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chemindesdamesLe 16 avril 1917 la vallée de l’Aisne voit se jouer le début de la plus grande offensive française depuis 1914. C'est sur un plateau calcaire du nom de Chemin des Dames que le général Nivelle, commandant en chef des armées françaises, a choisi de faire porter son effort. Ce sont deux armées françaises (Vème et VIème, soit près de 30 divisions et 200 chars) qui s’ébranlent en ce jour, avec en tête ces quelques mots du généralissime : l'heure est venue, confiance, courage et Vive la France ! L'offensive du Chemin des Dames tournera au fiasco et coûtera son commandement à Nivelle, remplacé par Pétain. Elle sera pour une bonne part responsable des mutineries de l’année 1917.

 

Une offensive mal engagée

Nommé commandant en chef en décembre 1916, le général Nivelle, confiant dans la supériorité numérique des Alliés, décide une grande offensive afin de percer les lignes allemandes. Son plan prévoit une première offensive franco-britannique en Artois qui aurait pour but de fixer une partie importante des forces allemandes. Mais l'attaque principale se déroulerait en fait dans l'Aisne, l'objectif étant de s'emparer du Chemin des Dames, une route de crêtes entre les rivières Aisne et Ailette.

general nivelleAprès que les armées des généraux Micheler et Mangin auront percé les lignes, et que l'artillerie lourde aura détruit les arrières allemands sur plusieurs kilomètres de profondeur, une armée française tenue jusqu'alors en réserve, exploitera la percée. Cependant, avant même que l'offensive soit lancée, deux événements viennent en compromettre le succès. En effet, le 16 mars, le général Ludendorff décide de raccourcir le front allemand et fait reculer ses troupes d'une quarantaine de kilomètres, modifiant ainsi complètement le terrain d'assaut prévu. De plus, nombre de généraux français, tel Pétain, et de politiques, ne croient pas en ce plan et contribuent à affaiblir la position de Nivelle. Mais la décision de lancer l'offensive est néanmoins maintenue.

Le plan de cette offensive qui doit briser le front d’une armée allemande que l’on pense épuisée après la saignée de Verdun, est somme toute classique. Après une intense préparation d’artillerie, les forces concentrées sur un espace de 30 km doivent enfoncer les lignes ennemies et avancer sous la protection d’un feu roulant. L’exploitation est confiée à une armée abondamment fournie en troupes de cavalerie. Dés le départ la réussite d’un tel plan est compromise. L’armée allemande est parfaitement au courant des intentions françaises et jouit d’excellentes positions défensives puisque tenant les pentes et surplombant les unités françaises. D’autre part le temps couvert a rendu hasardeuse la planification de la préparation d’artillerie qui va se révéler bien moins efficace que prévue. 

La bataille du Chemin des dames tourne au fiasco

L'offensive britannique en Artois débute le 9 avril, mais ne parvient pas à fixer suffisamment l'armée allemande. L'offensive française du Chemin des Dames, lancée le 16 avril, rencontre dès le début des difficultés plus importantes que prévues, notamment en raison du mauvais temps et du relief, alors que la préparation d'artillerie n'a pas été suffisante. Le premier jour est en effet extrêmement meurtrier. Certains gains de terrain sont toutefois réalisés, notamment sur le plateau de Craonne, à Berry-au-Bac, à Hurtebise et à Laffaux, grâce à la Ve armée de Mazel et à la VIe commandée par Mangin.

carte chemin des damesMais les Français ne parviennent pas à percer et subissent de très lourdes pertes : 147 000 hommes en quinze jours, dont 40 000 tués. La moitié des chars français, engagés pour la première fois, sont détruits. L'opération est suspendue le 21 avril, mais des attaques ponctuelles d'usure se poursuivent. L'importance des pertes humaines et la lassitude des poilus face à une offensive présentée par Nivelle comme décisive, entraînent un mouvement de mutineries dans l'armée française, dont les premières ont lieu dès le 17 avril. En l'espace de quelques jours, on recense près de 40 000 mutins.

L'offensive est alors arrêtée définitivement et le lendemain, le 15 mai, Nivelle est remplacé par Pétain, qui s'emploie, dès sa nomination, à rétablir la situation tant militaire que morale. Il donne ainsi satisfaction à certaines revendications des soldats et lance en octobre une offensive victorieuse, la bataille de la Malmaison, afin de restaurer la confiance de l'armée. Cependant, en mai 1918, les Allemands, lors de leur dernière vaste offensive, enfoncent le front du Chemin des Dames, pour atteindre la Marne.

Illustration parfaite de l’incapacité des élites militaires de l’époque à revenir à la guerre de mouvement sur le front de l’Ouest, la bataille du Chemin des dames reste avec Verdun l’un des épisodes les plus tragiques de la Grande Guerre.

Pour aller plus loin

Le chemin des Dames: Printemps 1917 , de Yves Buffetaut. Ysec Editions, 2017.

Le chemin des dames, de Pierre Miquel. Editions Retrouvées, 2018.