Discours rooseveltLe New Deal est un programme interventionniste mis en œuvre entre 1933 et 1938 par le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt pour contrecarrer les effets de la grande dépression due à la crise économique de 1929. Au-delà de la relance rapide de la consommation et de l’investissement, cette "Nouvelle Donne" vise à une réforme en profondeur du système économique pour prévenir de nouvelles crises. Le New Deal transforma prondondément la société américaine, jusqu'alors opposée à tout interventionnisme économique. Il inspira aussi de nombreux économistes dont John Maynard Keynes qui publie en 1936 sa "Théorie générale", qui préconise l'intervention de l'Etat voir le déficit budgétaire pour assurer le plein emploi.

 

Sortir de la Crise de 1929

Malgré les efforts du précédent président, Herbert Hoover, la situation économique du pays est alors catastrophique. Le taux de chômage s'élève alors autour de 25%, le PIB a nettement reculé, la situation financière est précaire, des millions d'épargnants et d'agriculteurs ont été ruinés... Entre 1930 et 1933, la production industrielle américaine a chuté de moitié, voire des deux tiers dans certains secteurs, les prix agricoles ont baissé dans des proportions variant de 25 p. 100 à 50 p. 100 selon les produits, 14 millions d’Américains sont au chômage en 1933, soit un quart de la population active qui ne subsiste que grâce aux soupes populaires. Autant d’indicateurs révélateurs d’une crise économique sans précédent qui a notamment vu resurgir des manifestations de révolte que l’on croyait d’un autre temps et d’un autre monde : les émeutes de la faim.

soupe populaire euPar sa durée, par son ampleur — au-delà des États-Unis, la crise est devenue mondiale — et la détresse sociale qu’elle a engendrée, la récession des années trente marque une étape importante dans l’évolution des politiques économiques occidentales et inaugure l’ère de l’intervention de l’État (théorisée par John Maynard Keynes) dans une économie de marché devenue défaillante. 

Le Président Roosevelt et son équipe, décident de faire preuve de volontarisme face à cette situation et d'impliquer davantage l'Etat Fédéral dans la régulation de l'économie. Il s'agit à la fois de s'attaquer à certaines pratiques financières (notamment la gestion du crédit et de l'endettement), de développer un programme de grands travaux publics, mais aussi d'établir un état providence sur le plan social. Cette politique ambitieuse, ne fera pas l'unanimité loin de là. Elle reste critiquée par de nombreux économistes pour les entraves à la liberté du marché qu'elle entraine, mais aussi par la presse et certains politiques en raison de sa nature autoritaire et trop centralisée pour la tradition américaine.

Principales mesures du New Deal de Roosevelt

Pour tenter de réduire le chômage et de rétablir la prospérité, Roosevelt impose une intrusion très forte de l'État fédéral dans l'activité économique, instaurant un ensemble d'agences fédérales, de programmes subventionnés et de nouveaux services publics. Ces mesures ne sont alors motivées par aucune théorie économique, toutefois le président s'appuie sur un groupe de conseillers, le brain trust, composé essentiellement de professeurs issus des universités de Harvard (Boston) et Columbia (New York) et représentant différents courants de pensée : d’une part, des « planificateurs » prônant des réformes structurelles ; d’autre part, des « conjoncturistes », ou spenders (littéralement « ceux qui dépensent »), pour lesquels il suffit de réinjecter des liquidités dans l'économie pour permettre l'écoulement de la production.  

rosselvelt new dealRecourant à la pratique du déficit budgétaire (3,5 milliards de dollars en 1936), il accroît considérablement les dépenses de l’État. Parmi les principales mesures du New Deal figurent la relance de l’industrie et le contrôle de la concurrence (National Industrial Recovery Act ou NIRA, 1933) ; la lutte contre le chômage par une politique de grands travaux d’utilité publique, avec notamment l’aménagement de la vallée du Tennessee en 1933 (voir Tennessee Valley Authority ou TVA) ; l’abandon de l’étalon-or et la dévaluation du dollar à 59 % de son ancienne valeur en or (Gold Reserve Act, 1934) ; l’aide aux agriculteurs et la lutte contre la surproduction agricole (Agricultural Adjustment Act ou AAA) ; ou encore la création d’une sécurité sociale (Social Security Act, 1935), instituant une assurance vieillesse et une assurance chômage, dans le cadre de l’État-providence (Welfare State).

Quels sont les résultats du New Deal ?

Si le bilan strictement économique du New Deal est mitigé (en 1939, le revenu national n'avait pas encore retrouvé son niveau de 1929), il a permis d'améliorer à long terme l'infrastructure du pays. Le New Deal a accru, de façon définitive, le pouvoir économique du gouvernement fédéral, en développant ses instruments de politique monétaire (action sur la masse monétaire) et budgétaire (nouveaux impôts, pratique du déficit budgétaire) ; ces instruments ont été de nouveau utilisés par la suite afin de limiter les effets des récessions.

Sur le plan social en revanche, la crise, conjuguée aux droits nouveaux des syndicats, a contribué à exacerber les tensions manifestées lors des grandes grèves de 1937. Le New Deal est toutefois globalement parvenu à ressouder la société américaine, les exclus des années vingt (chômeurs, femmes seules, invalides) pouvant dorénavant bénéficier d'une sécurité sociale.

Après des débuts encourageants, cette politique (ou plutôt ces politiques car les priorités changeront au cours des deux premiers mandats de Rooselvelt) se voit bientôt mise en difficulté par une seconde crise, celle de 1937. Au final si les progrès sociaux engendrés par le New Deal sont incontestables, on peut s'interroger sur son efficacité au plan économique. On avance fréquemment l'idée, que c'est le réarmement et l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1941, qui sortiront finalement l'économie américaine du marasme.

La postérité du New Deal

Le New Deal a marqué la naissance d’un interventionnisme « expérimental », conduit dans un contexte d’urgence, avec pour finalité une tentative de gestion de la pénurie. Après la Seconde Guerre mondiale, ces politiques économiques d’intervention se sont généralisées à l’ensemble des pays industrialisés, le keynésianisme étant le plus souvent interprété comme un processus associant exclusivement dépense sociale et relance de l’économie. Toutefois, loin de consacrer un « dirigisme » étatique, l’interventionnisme de la puissance publique a d’abord été conçu comme un mécanisme mis au service d’une finalité identique à celle que se donne une économie libérale : assurer, autant que faire se peut, un équilibre optimal sur l’ensemble des marchés — tant celui des biens et services que le marché du travail ou le marché monétaire.

Il y a donc multiplication des interventions sectorielles dans l’économie : l’État, devenu entrepreneur agissant directement sur les structures de l’économie par l’intermédiaire de différentes mesures (nationalisations, encadrement des prix, dirigisme bancaire), ne se contente plus d’assurer une correction globale sur les déséquilibres. L’État se situe au centre du débat, puisque cet interventionnisme est considéré comme la principale cause du retour à un libéralisme « pur » qui caractérise les économies des pays industrialisés depuis le milieu des années quatre-vingt...

Pour aller plus loin

- L'Amérique en crise : Roosevelt et le New Deal, de Denise Artaud. Colin, 1987.

Les Années Roosevelt aux États-Unis 1932-1945 : Entre New Deal et "Home Front", de Frédéric Robert. Ellipses, 2013.

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