, des arts et des métiers bénéficie d'une souscription de cinq mille adhérents et de l'appui de la marquise de Pompadour. Vont y collaborer Montesquieu, Voltaire, Turgot... De cette oeuvre énorme et nouvelle se dégagent la croyance dans le progrès des sciences et de l'esprit humain et le rejet des dogmatismes et des interdits. L'ouvrage provoque de violentes réactions des milieux religieux et conservateurs avant même sa publication.

Son travail intense sur ce monument littéraire et scientifique guide et oriente sa vie durant toutes les années 1750. Sa réputation devient internationale, il est ainsi nommé en 1750 à l'Académie royale des sciences et des Belles lettres de Berlin et, en 1762, il est aidé financièrement par Catherine II de Russie en personne.  Son travail sur L’Encyclopédie ne l’empêche de publier d’autres écrits, en particulier philosophiques, qui attirent l’œil de la censure, ce qui lui vaut quelques semaines de geôle en 1749, durant lesquelles il reçoit la visite de Rousseau, avec lequel il collabore. 

Côté vie privée, après le mariage malheureux, il a le bonheur de voir naître sa fille Marie-Angélique (1753), et de connaître la passion avec Sophie Volland. 

Après l’Encyclopédie 

La fin de la rédaction de l’Encyclopédie autour de 1765-1766 permet à Diderot d’encore diversifier son œuvre et ses activités. Il devient ainsi critique d'art pour la Correspondance littéraire de Grimm, ce qui le conduit à rédiger ses fameux Salons, et l’aide à publier ses écrits philosophiques. Pour Catherine II, il devient négociant d’œuvres d’art, avant de voyager jusqu’à Saint-Pétersbourg en 1773-1774. 

La fin de sa vie est plus difficile, à cause d’ennuis de santé et de la mort de plusieurs de ses proches, dont Sophie Volland. Il demeure cependant sous la protection de Catherine II et de Grimm. Pour l'impératrice, qui lui achète sa bibliothèque, il travaille sur un projet de réforme de l'enseignement.

Diderot meurt en 1784 et est enterré à l’église Saint-Roch. Ses archives sont envoyées en Russie en 1786, mais en partie perdues, ce qui explique son déficit de popularité par rapport à Voltaire ou Rousseau. De même sa dépouille disparaît lors du pillage de l’église Saint-Roch pendant la Révolution. 

L’œuvre de Diderot 

Outre l’Encyclopédie de Diderot, elle est immense et très variée : essais philosophiques, pièces, romans, critiques,… On peut citer Le neveu de rameauJacques le fataliste et son maîtreLettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient et des Additions

Diderot s’illustre aussi par sa méthode qui, parfois, fait de l’ombre à sa pensée philosophique. Il est très attaché à l’esprit critique, à la réflexion personnelle, et se révèle plus penseur que réellement philosophe, tout étant très attaché à la morale. En matière de religion, s’il part d’une éducation catholique (les Jésuites), il évolue au cours de sa vie vers le déisme, le théisme, puis le matérialisme. Il exalte cependant la nature comme une force « divine » et bonne, et comme nombre de ses contemporains s’applique plus à la critique des excès de la religion qu’à la religion en tant que telle.  

Diderot est à la fois l'illustration d'un esprit nouveau, avide de connaissance, critique et impertinent, un promoteur de la diffusion de savoir, mais aussi un romancier et un auteur dramatique de qualité. De plus, ses essais philosophiques en font, par certains cotés, un précurseur des idées révolutionnaires.

Bibliographie 

- R.Trousson, Diderot, Folio Biographies, 2007.

- J. Attali, Diderot: ou le bonheur de penser, Fayard, 2012

- S. Chaveau, Les encyclopédistes, T2 Diderot le genie débraillé, Télémaque, 2010. 

 

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